« Benjamin, est-ce que cette histoire te plaît ? Oui ? Bravo ! Et ta maman, où est-elle ? »
C’est Jacques, fils d’Alphée, qui répond :
« A la fin de la parabole, elle est sortie et elle est partie au pas de course par cette rue.
– Elle est peut-être allée à la mer pour voir si son époux arrivait, dit Thomas.
– Non. Elle est allée chez sa veille mère pour y chercher mes frères. Maman les conduit là-bas pour pouvoir travailler, dit l’enfant qui s’appuie en toute confiance sur les genoux de Jésus.
– Et toi, tu restes ici, homme ? Tu dois être un bel aspic, si elle te garde toi seul ! Observe Barthélemy.
– Je suis le plus grand et je l’aide…
– A gagner son paradis, pauvre femme ! Quel âge as-tu ? demande Pierre.
– Dans trois ans, je serai fils de la loi, répond fièrement le gamin.
– Sais-tu lire ? demande Thaddée.
– Oui… mais je progresse lentement parce que… parce que le maître me met à la porte presque tous les jours…
– Je l’avais bien dit ! Lance Barthélemy.
– Mais je fais ça parce que le maître est vieux et laid et il dit toujours les mêmes choses qui font dormir ! S’il était comme lui (et il montre Jésus), je serais attentif. Est-ce que tu frappes, toi, ceux qui dorment ou qui jouent ?
– Je ne frappe personne, mais je dis à mes élèves : “ Soyez attentifs, pour votre bien et par amour pour moi ”, répond Jésus.
– Oui, c’est ça ! Par amour, oui. Pas par peur.
– Si tu deviens bon, le maître t’aimera.
– Tu n’aimes que celui qui est bon ? Il y a un instant, tu as dit que tu t’es montré patient envers celui qui n’était pas bon… »
La logique des enfants est rigoureuse…
« Je suis bon avec tous. Mais j’aime beaucoup, beaucoup, celui qui devient bon et avec lui je suis vraiment, vraiment bon. »
L’enfant réfléchit, puis il lève la tête et demande à Matthieu :
« Toi, comment as-tu fait pour devenir bon ?
– Je l’ai aimé. »
184.7
L’enfant réfléchit encore, puis il regarde les douze et dit à Jésus :
« Ils sont tous bons, eux ?
– Bien sûr qu’ils le sont !
– Tu en es certain ? Parfois, je suis sage, mais c’est quand je veux faire… de plus grosses bêtises. »
Tout le monde rit bruyamment. Le petit bonhomme en veine de franchise se mêle à ces rires. Même Jésus rit, il le serre sur son cœur et lui donne un baiser.
L’enfant, qui désormais est bien avec tout le monde, veut jouer et dit :
« Maintenant je vais te dire qui est bon. »
Et il commence son choix. Il les observe tous et va directement vers Jean et André, qui sont proches, et dit :
« Toi et toi, venez ici. »
Puis il choisit les deux Jacques et les réunit aux deux premiers. Il prend ensuite Jude. Il reste très pensif devant Simon le Zélote et Barthélemy et dit :
« Vous êtes vieux, mais vous êtes bons. »
Il les réunit eux aussi aux autres. Il examine Pierre, qui subit ce test en faisant des œillades comiques, et il le trouve bon. Matthieu aussi passe l’examen, et Philippe de même. A Thomas, il dit :
« Tu ris trop. Moi, je suis sérieux. Ne sais-tu pas que mon maître dit que celui qui rit toujours ratera son examen ? »
Mais en somme, Thomas passe aussi, avec une mauvaise note mais il est reçu à l’examen. Puis l’enfant retourne vers Jésus.
« Eh, dis donc, gamin, il y a encore moi. Je ne suis pas un arbre. Je suis jeune et beau. Pourquoi ne m’examines-tu pas ? dit Judas.
– Parce que tu ne me plais pas. Maman dit que quand quelque chose ne plaît pas, on ne doit pas y toucher. On le laisse sur la table, pour que d’autres, à qui cela peut plaire, puissent le prendre. Et elle ajoute que, si quelqu’un nous offre quelque chose qui ne plaît pas, on ne doit pas dire : “ Cela ne me plaît pas ”, mais : “ Merci, je n’ai pas faim. ” Moi, je n’ai pas faim de toi.
– comment ? Regarde : si tu me dis que je suis bon, je t’offre cette pièce de monnaie.
– Qu’est-ce que j’en ferais ? Qu’est-ce qu’on achète avec un mensonge ? Maman dit que les deniers qu’on gagne par une tromperie deviennent de la paille. Une fois, je me suis fait donner par ma grand-mère, grâce à un mensonge, une didrachme pour m’acheter des fouaces au miel et, pendant la nuit, elle est devenue de la paille. Je l’avais mise dans ce trou sous la porte pour la prendre le matin et j’y ai trouvé une botte de paille.
– Mais pourquoi est-ce que je ne te semble pas bon ? Qu’est-ce que j’ai ? Le pied fourchu ? Suis-je laid ?
– Non, mais tu me fais peur.
– pourquoi donc ? demande Judas en s’approchant de lui.
– Je ne sais pas. Laisse-moi tranquille. Ne me touche pas, sinon je te griffe.
– Quel hérisson ! Il est fou. »
Judas rit jaune.
« Je ne suis pas fou. C’est toi qui es méchant. »
Sur ce, il court se réfugier sur le sein de Jésus qui le caresse sans mot dire.
Les apôtres échangent des plaisanteries sur l’incident, qui est peu reluisant pour Judas.