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Thomas (apôtre)

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EMV 54 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Jésus est à l'oliveraie de Gethsémani. Le maître de maison - Jonas - fait savoir au Christ que trois hommes l'attendent dont un qui est vraisemblablement malade et lépreux. Jésus va vers ce dernier en premier : c'est Simon le Zélote qui lui demande la guérison. Le Sauveur lui accorde son voeu et voilà que le futur apôtre est totalement guéri. Puis, il s'intéresse aux deux nouveaux-venus : c'est Judas de Kérioth et Thomas. Le premier veut ardemment suivre le Sauveur, pour participer à sa gloire "selon le Ciel". Mais Jésus lui demande de bien y réfléchir et refuse de le prendre tout de suite. Il croit de sa part à une impulsion et ne croit pas à sa constance. Jésus lui demande donc de bien discerner et il lui dit qu'il sera au Temple pour la Pentecôte. Thomas, pour sa part, veut le suivre aussi, mais il est effrayé par les paroles dites à Judas. Jésus le rassure alors, en disant que la présomption, c'est la ruine, mais que la crainte doublée de l'humilité peut être une aide. Il lui propose de réfléchir, puis, quand le disciple est parti, Jésus explique à Jean et aux autres pourquoi il a fait une différence entre les deux disciples. Thomas est en ce sens plus parfait, car il veut le suivre par amour, et non à cause du désir d'une gloire humaine. Tous les disciples présents affirment alors qu'ils aiment Jésus, et quand ils demandent s'ils sont parfaits, Jésus leur explique que Dieu seul est parfait, mais qu'ils le deviendront s'ils persistent dans leur volonté d'amour.

Après avoir parlé de sa nature de Verbe de Dieu, et de sa perfection d'Homme-Dieu, Jésus se décrit comme étant le Fils de l'Homme. Puis, il répond à Pierre, qui s'interroge sur l'absence de Jude, et il répond à une question d'André, sur pourquoi il a fait un miracle à Cana et pas dans sa patrie. Le Seigneur énonce d'ailleurs sa Mère.

Enfin, le Christ accueille Dydyme, qui est revenu sur ses pas, et il accueille donc Thomas parmi ses disciples.

EMV 54.1 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Ce doit être encore les fêtes pascales, parce qu’il y a toujours grande affluence dans la ville. Le soir approche et beaucoup se dépêchent de rentrer chez eux.

Jésus lui aussi se dirige vers la maison dont il est l’hôte. Ce n’est pas la maison du Cénacle. Cette dernière se trouve à l’intérieur de la ville, mais à la limite. Celle-ci est déjà une vraie maison de campagne au milieu d’une oliveraie. De la petite cour qui la précède, on voit les arbres descendre en terrasses sur les collines. Ils s’arrêtent à l’endroit où un petit torrent, qui charrie très peu d’eau, coule à travers la faille qui se trouve entre deux collines peu élevées. Le Temple est au sommet de l’une des deux ; sur l’autre se trouvent des oliviers à perte de vue. Jésus se tient tout en bas de cette agréable colline, qui s’élève en pente douce, avec tout l’agrément de ces arbres paisibles.

« Jean, il y a deux hommes qui attendent ton ami » dit un homme âgé qui doit être le fermier ou le propriétaire de l’oliveraie. On dirait que Jean le connaît.

« Où sont-ils ? Qui sont-ils ?

– Je ne sais, l’un est sûrement juif. L’autre... je ne saurais... Je ne le lui ai pas demandé.

–Où sont-ils ?

–Ils attendent dans la cuisine et... et... oui... voilà, il y en a encore un qui est couvert de plaies... Je l’ai fait s’arrêter là parce que... je ne voudrais pas qu’il soit lépreux... Il dit qu’il veut voir le prophète qui a parlé au Temple. »

Jésus, qui jusque là s’était tu, dit :

« Allons d’abord trouver ce dernier. Dis aux autres de venir s’ils veulent, je leur parlerai ici, dans l’oliveraie. »

Et il se dirige vers l’endroit indiqué par l’homme.

« Et nous, que faisons-nous ? demande Pierre.

–Venez si vous voulez. »

EMV 54.3-5 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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« (...) C’est vous qui voulez me voir ? » demande-t-il aux deux inconnus. « Me voici. Qui êtes-vous ?

