Survient Maximin, qui précède Lazare de quelques mètres.
« Maître… Simon m’a dit que… que tu vas chez lui… C’est une douleur pour Lazare… mais ça se comprend…
– Nous en parlerons plus tard. Oh ! Mon ami ! »
Jésus s’approche vivement de Lazare qui semble embarrassé, et il l’embrasse sur la joue. Ils sont arrivés, entre-temps, à une petite maison qui se trouve entre d’autres vergers et celui de Lazare.
« Alors, c’est bien chez Simon que tu veux aller ?
– Oui, mon ami. J’ai avec moi tous mes disciples et je trouve que cela vaut mieux… »
Lazare regrette cette décision, mais ne réplique pas. Il se tourne seulement vers la petite foule qui le suit et dit :
« Allez. Le Maître a besoin de repos. »
Je vois par là à quel point Lazare est influent. Tout le monde s’incline à ses paroles et se retire, pendant que Jésus leur adresse son doux salut :
« Paix à vous. Je vous ferai savoir quand je prêcherai.
– Maître, lui dit Lazare, maintenant qu’ils sont seuls – les disciples les suivent de quelques mètres en arrière, et discutent avec Maximin –, Maître… Marthe est tout en larmes. C’est pour cela qu’elle n’est pas venue, mais elle viendra plus tard. Pour moi, je ne pleure qu’au fond de mon cœur. Mais nous disons : c’est juste. Si nous avions pensé qu’elle venait… Mais elle ne vient jamais pour les fêtes… Mais… quand vient-elle ?… Moi je dis que c’est le démon qui aujourd’hui l’a poussée ici.
– Le démon ? Et pourquoi pas son ange gardien sur ordre de Dieu ? Mais, tu dois me croire, même si elle n’avait pas été là, je serais allé dans la maison de Simon.
– Pourquoi, mon Seigneur ? N’as-tu pas trouvé de paix dans ma maison ?
– Une telle paix que, après Nazareth, c’est l’endroit qui m’est le plus cher. Mais réponds-moi : pourquoi m’as-tu dit : “ Quitte la Belle Eau ” ? C’est pour le piège qu’on y prépare, n’est-ce pas ? C’est pourquoi je vais sur les terres de Lazare, mais je ne mets pas Lazare en danger d’être insulté dans sa maison. Tu crois qu’ils te respecteraient ? Pour me fouler aux pieds, ils passeraient même sur l’Arche sainte… Laisse-moi faire. Pour l’instant, du moins. J’aviserai plus tard. Du reste, rien ne m’empêche de prendre mes repas chez toi et rien n’empêche que tu viennes chez moi. Mais fais en sorte qu’on dise : “ Il est dans la maison de l’un de ses disciples. ”
– Et moi, ne le suis-je pas ?
– Tu es l’ami : c’est être plus que disciple pour ce qui est de l’affection. Ce n’est pas la même chose pour les méchants. Laisse-moi faire, Lazare : cette maison t’appartient… mais ce n’est pas ta maison, la belle et riche demeure du fils de Théophile. Et, pour les pédants, cela a beaucoup d’importance.
– Tu dis cela… mais c’est parce que… c’est à cause d’elle, voilà. J’allais me décider à lui pardonner… mais, si elle t’éloigne, pardi, je la haïrai…
– Et tu me perdras tout à fait. Abandonne cette pensée immédiatement ou tu me perds tout de suite… »