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Âne de Bethléem

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EMV 28.1-6 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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28.1 Je vois une grande route. Il y a un monde fou : des ânes vont dans un sens, chargés de meubles et de personnes, d’autres en sens inverse. Les gens éperonnent leur monture, et ceux qui marchent se hâtent à cause du froid.

L’air est pur et sec, le ciel serein, mais tout a cette netteté propre aux jours de plein hiver. Dénudée, la campagne paraît plus vaste, et les prés sont revêtus d’une herbe courte, brûlée par les vents d’hiver ; sur les pâturages, les brebis sont en quête d’un peu de nourriture et vont à la recherche du soleil qui commence à poindre. Elles se serrent les unes aux autres parce qu’elles ont froid elles aussi, et bêlent en levant le museau en direction du soleil, comme pour lui dire : « Dépêche-toi, il fait froid ! » Le terrain est fait d’ondulations qui deviennent de plus en plus nettes. C’est un vrai paysage de collines. Il y a des déclivités herbeuses et des côtes, il y a des vallons et des crêtes. La route passe au milieu et se dirige vers le sud-est.

Marie est montée sur son âne gris, tout enveloppée dans son lourd manteau. A l’avant de la selle se trouve le dispositif que j’ai déjà vu lors de son voyage à Hébron et, par-dessus, le coffre contenant les objets de première nécessité.

Joseph marche à côté en tenant la bride.

« Tu es fatiguée ? » lui demande-t-il de temps à autre.

Marie le regarde en souriant et répond :

« Non. »

A la troi­sième fois, elle ajoute :

« Ce serait plutôt à toi d’être fatigué, puisque tu marches.

– Oh, moi ! Pour moi, ce n’est rien. Je pense que, si j’avais trouvé un autre âne, tu aurais pu être mieux installée et nous aurions pu aller plus vite. Mais, vraiment, je n’en ai pas trouvé. Tout le monde a besoin de montures, en ce moment. Mais courage ! Nous arriverons bientôt à Bethléem. Derrière cette mon­tagne, c’est Ephrata. »

Ils gardent le silence. Quand elle ne parle pas, la Vierge paraît se recueillir en quelque prière intérieure. Elle sourit doucement à une pensée et, bien qu’ayant la foule sous les yeux, on dirait qu’elle ne voit pas s’il s’agit d’un homme, d’une femme, d’un vieillard, d’un berger, d’un riche ou d’un pauvre, mais de ce que, elle, elle y reconnaît.

Le vent se lève.

« Tu as froid ? lui demande Joseph.

– Non, merci. »

Mais Joseph ne se fie pas à sa réponse. Il lui touche les pieds, qui pendent sur le flanc de l’âne, ses pieds chaussés de sandales et qu’on voit à peine dépasser de son long vêtement. Il doit les trouver froids, parce qu’il secoue la tête, enlève une couverture qu’il porte en bandoulière ; il en entoure les jambes de Marie et la lui étend jusque sur la poitrine, de façon à ce que ses mains soient bien au chaud sous la couverture et sous le manteau.

28.2 Ils rencontrent un berger qui leur coupe la route avec son troupeau qui passe du pâturage de droite à celui de gauche. Joseph se penche pour lui demander quelque chose. Le berger y consent. Joseph prend l’âne et lui fait suivre le troupeau dans le pâturage. Le berger tire un bol grossier d’une besace, trait une grosse brebis aux mamelles gonflées et tend le bol à Joseph, qui l’offre à Marie.

« Que Dieu vous bénisse tous deux, dit Marie, toi pour ton amour, et toi pour ta bonté. Je prierai pour toi.

– Vous venez de loin ?

– De Nazareth, répond Joseph.

– Et où allez-vous ?

– A Bethléem.

– C’est un bien long voyage pour la femme, dans son état. C’est ta femme ?

– C’est ma femme.

– Avez-vous un endroit où aller ?

– Non.

– C’est fâcheux ! Bethléem est noire de monde venu de partout pour s’inscrire ou pour aller s’inscrire ailleurs. Je ne sais où vous trouverez un logement. Tu connais l’endroit ?

– Pas bien.