– Nous t’avons entendu, l’autre soir... au Temple. Nous t’avons cherché dans toute la ville. Quelqu’un qui se dit ton parent nous a dit que tu étais ici.

– Pourquoi me cherchez-vous ?

– Pour te suivre, si tu veux de nous, parce que tu as des pa­roles de vérité.

– Me suivre ? Savez-vous seulement où je me dirige ?

– Non, Maître, mais certainement vers la gloire.

– Oui, mais vers une gloire qui n’est pas de cette terre, vers une gloire qui réside au Ciel et qui se conquiert par la vertu et le sacrifice. Pourquoi voulez-vous me suivre ? demande-t-il de nouveau.

– Pour avoir part à ta gloire.

– Selon le Ciel ?

– Oui, selon le Ciel.

– Ce n’est pas tout le monde qui peut y arriver. Mammon tend des pièges à ceux qui désirent le Ciel plus qu’aux autres. Seul résiste celui dont la volonté est forte. Pourquoi me suivre, si me suivre implique une lutte continuelle avec l’ennemi qui est en nous, avec le monde ennemi, avec l’Ennemi qui est Satan ?

– Parce que c’est notre âme qui nous y porte, notre âme qui est restée ta conquête. Tu es saint et puissant, nous voulons être tes amis.

– Mes amis ! ! ! »

Jésus se tait et soupire. Puis il regarde fixement celui qui a toujours parlé et qui a maintenant laissé tomber le manteau qui lui couvrait la tête, restant tête nue. C’est Judas de Kérioth.

« Qui es-tu, toi qui parles mieux qu’un homme du peuple ?

– Je suis Judas, fils de Simon. Je suis de Kérioth, mais je suis du Temple. J’attends le Roi des juifs, c’est mon rêve. J’ai reconnu à ta parole que tu étais roi, je l’ai reconnu à ton geste. Prends-moi avec toi.

– Te prendre ? Maintenant ? Tout de suite ? Non.

– Pourquoi, Maître ?

– Parce qu’il vaut mieux se jauger soi-même, avant de prendre une route très escarpée.

– Tu ne crois pas à ma sincérité ?

– Tu l’as dit. De ta part, je crois à une impulsion, mais je ne crois pas à ta constance. Réfléchis, Judas. Maintenant je pars et je reviendrai pour la Pentecôte. Si tu es au Temple, tu me verras.

Rends-toi compte de ce dont tu es capable... 54.4 Et toi, qui es-tu ? demande-t-il au second inconnu.

– Un autre qui t’a vu. Je voudrais être avec toi. Mais maintenant, cela m’effraie.

– Non, la présomption, c’est la ruine. La crainte peut être un obstacle, mais si elle vient de l’humilité, elle est une aide. Ne crains pas. Toi aussi, réfléchis et quand je viendrai...

– Maître, tu es tellement saint ! J’ai peur de n’être pas digne. Rien d’autre. Parce que, pour ce qui est de mon amour, je n’ai pas de crainte...

– Comment t’appelles-tu ?

– Thomas, surnommé Didyme.

– Je me souviendrai de ton nom. Va en paix. »

Jésus les congédie et rentre dans la maison de ses hôtes pour le souper.

54.5 Les six hommes qui sont avec lui veulent lui poser beaucoup de questions.

« Pourquoi, Maître, as-tu fait une différence entre les deux ?... Parce qu’il y a eu une différence. Tous deux obéissaient pourtant à une même impulsion, demande Jean.

– Mon ami, parce que la même impulsion peut ne pas avoir la même cause et produire un effet bien différent. Bien sûr que les deux ont eu la même impulsion, mais elle ne tend pas au même but. C’est celui qui a paru moins parfait qui l’est davantage car il n’a pas en lui un désir fiévreux de gloire humaine. Il m’aime parce qu’il m’aime.

EMV 54.8 · Tome 1

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54.8 On frappe à la porte. C’est Thomas, de nouveau. Il entre et se jette aux pieds de Jésus.

« Maître... je ne peux attendre ton retour. Laisse-moi venir avec toi. Je suis plein de défauts, mais j’ai cet amour, seul, grand, vrai, mon trésor. Il est à toi. Il est pour toi. Garde-moi, Maître... »

Jésus lui pose la main sur la tête.

