EMV 135.6-8 · Tome 2, p. 413-416
LâEvangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©
Citation
135.6 ⊠La vision reprend lorsque JĂ©sus revient sur la terrasse pour parler aux habitants de BĂ©thanie et des localitĂ©s voisines, accourus pour lâentendre.
« Paix à vous.
Quand bien mĂȘme je me tairais, les vents de Dieu vous apporteraient les paroles de mon amour et de la rancĆur dâautrui. Je sais que vous ĂȘtes en effervescence, car la raison de ma prĂ©sence parmi vous ne vous est pas inconnue. Mais ce ne doit ĂȘtre quâune manifestation joyeuse, et bĂ©nissez avec moi le Seigneur qui utilise le mal pour rĂ©jouir ses enfants, ramenant par lâaiguillon du mal son Agneau parmi les agneaux pour le mettre Ă lâabri des loups.
Voyez comme le Seigneur est bon. A lâendroit oĂč jâĂ©tais, sont arrivĂ©s, comme des eaux Ă la mer, un fleuve et une riviĂšre. Un fleuve de douceur affectueuse, une riviĂšre de brĂ»lante amertume. Le premier, câĂ©tait votre amour, depuis Lazare et Marthe jusquâau bout du pays ; la riviĂšre, câĂ©tait la hargne injuste de gens qui, ne pouvant venir vers le Bien qui les invite, accusent le Bien dâĂȘtre le Crime. Et le fleuve disait : â Reviens, reviens parmi nous. Que nos eaux tâentourent, tâisolent, te dĂ©fendent. Quâelles te donnent tout ce que te refuse le monde ! â La riviĂšre empoisonnĂ©e Ă©tait menaçante et voulait tuer par son poison. Mais quâest-ce quâune riviĂšre devant un fleuve, et quâest-elle devant la mer ? Rien. Le poison de la riviĂšre a Ă©tĂ© rĂ©duit Ă rien car le fleuve de votre amour lâa annihilĂ©, et dans la mer de mon amour ne sâest jetĂ©e que la douceur de votre amour. Mieux, il a fait naĂźtre un bien : il mâa ramenĂ© vers vous. BĂ©nissons-en le TrĂšs-Haut. »
Puissante, la voix de JĂ©sus se rĂ©pand dans lâair calme et silencieux. JĂ©sus, trĂšs beau dans la lumiĂšre du soleil, sourit avec des gestes tranquilles du haut de la terrasse. En bas, les gens lâĂ©Âcoutent, pleins de joie : câest une floraison de visages levĂ©s vers lui qui sâĂ©panouissent au son de sa voix harmonieuse. Lazare se tient auprĂšs de JĂ©sus, de mĂȘme que Simon et Jean. Les autres sont dispersĂ©s dans la foule. Marthe elle aussi monte sur la terrasse et sâassied par terre aux pieds de JĂ©sus. Elle regarde vers sa maison que lâon aperçoit par-delĂ le verger.
« Le monde appartient aux mĂ©chants. Le Paradis appartient aux bons. Câest la vĂ©ritĂ© et la promesse. Câest sur elles que sâappuient notre force et notre assurance. Le monde passe. Le Paradis ne passe pas. Celui qui le conquiert par sa bontĂ© en jouit Ă©ternellement. Alors pourquoi se troubler devant les actes des mĂ©chants ? Vous rappelez-vous les lamentations de Job ? Ce sont les Ă©ternelles lamentations des bons que lâon opprime. Car la chair gĂ©mit, mais elle ne devrait pas gĂ©mir, et plus on la foule aux pieds, plus les ailes de lâĂąme devraient sâĂ©lever dans la joie du Seigneur.
