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Qui sont les apôtres ?

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EMV 74.2 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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(....) Ne me contredis pas si je dis des choses... des choses... oui, voilà, pas vraies.

– Que veux-tu dire ? Pourquoi mentir ? Je suis la Vérité, et je ne veux le mensonge ni en moi, ni autour de moi.

– Oh, je ne dirai que des demi-mensonges ! Je dirai que nous sommes tous de retour de pays lointains, d’Egypte par exemple, et que nous voulons avoir des nouvelles d’amis qui nous sont chers. Nous dirons que nous sommes des Judéens, de retour d’exil... Au fond, en tout cela, il y a un peu de vrai... et puis, j’en raconte... de plus ou moins fausses.

– Mais, Judas, pourquoi tromper ?

– Laisse tomber, Maître. Le monde se gouverne à coups de tromperies. Elles sont parfois nécessaires. Bien, pour te faire plaisir je dirai seulement que nous venons de loin et que nous sommes judéens. C’est vrai aux trois-quarts. Quant à toi, Jean, ne parle pas. Tu nous trahirais.

– Je resterai muet.

Détail

Judas veut se reigner sur le massacre des Innocents et sur Anne, puisque Jésus désire aller sur place. Alors il demande au Christ de le laisser dire des semi-mensonges et il demande à Jean de se taire.

EMV 74.3-9 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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74.3 Ils partent, contournent les ruines, puis longent un mur sans fenêtres derrière lequel on entend braire, mugir, hennir, bêler ainsi que ces cris vulgaires des chameaux ou dromadaires.

Le mur fait un angle. Ils tournent. Les voilà sur la place de Bethléem. Le bassin de la fontaine est au centre de la place qui a toujours sa forme de guingois, mais elle a changé du côté opposé à l’auberge. Là où se trouvait la petite maison – quand j’y pense, je la vois encore, toute d’argent pur sous le rayonnement de l’é­toile – il n’y a plus qu’un grand espace libre couvert de débris. Seul l’escalier est encore debout avec son petit balcon. Jésus regarde et soupire.

La place est pleine de monde tout autour des marchands de victuailles, d’ustensiles, d’étoffes, etc. Ils ont disposé leurs produits sur des nattes ou dans des paniers, à même sur le sol, et sont pour la plupart accroupis au centre de leur... échoppe ; d’autres, debout, crient et gesticulent, aux prises avec quelque acheteur qui marchande.

« C’est jour de marché » remarque Simon.

La porte, ou plutôt la porte cochère de l’auberge est grande ouverte, et il en sort une file d’ânes chargés de marchandises.

Judas entre le premier. Il regarde tout autour. Hautain, il hèle un petit garçon d’écurie, sale et en bras de chemise, c’est-à-dire avec un seul vêtement de dessous sans manches qui lui arrive aux genoux.

« Serviteur ! Crie-t-il. Le patron, tout de suite ! Dépêche-toi, je n’ai pas l’habitude d’attendre ! »

Le garçon y court en tirant derrière lui un balai de bran­chages.

« Mais, Judas ! Quelles façons !

– Silence, Maître. Laisse-moi faire. Il faut qu’ils nous croient très riches, des gens de la ville. »

Le patron accourt, se cassant l’échine en courbettes devant Judas, imposant avec le manteau rouge foncé de Jésus, sur son riche vêtement jaune d’or avec sa large ceinture et ses franges.

« Nous venons de loin, homme. Nous sommes des juifs de la communauté asiatique. Celui-ci, persécuté, est originaire de Bethléem et il recherche des amis d’ici qui lui sont chers. Et nous avec lui. Nous arrivons de Jérusalem où nous avons adoré le Très-Haut dans sa Maison. Peux-tu nous renseigner ?

– Seigneur... ton serviteur... tout à toi. Commande.

– Nous voulons avoir des renseignements sur plusieurs personnes... et spécialement sur Anne, la femme dont la maison se trouvait en face de ton auberge.

– Oh, la malheureuse ! Vous ne trouverez plus Anne que dans le sein d’Abraham et ses enfants avec elle.

– Morte ? Pourquoi ?