« Reste, Didyme. Suis-moi. Bienheureux ceux qui sont sincères et ont une volonté tenace. Vous êtes bénis. Vous êtes pour moi plus que des parents : vous m’êtes des fils et des frères non selon le sang qui est mortel, mais selon la volonté de Dieu et la volonté de votre âme. Je vous assure qu’il n’y a pas de parenté plus étroite que celle des personnes qui font la volonté de mon Père ; or vous la faites, parce que vous cherchez le bien. »

Ainsi se termine la vision.

EMV 55 · Tome 1

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André, Pierre, Jacques et Jean, Barthélémy, Philippe, et Thomas sont à la maison de Jonas, le gardien de Gethsémani. Thomas raconte comment il est revenu sur les lieux. Jésus l'interroge, et lui propose de rester. L'apôtre est heureux, et Jésus en profite pour donner au groupe apostolique une leçon sur l'hospitalité. Pierre bougonne et lui fait quelques remarques, en disant que celui qu'on accueille n'est pas toujours bien intentionné, et le Seigneur lui répond. Puis, il demande à Thomas d'aller retrouver Simon le Zélote dans les tombeaux, et de l'accompagner jusqu'à sa purification. Ils se retrouveront plus tard. Quant à Judas, il l'encourage à ne pas aller le voir ni même à chercher sa présence.

Pierre râle encore et le Christ lui en demande la raison. Simon de Jonas lui fait remarquer alors qu'il donne des missions à ceux qui sont tout juste arrivés, mais pas aux premiers disciples qui l'ont suivi. Le Maître sourit à ses propos, et lui fait remarquer que, s'il ne donne pas de telles missions, c'est parce qu'il les connaît et qu'il est sûr d'eux. Celui qui doit être mis à l'épreuve, c'est celui qui n'est pas encore sûr, affirme le Sauveur, or le Christ les a tellement estimés qu'il a pris ses premiers apôtres "sans exiger de preuves et sans éprouver le besoin de vous en donner". Pierre est rassénéré et demande pardon. Jésus, quant à lui, lui demande de ne pas discuter sur les places et les mérites de chacun. Le Rédempteur leur rappelle qu'il est lui-même le serviteur de l'homme, et donc, il rappelle en filigrane qu'il faut rester humble.

Enfin, pour terminer, Jésus donne le portrait de Simon le Zélote à Thomas. Il ne reste plus qu'à le retrouver...

EMV 55.1.3.5 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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55.1 Ce matin, au sortir d’une très lourde torpeur de plusieurs heures, j’étais en train de prier en attendant qu’il fasse jour, quand la vision reprend.

Je dis “ reprend ” car nous nous trouvons au même endroit : dans la cuisine, large et basse, sombre à cause de ses murs tout enfumés, à peine éclairée par une petite lampe à huile posée sur la table rustique, longue et étroite à laquelle sont assises huit personnes : Jésus et ses disciples, plus le maître de maison – soit quatre de chaque côté.

Jésus est encore tourné sur son tabouret. Il n’y a en effet que des tabourets à trois pieds et sans dossier, de vrais meubles de la campagne. Il parle toujours avec Thomas. La main de Jésus est passée de la tête de Thomas à son épaule. Jésus lui dit :

« Lève-toi, mon ami. Tu as dîné ?

– Non, Maître. J’ai fait quelques mètres avec l’autre homme qui m’accompagnait puis je l’ai laissé pour revenir sur mes pas, en prétextant que je voulais parler au lépreux guéri... Je lui ai dit cela car je pensais qu’il n’aurait pas daigné s’approcher d’un homme impur. J’avais deviné juste. Mais c’était toi que je cherchais, pas le lépreux... Je voulais te demander : “ Prends-moi ! ”... J’ai tourné autour de l’oliveraie jusqu’à ce qu’un jeune homme me demande ce que je faisais. Il a dû me prendre pour un individu mal intentionné... Il était près d’une borne, là où commence la propriété. »

Le maître de maison sourit.

« C’est mon fils » explique-t-il ensuite, et il ajoute : « Il monte la garde au pressoir. Nous avons dans des caves, sous le pressoir, presque toute la récolte de l’année. Elle a été excellente. Elle a produit beaucoup d’huile. Quand il y a foule, il s’y mêle des brigands qui cambriolent les endroits qui ne sont pas gardés. Il y a huit ans, exactement à la Parascève, ils nous ont tout volé. Depuis lors, chacun à notre tour nous prenons la garde de nuit. Sa mère est allée lui porter de quoi dîner.

