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Judas de Kérioth (apôtre)

Thème : Personnages dans L'Evangile tel qu'il m'a été révélé · Page 14 sur 28

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EMV 133.3 · Tome 2, p. 396-397

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

Citation

133.3 Ils sont encore en train de manger et déjà les lampes sont allumées car la nuit tombe très vite ; en outre, la bise invite à garder la porte fermée, mais on frappe et la voix joyeuse de Jean se fait entendre.

« Bon retour !

– Vous avez vite fait !

– Qu’y a-t-il donc ?

– Comme vous êtes chargés ! »

Tout le monde parle à la fois, tous aident les trois hommes à décharger les sacs très lourds qu’ils portent sur les épaules.

« Doucement !

– Laissez-nous saluer le Maître !

– Mais un moment ! »

Il y a un vacarme joyeux, familier, en raison de la joie d’être ensemble. « Je vous salue, mes amis. Dieu vous a donné des journées tranquilles.

– Oui, Maître, mais pas des nouvelles rassurantes. Je le prévoyais, annonce Judas.

– Qu’est-ce qu’il y a ?… »

La curiosité est éveillée.

« Attendez qu’ils se soient d’abord restaurés, dit Jésus.

– Non, Maître, nous te donnons d’abord ce que nous avons pour toi et pour les autres. Et pour commencer… Jean, donne la lettre.

– C’est Simon qui l’a. Je craignais de l’abîmer dans le chargement. »

Simon le Zélote, qui se débattait jusqu’alors avec Thomas qui voulait lui apporter de l’eau pour ses pieds fatigués, accourt en disant :

« Je l’ai ici, dans la bourse de ma ceinture. »

Il ouvre cette poche intérieure de sa large ceinture de cuir rouge, et en sort un rouleau tout aplati.

« C’est de ta Mère. Quand nous avons été près de Béthanie, nous avons rencontré Jonathas qui allait chez Lazare avec la lettre et beaucoup d’autres choses. Jonathas va à Jérusalem car Kouza remet en ordre son palais… Peut-être qu’Hérode se rend à Tibériade… et Kouza ne veut pas voir sa femme près d’Hérodiade » explique Judas tandis que Jésus défait les nœuds du rouleau et le déroule.

Les apôtres bavardent, pendant que Jésus lit avec un sourire bienheureux le message de sa Mère.

Détail

Jésus est à la Belle-Eau. Judas, Jean et Simon ont été à Jérusalem brièvement et ont récupéré une lettre que Marie avait confiée à Jonathas, un des Bergers et un serviteur de Jeanne et Kouza. Celui-ci l'a donnée à Lazare et les apôtres l'ont récupérée en passant à Béthanie.

EMV 133.5-7 · Tome 2, p. 399-402

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

133.5 – Ils viennent jusqu’à cette maison, ces effrontés ! » s’écrie Pierre.

Et Jude s’exclame :

« Joseph... pouvait se la garder pour lui, cette nouvelle. Mais... il était pressé de la faire connaître !

– Le cri d’une hyène n’effraie pas les vivants, dit sentencieusement Philippe.

– Le malheur, c’est que ce ne sont pas des hyènes, mais des tigres. Ils cherchent une proie vivante » réplique Judas et, se tournant vers Simon le Zélote : « Dis ce que nous avons appris.

– Oui, Maître. Judas avait bien raison de craindre. Nous sommes allés chez Joseph d’Arimathie et chez Lazare et, là, comme tes amis déclarés. Ensuite, Judas et moi, comme si j’étais l’un de ses amis d’enfance, chez certains de ses amis de Sion... Et... Joseph et Lazare te disent de partir tout de suite pendant ces fêtes. N’insiste pas, Maître. C’est pour ton bien. Les amis de Judas, ensuite, ont dit : “ Attention : on a déjà décidé de venir le surprendre pour l’accuser. Et cela précisément en ces jours de fête où il n’y a pas de monde. Qu’il se retire quelque temps pour tromper ces vipères. La mort de Doras a excité leur venin et leur peur. Car ils éprouvent, non seulement de la haine, mais aussi de la peur. La peur leur fait voir des choses qui n’existent pas et la haine les fait aller jusqu’au mensonge. ”

– Ils savent tout, tout sur notre compte ! C’est odieux ! Ils défigurent tout ! Ils exagèrent tout, et quand cela ne leur paraît pas suffisant pour maudire, ils inventent. J’en suis dégoûté et accablé. Il me vient le désir de m’exiler, d’aller... je ne sais pas où... loin. Mais hors de cet Israël qui n’est que péché... »

Judas est déprimé.