– Eh bien... je te renseigne... pour elle (il désigne Marie). Cherchez l’auberge. Elle sera pleine, mais je vous l’indique pour vous donner un point de repère. Elle se trouve sur une place, la plus grande. On y va par la grand-rue, vous ne pouvez vous tromper. Il y a une fontaine devant. C’est una maison grande et basse, avec un grand portail. Elle sera comble. Mais, si vous ne trouvez de place ni là ni dans les maisons, tournez derrière l’auberge, en direction de la campagne. Il s’y trouve des abris dans la montagne, qui servent parfois aux marchands en route pour Jérusalem pour y mettre leurs animaux qui ne trouvent pas de place à l’auberge. Ce sont des étables, vous savez, dans la montagne : humides, froides et sans porte. Mais c’est toujours un refuge, parce que la femme... ne peut rester dans la rue. Peut-être y trouverez-vous de la place... et du foin pour dormir et pour l’âne. Et que Dieu vous accompagne !

– Que Dieu te comble de joie », répond Marie.

Joseph, quant à lui, répond :

« Que la paix soit avec toi ! »

28.3 Ils reprennent la route. Un plus grand vallon apparaît du haut de l’escarpement qu’ils ont franchi. Dans ce vallon, en haut et en bas des pentes qui l’encerclent, se trouvent des maisons, et encore des maisons : c’est Bethléem.

« Nous voici sur la terre de David, Marie. Tu vas pouvoir te reposer. Tu me parais si fatiguée...

– Non. Je pensais... je pense... »

Marie saisit la main de Joseph et, avec un sourire radieux, elle lui dit :

« Je pense que le moment est arrivé.

– Dieu de miséricorde ! Qu’allons-nous faire ?

– Ne crains rien, Joseph. Reste calme. Tu vois comme, moi, je suis sereine ?

– Mais tu souffres beaucoup.

– Oh non ! je suis toute joyeuse. J’éprouve une telle joie, si forte, si belle, si irrésistible, que mon coeur bat à tout rompre et me dit : “ Il naît ! Il naît ! ” Il me le répète à chaque battement. C’est mon Enfant qui frappe à la porte de mon coeur et dit : “ Maman, c’est moi, je viens t’apporter le baiser de Dieu. ” Ah, quelle joie, mon Joseph ! »

Mais Joseph n’est pas à la joie. Il pense à l’urgence de trouver un lieu d’accueil et hâte le pas. Porte après porte, il demande un abri, mais rien : tout est occupé. Ils parviennent à l’auberge. Elle est pleine de gens qui bivouaquent, jusque sous les portiques rustiques qui entourent la grande cour intérieure.

Joseph laisse Marie sur son âne à l’intérieur de la cour et sort poursuivre sa recherche dans d’autres maisons. Il n’y a rien. Précoce, le crépuscule d’hiver commence à étendre son voile. Joseph supplie l’aubergiste. Il supplie des voyageurs : eux sont des hommes, qui plus est en bonne santé. Là à côté, il y a une femme qui va mettre un enfant au monde : qu’ils fassent preuve de pitié ! Mais rien.

Un riche pharisien les regarde avec un mépris visible et, quand Marie s’avance, il s’éloigne comme s’il s’était approché d’une lépreuse. Joseph le regarde et rougit d’indignation. Marie pose la main sur le poignet de Joseph pour l’apaiser :

« N’insiste pas. Partons. Dieu y pourvoira. »

28.4 Ils sortent, longent le mur de l’auberge, tournent dans une ruelle encastrée entre elle et de pauvres maisons, et passent derrière l’auberge. Ils cherchent. Voilà des espèces de grottes, de caves dirais-je, plus que des étables, tant elles sont basses et humides. Les plus belles sont déjà occupées. Joseph est découragé.

« Hé ! Galiléen ! Crie un vieil homme derrière lui. Là au fond sous cette ruine, il y a une tanière. Peut-être n’y a-t-il encore personne. »

Ils s’approchent de cette “ tanière ”. C’est réellement une tanière. Parmi les décombres de quelque bâtiment en ruine se trouve une ouverture qui donne sur une grotte, une excavation dans la montagne plus qu’une grotte, même. J’ai l’impression qu’il s’agit des fondations de l’ancienne construction, auxquelles servent de toit les matériaux soutenus par des troncs d’arbre à peine équarris.

Il y a bien peu de lumière et, pour mieux voir, Joseph prend de l’amadou et un allume-feu ; il allume une petite lampe qu’il sort de la besace qu’il tient en bandoulière. Il entre, et c’est un mugissement qui le salue.

