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Le collège des anciens

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EMV 149.1 · Tome 2, p. 487

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

Jusqu’à ce moment, c’est-à-dire jusqu’à ce que j’aie été chassé de Juda, je me suis adressé aux grands de Juda comme étant les plus éloignés et ceux qui avaient le plus besoin d’être rachetés pour aider le Rédempteur. Désormais, je suis convaincu de l’inutilité de cette tentative, et je l’abandonne. Ce n’est plus vers les grands, mais vers les plus petits, vers les misères d’Israël que je vais.

Détail

Jésus dit :

EMV 150.2 · Tome 2, p. 491-492

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« Mon Fils, maintenant que nous sommes seuls, dis-moi toute la vérité. Pourquoi t’ont-ils chassé ? »

Marie parle, les mains sur les épaules de son Jésus et elle fixe son visage émacié.

Jésus a un sourire doux et las :

« Parce que je cherchais à amener l’homme à l’honnêteté, à la justice, à la vraie religion.

– Mais qui t’accuse ? Le peuple ?

– Non, Mère. Les pharisiens et les scribes, à l’exception de quelques justes parmi eux.

– Mais qu’as-tu fait pour t’attirer leurs accusations ?

– J’ai dit la vérité. Ne sais-tu pas que c’est la plus grande faute pour les hommes ?

– Et qu’est-ce qu’ils ont pu dire pour justifier leurs accusations ?

– Des mensonges. Ceux que tu connais et d’autres encore.

– Rapporte-les à ta Maman. Remets toute ta douleur dans mon sein. Un sein de mère est habitué à la douleur et il est heureux de la consumer pour l’enlever du cœur de son fils. Donne-moi ta douleur, Jésus. Mets-toi ici comme lorsque tu étais tout petit, et dépose toute ton amertume. »

Jésus s’assied sur un petit banc aux pieds de sa Mère et raconte tous ces mois de Judée, sans rancœur, mais sans voile.

Marie lui caresse les cheveux, un héroïque sourire aux lèvres contrastant avec la larme qui scintille dans son œil bleu.

EMV 161.2-5 · Tome 3, p. 18-21

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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161.2 Ils sont sur le point de revenir quand ils voient Simon-Pierre, qui était allé porter ses poissons chez lui, arriver aussi vite qu’il le peut.

« Maître, Maître ! Crie-t-il, à bout de souffle. » Tout le village est en émoi, car l’unique petit-fils d’Eli le pharisien est en train de mourir à la suite d’une morsure de serpent. Contre la volonté de sa mère, il était parti avec le vieil homme dans leur oliveraie. Eli surveillait des travaux, et l’enfant jouait près des racines d’un vieil olivier. Il a mis la main dans un trou dans l’espoir d’y trouver quelque lézard, mais c’est un serpent qu’il a trouvé. Le vieillard a l’air d’un fou. La mère de l’enfant – qui, entre parenthèses, déteste son beau-père, et à juste titre – l’accuse d’assassinat. L’enfant se refroidit rapidement. Entre parents, ils ne se sont jamais aimés ! Or, on ne peut être plus de la même famille que cela !

– Les querelles de familles sont une bien triste chose !

– Mais, Maître, je dis que les serpents n’ont pas aimé le serpent : Eli. Et ils ont tué le petit serpent. Je regrette qu’il m’ait vu et qu’il m’ait crié : “ Le Maître est là ? ” Et je regrette pour le petit. C’était un bel enfant, et ce n’est pas sa faute s’il est le petit-fils d’un pharisien.

– Effectivement, ce n’est pas sa faute. »

161.3 Ils se dirigent vers le village et voient venir à leur rencontre une foule de personnes qui crient et pleurent, le vieil Eli en tête.

« Il nous a trouvés ! Retournons sur nos pas !

– Mais pourquoi ? Ce vieil homme souffre.

– Ce vieil homme te déteste, souviens-t’en : c’est l’un de tes accusateurs les plus acharnés auprès du Temple.

– Je me souviens que je suis la Miséricorde. »

Le vieil Eli, échevelé, bouleversé, les vêtements en désordre, court vers Jésus bras tendus et s’écroule à ses pieds en criant :

« Pitié ! Pitié ! Pardon ! Ne te venge pas de ma dureté de cœur sur un innocent. Toi seul peux le sauver ! Dieu, ton Père, t’a conduit ici. Je crois en toi ! Je te vénère ! Je t’aime ! Pardon ! Je me suis montré injuste et menteur ! Mais me voilà puni. Ces heures sont à elles seules une punition. A l’aide ! C’est le seul fils de mon garçon qui est mort. Et elle m’accuse de l’avoir tué. »

Il pleure en se frappant la tête contre terre en cadence.

« Allons, ne pleure pas comme ça. Veux-tu mourir sans plus te soucier de voir grandir cet enfant ?

– Il meurt ! Il meurt ! Il est peut-être déjà mort. Fais-moi mourir, moi aussi. Que je n’aie pas à vivre dans cette maison vide ! Oh, mes tristes derniers jours !

– Eli, relève-toi et allons-y…

– Tu… tu viens vraiment ? Mais sais-tu qui je suis ?

– Un malheureux. Allons. »

Le vieil homme se lève et dit :

« Je pars en avant, mais toi, cours, cours, dépêche-toi ! »

Et il s’en va d’autant plus rapidement que le désespoir lui aiguillonne le cœur.