« Judas, Judas ! Pour mettre un homme au monde, une femme travaille pendant neuf lunes. Toi, pour donner au monde la connaissance de Dieu, tu voudrais faire plus vite ? Ce n’est pas neuf lunes, mais des millénaires de lunes qu’il faudra. Et, comme la lune naît et meurt à chaque lunaison, nous semble naître à nouveau, puis devenir pleine, puis décroissante, ainsi en sera-t-il dans le monde, tant qu’il existera : il y aura toujours des phases de croissance et de décroissance de la religion. Mais, même quand elle semblera morte, elle n’en sera pas moins vivante, à l’instar de la lune qui continue d’exister quand elle paraît finie. Et celui qui aura travaillé pour cette religion en tirera un grand mérite, même s’il ne reste sur la terre qu’un très petit nombre d’âmes fidèles. Allons, allons ! Pas de faciles enthousiasmes dans les triomphes et pas de faciles dépressions dans les défaites.

– Néanmoins... pars d’ici. Nous ne sommes pas, nous, encore assez forts. Et nous sentons que, face au Sanhédrin, nous aurions peur. Moi du moins... Les autres, je ne sais pas... Mais je crois imprudent de tenter l’expérience. Nous n’avons pas le coeur des trois enfants de la cour de Nabuchodonosor.

– Oui, Maître, ça vaut mieux.

– C’est plus prudent.

– Judas a raison.

– Tu vois que même ta Mère et ta parenté...

– Et aussi Lazare et Joseph.

– Laissons les autres venir pour rien. »

Jésus ouvre les bras et dit :

« Qu’il soit fait comme vous le voulez. Mais ensuite, nous reviendrons ici. Vous voyez combien il vient de gens. Je ne force pas et ne tente pas votre âme. Je ne la sens pas prête, en effet...

133.6 Mais voyons les travaux des femmes. »

Les yeux rayonnants, tous poussent des cris de joie en sortant des besaces les paquets avec les vêtements, les sandales, les vivres des mères et des femmes, et tentent d’intéresser Jésus pour qu’il admire une si grande grâce de Dieu. Mais lui reste triste et distrait. Il lit et relit la lettre de sa Mère. Il s’est blotti avec une lampe dans le coin le plus reculé de la table sur laquelle sont les vêtements, les pommes, les vases de métal et les fromages. Une main en visière sur les yeux, il semble méditer. Mais il souffre.

« Mais regarde, Maître, quel beau vêtement ma pauvre épouse m’a fait ! Et ce manteau avec un capuchon ! Qui sait combien elle s’est fatiguée car elle n’est pas adroite comme ta Mère, dit Pierre qui jubile, les bras chargés de ses trésors.

– Ils sont beaux, oui, très beaux. C’est une brave femme » répond Jésus poliment.

Mais son regard est bien loin des objets qu’on lui montre.

« Pour nous, notre mère a fait deux vêtements doublés. Pauvre maman ! Ils te plaisent, Jésus ? Ils ont une belle couleur, n’est-ce pas ? dit Jacques, fils de Zébédée.

– Très beau, Jacques. Il t’ira bien.

– Regarde. Je parie que ces ceintures, c’est ta Mère qui les a faites. C’est elle qui brode si bien. Et aussi ce voile doublé pour abriter du soleil, je dis que c’est Marie qui l’a fait. Il est pareil au tien. Mais pas le vêtement : c’est sûrement notre mère qui l’a tissé. Pauvre maman ! Après toutes les larmes qu’elle a versées cet été, elle n’y voit plus bien, et souvent le fil se casse. Chère maman ! »

Et Jude embrasse le lourd vêtement d’un rouge qui tire sur le marron.

133.7 « Tu n’es pas joyeux, Maître ? demande finalement Barthélemy.

Tu ne regardes même pas les choses que l’on t’envoie.

– Il ne peut l’être, réplique Simon le Zélote.

– Je réfléchis... Mais... Refaites les paquets. Mettez tout en place. Ce n’est pas le moment de se faire prendre et on ne nous prendra pas. Quand la nuit sera avancée, au clair de lune, nous irons à Docco, puis à Béthanie.

– Pourquoi à Docco ?

– Parce qu’il y a une femme qui meurt et qui attend de moi sa guérison.

– Ne passons-nous pas chez le régisseur ?