– Vous n’êtes pas au courant du massacre d’Hérode ? Tout le monde en a parlé et César l’a traité de “ porc assoiffé de sang ”. Oh ! Qu’ai-je dit ? Ne me dénonce pas. Es-tu un vrai juif ?

– Voilà l’insigne de ma tribu. Alors, parle.

– Anne a été tuée par les soldats d’Hérode avec tous ses enfants, sauf une fille.

– Mais pourquoi ? Elle était si bonne !

– Tu la connaissais ?

– Très bien. » Judas ment impudemment.

« Elle a été tuée pour avoir donné l’hospitalité à ceux qu’on disait père et mère du Messie... 74.4 Viens ici... dans cette pièce... les murs ont des oreilles et parler de certaines choses... c’est dangereux. »

Ils entrent dans une petite pièce sombre et basse. Ils s’asseyent sur un divan très bas.

« Voilà : j’ai eu du nez. Je ne suis pas aubergiste pour rien ! Je suis né ici, fils et petit-fils d’aubergistes. J’ai la ruse dans le sang, et je n’ai pas voulu d’eux. Je leur aurais peut-être trouvé un coin. Mais... galiléens... pauvres... inconnus... eh ! Non, Ezéchias ne s’y laisse pas prendre ! Et puis... je sentais... je sentais qu’ils n’étaient pas comme les autres... cette femme... des yeux... un je ne sais quoi... non, non, elle devait avoir en elle le démon et lui parler. Et elle nous l’a apporté ici, pas à moi, mais à la ville. Anne était plus innocente qu’une brebis et elle les a logés quelques jours après, avec le bébé. On disait que c’était le Messie... Ah, que d’argent j’ai fait en ces jours ! Bien plus qu’au recensement ! Il venait même des gens qui n’avaient pas besoin de venir pour le recensement. Il en venait même de la mer, même de l’Egypte, pour voir... et cela pendant des mois ! Quels gains j’ai réalisés !... Pour finir, il est venu trois rois, trois hommes puissants, trois mages... que sais-je ? Un cortège qui n’en finissait plus ! Ils m’ont pris toutes les écuries et m’ont payé en or autant de foin qu’il en aurait fallu pour un mois, et ils sont repartis dès le lendemain en laissant tout ici. Et quels cadeaux aux palefreniers, aux femmes de service ! Et à moi ! Oh !... Pour ma part, je ne puis dire que du bien du Messie, qu’il soit vrai ou faux. Il m’a fait gagner de l’argent à pleins sacs. Je n’ai pas essuyé d’ennuis graves. Pas de morts, non plus, car je venais tout juste de prendre femme. Alors... Mais les autres !

74.5– Nous voudrions voir les lieux du carnage.

– Les lieux ? Mais toutes les maisons furent touchées par la tragédie ! C’est par milliers que l’on a compté les morts à Bethléem. Venez avec moi. »

Ils prennent un escalier, montant sur une terrasse. D’en haut, on voit une grande étendue de campagne et Bethléem tout entière qui s’étend en éventail sur ses collines.



– Vous voyez où se trouvent les ruines ? Là aussi des maisons furent brûlées parce que les pères défendirent leurs enfants les armes à la main. Vous voyez là cette espèce de puits couvert de lierre ? C’est tout ce qui reste de la synagogue. On l’a brûlée avec le chef de la synagogue qui avait affirmé que c’était le Messie. Elle fut brûlée par des survivants, rendus fous de rage par le meurtre de leurs enfants. Nous en avons eu des ennuis, depuis... Et ici, et là et là... Vous voyez ces tombeaux ? Ce sont des vic­times... On dirait des brebis éparpillées dans la verdure, à perte de vue. Tous innocents avec leurs pères et leurs mères... Vous voyez ce bassin ? Son eau était rougie de sang lorsque les si­caires y eurent lavé leurs armes et leurs mains. Et ce ruisseau, ici derrière, l’avez-vous vu ?... Il était rougi par le sang qui y avait coulé des égouts... Et ici, voyez, ici, en face. C’est tout ce qui reste d’Anne. »

Jésus pleure.