« Seigneur, crois-tu que cela puisse le faire changer ? Ah ! Quel miracle inutile ! Laisse donc mourir ce petit serpent ! Le vieux mourra aussi de chagrin et… ça en fera un de moins sur ta route. C’est Dieu qui a pensé à…

– Simon ! En vérité, en ce moment c’est toi le serpent. »

Repoussant sévèrement Pierre, qui reste tête basse, Jésus va de l’avant.

161.4 Près de la place la plus grande de Capharnaüm se trouve une belle maison devant laquelle la foule fait grand bruit… Jésus s’y rend et il est sur le point d’y arriver lorsque, par la porte grande ouverte, sort le vieillard, suivi d’une femme échevelée qui serre dans ses bras un petit être à l’agonie. Le venin paralyse déjà ses organes et la mort est proche. Sa menotte blessée pend avec la marque de la morsure à la base du pouce. Eli ne cesse de crier :

« Jésus, Jésus ! »

Jésus, serré, écrasé par la foule qui l’empêche presque de faire le moindre geste, prend cette menotte, la porte à sa bouche, suce la blessure, puis souffle sur le petit visage cireux aux yeux vitreux à demi clos. Puis il se redresse en disant :

« Voilà, l’enfant s’éveille. Ne l’effrayez pas par tous vos visages bouleversés. Il aura déjà bien assez peur au souvenir du serpent. »

De fait, l’enfant, dont le visage reprend couleur, ouvre la bouche et bâille longuement, se frotte les yeux puis les ouvre et paraît ébahi de se trouver au milieu de tant de monde ; puis il se souvient et tente de fuir en faisant un bond si soudain qu’il serait tombé si Jésus ne l’avait reçu promptement dans ses bras.

« Du calme ! De quoi as-tu peur ? Regarde ce beau soleil ! Voilà le lac, ta maison, et ici ta maman et ton grand-père.

– Et le serpent ?

– Disparu. C’est moi qui suis là.

– Toi, oui… »

L’enfant réfléchit… puis, se faisant naïvement la voix de la vérité, il ajoute :

« Mon grand-père me disait de te traiter de “ maudit ”. Mais je ne le fais pas. Moi, je t’aime bien.

– Moi, j’ai dit cela ? Cet enfant délire ! N’en crois rien, Maître. Je t’ai toujours respecté. »

Une fois sa peur surmontée, sa vieille nature réapparaît.

« Les paroles ont de la valeur ou non. Je les prends pour ce qu’elles valent. Adieu, mon petit, adieu, femme, adieu Eli. Aimez-vous bien et aimez-moi, si vous le pouvez. »

Jésus tourne le dos et se dirige vers la maison où il habite.

161.5 « Pourquoi, Maître, ne pas avoir accompli un miracle éclatant ? Tu aurais dû ordonner au venin de quitter l’enfant, tu aurais dû te montrer Dieu. Au lieu de cela tu as sucé le venin comme l’aurait fait le premier venu. »

Judas n’est pas très content. Il aurait voulu quelque chose de sensationnel.

Mais d’autres sont du même avis :

« Tu devais écraser cet ennemi de toute ta puissance. Tu as entendu, hein ? Son venin est aussitôt réapparu…

– Peu importe le venin. Observez plutôt que, si j’avais agi comme vous l’auriez souhaité, il aurait dit que Béelzéboul m’aidait. Dans son âme en ruines, il peut encore admettre mon pouvoir de médecin. Pas davantage. Le miracle amène à la foi ceux qui sont déjà sur cette route. Mais chez ceux qui n’ont pas d’humilité – la foi prouve toujours l’existence de l’humilité dans une âme –, le miracle les pousse au blasphème. Par conséquent, mieux vaut éviter ce risque en recourant à des procédés apparemment humains. C’est la misère des incrédules, leur misère inguérissable. Il n’y a pas d’argent qui la fasse disparaître, car aucun miracle ne porte à croire ni à être bons. Peu importe. Je fais mon devoir, eux suivent leurs tendances mauvaises.

– Mais alors, pourquoi l’avoir fait ?

– Parce que je suis la Bonté et afin que l’on ne puisse dire que j’ai été vindicatif à l’égard de mes ennemis et provocateur vis-à-vis de ceux qui le sont. J’accumule sur leur tête des charbons ardents. Et ce sont eux qui me la présentent pour que je les accumule. Judas, fils de Simon, sois bon, ne cherche pas à agir comme eux. Mais cela suffit. Allons chez ma Mère. Elle sera heureuse de savoir que j’ai guéri un enfant. »

Détail

Jésus est averti par Pierre que le petit-fils d'Elie est mourant. Le pharisien vient ensuite le supplier pour sauver le petit et Jésus va accomplir le miracle et sauver l'enfant.

EMV 162.1-8 · Tome 3, p. 21-28

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Jésus est à Capharnaüm. Marie Salomé et Marie d'Alphée sont présentes : elles préparent la cuisine. Après les avoir saluées, la mère de Jacques et de Jude lui apprend que Simon, un autre de ses fils, est venu. Elle en est contente, mais elle ne sera vraiment heureuse que quand toute sa famille sera à Jésus. Le Seigneur lui assure alors que cela arrivera, puis il va trouver sa Mère.

En y allant, il rencontre Simon d'Alphée, Alphée, fils de Sarah, Joseph d'Emmaüs et le berger Isaac. Le groupe discute un peu et le Sauveur confie qu'il a trois nouveaux disciples à Isaac. Puis ils vont manger, et c'est durant le repas qu'arrive Elie, le pharisien de Capharnaüm.