– Non, André, chez personne. Ainsi personne n’aura besoin de mentir en prétendant ne pas savoir où nous sommes. Si vous tenez à n’être pas poursuivis, moi, je tiens à ne pas créer d’ennuis à Lazare.

– Mais Lazare t’attend.

– Et nous allons chez lui. Ou plutôt... Simon, nous logerais-tu dans la maison de ton vieux serviteur ?

– Avec joie, Maître. Tu sais tout, désormais. Je puis donc te dire, au nom de Lazare, en mon nom, et au nom de celui qui s’y trouve : elle est à toi.

– Allons, faites vite pour que nous arrivions à Béthanie avant le sabbat. »

Et pendant que tous se dispersent avec des lanternes afin de faire le nécessaire pour ce départ imprévu, Jésus reste seul.

EMV 134.5 · Tome 2, p. 406

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Jésus sort, rejoignant Judas qui va sortir.

« Fais des courses abondantes, qu’ils en aient encore pour les jours qui viennent. Nous, nous ne manquerons de rien chez Lazare.

– Oui, Maître. Et si tu permets... J’ai de l’argent à moi. J’ai fait voeu de l’offrir pour te sauver des ennemis. Je le change en pain. Mieux vaut que cela serve à ces frères en Dieu qu’aux gueules du Temple. Tu permets ? L’or a toujours été pour moi un serpent. Je ne veux plus éprouver sa fascination. Car je me sens si bien, maintenant que je suis bon ! Je me sens libre et je suis heureux.

– Fais comme tu veux, Judas. Et que le Seigneur te donne la paix. »

Jésus rejoint ses disciples pendant que Judas sort et tout prend fin.

Détail

Jésus vient de guérir une mère mourante, qui a six enfants. Ils sont très pauvres. Jésus demande donc à Judas d'aller leur acheter ce qu'il faut pour eux, maintenant, mais aussi pour les jours à venir. Et Judas demande la permission d'utiliser une de ses propres bourses car ces derniers temps, il est bon, et veut se libérer de l'argent.

EMV 136 · Tome 2, p. 416-429

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Détail

À Béthanie, on célèbre la Fête des Encénies - aussi appelée la Fête de la Lumière ou la Fête de la Dédicace. C'est le premier anniversaire de Jésus sans sa Mère. Le Christ vagabonde dans le jardin, il écoute un rossignol. Puis, après avoir béni le Père pour ce chant, il reste un temps avec Simon, il lui parle du Ciel et des places qu'y auront les différents saints et bienheureux. Ensuite, arrive Marthe, qui est chagrinée, car Marie-Madeleine est partie récemment, elle voulait quitter ce "tombeau" pour retrouver ses joies. Ils vont à table et sont rejoints par les bergers de Bethléem, ce qui console Jésus de l'absence de sa Mère. Après que le Seigneur ait remercié Lazare et Marthe, en étant assez délicat pour évoquer Marie-Madeleine et consoler Marthe, ils en viennent à parler de l'Evangile de l'Enfance : de l'Immaculée Conception, à sa Présentation au Temple, ses fiançailles avec Joseph, la Nativité, la Fuite en Egypte, le retour en Galilée, le recouvrement au Temple. Pour finir, Pierre souhaite se souvenir de tout cela, mais a peur de ne pas y arriver : Matthieu lui assure qu'il a une bonne mémoire et qu'il le lui racontera. Enfin, Pierre souhaite mourir en prononçant le nom de Jésus et celui-ci lui confirme que cela arrivera.

EMV 137.1.4 · Tome 2, p. 429 et p. 432-434

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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137.1 Jésus, en compagnie de ses apôtres, parcourt les champs plats de la Belle Eau. La journée est pluvieuse et l’endroit désert. Il doit être environ midi, car ce soleil pâlot qui apparaît de temps à autre de derrière le rideau gris des nuages descend perpendiculairement.

Jésus parle avec Judas, à qui il confie la charge d’aller au village faire les achats les plus urgents. (...)

Judas arrive en courant. On dirait un gros papillon qui vole sur le pré tant il court rapidement, avec son manteau qui vole en arrière pendant qu’il se livre à une vraie joute de signes.