« Tu la connaissais bien ? »

Judas répond :

« C’était comme une soeur pour sa mère ! N’est-ce pas, mon ami ? »

Jésus dit seulement :

« Oui.

– Je comprends » fait l’aubergiste, qui reste pensif.

74.6 Jésus se penche pour parler tout bas à Judas.

« Mon ami voudrait aller sur ces ruines, dit Judas.

– Eh bien, qu’il y aille ! Elles sont à tout le monde ! »

Ils descendent, saluent, s’en vont. L’aubergiste paraît déçu. Peut-être espérait-il un pourboire.

Ils traversent la place et montent le petit escalier, le seul qui ait subsisté.

« C’est d’ici, raconte Jésus, que ma Mère m’a fait saluer les mages et que nous sommes descendus pour gagner l’Egypte. »

Des gens regardent les quatre hommes montés sur les ruines. Quelqu’un demande :

« Parents de la morte ?

– Amis. »

Une femme crie :

« Vous, du moins, ne faites pas de mal à la morte, comme ses autres amis l’ont fait alors qu’elle était vivante, et qu’ils se sont échappés ensuite sains et saufs. »

Jésus se tient debout sur la plate-forme contre le muret qui la borde, dominant donc la place de deux mètres à peu près, avec le vide derrière lui. C’est un vide rempli du soleil qui le nimbe tout entier, rendant encore plus blanc son vêtement de lin très blanc qui seul le couvre, maintenant que son manteau a glissé de ses épaules, formant à ses pieds une sorte de piédestal multicolore. Encore plus en arrière, on aperçoit le fond de verdure et de broussailles de ce qui était le jardin et le domaine d’Anne, maintenant désolés et couverts de ruines.

74.7 Jésus étend les bras. Judas, qui voit le geste, l’avertit :

« Ne parle pas. Ce n’est pas prudent ! »

Mais Jésus remplit la place de sa voix puissante :

« Hommes de Juda ! Hommes de Bethléem, écoutez ! Ecoutez, vous, les femmes de cette terre qui fut sacrée pour Rachel ! Ecoutez un descendant de David, qui a souffert et a été persécuté. Rendu digne de vous adresser la parole, il vous parle pour vous donner lumière et réconfort. Ecoutez. »

Les gens cessent de crier, de se disputer, de faire des achats et s’attroupent.

« C’est un rabbi !

– Il vient sûrement de Jérusalem.

– Qui est-ce ?

– Quel bel homme !

– Quelle voix !

– Quelles manières !

– Eh ! S’il est de la race de David !

– De la nôtre, alors !

– Ecoutons, écoutons ! »

Toute la foule de la place s’est groupée autour de l’escalier, qui ressemble maintenant à une tribune.

« Il est dit dans la Genèse : “ Je mettrai une hostilité entre toi et la femme... Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. ” Il y est encore dit : “ Je multiplierai les peines de tes grossesses... et la terre produira pour toi épines et chardons. ” C’est la condamnation de l’homme, de la femme et du serpent.

Venu de loin pour vénérer la tombe de Rachel, j’ai entendu dans la brise du soir, dans la rosée de la nuit, dans la plainte matinale du rossignol, l’écho du sanglot de Rachel l’Ancienne, répété par la bouche de nombreuses mères de Bethléem dans le secret des tombeaux ou dans le secret des coeurs. J’ai entendu le rugissement de douleur de Jacob chez les veufs, qui n’ont plus d’é­pouses car la douleur les a tuées... Je pleure avec vous. Mais écoutez, vous les frères de ma terre. Bethléem, terre bénie, la plus petite des cités de Juda, mais la plus grande aux yeux de Dieu et de l’humanité en tant que berceau du Sauveur, comme le dit Michée, a déchaîné la haine de Satan pour cette raison même, parce qu’elle était destinée à devenir le tabernacle sur lequel reposerait la gloire de Dieu, le Feu de Dieu, son Amour incarné.

“ Je mettrai une hostilité entre toi et la femme. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. ” Quelle hostilité plus grande que celle qui s’en prend aux enfants, le coeur du coeur de la femme ? Et quel pied est plus puissant que celui de la Mère du Sauveur ? Voilà pourquoi la vengeance de Satan vaincu fut bien naturelle : ce n’est pas vers le talon de la Mère, mais vers le coeur des mères qu’il dirigea son attaque.