Ce dernier a de nombreux présents pour le Christ, pour le remercier du miracle pour son petit-fils. Jésus accepte et il entend également son cousin Simon lui annoncer qu'il va le suivre. Mais une fois le pharisien parti, il va s'isoler et Matthieu le rejoint pour lui tenir compagnie. Le futur évangéliste remarque que son Seigneur n'a pas l'air heureux, et celui-ci lui révèle alors que les conversions d'Elie et de Simon sont tout humaines, là où celle du percepteur d'impôt était complète et sincère. Passé ce matin, Elie redeviendra Elie, et Simon restera toujours habité par son humanité.

Le Maître invite alors son apôtre à rester près de lui, et quand son disciple lui affirme qu'il ne sait pas parler et qu'il craint ne jamais être capable de parler du Messie, Jésus le réconforte et lui affirme que le publicain est un "pauvre homme qui, grâce à sa volonté, devient l’homme, l’homme juste rêvé par Dieu." Il saura donc guider les âmes et le Sauveur lui demande de pouvoir s'appuyer sur lui, et de le consoler, car ne pas être compris est une de ses grandes amertumes.

EMV 162.3-8 · Tome 3, p. 24-28

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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« Eli est arrivé avec des serviteurs et de nombreux cadeaux. Mais il souhaiterait te parler.

– Je viens tout de suite. Ou plutôt, fais-le monter. »

Suzanne sort et revient peu après avec le vieil Eli accompagné de deux serviteurs qui portent un grand panier. Derrière, les femmes – Marie exceptée – observent avec curiosité.

« Que Dieu soit avec toi, mon bienfaiteur, salue le pharisien.

– Et avec toi, Eli. Entre. Que veux-tu ? Ton petit-fils est encore malade ?

– Oh ! Il va très bien ! Il saute dans le jardin comme un cabri. Mais, tout à l’heure, j’étais tellement bouleversé, tellement sens dessus dessous que j’ai manqué à tous mes devoirs. Je désire te prouver ma reconnaissance et je te prie de ne pas refuser les petits cadeaux que je t’offre : un peu de nourriture pour tes disciples et toi. Ce sont des produits de mes domaines. Et puis… je voudrais… je voudrais t’avoir à table demain pour te dire encore merci et te faire honneur en compagnie d’amis. Ne refuse pas, Maître. Je pourrais croire que tu ne m’aimes pas et que, si tu as guéri Elisée, c’est seulement par amour pour lui, pas pour moi.

– Je te remercie. Mais ces cadeaux n’étaient pas nécessaires.

– tous les grands et les savants les acceptent. C’est l’usage.

– Moi aussi. 162.4 Mais il y a surtout un cadeau que j’accepte bien volontiers, que je cherche même.

– De quoi s’agit-il ? Dis-le-moi. Si je le peux, je te l’offrirai.

– Il s’agit de votre cœur, de votre pensée. Donnez-les-moi, pour votre bien.

– Mais je te les consacre, Jésus béni ! En douterais-tu ? J’ai eu… oui… j’ai eu des torts envers toi. Mais, maintenant, j’ai compris. J’ai aussi appris la mort de Doras qui t’avait offensé… Pourquoi souris-tu, Maître ?

– Un souvenir…

– Je pensais que tu ne croyais pas à ce que je disais.

– Oh si ! Je sais que la mort de Doras t’a ému plus encore que le miracle de ce soir. Mais ne crains pas Dieu, si réellement tu as compris et si réellement tu veux être dorénavant l’un de mes amis.

– Je vois que tu es vraiment un prophète. Moi, c’est vrai, je craignais davantage… Je venais surtout à toi par crainte d’un châtiment semblable à celui de Doras. Et, ce soir, je me suis dit : “ Voilà, le châtiment est venu : il est encore plus atroce parce qu’il n’a pas frappé le vieux chêne dans sa propre vie, mais dans ses affections, dans sa joie de vivre, en foudroyant le petit chêne qui faisait toute ma joie. ” C’est cela qui m’amenait, plus encore que mon malheur. J’avais compris que cela aurait été juste, comme pour Doras…

– Tu avais compris que cela aurait été juste, mais tu ne croyais pas encore en celui qui est bon.

– Tu as raison. Mais, maintenant, ce n’est plus la même chose. J’ai compris. 162.5Alors, tu viens chez moi, demain ?

– Eli, j’avais décidé de partir dès l’aurore. Mais pour que tu ne puisses pas t’imaginer que je te méprise, je repousse mon départ d’un jour. Demain, je viendrai chez toi.

– Ah ! Tu es vraiment bon ! Je m’en souviendrai toujours.

– Adieu, Eli, et merci pour tout. Ces fruits sont superbes, ces fromages doivent être très crémeux, le vin est certainement des meilleurs. Mais tu pouvais tout donner aux pauvres en mon nom.

– Il y en a pour eux aussi, si tu veux, au fond. C’était une offrande pour toi.

– Alors nous distribuerons celle-là ensemble, demain, avant ou après le repas, comme tu veux. Que la nuit te soit paisible, Eli.

– A toi de même. Adieu. »

Il s'éloigne avec ses serviteurs.

Pierre, qui a vidé, avec une mimique expressive, tout ce que contenait le panier pour le rendre aux serviteurs, pose une bourse sur la table devant Jésus et, comme s’il terminait une réflexion intérieure, constate :

« Ce sera bien la première fois que ce vieil hibou fait l’aumône.

– C’est vrai, confirme Matthieu. Moi, j’étais avare, mais lui, il me dépassait. Par son usure, il a multiplié ses biens par deux.