« Viens, Marie, c’est vide. Il n’y a qu’un boeuf. » Joseph sourit. « C’est mieux que rien !... »

28.5 Marie descend de son âne et entre.

Joseph a pendu son lumignon à un clou fixé à l’un des troncs qui servent de pilier. On voit plein de toiles d’araignées sur la voûte. Le sol en terre battu, tout disloqué, avec des trous, des cailloux, des détritus et des bouses, est recouvert de brins de paille. Au fond, un boeuf se retourne et regarde de ses yeux tranquilles tandis que du foin lui pend des lèvres. Il y a un siège grossier et deux pierres dans un coin près d’une fente. Le noir de ce recoin révèle que c’est là qu’on fait du feu.

Marie s’approche du boeuf. Elle a froid. Elle pose ses mains sur son cou pour en sentir la tiédeur. Le boeuf mugit et se laisse faire. On dirait qu’il comprend. Même quand Joseph le pousse plus loin pour enlever beaucoup de foin du râtelier et faire un lit pour Marie, il reste bien paisible. En fait, le râtelier est double : il y a celui dans lequel mange le boeuf et, au-dessus, une sorte d’étagère qui sert de réserve, et c’est là que Joseph se sert. Il fait également une place pour l’âne, épuisé et affamé, qui se met aussitôt à manger.

Joseph déniche aussi un seau renversé tout cabossé. Comme, dehors, il avait remarqué un ruisseau, il sort pour revenir avec de l’eau pour l’âne. Puis il s’empare d’un fagot de branchages posé dans un coin et tente de balayer un peu le sol. Il étend ensuite le foin, en fait une couche, près du boeuf, à l’endroit le plus sec et le plus abrité. Mais il sent que ce pauvre foin est humide, et il soupire. Il allume le feu et, avec une patience de chartreux, il sèche le foin par poignées en le tenant près du feu.

Assise sur son tabouret, Marie, lasse, regarde et sourit. C’est prêt. Elle s’installe du mieux qu’elle peut sur le foin moelleux, les épaules appuyées contre un tronc. Joseph complète... “ l’ameublement ” en étendant son manteau comme une tente sur le trou qui sert d’entrée. C’est un abri très relatif ! Puis il offre du pain et du fromage à la Vierge et lui donne à boire l’eau d’une gourde.

« Dors, maintenant », lui dit-il. « Je veillerai auprès du feu pour qu’il ne s’éteigne pas. Il y a du bois, heureusement. Espérons qu’il durera et brûlera. Je pourrai économiser l’huile de la lampe. »

Obéissante, Marie s’étend. Joseph la recouvre de son manteau à elle et de la couverture qu’elle avait auparavant sur les pieds.

« Mais toi, tu vas prendre froid...

– Non, Marie, je suis près du feu. Essaie de te reposer. Demain, ça ira mieux. »

Marie ferme les yeux sans insister davantage. Joseph se rencogne de l’autre côté, sur le tabouret, avec quelques brindilles près de lui. Elles ne vont pas durer longtemps, à mon avis...

Ils sont placés de la manière suivante : Marie est à droite, les épaules face à la... “ porte ”, à moitié cachée par le tronc et le corps du boeuf, qui s’est accroupi sur sa litière. Joseph est à gauche, près de la porte, donc en diagonale ; comme il a le visage dirigé vers le feu, il tourne le dos à Marie. Il pivote donc de temps en temps pour la regarder et la voit tranquille, comme si elle dormait. Il brise doucement les branchettes et les met une à une sur le foyer pour économiser le bois sans que la flamme s’éteigne, et pour éclairer leur abri. Il ne reste plus que la lueur du feu, parfois plus vive, parfois presque morte. En effet, la petite lampe est éteinte et seule la blancheur du boeuf, du visage et des mains de Joseph se détachent sur cette pénombre. Tout le reste fait une masse qui se fond dans l’épaisseur de la nuit.

28.6 « Il n’y a rien à dire de plus », dit Marie. « La vision parle d’elle-même. C’est à vous qu’il revient d’en tirer la leçon de charité, d’humilité et de pureté qui en découle. Repose-toi. Repose-toi en veillant, comme je veillais en attendant Jésus. Il viendra t’apporter sa paix. »

Annotation

Luc 2,4-5 :

Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.

