Il y aura toujours des ministres du Christ qui sauront attirer le regard sur leur travail et sur leur personne de maniĂšre Ă©quilibrĂ©e : ce sont les maĂźtres. Et il y en aura, malheureusement, qui ne seront que bruit et gestes extĂ©rieurs, seulement extĂ©rieurs, les faux bergers aux poses théùtrales... Des prĂȘtres ? Non : des mimes. Rien de plus. Ce nâest pas le geste qui fait le prĂȘtre, ni lâhabit. Ce ne sont pas sa culture profane ni ses relations avec le monde ou les puissants qui font le prĂȘtre. Câest son Ăąme. Une Ăąme grande au point dâanĂ©antir la chair. Mon prĂȘtre est spirituel, entiĂšrement... le prĂȘtre de mon rĂȘve. Ainsi seront mes saints prĂȘtres. Le spirituel nâa ni le ton ni la pose du tragĂ©dien. Il ne pose pas, parce quâil est spirituel et par consĂ©quent ne peut porter ni costume ni masque. Il est ce quâil est : esprit, flamme, lumiĂšre, amour. Il sâadresse aux Ăąmes. Il parle par la puretĂ© des regards, de ses actes, de ses paroles, de ses oeuvres.
Lâhomme regarde. Et il voit quelquâun qui lui est semblable. Mais, au-delĂ et au-dessus de la chair, que voit-il ? Quelque chose qui freine sa dĂ©marche pressĂ©e, qui le fait rĂ©flĂ©chir et conclure : â Cet homme, mon semblable, nâa de lâhomme que lâextĂ©rieur. Il a lâĂąme dâun ange. â Et, sâil est incroyant, il conclut : â GrĂące Ă lui, je crois quâil y a un Dieu et un Ciel. â Si câest un dĂ©bauchĂ©, il dit : â Cet homme, mon Ă©gal, a un regard cĂ©leste. Je retiens ma sensualitĂ© pour ne pas les profaner. â Si câest un avare, il dĂ©cide : â A lâexemple de celui-ci qui nâest pas attachĂ© Ă la richesse, je cesse dâĂȘtre cupide. â Et si câest un homme colĂ©reux, fĂ©roce, devant cette douceur il devient un ĂȘtre plus paisible. VoilĂ quelle peut ĂȘtre lâinfluence dâun saint prĂȘtre. Sois-en bien sĂ»r, il y aura toujours parmi les prĂȘtres des saints qui sauront encore mourir pour lâamour de Dieu et de leur prochain ; mieux, ils sauront le faire si discrĂštement, aprĂšs avoir pratiquĂ© la perfection pendant toute leur vie avec une pareille discrĂ©tion, que le monde ne les remarquera mĂȘme pas. Mais si le monde ne devient pas tout entier impuretĂ© et idolĂątrie, ce sera grĂące Ă eux : les hĂ©ros du silence et de lâactivitĂ© fidĂšle.