Croyez-vous quâils soient heureux, ceux qui le paraissent parce quâils possĂšdent â licitement ou plutĂŽt illicitement â des monceaux de blĂ©, des cuves toutes pleines, et des outres remplies dâhuile ? Non. Ils sentent le goĂ»t du sang et des larmes dâautrui dans toute leur nourriture, et leur lit leur paraĂźt hĂ©rissĂ© de ronces tellement ils y sont dĂ©vorĂ©s par leurs remords. Ils volent les pauvres et dĂ©pouillent les orphelins, pillent le prochain pour toujours amasser, ils oppriment ceux qui sont moins puissants et moins pervers quâeux. Peu importe. Laissez-les faire. Leur royaume est de ce monde. Et Ă leur mort, que leur restera-t-il ? Rien. A moins quâon ne veuille appeler trĂ©sor le fardeau des fautes quâils portent avec eux et avec lequel ils se prĂ©senteront Ă Dieu. Laissez-les faire. Ce sont les fils des tĂ©nĂšbres, rĂ©voltĂ©s contre la LumiĂšre, et ils ne peuvent suivre ses sentiers lumineux. Quand Dieu fait briller lâEtoile du matin, ils lâappellent ombre mortelle et la croient contaminĂ©e. Ils prĂ©fĂšrent cheminer Ă la lueur tĂ©nĂ©breuse de leur or et de leur haine qui ne luisent que parce que les rĂ©alitĂ©s infernales ont la brillante phosphorescence des lacs de perdition. »
135.7 « Ma sĆur, JĂ©sus⊠oh ! »
Lazare dĂ©couvre Marie qui se glisse derriĂšre une haie du verger de son frĂšre pour arriver le plus prĂšs possible. Elle marche courbĂ©e, mais sa tĂȘte blonde brille comme de lâor sur le fond du buis vert foncĂ©.
Marthe va se lever. Mais JĂ©sus lui pose une main sur la tĂȘte, et elle doit rester oĂč elle est. JĂ©sus hausse encore la voix.
« Que dire de ces malheureux ? Dieu leur a donnĂ© le temps de faire pĂ©nitence et ils en abusent pour pĂ©cher. Mais le Seigneur ne les perd pas de vue, mĂȘme quand il semble le faire. Un moment vient oĂč, comme la foudre qui brise mĂȘme le roc, lâamour de Dieu brise leur cĆur dur, ou bien encore lâaccumulation de leurs fautes fait monter jusquâĂ leur gueule et leurs narines la marĂ©e de leur fange. Ils ressentent alors â oh oui, ils ressentent enfin ! â le dĂ©goĂ»t de cette saveur et de cette puanteur qui rĂ©pugne aux autres et qui remplit leur cĆur. Alors vient un moment oĂč ils en ont la nausĂ©e et il sâĂ©lĂšve en eux un commencement de dĂ©sir de faire le bien.
LâĂąme sâĂ©crie alors : â Et qui mâaidera Ă revenir au temps de ma jeunesse, quand mon Ăąme Ă©tait dans lâamitiĂ© de Dieu ? Quand sa lumiĂšre brillait dans mon cĆur et que je marchais dans son rayonnement ? Quand, devant ma justice, le monde se taisait, plein dâadmiration, et que quiconque me voyait proclamait mon bonheur ? Le monde buvait mon sourire, on accueillait mes paroles comme celles dâun ange et le cĆur de mes proches tressaillait de fiertĂ© dans leur poitrine. Et maintenant que suis-je devenue ? Objet de railleries pour les jeunes, dâhorreur pour les vieux. Je suis lâobjet de leurs moqueries et ils me crachent leur mĂ©pris au visage. â Oui, câest ainsi que parle Ă certaines heures lâĂąme des pĂ©cheurs, des vrais Job, car il nây a pas de misĂšre plus grande que celle-lĂ , la misĂšre de celui qui a perdu pour toujours lâamitiĂ© de Dieu et son Royaume. Et elle doit faire pitiĂ©, seulement pitiĂ©.
Ce sont des Ăąmes qui, par dĂ©sĆuvrement ou par Ă©tourderie, ont perdu lâĂ©ternel Epoux. â La nuit, dans mon lit, je cherchais lâamour de mon Ăąme et ne le trouvais pas. â En effet, dans les tĂ©nĂšbres, on ne peut distinguer lâĂ©poux, et lâĂąme, aiguillonnĂ©e par lâamour, inconsciente parce quâelle est environnĂ©e par la nuit spirituelle, cherche et veut trouver un rafraĂźchissement Ă son tourment. Elle croit le trouver dans un amour quelconque. Non. Il nây a quâun amour pour lâĂąme : Dieu. Elles errent, ces Ăąmes que lâamour de Dieu aiguillonne, Ă la recherche de lâamour. Il suffirait quâelles veuillent en elles la lumiĂšre et elles auraient lâAmour pour Ă©poux. Elles errent, comme des malades, cherchant Ă tĂątons lâamour, et elles rencontrent tous les amours, toutes les choses dĂ©goĂ»tantes auxquelles lâhomme a donnĂ© ce nom, mais elles ne trouvent pas lâAmour ; car lâAmour, câest Dieu et non pas lâor, la jouissance, le pouvoir.