EMV 119.1 · Tome 2, p. 288-289

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Les gens bavardent et les mieux informés expliquent qui est le Maître et pourquoi il parle à cet endroit. Quelqu’un dit :

« Mais est-il plus grand que Jean ?

– Non. Il est différent. J’appartenais à Jean : c’est le Précurseur et la voix de la justice. Celui-ci, c’est le Messie, la voix de la sagesse et de la miséricorde.

– Comment le sais-tu ? demandent plusieurs.

– Ce sont trois disciples attachés à Jean-Baptiste qui me l’ont dit. Si vous saviez ! Ils l’ont vu naître. Pensez : il est né de la lumière. C’était une lumière tellement forte qu’eux, qui étaient bergers, se sont sauvés du bercail au milieu des animaux affolés et terrorisés. Ils ont vu Bethléem tout en feu, puis des anges sont descendus du ciel. De leurs ailes, ils ont éteint le feu. Par terre, il y avait lui, l’Enfant né de la lumière. Tout le feu est devenu une étoile...

– Mais non, ce n’est pas comme ça.

– Si, c’est comme ça. C’est ce que m’a dit, quand j’étais enfant, un homme qui était palefrenier à Bethléem. Maintenant que le Messie est devenu homme, il s’en vante.

– Non, ce n’est pas non plus cela. L’étoile est venue plus tard. Elle est venue avec les Mages d’Orient. L’un d’eux était parent de Salomon et par conséquent du Messie, car il est de la race de David et David était le père de Salomon. Salomon s’était épris de la reine de Saba parce qu’elle était belle et à cause des présents qu’elle lui avait apportés. Elle en eut un fils qui est de Judée, tout en étant d’au-delà du Nil.

– Mais qu’est-ce que tu racontes. Tu es fou ?

– Non. Tu veux dire que ce n’est pas vrai qu’il lui a apporté, lui le parent, des aromates, comme c’est l’usage entre rois de cette lignée ?

– Moi, je sais ce qu’il en est, dit un autre. C’est ainsi. Je le sais car j’ai pour ami Isaac, l’un des bergers. Donc : l’Enfant est né dans une étable de la maison de David. C’était la prophétie.

– Mais n’est-il pas de Nazareth ?

– Laissez-moi parler. Il est né à Bethléem parce qu’il est de la race de David, et c’était au temps de l’édit. Les bergers ont vu une lumière, la plus belle qui ait existé. Le plus jeune, parce qu’il était innocent, fut le premier à voir l’ange du Seigneur. Sa voix, harmonieuse comme une harpe, disait : “ Le Sauveur est né. Allez et adorez. ” Puis des anges en foule chantaient : “ Gloire à Dieu et paix aux hommes bons. ” Les bergers allèrent sur place et virent un tout petit enfant dans une mangeoire entre un boeuf et un âne, la mère et le père. Ils l’adorèrent, puis le conduisirent dans la maison d’une brave femme. Et l’enfant grandissait, comme tous les enfants, beau, gentil, tout amour. Ensuite vinrent des Mages d’au-delà de l’Euphrate et du Nil, parce qu’ils avaient vu une étoile et reconnu en elle l’étoile de Balaam. Mais l’enfant savait déjà marcher. Le roi Hérode ordonna l’extermination par jalousie du futur roi. Mais l’ange du Seigneur avait averti du danger : les enfants de Bethléem moururent, mais pas lui qui s’était enfui plus loin que Matarea. Plus tard, il revint à Nazareth pour y travailler comme menuisier. Le temps venu, après que Jean-Baptiste, son cousin, l’eut annoncé, il a commencé sa mission et d’abord par rechercher les bergers. Il a guéri Isaac de la paralysie, après trente années d’infirmité. Isaac est infatigable pour l’annoncer. Voilà.

– Mais les trois disciples de Jean-Baptiste m’ont dit exactement cela ! Dit le premier, dépité.

– Et c’est bien vrai. Ce qui ne l’est pas, c’est la description du palefrenier. Il s’en vante ? Il ferait bien de dire aux habitants de Bethléem d’être bons. Le Maitre n’a pu prêcher ni à Bethléem ni à Jérusalem.

– Oui ! Mais pense donc si les scribes et les pharisiens veulent entendre ses paroles ! Ce sont des vipères et des hyènes, comme les appelle Jean-Baptiste.