« Mais qu’est-ce qu’il a ? demande Pierre. Il est devenu fou ? »

Avant que personne ne puisse lui répondre, Judas, arrivé à proximité, peut crier, tout essoufflé par sa course :

« Arrête-toi, Maître. Ecoute-moi avant d’aller à la maison... Il y a un piège... Ah ! Quels lâches... ! »

Il a rejoint le groupe :

« Maître ! On ne peut plus y aller ! Les pharisiens sont dans le village, et ils viennent chaque jour à la maison. Ils t’attendent pour te faire du mal. Ils chassent ceux qui viennent te chercher. Ils les effraient avec des anathèmes horribles. Que veux-tu faire ? Ici tu serais persécuté et ton travail serait anéanti... L’un d’eux m’a vu et m’a attaqué, un vilain vieillard au gros nez qui me connaît parce que c’est l’un des scribes du Temple. Car il y a aussi des scribes. Il m’a attaqué en me griffant et en m’insultant de sa voix de faucon. Tant qu’il m’a insulté et griffé – regarde... (il montre un poignet et une joue où l’on voit clairement la trace des ongles) –, je l’ai laissé faire. Mais quand il a bavé sur toi, je l’ai pris au collet...

– Mais, Judas ! S’écrie Jésus.

– Non, Maître, je ne l’ai pas étranglé. Je l’ai seulement empêché de blasphémer contre toi, et je l’ai laissé partir. Maintenant il est là-bas et il meurt de peur à cause du danger qu’il a couru... Mais nous, éloignons-nous, je t’en prie. D’ailleurs, personne n’oserait plus venir te trouver...

– Maître !

– Mais c’est une horreur !

– Judas a raison.

– Ils sont aux aguets comme des hyènes !

– Feu du Ciel qui es descendu sur Sodome, pourquoi ne reviens-tu pas ?

– Mais sais-tu que tu as été brave, mon garçon ? Dommage que je n’aie pas été pas là, je t’aurais aidé.

– Ah ! Pierre, si tu avais été là, ce petit faucon aurait perdu ses plumes et sa voix pour toujours.

– Mais comment as-tu fait pour... pour ne pas y aller jusqu’au bout ?

– Eh bien... Ça a été un éclair dans mon esprit. Une pensée m’est venue de je ne sais quelles profondeurs du coeur : “ Le Maître condamne la violence ”, et je me suis arrêté. Cela m’a donné un coup encore plus fort que le choc que j’avais reçu sur le mur contre lequel m’a jeté le scribe quand il m’a attaqué. J’en ai eu les nerfs presque brisés... au point que je n’aurais pas eu la force de frapper. Comme il est dur de se vaincre !...

– Tu as été vraiment brave ! N’est-ce pas, Maître ? Tu ne dis pas ta pensée ? »

Pierre est si heureux de la conduite de Judas qu’il ne voit pas comment Jésus est passé du lumineux visage qu’il avait au début à une mine sévère qui lui assombrit le regard et lui serre la bouche, qui paraît devenir plus fine.

Mais il finit par parler :

« Je dis que je suis plus dégoûté de votre façon de penser que de la conduite des juifs. Eux, ce sont des malheureux plongés dans les ténèbres. Vous, qui êtes avec la Lumière, vous êtes durs, vindicatifs, vous murmurez, vous êtes violents. Comme eux, vous approuvez la brutalité. Je vous le dis, vous me donnez la preuve que vous êtes toujours ce que vous étiez quand vous m’avez vu pour la première fois. J’en ressens de la douleur. En ce qui concerne les pharisiens, vous savez que Jésus Christ ne fuit pas. Pour vous, retirez-vous. Je vais les affronter. Je ne suis pas un lâche. Si, après leur avoir parlé, je n’arrive pas à les convaincre, je me retirerai. On ne doit pas pouvoir prétendre que je n’ai pas essayé de toutes les manières possibles de les attirer à moi. Ils sont eux aussi des fils d’Abraham. Je fais mon devoir jusqu’au bout. Leur condamnation doit venir uniquement de leur mauvaise volonté et pas de ma négligence à leur égard. »

Jésus prend alors la direction de la maison dont on aperçoit le toit bas au-delà d’une rangée d’arbres nus. Les apôtres le suivent, tête basse, en parlant tout bas entre eux.

Détail

Le groupe apostolique revient à la Belle-Eau, après l'avoir quitté pour la Fête des Encénies. Mais il y a un piège des pharisiens et Judas, qui est allé en avant, va les prévenir...

EMV 137.5-6 · Tome 2, p. 434-436

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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137.5 Les voilà dans la maison. Ils entrent en silence dans la cuisine et s’affairent autour du foyer. Jésus s’absorbe dans ses pensées.

Ils sont sur le point de prendre leur repas quand un groupe de personnes se présente à la porte.

« Les voilà » murmure Judas.