Oh, angoisses innombrables des mères de perdre leurs enfants après les avoir engendrés ! Oh, épreuves effroyables d’avoir semé et transpiré pour ses enfants et de rester père sans plus avoir de descendance ! Mais réjouis-toi, Bethléem ! Ton sang le plus pur, le sang des innocents, a ouvert un chemin de flamme et de pourpre au Messie... »

74.8 La foule, dont le murmure ne cesse de croître depuis que Jésus a nommé le Sauveur et sa Mère, marque maintenant plus clairement son agitation.

« Tais-toi, Maître, dit Judas, et partons. »

Mais Jésus ne l’écoute pas. Il continue :

« ... au Messie que la grâce de Dieu le Père a sauvé des tyrans afin de le conserver au peuple, pour le sauver et... »

Une voix stridente de femme crie :

« Cinq, cinq, que j’en avais enfantés, et plus personne dans ma maison ! Pauvre de moi ! »

Elle crie comme une hystérique. C’est le signal du tumulte.

Une autre se roule dans la poussière, déchire ses vêtements, montre son sein mutilé de son mamelon et hurle :

« Là, là, sur cette mamelle ils ont égorgé mon premier-né ! L’épée a tranché sa tête en même temps que mon sein. Oh ! Mon Elisée !

– Et moi ? Et moi ? Voici ma maison ! Trois tombeaux en un seul que veille le père. Mon mari et mes enfants, tous ensemble. Voilà, voilà !... Si c’est le Sauveur, qu’il me rende mes enfants, qu’il me rende mon époux, qu’il me sauve du désespoir, qu’il me sauve de Béelzéboul. »

Ils crient tous :

« Nos fils, nos maris, nos pères, qu’il nous les rende si c’est lui, le Sauveur ! »

Jésus élève ses bras, imposant le silence.

« Frères de ma terre, je voudrais vous rendre vos enfants, en vie, oui, en vie. Mais, je vous le dis : soyez bons, résignés. Pardonnez, espérez, réjouissez-vous dans l’espérance, avec une joie certaine. Vous ne tarderez pas à retrouver vos enfants, qui sont des anges dans le Ciel, car le Messie va en ouvrir les portes et, si vous êtes justes, la mort sera pour vous la Vie qui arrive et l’Amour qui revient...

– Ah ! Tu es le Messie ? Au nom de Dieu, dis-le. »

Jésus baisse les bras de son geste si doux, si affectueux qu’il semble vouloir embrasser et il déclare :

« Je le suis.

– Va-t’en, va-t’en, c’est par ta faute, alors ! »

Une pierre vole au milieu des sifflets et des huées.

74.9 Judas a une belle attitude... Ah, s’il avait été toujours comme cela ! Il se jette devant le Maître, debout sur le mur du balcon, le manteau déployé et il reçoit sans peur les coups de pierres, il en saigne même. Il hurle à Jean et à Simon :

« Emmenez Jésus derrière ces arbres. J’arrive. Allez, au nom du Ciel ! » et à la foule :

« Chiens enragés ! Je suis du Temple et je vous dénoncerai au Temple et à Rome. »

La foule prend peur un instant, mais bientôt elle reprend les jets de pierres, heureusement mal dirigées. Imperturbable, Judas reçoit la grêle, répondant par des injures aux malédictions de la foule. Il attrape même au vol un caillou et l’envoie sur la tête d’un petit vieux qui crie comme une pie qu’on plumerait vivante. Et comme ils essaient de donner l’assaut à son piédestal, il saisit vivement une branche sèche sur le sol – car il est descendu du muret – et la fait tournoyer sur les échines, les têtes, les mains, sans pitié.

Des soldats accourent et, sous la menace des lances, ils s’ouvrent un chemin.

« Qui es-tu ? Pourquoi cette rixe ?

– Un Judéen assailli par ces gens du peuple. Il y avait avec moi un rabbi connu des prêtres. Il parlait à ces chiens ; ils se sont déchaînés et nous ont assaillis.

– Qui es-tu ?