Détail

Les gens parlent de la Nativité et des Bergers. Il y a des récits approximatifs, voire pas corrects du tout, jusqu'à ce que l'un d'eux parle effectivement de ce qu'il s'est passé grâce au récit d'Isaac, le berger. Il dénonce le récit inexact d'un palefrenier ; pourtant c'est cette dernière version que les pharisiens veulent entendre.

Annotation

Les trois disciples mentionnés sont Matthias, Siméon et Jean.

EMV 207.2 · Tome 3, p. 376-377

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Ils continuent leur route par la fraîche vallée orientée d’est en ouest, puis ils tournent légèrement vers le nord, longent une colline qui se dresse là et rejoignent ainsi la route qui mène de Jérusalem à Bethléem, justement à côté du cube que surmonte le dôme arrondi du tombeau de Rachel. Tous s’approchent pour prier avec respect.

« Nous nous sommes arrêtés ici, Joseph et moi. Tout est comme à l’époque. Il n’y a que la saison qui diffère : c’était alors une froide journée de Casleu[1]. Il avait plu et les routes étaient devenues boueuses, puis il s’était levé un vent glacial et peut-être avait-il gelé pendant la nuit. Les chemins s’étaient durcis mais, sillonnés par des chars et par la foule, ils ressemblaient tous à une mer couverte de trous, si bien que mon petit âne se fatiguait beaucoup…

– Pas toi, Mère ?

– Oh moi, je t’avais, toi !… »

Son regard exprime un tel bonheur que c’en est émouvant. Puis elle reprend la parole :

« La nuit tombait et Joseph était très soucieux… Un vent cinglant se levait et ne cessait de se renforcer… Les gens se hâtaient vers Bethléem, on se heurtait, et plusieurs prenaient à partie mon petit âne qui avançait bien lentement, cherchant où il devait mettre les sabots… Il semblait savoir que tu étais là… et que tu sommeillais pour la dernière fois dans le berceau de mon sein. Il faisait froid… mais moi, je brûlais. Je te sentais arriver… Arriver ? Tu pourrais dire : “ Cela fait neuf mois que j’étais là, Maman. ” Certes, mais à ce moment-là, c’était comme si tu descendais des Cieux. Les Cieux s’abaissaient jusqu’à moi et j’en voyais les splendeurs… Je voyais la Divinité brûler de la joie de ta naissance toute proche, et ces feux me pénétraient, m’incendiaient, m’abstrayaient… de tout… Froid… vent… foule… tout cela n’était rien ! Je voyais Dieu… De temps à autre, avec effort, je réussissais à ramener mon esprit sur la terre et je souriais à Joseph qui craignait pour moi le froid et la fatigue ; il guidait le petit âne de peur d’un faux pas et m’enveloppait dans une couverture pour que je ne prenne pas froid… Mais il ne pouvait rien arriver. Je ne sentais pas les secousses. J’avais l’impression d’avancer sur un chemin d’é­toiles, au milieu de nuées éclatantes que soutenaient les anges… Et je souriais… D’abord à toi… A travers les barrières de la chair, je te regardais dormir, tes petits poings serrés dans ton petit lit de roses vivantes, mon bouton de lys… Puis je souriais à mon époux si affligé, si affligé, pour l’encourager… et aussi aux gens qui ne savaient pas que déjà ils respiraient dans l’aura du Sauveur…

Nous nous sommes arrêtés près du tombeau de Rachel pour que le petit âne se repose un moment et pour manger un peu de pain et d’olives, nos provisions de pauvres. Mais je n’avais pas faim. Je ne pouvais pas avoir faim… Ma joie me nourrissait…

Annotation

Mon petit âne se fatiguait beaucoup… Cf. EMV 28.