– Eh bien ! il m’a demandé : “ Que veux-tu ? ”, mais il me l’a dit sur un tel ton que, pour me protéger les épaules des coups de bâton, je me suis vite expliqué : “ Je cherche le Maître qui habite ici. ” Il m’a alors répondu : “ Si tu dis vrai, viens à la maison. ” Et il m’a accompagné jusqu’ici. C’est lui qui a frappé à la porte et il s’en est allé quand il a entendu mes premiers mots.

– Tu habites loin ?

– Je loge de l’autre côté de la ville, tout près de la Porte Orientale.

– Tu es seul ?

– J’étais avec mes parents. Mais ils sont allés chez d’autres parents sur la route de Bethléem. Je suis resté pour te chercher jour et nuit, jusqu’à ce que je te trouve. »

Jésus sourit et dit :

« Alors, personne ne t’attend ?

– Non, Maître.

– La route est longue, la nuit est noire. Les patrouilles ro­maines sillonnent la ville. Je te propose, si tu veux, de rester avec nous.

– Oh ! Maître ! »

Thomas est heureux.

« Faites-lui place, vous autres. Et donnez tous quelque chose à notre frère. »

Sur sa part, Jésus prélève la portion de fromage qui était devant lui. Il explique à Thomas :

« Nous sommes pauvres, et le repas est presque fini, mais c’est de tout coeur que tout le monde t’offre ce qu’il a. »

A Jean, assis à côté de lui, il dit :

« Cède ta place à notre ami. »

Aussitôt, Jean se lève et va s’asseoir au bout de la table, à côté du maître de maison.

« Assieds-toi, Thomas, mange. »

(...)

[Jésus donne une leçon sur l'hospitalité et la charité entre les appôtres. Puis il se reconcentre sur Thomas.]

55.3 Jésus se tourne vers Thomas :

« Mon ami, je t’ai dit tout à l’heure dans l’oliveraie : “ Quand je reviendrai de ces régions, si tu le veux encore, tu seras mon disciple. ” Maintenant, je te dis : “ Es-tu disposé à faire plaisir à Jésus ? ”

– Sans aucun doute.

– Mais si ce plaisir peut te demander un sacrifice ?

– Te servir n’aura rien d’un sacrifice. Que veux-tu ?

– Je voulais te dire... mais si tu as des relations, des affections...

– Rien, rien du tout ! Je t’ai, toi ! Parle.

– Ecoute. Demain, dès l’aube, le lépreux quittera les tombeaux pour trouver quelqu’un qui avertisse le prêtre. Tu commenceras par aller aux tombeaux. C’est charité. Tu y diras à haute voix : “ Toi, qui as été purifié hier, sors. C’est Jésus de Nazareth, le Messie d’Israël qui m’envoie vers toi, celui qui t’a guéri. ” Fais en sorte que le monde des “ morts-vivants ” connaisse mon Nom et frémisse d’espérance. Que celui qui a l’espérance, jointe à la foi, vienne à moi pour que je le guérisse. C’est la première manifestation de la pureté que j’apporte, de la résurrection dont je suis maître. Un jour, je donnerai une pureté plus profonde... Un jour, les tombeaux scellés vomiront les vrais morts qui apparaîtront pour rire, de leurs yeux vides, de leurs mâchoires décharnées pour la joie lointaine, et pourtant ressentie par les squelettes, des esprits libérés de l’attente des limbes. Ils apparaîtront pour rire de joie à cette libération et pour frémir en sachant à quoi ils la doivent... Toi, va. Il viendra vers toi. Tu feras ce qu’il te demandera de faire, tu l’aideras en tout comme si c’était ton frère. Et tu lui diras aussi : “ Quand tu seras totalement purifié, nous irons ensemble sur la route du fleuve au-delà de Docco et d’Ephraïm. Le Maître Jésus nous y attend toi et moi pour nous dire de quelle manière nous devons le servir. ”

– Je le ferai. Et l’autre ?

– Qui ? Judas Iscariote ?

– Oui, Maître.

– Pour lui, mon conseil reste le même. Laisse-le se décider tout seul et prendre tout son temps. Evite même de le rencontrer.

– Je resterai près du lépreux. Dans la vallée des tombeaux, il n’y a que les impurs qui se déplacent ou ceux qui s’en approchent par pitié. » (...)