– Eh bien… s’il se repent… C’est beau, n’est-ce pas ? dit Isaac.

– Oui, c’est beau. Et il semble bien qu’il en soit ainsi, approuvent Philippe et Barthélemy.

– Le vieil Eli converti ! Ah, ah ! »

Pierre rit de bon cœur.

162.6 Simon, le cousin de Jésus, qui est resté pensif, dit :

« Jésus, je voudrais… je voudrais te suivre. Pas comme tes apôtres, mais au moins comme les femmes. Permets-moi de m’unir à ma mère et à la tienne. Tous viennent… moi, moi qui suis ton parent… Je ne prétends pas avoir une place parmi eux. Mais au moins comme cela, comme un bon ami…

– Que Dieu te bénisse, mon fils ! Comme j’attendais ces mots de ta part ! S’écrie Marie, femme d’Alphée.

– Viens. Je ne repousse personne et ne force personne. Je n’exige pas non plus tout de tous. Je prends ce que vous pouvez me donner. Il est bon que les femmes ne restent pas tout le temps seules, quand nous irons dans des régions qui leur sont inconnues. Merci, mon frère.

– Je vais l’annoncer à Marie, dit la mère de Simon avant d’achever : Elle est déjà, en bas, dans sa petite chambre, et elle prie. Elle en sera bien contente. »…

162.7 …Le soir tombe rapidement. On allume une lanterne pour descendre par l’escalier, déjà dans la pénombre du crépuscule. Les uns partent à droite, les autres à gauche, pour se reposer.

Jésus sort et va au bord du lac. Le village est parfaitement calme, les rues désertes de même que la rive, et il n’y a personne sur le lac en cette nuit sans lune. Il n’y a que les étoiles dans le ciel et le clapotis du ressac sur la grève. Jésus monte dans la barque tirée sur le rivage, s’y assied, pose un bras sur le rebord, y appuie la tête et reste dans cette position.

Matthieu le rejoint très prudemment :

« Tu dors, Maître ? demande-t-il doucement.

– Non, je réfléchis. Viens ici avec moi, puisque tu ne dors pas.

– Tu m’as paru troublé, et je t’ai suivi. N’es-tu pas content de ta journée ? Tu as touché le cœur d’Eli, tu as trouvé Simon, fils d’Alphée, comme disciple…

– Matthieu, tu n’es pas un homme simple comme Pierre ou Jean. Tu es subtil et instruit. Sois donc franc. Serais-tu heureux de ces conquêtes ?

– Mais… Maître… ils sont toujours meilleurs que moi, et tu m’as dit, ce jour-là, que tu étais très heureux de ce que je me sois converti.

– Oui. Mais toi, tu t’étais réellement converti. Et tu étais franc dans ton évolution vers le Bien. Tu venais à moi sans tout un travail de réflexion, tu venais poussé par la volonté de ton âme. Il n’en va pas de même d’Eli… pas même de Simon. Le premier n’est touché que superficiellement : l’homme Eli a été secoué, pas l’âme d’Eli. Elle est restée la même. Une fois retombée l’émotion que le miracle de Doras et de son petit-fils ont suscitée en lui, il redeviendra l’Eli d’hier et de toujours. Quant à Simon… Simon lui aussi n’est encore qu’un homme. S’il m’avait vu insulté plutôt qu’exalté, il m’aurait plaint et, comme toujours, il m’aurait quitté. Ce soir, il s’est rendu compte qu’un vieillard, un enfant et un lépreux savent faire ce que lui, mon parent, ne sait pas faire. Il a vu que l’orgueil d’un pharisien s’est plié devant moi, et il a décidé : “ Moi aussi. ” Mais ce ne sont pas ces conversions décidées à la suite de considérations humaines qui me rendent heureux. Elles me dépriment au contraire.

162.8 Reste avec moi, Matthieu. Dans le ciel il n’y a pas de lune, mais du moins les étoiles brillent. Dans mon cœur, ce soir, il n’y a que des larmes. Que ta compagnie soit l’étoile de ton Maître affligé…

Détail

Dans l'EMV 161, Jésus a sauvé le petit-fils d'Elie. Dans l'EMV 162, il est en train de prendre son repas quand le pharisien arrive. Suzanne vient le prévenir.

EMV 162.4 · Tome 3, p. 24-25

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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– J’ai eu… oui… j’ai eu des torts envers toi. Mais, maintenant, j’ai compris. J’ai aussi appris la mort de Doras qui t’avait offensé… Pourquoi souris-tu, Maître ?

– Un souvenir…

– Je pensais que tu ne croyais pas à ce que je disais.

– Oh si ! Je sais que la mort de Doras t’a ému plus encore que le miracle de ce soir. Mais ne crains pas Dieu, si réellement tu as compris et si réellement tu veux être dorénavant l’un de mes amis.

– Je vois que tu es vraiment un prophète. Moi, c’est vrai, je craignais davantage… Je venais surtout à toi par crainte d’un châtiment semblable à celui de Doras. Et, ce soir, je me suis dit : “ Voilà, le châtiment est venu : il est encore plus atroce parce qu’il n’a pas frappé le vieux chêne dans sa propre vie, mais dans ses affections, dans sa joie de vivre, en foudroyant le petit chêne qui faisait toute ma joie. ” C’est cela qui m’amenait, plus encore que mon malheur. J’avais compris que cela aurait été juste, comme pour Doras…

– Tu avais compris que cela aurait été juste, mais tu ne croyais pas encore en celui qui est bon.