Tombeau de Rachel – Genèse 35, 16-19 – Rachel, fille cadette de Laban. Elle était très belle. Jacob la rencontra auprès du puits où elle allait abreuver ses troupeaux, à proximité de Harân, en Mésopotamie. Dès qu’il la vit, il l’aima. Jacob, dépourvu de biens, ne pouvait payer la somme que tout prétendant donnait aux parents d’une jeune fille. C’est pourquoi il servit son beau-père pendant 7 ans, afin d’obtenir Rachel. En même temps, Jacob, isolé et fugitif, était heureux de se rattacher à un groupe patriarcal. Il se lia par contrat, et on lui donna une femme du clan. Dès lors, il ne pouvait pas partir et emmener sa femme et ses enfants sans autorisation, même au terme du contrat. À la fin des 7 premières années, Laban trompa Jacob, et lui fit épouser Léa, son aînée, beaucoup moins attrayante semble-t-il. Le fils d’Isaac servit encore 7 ans pour avoir la cadette, la seule qu’il ait aimée. Rachel devint sa femme (Genèse 29,1-30) la mère de Joseph (Genèse 30,22-25), puis de Benjamin; elle mourut à la naissance de celui-ci (Genèse 35,16-20; 48,7). Jacob l’ensevelit un peu au nord de Ephrata, plus connue sous le nom de Bethléem. La tombe se trouvait en un lieu que traversait le voyageur allant de Béthel à Bethléem (source BibleOnLine).

Livre de la Genèse 35, 16-19

Gn 35, 16-19 : Ils partirent de Béthel. Il y avait encore une certaine distance avant d’arriver à Ephrata, lorsque Rachel enfanta, et son accouchement fut pénible. Pendant les douleurs de l’enfantement, la sage-femme lui dit : « Ne crains point, car c’est encore un fils que tu vas avoir. » Comme son âme s’en allait, — car elle était mourante, — elle le nomma Bénoni ; mais son père l’appela Benjamin. Rachel mourut, et elle fut enterrée au chemin d’Éphrata, qui est Bethléem. 20Jacob éleva un monument sur sa tombe ; c’est le monument de la Tombe de Rachel, qui subsiste encore aujourd’hui.

EMV 207.5-7 · Tome 3, p. 378-381

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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207.5 Venez. Allons à la grotte. Il est inutile d’entrer dans la ville. Les plus grands amis de mon Enfant n’y sont plus. La nature, cette amie, nous suffit, avec ses pierres, sa petite rivière, son bois pour faire du feu… la nature qui a senti venir son Seigneur… Voilà, venez en sûreté. On tourne ici… Voici les ruines de la tour de David. Ah ! Elles me sont plus chères qu’un palais de roi ! Ruines bénies ! Ruisseau béni ! Arbre béni que, comme par miracle, le vent a dépouillé de branches en grand nombre pour que nous trouvions du bois et puissions faire du feu ! »

Marie descend rapidement vers la grotte, franchit le ruisseau sur une planche qui sert de pont, court à l’emplacement qui se trouve devant les ruines et tombe à genoux sur le seuil de la grotte. Elle se penche et en baise le sol. Tous les autres la suivent. Ils sont émus… L’enfant [Marziam], qui ne la quitte pas un instant, semble écouter une merveilleuse histoire et ses yeux noirs boivent les paroles et les gestes de Marie sans en perdre un seul.

Marie se relève et entre en disant :

« Tout est resté comme autrefois ! Mais il faisait nuit, à cette époque… Joseph fit de la lumière à mon entrée. C’est alors seulement, en descendant de l’âne, que je sentis à quel point j’étais fatiguée et gelée… Un bœuf nous salua, j’allai à lui pour sentir un peu de chaleur, pour m’appuyer contre le foin… Là où je suis, Joseph étendit du foin pour me faire un lit et le sécha pour moi comme pour toi, mon Fils, à la flamme allumée dans ce coin… car, par amour, cet ange qu’était mon époux était bon comme un père… Et nous tenant par la main, comme deux frères perdus dans l’obscurité de la nuit, nous avons mangé du pain et du fromage, puis il alla de ce côté alimenter le feu, et ôta son manteau pour boucher l’ouverture… En réalité, il fit tomber un voile devant la gloire de Dieu qui descendait des Cieux, toi, mon Jésus… et je restai sur le foin, dans la tiédeur des deux animaux, enveloppée dans mon manteau et dans la couverture de laine… Mon cher époux… En cette heure d’anxiété où j’étais seule devant le mystère de ma première maternité, toujours pleine d’inconnu pour une femme et, pour moi, dans mon unique maternité, remplie aussi du mystère qu’allait être la vision du Fils de Dieu émergeant d’une chair mortelle, lui, Joseph, fut pour moi une mère, il fut un ange… mon réconfort… à cette époque comme toujours…