55.5 Alors laisse-moi finir de parler à Thomas. Es-tu certain de reconnaître le lépreux ? Il n’y a que lui de guéri. Mais il pourrait bien être déjà parti à la lueur des étoiles pour trouver un voyageur complaisant. Et un autre, désirant entrer dans la ville pour voir des parents, pourrait peut-être se substituer à lui. Voici donc son portrait. J’étais tout à côté, de lui, et au crépuscule, je l’ai bien observé. Il est grand et maigre. Il a le teint foncé d’un sang mêlé, des yeux profonds et très noirs sous des sourcils blancs comme la neige, des cheveux blancs comme le lin et plutôt frisés, un nez long épaté à l’extrémité, comme les Libyens, des lèvres épaisses, surtout l’inférieure, et proéminentes. Il est tellement olivâtre que ses lèvres tirent sur le violet. Au front, une vieille cicatrice est restée et ce sera son unique tache, maintenant qu’il est purifié des croûtes et des saletés.

– C’est un vieux, s’il est tout blanc.

– Non, Philippe, il en donne l’impression, mais il ne l’est pas. C’est la lèpre qui l’a blanchi.

– Qu’est-ce qu’il est ? Un sang mêlé ?

– Peut-être, Pierre. Il ressemble aux peuples d’Afrique.

– Sera-t-il israélite, alors ?

– Nous le saurons, mais s’il ne l’était pas ?

– Eh bien ! S’il ne l’était pas, il pourrait s’en aller. C’est déjà beaucoup d’avoir eu la chance d’être guéri.

– Non, Pierre. Même s’il était idolâtre, moi, je ne le chasserais pas. Jésus est venu pour tout le monde. Et en vérité je te dis que les peuples des ténèbres surpasseront les fils du peuple de la Lumière... »

Jésus soupire. Puis il se lève. Il rend grâce au Père en récitant une hymne et il bénit.

La vision cesse ainsi.

EMV 56.2-4 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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56.2 Trois voyageurs sont arrêtés à ce tournant de la route, exactement au sommet de la courbe. Ils regardent en haut et en bas, au sud vers Jérusalem, au nord vers Samarie. Ils scrutent entre les troncs des arbres pour voir s’il arrive quelqu’un qu’ils at­tendent.

Ce sont Thomas, Jude et le lépreux guéri. Ils dis­cutent.

« Tu ne vois rien ?

– Moi ? Non !

– Moi non plus.

– Et pourtant, c’est bien l’endroit convenu.

– Tu en es sûr ?

– Certain, Simon. Un des six m’a dit, pendant que le Maître s’éloignait au milieu des acclamations de la foule après le miracle d’un mendiant estropié guéri à la Porte des Poissons : “ Maintenant nous sortons de Jérusalem. Attends-nous à cinq milles entre Jéricho et Docco, à la courbe du fleuve, le long de la route boisée. ” : celle-ci. Il a ajouté : “ Nous y serons d’ici trois jours, à l’aurore. ” Or voici le troisième jour, et la quatrième veille que nous nous trouvons ici.

– Est-ce qu’il viendra ? Peut-être aurait-il mieux valu le suivre depuis Jérusalem.

– Tu ne pouvais pas encore venir à travers la foule, Simon.

– Si mon cousin vous a dit de venir ici, il y viendra. Il tient toujours ses promesses. Il n’y a qu’à attendre.

56.3 – As-tu été toujours avec lui ?

– Toujours. Depuis son retour à Nazareth, il a toujours été pour moi un bon compagnon. Nous étions toujours ensemble. Nous sommes du même âge, ou plutôt je suis à peine plus âgé. Et puis j’étais le préféré de son père, le frère de mon père. Sa Mère elle aussi m’aimait beaucoup. J’ai grandi plus avec elle qu’avec ma mère.

– Elle t’aimait... Est-ce que maintenant elle ne t’aime plus autant ?

– Oh si ! Mais nous sommes un peu divisés depuis qu’il s’est fait prophète. Cela n’a pas fait plaisir à mes parents.

– Quels parents ?