Jésus se lève immédiatement et va vers eux. Il est si imposant que le groupe recule un instant. Mais la salutation de Jésus les rassure :

« Que la paix soit avec vous. Que voulez-vous ? »

Alors ces lâches croient pouvoir tout oser et lui intiment avec arrogance cet ordre :

« Au nom de la Loi sainte, nous t’ordonnons de quitter ce lieu, car tu troubles les consciences, tu violes la Loi, tu corromps les villes paisibles de Judée. Ne crains-tu pas la punition du Ciel, toi qui singes le juste qui baptise au Jourdain, toi qui protèges les prostituées ? Sors de la terre sainte de Judée ! Que ton souffle n’arrive pas depuis ici jusqu’à l’intérieur de la cité sainte.

– Je ne fais rien de mal. J’enseigne comme rabbi, je guéris comme thaumaturge, je chasse les démons comme exorciste. Toutes ces catégories existent aussi en Judée. Et Dieu, qui les veut, les fait respecter et vénérer par vous. Je ne demande pas la vénération. Je vous demande seulement de me laisser faire du bien à ceux qui ont quelque infirmité dans leur chair, dans leur tête ou dans leur esprit. Pourquoi me le défendez-vous ?

– Tu es un possédé. Va-t’en.

– L’insulte n’est pas une réponse. Je vous ai demandé pourquoi vous me l’interdisez alors que vous le permettez aux autres.

– Parce que tu es un possédé. Tu chasses les démons et tu fais des miracles avec l’aide des démons.

– Et vos exorcistes, alors, avec l’aide de qui est-ce qu’ils les font ?

– Par leur vie sainte. Tu es un pécheur et tu te sers des prostituées pour augmenter ta puissance, car l’union avec elles accroît le pouvoir de la force démoniaque. Notre sainteté a purifié la région de ta complice. Mais nous ne permettons pas que tu restes ici pour attirer d’autres femmes.

– Mais est-ce que cette maison est à vous ? demande Pierre qui est venu près du Maître avec un air peu rassurant.

– Ce n’est pas notre maison. Mais toute la Judée et tout Israël sont aux mains saintes des purs d’Israël.

– Que vous prétendez être, vous ! » termine Judas, venu sur le seuil et qui conclut par un éclat de rire moqueur. Puis il demande :

« Et votre autre ami, où est-il ? Il en tremble encore ? Misérables, allez-vous en ! Et tout de suite ! Sinon, je vous ferai regretter de...

– Silence, Judas. Et toi, Pierre retourne à ta place.

137.6 Ecoutez, scribes et pharisiens. Pour votre bien, par pitié pour votre âme, je vous prie de ne pas combattre le Verbe de Dieu. Venez à moi. Je ne vous hais pas. Je comprends votre mentalité et je la regrette. Mais je veux vous amener à une mentalité nouvelle, sainte, capable de vous sanctifier et de vous donner le Ciel. Pensez-vous donc que je sois venu pour vous combattre ? Oh non ! Je suis venu vous sauver. C’est pour cela que je suis venu. Je vous prends sur mon coeur. Je vous demande amour et compréhension. Justement parce que vous êtes les plus sages en Israël, vous devez plus que tout autre comprendre la vérité. Soyez âme et non pas corps. Voulez-vous que je vous en supplie à genoux ? L’enjeu, votre âme, est tel que je me mettrais sous vos pieds pour la gagner au Ciel, avec la certitude que le Père ne regarderait pas comme une erreur mon humiliation. Parlez ! Dites-moi un seul mot, je l’attends !

– Malédiction ! Voilà ce que nous disons !

– D’accord. C’est dit. Partez. Moi aussi je vais partir. »

Jésus fait demi-tour, retourne à sa place, incline la tête sur la table, et pleure.

Barthélemy ferme la porte pour qu’aucun de ces cruels qui l’ont insulté et qui s’en vont en lançant des menaces et des blasphèmes contre le Christ ne voie ses larmes.

Un long silence se passe, puis Jacques, fils d’Alphée, caresse la tête de son Jésus et dit :

« Ne pleure pas. Nous t’aimons. Même à leur place. »

Jésus relève la tête et dit :

« Ce n’est pas pour moi que je pleure, mais pour eux, qui se tuent, sourds à toute invitation.

– Qu’allons-nous donc faire, Seigneur ? demande l’autre Jacques.

– Nous irons en Galilée. Demain matin nous partirons.

– Pas aujourd’hui, Seigneur ?