– Judas de Kérioth, précédemment au Temple, maintenant disciple du Rabbi Jésus de Galilée. Ami du pharisien Simon, du sadducéen Yokhanan, du conseiller du Sanhédrin Joseph d’Arimathie et enfin, ce que tu peux vérifier, d’Eléazar, fils d’Hanne, le grand ami du proconsul.

– Je vérifierai. Où vas-tu ?

– Avec mon ami, à Kérioth puis à Jérusalem.

– Va, nous te protégerons. »

Judas passe au soldat des pièces de monnaie. Ce doit être une chose défendue, mais... habituelle, car le soldat empoche en vitesse, salue respectueusement et sourit. Judas saute en bas de son estrade. Il court par bonds à travers le champ inculte et rejoint ses compagnons.

« Tu es bien blessé ?

– Ce n’est rien, Maître, et puis, c’est pour toi... Je leur ai riposté, aussi. Je dois être tout souillé de sang...

– Oui, sur la joue. Il y a ici un filet d’eau. »

Jean trempe un petit linge et lave la joue de Judas.

« Cela m’ennuie, Judas, mais... tu vois... même en leur disant que nous étions judéens, selon ton sens pratique...

– Ce sont des bêtes. Je crois que tu en seras persuadé, Maître, et que tu n’insisteras pas.

– Oh non ! Pas par peur, mais parce que c’est inutile pour l’instant. Quand on ne veut pas de nous, on ne maudit pas, mais on se retire en priant pour les pauvres fous qui meurent de faim et ne voient pas le Pain. Prenons ce chemin à l’écart. Je crois qu’on pourra gagner la route d’Hébron... chez les bergers, si nous les trouvons.

– Pour nous faire attaquer à coups de pierres ?

– Non, pour leur dire : “ C’est moi. ”

– ça alors ! Ils nous donneront sûrement des coups de bâton ! Depuis trente ans qu’ils souffrent à cause de toi !

– Nous verrons bien. »

Ils passent par un bois touffu, ombragé, frais, et je les perds de vue.

EMV 75.1-2 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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75.1 Les collines se font beaucoup plus hautes et boisées que celles de Bethléem et s’élèvent toujours plus, formant une vraie chaîne de montagnes.

Jésus monte, en tête, scrutant devant et autour de lui, comme s’il cherchait quelque chose. Il ne parle pas. Il écoute les bruits des bois plutôt que les discussions des disciples, quelques mètres derrière lui.

Une clarine se fait entendre au loin, mais le vent apporte le son de la clochette. Jésus sourit. Il se retourne.

« J’entends des brebis, dit-il.

– Où ça, Maître ?

– Vers ce coteau, à ce qu’il me semble, mais le bois m’empêche de voir. »

Jean ne dit mot. Il retire son habit – le manteau, tous le portent roulé en bandoulière, car ils ont chaud – et, gardant sa tunique courte, il enlace un tronc élevé et lisse, un frêne, dirait-on, et il grimpe, il grimpe... jusqu’à ce qu’il voie.

« Oui, Maître, il y a beaucoup de troupeaux, ainsi que trois bergers là-bas, derrière ce bois touffu. »

Il descend et tous y vont, rassurés.

« Est-ce qu’il s’agit bien d’eux ?

– Nous le leur demanderons, Simon, et si ce n’est pas eux, ils nous renseigneront. Ils se connaissent entre eux. »

Encore environ une centaine de mètres, puis voilà un grand pâturage vert, entouré de gros arbres anciens.

75.2 Des troupeaux nombreux se trouvent sur la pente du pré et broutent l’herbe abondante. Trois hommes les gardent. L’un est âgé, déjà tout blanc, les autres ont, l’un la trentaine, l’autre la quarantaine environ.

« Attention, Maître, ce sont des pâtres... » conseille Judas, en voyant que Jésus presse le pas.

Mais Jésus ne répond même pas. Il avance, grand, beau, le visage éclairé par le soleil couchant, dans son blanc vêtement. On dirait un ange, tant il est lumineux...

Détail

Jésus recherche les bergers Elie et Lévi.