– Tu as raison. Mais, maintenant, ce n’est plus la même chose. J’ai compris.

Détail

Jésus discute avec Elie de Capharnaüm, le pharisien. La veille, Jésus a guéri son petit-fils et le vieillard en est ébranlé. Il en vient à parler de Doras.

Mots-clés

EMV 163.1-6 · Tome 3, p. 28-32

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Détail

Jésus se rend chez Elie, qui l'a invité à un banquet. Quatre autres pharisiens sont présents : Urie, Joachim, Simon et Samuel. Du côté du Christ, Judas l'accompagne. Les autres ne sont pas venus, et quand Elie le remarque, il s'inquiète que ces derniers se soient sentis offenser par son comportement passé. Mais Jésus lui assure que ses disciples ne gardent pas de rancune ni une susceptibilité orgueilleuse.

Le Seigneur adresse quelques mots à Elisée, puis tous s'installent pour le repas. Ils en viennent à parler des vexations romaines et des taxes qui sont imposées aux pharisiens. Ils s'en offusquent et demandent notamment l'avis de Jésus. Ce dernier répond qu'il s'afflige des incursions romaines dans les lieux de prière en tant que juif, mas qu'il ne s'en afflige pas en tant homme. Il explique sa pensée, et signale par ailleurs que ses interlocuteurs font des affaires dans les synagogues pour pouvoir dissimuler de l'argent au fisc, à l'abri des oreilles indiscrètes, que c'est pour cela donc que les Romains entrent dans les lieux de culte. Lui, a contrario, est pauvre et n'a pas à se soucier de cela, mais il encourage ses interlocuteurs à être honnête, à dire la vérité, concernant leurs richesses.

La conversation dévie ensuite sur la restauration du Royaume d'Israël et Jésus cite l'Ancien Testament, quand Saül offrit l'offrande sans Samuel, contre les ordres du Seigneur. Saül ne resta alors pas roi. De même, Dieu connaît son heure et Jésus parle très clairement de son Royaume, qui sera universel et ne s'établira pas par la rébellion.

Enfin, le Messie encourage Elie à venir avec lui our donner l'obole aux pauvres mais Elie refuse, en prétextant qu'il est vieux et fatigué. Il lui dit d'aller avec Judas, qu'ils connaissent bien, et une fois dehors, l'Iscariote bondit de colère. Jésus le calme et lui recommande de laisser tout jugement à Dieu.

EMV 163.1-2 · Tome 3, p. 28

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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163.1 Il y a beaucoup de remue-ménage chez Eli aujourd’hui : serviteurs et servantes vont et viennent et, au milieu d’eux, tout joyeux, le petit Elisée. Puis voici deux personnages solennels, suivis d’encore deux autres. Je reconnais les deux premiers : ils étaient allés chez Matthieu avec Eli. Quant aux deux autres, je ne les connais pas, mais j’entends dire qu’ils s’appellent Samuel et Joachim. Jésus arrive en dernier, accompagné de Judas.

(...) Ils se mettent à table. Eli veut tellement être parfait qu’il place auprès de lui d’un côté Jésus et de l’autre Judas, qui se trouve donc entre Eli et Simon ; Jésus se trouve entre Eli et Urie.

Détail

Comme le souligne François-Michel Debroise sur le site maria-valtorta.org, "au banquet que Matthieu donne pour sa conversion, étaient présents Simon et Joachim qui accompagnaient Éli (Voir EMV 97.6). Le Joachim, une nouvelle figure citée par Maria Valtorta est en fait Urie que l'on retrouve cité par la suite comme membre des "cinq pharisiens" présents : Éli, Joachim, Samuel, Simon et Urie."

EMV 163.1-6 · Tome 3, p. 28-32

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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163.1 Il y a beaucoup de remue-ménage chez Eli aujourd’hui : serviteurs et servantes vont et viennent et, au milieu d’eux, tout joyeux, le petit Elisée. Puis voici deux personnages solennels, suivis d’encore deux autres. Je reconnais les deux premiers : ils étaient allés chez Matthieu avec Eli. Quant aux deux autres, je ne les connais pas, mais j’entends dire qu’ils s’appellent Samuel et Joachim. Jésus arrive en dernier, accompagné de Judas.

Après de grandes salutations réciproques vient la question :

« tu es seul avec lui ? Et les autres ?

– Ils sont dans la campagne. Ils reviendront ce soir.

– Quel dommage ! Je croyais que… Hier soir, je ne t’ai pas invité toi seulement, cela s’adressait à tous tes disciples. Je crains maintenant qu’ils ne se soient sentis offensés, ou alors… qu’ils dédaignent venir chez moi, à cause de vieilles fâcheries. Eh, eh ! »

Le vieil homme rit…

« Oh non ! Mes disciples ignorent les susceptibilités orgueil­leuses et les rancœurs incurables.

– Très bien. 163.2 Entrons donc. »

Après le cérémonial habituel de purification, ils se dirigent vers la salle du banquet, qui s’ouvre sur une vaste cour où les premières roses mettent une note de gaieté.

Jésus caresse le petit Elisée qui joue dans la cour et ne garde plus du danger passé que quatre petites marques rouges sur la main. S’il ne se rappelle même plus sa peur, il se souvient bien de Jésus et veut l’embrasser et être embrassé par lui, avec la spontanéité des enfants. Les bras enlacés autour du cou de Jésus, il lui parle dans les cheveux et lui confie que, quand il sera grand, il ira avec lui. Il lui demande :

« Tu veux bien de moi ?