– Non. Je dois saluer ceux qui sont bons ici. Et vous viendrez avec moi. »

Détail

Des pharisiens hostiles arrivent à la Belle-Eau alors que le groupe apostolique est dans la petite maison. Discours de Jésus aux Pharisiens, qui leur demande de ne pas mépriser le Verbe de Dieu.

EMV 138 · Tome 2, p. 436-440

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Adieu aux âmes de la Belle-Eau. Le régisseur explique ce qu'il s'est passé avec Aglaé et le Maître bénit sa droiture d'esprit. Jésus parle ensuite sur le chemin avec les apôtres : il leur dit qu'il ne veut pas un Royaume humain, et qu'il ne le conquerra pas par la violence. Enfin, Jésus va consoler le chef de synagogue à la Belle-Eau. Il va être maudit par le Sanhédrin, donc il va être retiré de ses fonctions. L'homme, dans son humilité, croit qu'il ne pourra plus lever les yeux vers Dieu, et regrette, non pas la perte de sa fonction prestigieuse, mais la perte de l'amitié avec Dieu. Il est donc pris par les scrupules et Jésus le rassure : il n'a pas péché. La condamnation du Sanhédrin tombera, mais le Christ l'invite plutôt à marcher à sa suite et Timon est heureux.

EMV 138.2 · Tome 2, p. 437-438

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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138.2 « Et si ces brutes sont encore ici ? demande Philippe.

– On ne peut empêcher personne de marcher sur les routes, répond Jude.

– Non, mais, pour eux, nous sommes “ anathèmes ”.

– Ah ! Laisse-les donc faire ! Tu t’en soucies ?

– Cela ne m’inquiète que dans la mesure où le Maître veut éviter les violences. Et eux, qui le savent, s’en prévalent » murmure Pierre dans sa barbe.

Il croit sûrement que Jésus, qui discute avec Simon et Judas, ne l’entend pas. Mais Jésus entend. Il se tourne, moitié sévère, moitié souriant :

« Tu crois que je pourrais vaincre par la violence ? Mais c’est un pauvre procédé humain, et qui ne sert que pour un temps, pour des victoires humaines. Combien de temps dure l’oppression ? Le temps qu’elle suscite, chez les personnes soumises, des réactions qui, en s’unissant, produisent une plus grande violence qui met à terre l’oppression. Je ne veux pas un royaume temporaire. Je veux un royaume éternel : le Royaume des Cieux. Combien de fois vous l’ai-je dit ? Combien de fois devrai-je vous le répéter ? Ne le comprendrez-vous jamais ? Oui, il viendra un moment où vous le comprendrez.

– Quand, mon Seigneur ? J’ai hâte de comprendre pour être moins ignorant, dit Pierre.

– Quand ? Quand vous serez moulus comme le grain entre les pierres de la douleur et du repentir. Vous pourriez et même vous devriez comprendre auparavant. Mais pour cela vous devriez briser votre humanité et laisser libre votre âme. Or vous ne savez pas faire cet effort sur vous-même. Mais vous comprendrez... vous comprendrez. A ce moment-là, vous comprendrez que je ne pouvais utiliser la violence comme moyen humain pour établir le Royaume des Cieux, autrement dit le Royaume de l’esprit. Mais, en attendant, n’ayez pas peur. Ces hommes qui vous inquiètent ne vous feront rien. Il leur suffit de m’avoir chassé.

– Mais n’était-il pas plus facile de faire prévenir le chef de la synagogue de venir chez le régisseur ou de nous attendre sur la grand-route ?

– Oh ! Quel homme prudent est aujourd’hui mon Thomas ! Mais ce n’était pas facile, ou plutôt ç’aurait été plus facile, mais ce n’était pas juste. Lui, il a montré de l’héroïsme à mon égard. Il a été insulté dans sa maison à cause de moi. Il est juste que j’aille chez lui le consoler. »

Thomas hausse les épaules et garde le silence.

Détail

Le groupe apostolique a été chassé de la Belle-Eau et les apôtres parlent entre eux des pharisiens qui les ont chassés.

EMV 139 · Tome 2, p. 441-446

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Détail

Le groupe apostolique avance sur les monts d'Emmaüs. Ils avancent gaiement et sont en route vers la Galilée. Judas, dans de bonnes dispositions, demande s'ils pourront retourner à Kérioth plus tard et Jean demande s'il pourra emmener Jacques de Zébédée et André à Bethléem. L'Iscariothe demande ensuite l'avis de Jésus sur son âme, et celui-ci le fait avec charité, en disant que son esprit est désordonné et que tout se disloque au moindre signe de vent. Il lui conseille d'agir avec ordre et de rester auprès des bons pour lutter contre la tentation. Pierre arrive sur ces entrefaites et veut savoir ce qu'ils racontent. Jésus parle donc de l'ordre et de la sainteté en évoquant l'image de la droite sur un plan. Pierre loue alors André, mais Jésus assure que les Douze se travaillent pour devenir bons et meilleurs.

