EMV 206.15-17 · Tome 3, p. 373-374
L’Evangile tel qu'il m'a été révélé
Citation
Lazare félicite Jésus, et il ajoute :
« Ah ! Cela me peine de te voir partir. Mais je suis plus content que si je t’avais vu partir avant-hier !
– Pourquoi, Lazare ?
– Parce que tu me paraissais tellement triste et fatigué ! Tu ne parlais pas, tu souriais peu hier, mais aujourd’hui tu es redevenu mon saint et doux Maître ; cela me donne une telle joie !
– Je l’étais même si je me taisais…
– Tu l’étais. Mais tu es sérénité et parole. C’est cela que nous voulons de toi. Nous buvons notre force à ces fontaines. Or ces fontaines paraissaient taries. Nous souffrions de la soif… Tu vois que même les païens s’en sont étonnés et sont venus les chercher… »
Judas, près de qui Jean s’était approché, ose parler :
« C’est vrai, ils me l’avaient demandé à moi aussi… Car j’étais tout près de l’Antonia, dans l’espoir de te voir.
– Tu savais où j’étais, répond brièvement Jésus.
– Je le savais, mais j’espérais que tu n’aurais pas déçu ceux qui t’attendaient. Même les romains ont été déçus. J’ignore pourquoi tu as agi de cette manière…
– Et c’est toi qui me le demandes ? N’es-tu pas au courant des humeurs du Sanhédrin, des pharisiens, d’autres encore, à mon égard ?
– Quoi ? Tu aurais eu peur ?
– Non. J’avais la nausée. L’an dernier, quand j’étais seul – seul contre tout un monde qui ne savait pas même si j’étais prophète –, j’ai montré que je n’avais pas peur et je t’ai gagné par l’audace que j’ai montrée. J’ai fait entendre ma voix contre tout un monde qui criait. J’ai fait entendre la voix de Dieu à un peuple qui l’avait oubliée. J’ai purifié la Maison de Dieu des souillures matérielles qui s’y trouvaient. Je n’espérais pas la laver des souillures morales bien plus graves qui y ont fait leur nid, car je n’ignore pas l’avenir des hommes. Mais c’était pour faire mon devoir par zèle pour la Maison du Seigneur éternel : elle était devenue le séjour bruyant de changeurs malhonnêtes, d’usuriers, de voleurs. Je voulais en outre secouer de leur torpeur ceux que des siècles de négligence sacerdotale avaient fait tomber dans une léthargie spirituelle. C’était une sonnerie de rassemblement pour mon peuple, pour l’amener à Dieu… Cette année, je suis revenu… et j’ai vu que le Temple était toujours le même… Qu’il est pire encore. Ce n’est plus un repaire de voleurs, mais l’endroit où l’on conjure. Il deviendra plus tard le siège du Crime, puis un lupanar et, finalement, il sera détruit par une force plus puissante que celle de Samson, et l’on en chassera une caste indigne de s’appeler sainte. Inutile de parler en ce lieu où, tu t’en souviens, il me fut interdit de parler. Peuple traître ! Peuple empoisonné jusque dans ses chefs, peuple qui ose interdire à la Parole de Dieu de parler dans sa Maison ! Cela me fut interdit. Je me suis tu par amour pour les plus petits. Ce n’est pas encore l’heure de me tuer. Trop de gens ont besoin de moi, et mes apôtres ne sont pas encore assez forts pour recevoir dans leurs bras mes enfants, c’est-à-dire le monde. Ne pleure pas, Mère ; toi qui es bonne, pardonne à ton Fils son besoin de dire, à qui veut ou peut s’illusionner, la vérité que je connais… Je me tais… Mais malheur à ceux par qui Dieu est réduit au silence ! Mère, Marziam, ne pleurez pas… Je vous en prie ! Que personne ne pleure… »
En réalité, tout le monde pleure, plus ou moins douloureusement.
Judas, pâle comme un mort, dans son vêtement jaune et rouge à rayures ose encore parler, d’une voix ridicule de pleurnicheur :
« Crois bien, Maître, que je suis étonné et contristé… Je ne sais ce que tu veux dire… Je ne sais rien… C’est vrai que je n’ai vu personne du Temple. J’ai rompu mes relations avec tous… Mais, si tu le dis, ce doit être vrai…
– Judas ! Et Sadoq, tu ne l’as pas vu ? »
Judas baisse la tête en bredouillant :
« C’est un ami… C’est comme tel que je l’ai vu, non pas comme appartenant au Temple… »
Jésus ne répond pas. Il se tourne vers Isaac et Jean d’En-Dor auxquels il fait des recommandations concernant leur travail. Pendant ce temps, les femmes réconfortent Marie, en larmes, et l’enfant qui pleure de voir pleurer Marie.
Lazare et les apôtres sont attristés eux aussi, mais Jésus vient à eux.
Annotation
L’an dernier, quand j’étais seul – seul contre tout un monde qui ne savait pas même si j’étais prophète –, j’ai montré que je n’avais pas peur et je t’ai gagné par l’audace que j’ai montrée. Jésus chassant les marchands du Temple a fortement impressionné Judas. Cf. EMV 53, et EMV 54.3.
– Judas ! Et Sadoq, tu ne l’as pas vu ? Cf. EMV 201.2.
Mots-clés
- Ennemis de Jésus-Christ
- Entretiens entre Jésus et Judas
- Judas de Kérioth (apôtre)
- Mort de Jésus-Christ
- Omniscience de Jésus
- Purification du Temple par Jésus-Christ
- Reproches de Jésus-Christ
- Reproches de Jésus-Christ aux pharisiens
- Sadoq ou Sadoc (scribe - sanhédriste - pharisien)
- Souffrance et douleur de la Vierge Marie