– Je veux tout le monde. Sois gentil et tu viendras avec moi. »

L’enfant part en sautillant.

Ils se mettent à table. Eli veut tellement être parfait qu’il place auprès de lui d’un côté Jésus et de l’autre Judas, qui se trouve donc entre Eli et Simon ; Jésus se trouve entre Eli et Urie.

163.3 Le repas commence. Au début, on discute de choses et d’autres. Puis cela devient plus intéressant. Et, comme les blessures font souffrir et que les chaînes pèsent lourd, revoilà l’éternel discours sur l’esclavage dans lequel Rome tient la Palestine. Je ne sais si ce sujet a été choisi intentionnellement ou sans mauvaise intention. Ce que je sais, c’est que les cinq pharisiens se plaignent de nouvelles vexations romaines comme d’un sacrilège, et ils veulent intéresser Jésus à la discussion.

« Tu comprends, ils veulent examiner scrupuleusement nos recettes. Et, comme ils ont compris que nous nous réunissons dans les synagogues pour parler de cela et d’eux, ils nous menacent d’y entrer, sans aucun respect. Je crains que, un beau jour, ils n’entrent même dans les maisons des prêtres ! S’écrie Joachim.

– Et toi, qu’en dis-tu ? N’en es-tu pas dégoûté ? » demande Eli.

Interpellé, directement, Jésus répond :

« Comme juif oui, comme homme non.

– Pourquoi cette distinction ? Je ne comprends pas. Es-tu deux en un ?

– Non. Mais il y a en moi d’une part la chair et le sang – en somme, l’animal – et d’autre part l’âme. Mon âme de juif respectueux de la Loi souffre de ces profanations. Pas la chair et le sang, car il me manque l’aiguillon qui vous blesse, vous.

– Lequel ?

– L’intérêt. Vous dites que vous vous réunissez dans les synagogues pour parler aussi d’affaires sans avoir à craindre des oreilles indiscrètes. Vous redoutez de ne plus pouvoir le faire, par conséquent vous craignez de ne plus pouvoir dissimuler au fisc le moindre sou, donc d’être soumis à des taxes en juste rapport avec vos biens. Moi, je n’ai rien. Je vis de la bonté de mon prochain et de mon amour pour lui. Je ne possède ni or, ni champs, ni vignobles, et je n’ai pas d’autre maison que celle de ma mère, si petite et si pauvre que le fisc la néglige. Je ne suis donc pas poussé par la crainte qu’on découvre de fausses déclarations, d’être taxé et puni. Tout ce que j’ai, c’est la Parole que Dieu m’a donnée et que j’annonce. Or elle est tellement élevée que l’homme ne saurait la taxer.

163.4 – Mais, si tu étais dans notre situation, comment te comporterais-tu ?

– Ne vous offensez pas si je vous dis ma pensée tout net : elle s’oppose à la vôtre. En vérité, je vous dis que j’agirais autrement.

– Et comment ?

– En ne lésant pas la sainte vérité. C’est une vertu toujours sublime, même quand elle s’applique à des choses aussi humaines que les impôts.

– Mais alors, on nous prendrait tout ! Tu ne réfléchis pas au fait que nous possédons beaucoup et que nous devrions donner beaucoup !

– Vous l’avez dit : Dieu vous a donné beaucoup. A vous de donner beaucoup, dans une juste proportion. Pourquoi agir malhonnêtement, comme c’est malheureusement le cas, au point que le pauvre doive supporter des impôts sans rapport avec ses ressources ? C’est ce qui se fait chez nous. Que les taxes sont nombreuses en Israël – les taxes qui viennent de nous –, et comme elles sont injustes ! Elles servent aux grands, qui ont déjà de grands biens. Alors qu’elles font le désespoir des pauvres qui, pour les verser, doivent se priver jusqu’à souffrir de la faim. Ce n’est pas cela que nous conseille la charité envers notre prochain. Nous devrions avoir le souci, nous autres juifs, de prendre sur nos épaules les charges qui accablent le pauvre.

– Tu parles comme cela parce que tu es pauvre, toi aussi !

– Non, Urie. Je parle comme cela parce que ce n’est que justice. Pourquoi Rome a-t-elle pu et peut-elle encore exercer une telle pression sur nous ? parce que nous avons péché et que nous sommes divisés par des rancœurs. Le riche hait le pauvre, le pauvre hait le riche. Parce qu’il n’y a pas de justice. L’ennemi en profite pour nous assujettir.

– Tu as fait allusion à plusieurs motifs… Quels sont les autres ?

– Je ne voudrais pas manquer à la vérité en altérant le caractère du lieu consacré au culte : vous en avez fait un refuge sûr pour des préoccupations humaines.

– Tu nous le reproches.

– Non, je réponds. A vous d’écouter votre conscience. Vous êtes des maîtres, par conséquent…

163.5 – Moi, je suis d’avis que le moment est venu de se soulever, de se rebeller, de punir l’envahisseur et de rétablir notre royaume.

– C’est bien vrai ! Tu as raison, Simon. Mais le Messie est ici. C’est à lui qu’il revient de le faire, répond Eli.

