Soir du même jour 26-1-45, 20h.
Si ce n'était pas un temps de couvre-feu, je vous aurais envoyé chercher, tellement j'ai été terrorisée par l'apparition du démon.
Le démon en personne, sans camouflages d'aucune sorte. C'est un personnage de grande taille, mince, fumeux, au front bas et étroit, visage pointu, aux yeux renfoncés, au regard tellement méchant, ironique, faux que pour un peu j'aurais appelé au secours. J'étais en train de prier, dans l'obscurité de ma pièce, pendant que Marthe était dans la cuisine, et c'était exactement le Coeur Immaculé de Marie que je priais, quand près de la porte fermée, il m'est apparu, lui. Noir sur noir et pourtant j'ai vu tous les détails de son corps nu, affreux, non par l'effet d'une difformité, mais par un je ne sais quoi de féroce, d'horrible de serpentin qui se dégageait de tous ses membres. Je n'ai vu ni cornes, ni queue, ni pieds fourchus, ni autres détails sous lesquels on le représente habituellement. Mais toute sa monstruosité était dans son expression. Pour exprimer ce qu'il était, je devrais dire : Fausseté, Ironie, Férocité, Haine, Embuscade. C'était ce qu'exprimait son expression rusée et méchante. Il se moquait de moi et m'insultait, mais n'osait approcher davantage. Il était là, cloué près de l'entrée. Il est resté, l'espace de dix bonnes minutes, et puis il s'en est allé. Mais il me passait des sueurs à la fois froides et chaudes.
Pendant qu'effrayée, je me demandais le pourquoi de cette venue, Jésus m'a dit : "Parce que tu l'avais durement repoussé dans son élément principal." (Pendant que je priais Marie, quelque chose tournoyait avec insistance en mon esprit... je ne sais comment appeler cette chose car ce n'est pas une voix, ce n'est pas une idée, ce n'est rien, et c'est pourtant quelque chose qui dit : "Sans toi, ici, quelque chose allait arriver. À cause de tes mérites, elle n'est pas arrivée. Parce que tu es tant aimée de Dieu." Moi - je ne sais si je fais bien ou mal, mais il me semble que je fais bien - quand j'entends cela, je dis : "Va-t-en Satan. Ne me tente pas. Car si c'est Jésus qui me parle, je l'accepte, mais personne d'autre ne doit le dire pour aiguiser la complaisance envers moi-même." Jésus m'a donc dit : "C'est parce que tu l'avais repoussé durement en son principal élément : l'orgueil. Oh ! s'il pouvait te faire tomber sur ce point ! L'as-tu bien vu ?
N'as-tu pas remarqué comment son aspect, je dirais sa souveraineté ou sa paternité, apparaît et transparaît chez ceux qui même temporairement sont à son service ? Ne t'étonne pas si dans une personne il t'apparaissait avec l'aspect répugnant d'un animal sale et impur, d'un monstre gonflé par le ferment, par le levain de la luxure. C'est parce que cette pauvre créature est un fumier de vices nombreux et de péchés, mais les péchés de la chair sont en elle les principaux. Pense à tous ceux qui d'une autre façon, t'ont fait sursauter et souffrir. À ceux qui, seulement peut-être pendant une heure, ont été les instruments de Satan pour tourmenter une âme fidèle, la faire souffrir, la désoler. N'avaient-ils pas, en te blessant, la même expression de méchanceté cruelle que tu as vue parfaite en lui ? Oh ! il transparaît chez ceux qui le servent ! Mais n'aie pas peur. Il ne peut te faire de mal si tu restes avec Moi et Marie. Il te hait. Oh ! sans mesure. Mais il est impuissant à te nuire. Si tu ne permets pas que ton âme se recherche et si tu la laisses sous la protection de mon Coeur, comment veux-tu qu'il puisse lui faire du mal ?
Tout prend fin.