EMV 139.1-3 · Tome 2, p. 441-444

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Jésus se trouve avec ses disciples à un endroit très montagneux. La route est accidentée, malcommode, et les plus âgés peinent. Les jeunes, au contraire, sont tous joyeux autour de Jésus et montent avec agilité en bavardant.

Les deux cousins, les deux fils de Zébédée et André sont tout heureux à l’idée de retourner en Galilée, et leur joie est telle qu’elle gagne même Judas, qui est depuis quelque temps dans les meilleures dispositions d’esprit. Il se borne à dire :

« Cependant, Maître, pour la Pâque, quand on ira au Temple... tu retourneras à Kérioth ? Ma mère espère toujours t’avoir chez elle. Elle me l’a fait savoir, de même que mes concitoyens...

– Certainement. Actuellement, même si on le voulait, la saison est trop mauvaise pour s’engager sur ces routes difficiles. Voyez comme c’est fatigant, même ici. Et, si on ne me l’avait pas imposé, je n’aurais pas entrepris le voyage en ce moment... Mais on ne pouvait plus rester... »

Jésus se tait, pensif.

« Et plus tard, je veux dire : pour la Pâque, pourra-t-on venir ? Je voudrais montrer ta grotte à Jacques et à André, dit Jean.

– Tu oublies l’amour de Bethléem pour nous ? demande Judas. Pour le Maître, surtout.

– Non, mais j’irais plutôt avec Jacques et André, Jésus pourrait rester à Yutta ou chez toi...

– Cela me plaît. Le feras-tu, Maître ? Eux vont à Bethléem, et toi, tu restes avec moi à Kérioth. En effet, tu n’y es jamais allé avec moi seul... et je désire tant t’avoir tout à moi...

– Tu es jaloux ? Ne sais-tu pas que je vous aime tous de la même façon ? Ne crois-tu pas que je suis avec vous tous, même quand il vous semble que je suis loin de vous ?

– Je sais bien que tu nous aimes. Si tu ne nous aimais pas, tu devrais être bien plus sévère, avec moi du moins. Je crois que ton esprit veille toujours sur nous. Mais nous ne sommes pas qu’esprit. Il y a aussi l’homme, avec ses amours d’homme, ses désirs, ses regrets. Mon Jésus, je sais que je ne suis pas celui qui te rend le plus heureux. Mais je crois que tu sais combien sont vifs mon désir de te plaire et mon regret pour toutes les heures que je te fais perdre à cause de ma misère...

– Non, Judas. Je ne les perds pas. Je suis plus près de toi que des autres, précisément parce que je sais qui tu es.

139.2 – Qui suis-je, mon Seigneur ? Parle. Aide-moi à comprendre qui je suis. Je ne me comprends pas. J’ai l’impression d’être une femme troublée par des désirs de conception. J’ai des désirs saints, et d’autres qui sont dépravés. Pourquoi ? Que suis-je ? »

Jésus le regarde d’un regard indéfinissable. Il est triste, mais d’une tristesse mélangée de pitié. Une telle pitié ! On dirait un médecin qui se rend compte de l’état d’un malade et qui le sait inguérissable... Mais il garde le silence.

« Parle, mon Maître. Ton jugement sera toujours le moins sévère de tous sur le pauvre Judas. Et puis... nous sommes frères. Peu m’importe qu’ils sachent de quoi je suis fait. Au contraire, s’ils l’apprennent par toi, ils corrigeront leur jugement et m’aideront. N’est-ce pas ? »

Les autres sont gênés et ne savent que dire. Ils regardent leur compagnon, ils regardent Jésus.