– Mais, pardonne-moi, Jésus, pour l’instant le Messie n’est que bonté. Il donne des conseils sur tout, mais ne pousse pas à la révolte. Nous allons agir et…»

Jésus reprend : « – Ecoute, Simon : rappelle-toi le Livre des Rois. Saül était à Gilgal, les Philistins à Mikmas, le peuple avait peur et se débandait, le prophète Samuel n’arrivait pas. Saül voulut prendre les devants et offrir lui-même le sacrifice. Rappelle-toi la réponse que, à son arrivée, Samuel fit à l’imprudent roi Saül : “ Tu as agi en insensé et tu n’as pas observé l’ordre que le Seigneur t’avait donné. Si tu n’avais pas fait cela, le Seigneur aurait affermi pour toujours ta royauté sur Israël mais, au lieu de cela, ta royauté ne subsistera pas. ” Un acte intempestif et orgueilleux n’a servi ni au roi ni au peuple. Dieu connaît l’heure, pas l’homme. Dieu connaît les moyens, pas l’homme. Laissez faire Dieu et méritez son aide en vous conduisant saintement. Mon Royaume ne viendra pas par la rébellion et la férocité, mais il s’établira. Il ne sera pas réservé à un petit nombre, mais il sera universel. Bienheureux ceux qui viendront à lui, sans être trompés par mon aspect pauvre, selon l’esprit de la terre, et qui verront en moi le Sauveur. N’ayez pas peur. Je serai Roi, le roi issu d’Israël, le roi qui étendra son règne sur l’humanité tout entière. Mais vous, les maîtres d’Israël, ne déformez pas mes paroles ni celles des prophètes qui m’annoncent. Aucun royaume humain, aussi puissant soit-il, n’est universel ni éternel. Les prophètes disent que le mien le sera. Que cela vous éclaire sur la vérité et la spiritualité de ma royauté. 163.6 Je vous quitte. Mais j’ai une prière à adresser à Eli : voici ta bourse. Dans un abri de Simon, fils de Jonas, il y a des pauvres venus de partout. Viens avec moi leur donner l’obole de l’amour. Paix à vous tous.

– Reste donc encore ! Insistent les pharisiens.

– Je ne puis. Il y a des gens qui souffrent dans leur corps et dans leur cœur, et qui attendent d’être consolés. Demain, je partirai. Je veux que personne ne voie son espoir déçu en me voyant partir.

– Maître, moi… je suis vieux et fatigué. Vas-y, toi, en mon nom. Tu es accompagné de Judas, et nous le connaissons bien… Fais-le toi-même. Que Dieu soit avec toi. »

Jésus sort avec Judas qui, à peine sur la place, dit :

« Vieille vipère ! Qu’aura-t-il voulu dire ?

– N’y pense plus ! Ou plutôt, pense qu’il a voulu te compli­menter.

– Impossible, Maître ! Ils ne complimentent jamais ceux qui font le bien. Je veux dire : jamais sincèrement. Et pour ce qui est de venir… c’est parce qu’il méprise le pauvre et craint sa malédiction. Il a si souvent torturé les pauvres gens d’ici ! Je peux le jurer sans crainte. C’est pour ça…

– Sois bon, Judas ! Laisse Dieu juger. »

Détail

Jésus a été invité à un banquet chez Eli le pharisien.

EMV 163.3-6 · Tome 3, p. 29-32

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

Voir dans son contexte

Citation

163.3 Le repas commence. Au début, on discute de choses et d’autres. Puis cela devient plus intéressant. Et, comme les blessures font souffrir et que les chaînes pèsent lourd, revoilà l’éternel discours sur l’esclavage dans lequel Rome tient la Palestine. Je ne sais si ce sujet a été choisi intentionnellement ou sans mauvaise intention. Ce que je sais, c’est que les cinq pharisiens se plaignent de nouvelles vexations romaines comme d’un sacrilège, et ils veulent intéresser Jésus à la discussion.

« Tu comprends, ils veulent examiner scrupuleusement nos recettes. Et, comme ils ont compris que nous nous réunissons dans les synagogues pour parler de cela et d’eux, ils nous menacent d’y entrer, sans aucun respect. Je crains que, un beau jour, ils n’entrent même dans les maisons des prêtres ! S’écrie Joachim.

– Et toi, qu’en dis-tu ? N’en es-tu pas dégoûté ? » demande Eli.

Interpellé, directement, Jésus répond :

« Comme juif oui, comme homme non.

– Pourquoi cette distinction ? Je ne comprends pas. Es-tu deux en un ?

– Non. Mais il y a en moi d’une part la chair et le sang – en somme, l’animal – et d’autre part l’âme. Mon âme de juif respectueux de la Loi souffre de ces profanations. Pas la chair et le sang, car il me manque l’aiguillon qui vous blesse, vous.

– Lequel ?

– L’intérêt. Vous dites que vous vous réunissez dans les synagogues pour parler aussi d’affaires sans avoir à craindre des oreilles indiscrètes. Vous redoutez de ne plus pouvoir le faire, par conséquent vous craignez de ne plus pouvoir dissimuler au fisc le moindre sou, donc d’être soumis à des taxes en juste rapport avec vos biens. Moi, je n’ai rien. Je vis de la bonté de mon prochain et de mon amour pour lui. Je ne possède ni or, ni champs, ni vignobles, et je n’ai pas d’autre maison que celle de ma mère, si petite et si pauvre que le fisc la néglige. Je ne suis donc pas poussé par la crainte qu’on découvre de fausses déclarations, d’être taxé et puni. Tout ce que j’ai, c’est la Parole que Dieu m’a donnée et que j’annonce. Or elle est tellement élevée que l’homme ne saurait la taxer.

163.4 – Mais, si tu étais dans notre situation, comment te comporterais-tu ?

– Ne vous offensez pas si je vous dis ma pensée tout net : elle s’oppose à la vôtre. En vérité, je vous dis que j’agirais autrement.