Pauvres, pauvres Ăąmes ! Si elles Ă©taient moins paresseuses, elles se seraient levĂ©es au premier appel de lâEpoux Ă©ternel pour aller vers Dieu qui appelle : â Suis-moi â, vers Dieu qui dit : â Ouvre-moi â, de sorte quâelles ne seraient pas allĂ©es ouvrir la porte avec lâĂ©lan de leur amour rĂ©veillĂ© quand lâEpoux déçu est dĂ©jĂ loin. Disparu⊠Et elles nâauraient pas profanĂ© cet Ă©lan saint dâun besoin dâaimer dans une boue qui dĂ©goĂ»te lâanimal immonde tant elle est saumĂątre et couverte de ronces, et celles-ci nâĂ©taient pas des fleurs mais seulement des aiguilles qui la dĂ©chirent au lieu de la couronner. Elles nâauraient pas connu le mĂ©pris des gardes de service, de tous les gens qui, comme Dieu mais pour des motifs opposĂ©s, ne perdent pas de vue le pĂ©cheur et le montrent du doigt pour le tourner en dĂ©rision et le critiquer.
Pauvres Ăąmes frappĂ©es, dĂ©pouillĂ©es, blessĂ©es par tout le monde ! Seul Dieu ne sâunit pas Ă cette lapidation de mĂ©pris sans pitiĂ©.
Mais il fait tomber ses larmes pour guĂ©rir ses blessures et revĂȘtir sa crĂ©ature dâun vĂȘtement qui brille comme le diamant. Câest toujours sa crĂ©ature⊠Dieu seul⊠et avec le PĂšre, les enfants de Dieu. BĂ©nissons le Seigneur. Il a voulu que, pour les pĂ©cheurs, je doive revenir ici pour vous dire : â Pardonnez, pardonnez toujours. Faites sortir de tout mal un bien, de toute offense une grĂące. â Je ne vous dis pas seulement â faites-le â, je vous dis : rĂ©pĂ©tez mon geste. Jâaime, et je bĂ©nis mes ennemis puisque, grĂące Ă eux, jâai pu revenir vers vous, mes amis.
La paix soit sur vous tous. »
Les gens agitent des voiles et des rameaux en lâhonneur de JĂ©sus et puis sâĂ©loignent tout doucement.
135.8 « Lâauront-ils vue, cette impudente ?
â Non, Lazare. Elle Ă©tait derriĂšre la haie, bien cachĂ©e. Nous pouvions la voir dâici, de la terrasse. Pas les autres.
â Elle nous avait promis deâŠ
â Pourquoi ne devait-elle pas venir ? Nâest-elle pas une fille dâAbraham, elle aussi ? Je veux que vous, mes frĂšres, et vous aussi, mes disciples, vous promettiez de ne pas lui faire de rĂ©flexions. Laissez-la faire. Elle se moquera de moi ? Laissez-la faire. Elle pleurera ? Laissez-la faire. Elle voudra rester ? Laissez-la faire. Elle voudra fuir ? Laissez-la faire. Câest le secret du RĂ©dempteur et des rĂ©dempteurs : faire preuve de patience, de bontĂ©, de constance et prier. Rien dâautre. Tout geste est de trop pour certaines maladies⊠Adieu, mes amis. Je reste pour prier. Quant Ă vous, que chacun aille remplir sa tĂąche. Et que Dieu vous accompagne. »
Détail
Lazare et Marthe écoutent la prédication de Jésus, qui est revenu à Béthanie à cause de l'hostilité du Sanhédrin. Durant le discours de Jésus, Marie-Madeleine s'invite, ce qui agite la famille de Béthanie.