207.6 Le silence et le sommeil enveloppèrent ensuite le Juste… pour qu’il ne voie pas ce qui était pour moi le baiser quotidien de Dieu… Alors, après cet intermède des nécessités humaines, survinrent pour moi les flots sans mesure de l’extase arrivant de la mer paradisiaque, qui me soulevaient de nouveau sur des crêtes lumineuses toujours plus élevées, et m’emportèrent avec eux, tout en haut, dans un océan de lumière, de lumière, de joie, de paix, d’amour jusqu’à ce que je me trouve perdue dans la mer de Dieu, du sein de Dieu… J’entendis encore une voix de la terre : “ Tu dors, Marie ? ”, mais si lointaine… Un écho, un souvenir de la terre… si faible que l’âme n’en est pas touchée… je ne sais quelle réponse j’y fis pendant que je ne cessais de m’élever dans cet abîme de feu, de béatitude infinie, d’avant-goût de Dieu… jusqu’à lui, jusqu’à lui… Oh ! Mais est-ce toi qui es né, ou est-ce moi qui suis née de la splendeur trinitaire, cette nuit-là ? Est-ce moi qui t’ai donné, ou toi qui m’as aspirée pour me donner ? Je ne sais pas…

Puis vint la descente, de chœur en chœur, d’astre en astre, de nuage en nuage, douce, lente, bienheureuse, tranquille comme celle d’une fleur qu’un aigle a emmenée dans les hauteurs et qu’il a laissée tomber, et qui redescend lentement sur les ailes de l’air, embellie par une pluie de pierres précieuses, par une parcelle d’arc-en-ciel dérobée au ciel, et qui se retrouve sur sa terre natale… Mon diadème, c’est toi ! Toi, sur mon cœur…

M’étant assise ici, après t’avoir adoré à genoux, je t’ai aimé. Enfin, j’ai pu t’aimer sans la barrière de la chair ; je me suis levée pour te porter à l’amour de celui qui, comme moi, était digne de t’aimer dans les premiers. Et ici, entre ces deux rustiques colonnes, je t’ai offert au Père. Et, ici, tu as reposé pour la première fois sur le cœur de Joseph… Je t’ai ensuite emmailloté et, ensemble, nous t’avons déposé ici… Je te berçais pendant que Joseph séchait le foin à la flamme et le tenait au chaud en le mettant sur sa poitrine. A cet endroit, nous t’adorions tous deux, penchés sur toi comme moi maintenant, pour boire ta respiration, pour voir à quel anéantissement peut conduire l’amour, pour verser les larmes que l’on verse sûrement au Ciel sous l’effet de la joie inépuisable de voir Dieu. »

207.7 Marie est allée et venue pendant cette évocation, indiquant les endroits, haletante d’amour, une larme scintillant dans ses yeux bleus et un sourire de joie sur les lèvres ; elle se penche réellement sur son Jésus qui s’est assis sur une grosse pierre pendant cette évocation, et elle embrasse ses cheveux en pleurant et adorant comme alors…

« Et puis les bergers… à l’intérieur, ici, pour adorer de toute leur âme pleine de bonté, accompagnés du grand soupir de la terre qui entrait avec eux et de leur odeur d’hommes, de troupeaux, de foin ; et au-dehors, partout, il y avait des anges pour t’adorer par leur amour, par leurs chants qu’aucune créature humaine ne saurait répéter, et par l’amour des Cieux, par l’atmosphère des Cieux qui entrait avec eux, et qu’ils apportaient avec leur éclat… Ta naissance, béni !… »

Marie s’est agenouillée auprès de son Fils ; elle pleure d’émotion, la tête appuyée sur ses genoux. Pendant quelques instants, personne n’ose parler. Plus ou moins émues, les personnes présentes regardent autour d’elles comme si, au milieu des araignées et des cailloux rugueux, elles espéraient voir le spectacle de la scène décrite…

Marie se ressaisit et dit :

« Voilà, je vous ai raconté la naissance de mon Fils dans son infinie simplicité et son infinie grandeur, avec mon cœur de femme, pas avec la sagesse d’un maître. Il n’y a rien d’autre, car ce fut la chose la plus grande de la terre, cachée sous les apparences les plus communes. »

Détail

La Vierge Marie raconte la Nativité de son Fils aux apôtres, à Marziam, et à quelques femmes-disciples.