– Mon père et les deux aînés. L’autre est hésitant... Mon père est très âgé, et je n’ai pas eu le coeur de le mécontenter. Mais maintenant... maintenant, ce n’est plus la même chose. Maintenant, je vais là où mon coeur et mon esprit sont attirés. Je vais à Jésus. Je ne crois pas offenser la Loi en agissant ainsi. Mais... si ce que je veux faire n’était pas juste, Jésus me le dirait. Je ferai ce qu’il me dira. Un père a-t-il le droit de s’opposer à un fils qui recherche le bien ? Si j’ai conscience que là est mon salut, pourquoi m’empêcher d’y arriver ? Pourquoi les pères sont-ils pour nous des ennemis, parfois? »

Simon soupire comme si on lui rappelait de tristes souvenirs. Il baisse la tête, mais sans dire mot.

Thomas, au contraire, répond :

« J’ai déjà franchi l’obstacle. Mon père m’a écouté et m’a compris. Il m’a béni en me disant : “ Va ! Que cette Pâque soit pour toi la libération de l’esclavage de l’attente. Heureux es-tu, toi qui peux croire. Pour moi, j’attends. Mais si c’est bien lui – et tu t’en apercevras en le suivant –, reviens vers ton vieux père pour lui dire : ‘ Viens ! Celui qu’Israël attendait est là. ’ ”

– Tu as plus de chance que moi ! Et dire que nous avons vécu à ses côtés !... et que nous ne croyons pas, nous qui sommes de sa famille !... et que nous disons – ou plutôt qu’ils disent – : “ Il a perdu la tête ” !

56.4 – Voilà, voilà un groupe de personnes, crie Simon. C’est lui, c’est lui ! Je reconnais sa tête blonde. Oh, venez ! Courons ! »

Ils se mettent à marcher rapidement vers le sud. Maintenant qu’ils ont atteint le sommet de la courbe, les arbres cachent la suite de la route, de telle sorte que les deux groupes se trouvent presque face à face au moment où ils s’y attendaient le moins. On dirait que Jésus sort du fleuve parce qu’il est entre les arbres de la berge.

« Maître !

– Jésus !

– Seigneur ! »

Les trois cris du disciple, du cousin et du miraculé reten­tissent, exprimant l’adoration et la joie.

« Paix à vous ! »

Voilà la belle voix, qui ne peut se confondre avec aucune autre, pleine, sonore, paisible, expressive, nette, virile, douce et pénétrante.

EMV 56.6 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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56.6 Jésus se tourne vers Thomas :

« Tu as obéi fidèlement. C’est la première vertu du disciple.

– Je suis venu pour t’être fidèle.

– Et tu le seras. C’est moi qui te le dis.

EMV 56.7 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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56.7 Viens, Simon, qui n’as pas eu d’enfant. Viens Jude, qui perds ton père par amour pour moi. Je vous unis dans un même sort. »

Jésus les approche l’un de l’autre. Il pose ses mains sur leurs épaules, comme pour en prendre possession, comme pour leur imposer un joug commun. Puis il dit :

« Je vous unis, mais pour l’instant je vous sépare. Toi, Simon, tu resteras ici avec Thomas. Avec lui tu prépareras les voies pour mon retour. D’ici peu je reviendrai et je veux qu’il y ait beaucoup de monde qui m’attende. Dites aux malades – toi, tu peux bien l’affirmer –, que celui qui guérit vient. Dites à ceux qui attendent que le Messie est parmi son peuple. Dites aux pécheurs qu’il y a quelqu’un qui pardonne pour donner la force de s’élever...

– Mais en serons-nous capables ?

– Oui, vous n’avez qu’à dire : “ Il est arrivé, il vous appelle, il vous attend. Il vient vous faire grâce. Soyez prêts pour le voir ici ” ; ajoutez à ces mots le récit de ce que vous savez. Quant à toi, Jude, mon cousin, viens avec moi et avec ceux-ci. Mais toi, tu resteras à Nazareth.

– Pourquoi, Jésus ?

– Parce que tu dois me préparer le chemin dans notre patrie. Tu crois que c’est une petite mission ? En vérité, il n’y en a pas de plus importante... »

Jésus soupire.

« Et est-ce que je réussirai ?

– Oui et non, mais tout sera suffisant pour que nous soyons justifiés.

– De quoi ? Et aux yeux de qui ?

– Aux yeux de Dieu. Aux yeux de la patrie. Aux yeux de la famille. Ils ne pourront nous faire de reproche, parce que nous leur aurons offert le bien. Et si la patrie et la famille le dédaignent, nous n’aurons pas la responsabilité de leur perte.