– Et comment ?

– En ne lésant pas la sainte vérité. C’est une vertu toujours sublime, même quand elle s’applique à des choses aussi humaines que les impôts.

– Mais alors, on nous prendrait tout ! Tu ne réfléchis pas au fait que nous possédons beaucoup et que nous devrions donner beaucoup !

– Vous l’avez dit : Dieu vous a donné beaucoup. A vous de donner beaucoup, dans une juste proportion. Pourquoi agir malhonnêtement, comme c’est malheureusement le cas, au point que le pauvre doive supporter des impôts sans rapport avec ses ressources ? C’est ce qui se fait chez nous. Que les taxes sont nombreuses en Israël – les taxes qui viennent de nous –, et comme elles sont injustes ! Elles servent aux grands, qui ont déjà de grands biens. Alors qu’elles font le désespoir des pauvres qui, pour les verser, doivent se priver jusqu’à souffrir de la faim. Ce n’est pas cela que nous conseille la charité envers notre prochain. Nous devrions avoir le souci, nous autres juifs, de prendre sur nos épaules les charges qui accablent le pauvre.

– Tu parles comme cela parce que tu es pauvre, toi aussi !

– Non, Urie. Je parle comme cela parce que ce n’est que justice. Pourquoi Rome a-t-elle pu et peut-elle encore exercer une telle pression sur nous ? parce que nous avons péché et que nous sommes divisés par des rancœurs. Le riche hait le pauvre, le pauvre hait le riche. Parce qu’il n’y a pas de justice. L’ennemi en profite pour nous assujettir.

– Tu as fait allusion à plusieurs motifs… Quels sont les autres ?

– Je ne voudrais pas manquer à la vérité en altérant le caractère du lieu consacré au culte : vous en avez fait un refuge sûr pour des préoccupations humaines.

– Tu nous le reproches.

– Non, je réponds. A vous d’écouter votre conscience. Vous êtes des maîtres, par conséquent…

163.5 – Moi, je suis d’avis que le moment est venu de se soulever, de se rebeller, de punir l’envahisseur et de rétablir notre royaume.

– C’est bien vrai ! Tu as raison, Simon. Mais le Messie est ici. C’est à lui qu’il revient de le faire, répond Eli.

– Mais, pardonne-moi, Jésus, pour l’instant le Messie n’est que bonté. Il donne des conseils sur tout, mais ne pousse pas à la révolte. Nous allons agir et…»

Jésus reprend : « – Ecoute, Simon : rappelle-toi le Livre des Rois. Saül était à Gilgal, les Philistins à Mikmas, le peuple avait peur et se débandait, le prophète Samuel n’arrivait pas. Saül voulut prendre les devants et offrir lui-même le sacrifice. Rappelle-toi la réponse que, à son arrivée, Samuel fit à l’imprudent roi Saül : “ Tu as agi en insensé et tu n’as pas observé l’ordre que le Seigneur t’avait donné. Si tu n’avais pas fait cela, le Seigneur aurait affermi pour toujours ta royauté sur Israël mais, au lieu de cela, ta royauté ne subsistera pas. ” Un acte intempestif et orgueilleux n’a servi ni au roi ni au peuple. Dieu connaît l’heure, pas l’homme. Dieu connaît les moyens, pas l’homme. Laissez faire Dieu et méritez son aide en vous conduisant saintement. Mon Royaume ne viendra pas par la rébellion et la férocité, mais il s’établira. Il ne sera pas réservé à un petit nombre, mais il sera universel. Bienheureux ceux qui viendront à lui, sans être trompés par mon aspect pauvre, selon l’esprit de la terre, et qui verront en moi le Sauveur. N’ayez pas peur. Je serai Roi, le roi issu d’Israël, le roi qui étendra son règne sur l’humanité tout entière. Mais vous, les maîtres d’Israël, ne déformez pas mes paroles ni celles des prophètes qui m’annoncent. Aucun royaume humain, aussi puissant soit-il, n’est universel ni éternel. Les prophètes disent que le mien le sera. Que cela vous éclaire sur la vérité et la spiritualité de ma royauté. 163.6 Je vous quitte. Mais j’ai une prière à adresser à Eli : voici ta bourse. Dans un abri de Simon, fils de Jonas, il y a des pauvres venus de partout. Viens avec moi leur donner l’obole de l’amour. Paix à vous tous.

– Reste donc encore ! Insistent les pharisiens.

– Je ne puis. Il y a des gens qui souffrent dans leur corps et dans leur cœur, et qui attendent d’être consolés. Demain, je partirai. Je veux que personne ne voie son espoir déçu en me voyant partir.

– Maître, moi… je suis vieux et fatigué. Vas-y, toi, en mon nom. Tu es accompagné de Judas, et nous le connaissons bien… Fais-le toi-même. Que Dieu soit avec toi. »

Jésus sort avec Judas qui, à peine sur la place, dit :

« Vieille vipère ! Qu’aura-t-il voulu dire ?

– N’y pense plus ! Ou plutôt, pense qu’il a voulu te compli­menter.

– Impossible, Maître ! Ils ne complimentent jamais ceux qui font le bien. Je veux dire : jamais sincèrement. Et pour ce qui est de venir… c’est parce qu’il méprise le pauvre et craint sa malédiction. Il a si souvent torturé les pauvres gens d’ici ! Je peux le jurer sans crainte. C’est pour ça…

– Sois bon, Judas ! Laisse Dieu juger. »

Détail

Jésus est chez Elie de Capharnaüm.