Jésus attire Judas près de lui, à la place où se trouvait auparavant son cousin Jacques, et il dit :

« Tu es simplement désordonné. Tu as en toi les meilleurs éléments, mais ils ne sont pas bien fixés et le moindre souffle de vent les disloque. Tout à l’heure, nous sommes passés par ce défilé et on nous a montré les dégâts causés aux pauvres maisons de ce petit village par l’eau, la terre et les arbres. L’eau, la terre, les arbres sont des choses utiles et bénies, n’est-ce pas ? Et pourtant elles sont devenues maudites. Pourquoi ? Parce que l’eau du torrent n’avait pas un cours bien réglé mais, par suite de la nonchalance des hommes, il s’était creusé plusieurs lits au gré de son caprice. C’était beau, tant qu’il n’y avait pas de tempête. C’était alors un vrai travail de joaillerie que cette eau claire qui ruisselait de la montagne en petites rivières, telles des parures de diamants ou des colliers d’émeraude selon qu’elles reflétaient la lumière ou l’ombre des bosquets. Les hommes eux aussi s’en réjouissaient parce qu’elles étaient utiles, ces veines d’eau gazouillantes, pour leurs petits champs. Comme ils étaient beaux, les arbres, poussés çà et là en groupes imprévus, au gré des caprices des vents, laissant des clairières pleines de soleil... Et qu’elle était belle, la terre légère et fertile pour la culture déposée par je ne sais quelles lointaines alluvions au milieu des nombreuses ondulations de la colline... Mais il a suffi que viennent les tempêtes d’il y a un mois pour que les rig­oles capricieuses du torrent s’unissent et débordent en dé­sordre en suivant un autre cours, entraînent des arbres en pagaille et charrient en aval les monceaux de terre arrachés au terrain. Si on avait bien régularisé le cours de l’eau, si les arbres avaient été groupés en bosquets réguliers, si on avait maintenu la terre par des ter­rasses bien disposées, ces trois bons éléments que sont l’eau, la terre et les arbres ne seraient pas devenus ruine et mort pour ce petit village.

Tu possèdes l’intelligence, la hardiesse, l’instruction, la promptitude, la prestance, tu as bien des atouts. Mais tout cela est sauvagement disposé en toi et tu le laisses en l’état. Regarde : tu as besoin d’un travail patient et constant sur toi-même pour y mettre de l’ordre. Cet ordre devient ensuite une force, au milieu de tes qualités, de façon que, lorsque survient la tempête des tentations, le bien qui est en toi ne devienne pas un mal pour toi-même et pour les autres.

– Tu as raison, Maître. A chaque moment, je suis chaviré par le vent et tout se bouleverse. Et tu dis que je pourrais...

– La volonté est tout, Judas.

139.3 – Mais il y a des tentations si mordantes... On se terre de peur que le monde ne les lise sur le visage.

– Voilà l’erreur ! Ce serait justement le moment de ne pas se terrer, mais de rechercher la compagnie : celle des bons pour en recevoir une aide. Le simple contact avec la paix des bons calme la fièvre. Et rechercher aussi la compagnie de ceux qui critiquent car, à cause de cet orgueil qui pousse à se cacher pour qu’on ne devine pas le secret de nos âmes tentées, cela te permettrait de réagir contre la faiblesse morale et tu ne chuterais pas.

– Toi, tu es allé au désert...

– Parce que je pouvais le faire. Mais malheur à ceux qui sont seuls s’ils ne sont pas, dans leur solitude, multitude contre la multitude.

– Comment ? Je ne comprends pas.

– Multitude de vertus contre la multitude des tentations. Quand il y a peu de vertu, il faut faire comme ce lierre inconsistant : s’accrocher aux branches des arbres robustes pour s’élever.

– Merci, Maître. Je m’attache à toi et à mes compagnons. Mais aidez-moi tous. Vous êtes tous meilleurs que moi. »

Jacques, fils d'Alphée, dit : « Ce qui est meilleur, c’est le milieu frugal et honnête où nous avons grandi, mon ami. Mais maintenant, tu es avec nous et nous t’aimons bien. Tu verras… Ce n’est pas pour critiquer la Judée, mais tu peux être sûr qu’en Galilée, du moins dans nos villages, il y a moins de richesse et moins de corruption. Tibériade, Magdala, d’autres endroits où l’on s’amuse, sont près de nous. Mais nous, nous vivons avec “ notre ” âme simple, grossière si tu veux, mais laborieuse, saintement satisfaite de ce que Dieu nous a accordé.

– Mais sais-tu, Jacques, la maman de Judas est une sainte femme. On voit la bonté peinte sur son visage » objecte Jean.

Judas lui sourit, heureux du compliment, et son sourire s’épanouit quand Jésus ajoute :

« Tu as raison, Jean. C’est une sainte personne.

– Eh oui ! Mais le rêve de mon père était de faire de moi un grand de ce monde et il m’a séparé bien tôt et trop profondément de ma mère… »

Détail

Le caractère de Judas. Pourquoi son esprit est si changeant. Jésus dépeint son caractère auprès de son apôtre.