EMV 75.4 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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75.4 Et les autres ? Vous étiez douze : Elie, Lévi, Samuel, Jonas, Isaac, Tobie, Jonathas, Daniel, Siméon, Jean, Joseph et Benjamin. Ma Mère me répétait toujours vos noms, les noms de mes premiers amis.

– Oh ! »

Les bergers sont toujours plus émus.

« Où sont les autres ?

– Le vieux Samuel est mort de vieillesse il y a vingt ans de cela. Joseph a été tué en se battant à la porte de son enclos, pour donner le temps à son épouse – qui était mère depuis quelques heures – de s’enfuir avec celui-ci que j’ai recueilli par amour pour mon ami, et pour... et pour avoir encore des enfants autour de moi. J’ai pris aussi Lévi avec moi... Il était persécuté. Benjamin est berger sur le mont Liban, avec Daniel. Siméon, Jean et Tobie – qui maintenant a pris le nom de Mathias en souvenir de son père, tué lui aussi – sont disciples de Jean. Jonas est dans la plaine d’Esdrelon, au service d’un pharisien. Isaac a les reins malades, il est dans une misère absolue, et il est seul, à Yutta. Nous l’aidons comme nous pouvons... mais nous sommes tous battus et ce sont des gouttes d’eau dans un incendie. Jonathas est maintenant serviteur chez un grand de la cour d’Hérode.

– Comment avez-vous pu, spécialement Jonathas, Jonas, Daniel et Benjamin, trouver ces emplois ?

– Je me souvenais de Zacharie, ton parent... Ta Mère m’avait envoyé à lui. Et quand nous nous sommes trouvés aux prises avec la furie des juifs, fugitifs et maudits, je les lui ai adressés. Il s’est montré bon. Il nous a protégés, nourris, il nous a cherché des patrons, comme il le pouvait. J’avais déjà pris tout le troupeau d’Anne passé à l’hérodien... et je suis resté avec lui... Une fois adulte, Jean-Baptiste a commencé à prêcher, et Siméon, Jean et Tobie l’ont suivi.

– Mais, maintenant, Jean-Baptiste est prisonnier.

– Oui. Et eux circulent aux environs de Machéronte, avec un petit troupeau. Il leur a été donné par un riche, un disciple de Jean ton parent, pour écarter les soupçons.

– Je voudrais les voir tous.

– Oui, Seigneur. Nous irons leur annoncer : “ Venez, il est vivant. Il se souvient de nous et nous aime. ”

– Et il veut les compter au nombre de ses amis.

– Oui, Seigneur.

– Mais pour commencer, nous irons voir Isaac. Quant à Samuel et Joseph, où sont-ils enterrés ?

– Samuel, à Hébron. Il est resté au service de Zacharie. Joseph... n’a pas de tombeau, Seigneur. Il a brûlé avec sa maison.

– Il sera bientôt dans la gloire, non pas dans les flammes des hommes cruels, mais dans les flammes du Seigneur. Je vous l’assure ; à toi, Joseph, fils de Joseph, je te l’assure. Viens que je t’embrasse en guise de remerciement à ton père.

– Et mes enfants ?

– Ce sont des anges, Elie. Des anges qui rediront le “ Gloria ” quand le Sauveur sera couronné.

– Couronné roi ?

– Non, Rédempteur. Oh ! Cortège des justes et des saints ! D’abord, les phalanges, blanches et pourpres des petits martyrs ! Et, une fois que sera ouverte la porte des limbes, nous monterons ensemble au Royaume où l’on ne meurt plus. Et puis vous verrez et retrouverez vos pères, mères et enfants dans le Seigneur ! Ayez foi.

– Oui, Seigneur.

– Appelez-moi : Maître.

Détail

Résumé : Jésus a retrouvé Elie et Lévi, deux bergers de la Nativité. Il explique où sont les autres pâtres, ce qu'a fait Zacharie pour eux, et qui a suivi Jean-Baptiste quand il a commencé sa mission de Précurseur.

J'avais déjà pris tout le trouveau d'Anne passé à l'hérodien... et je suis resté avec lui... une note de la deuxième étidtion fait la précision suivante.

Cela signifie : *le troupeau que je gardais pour le compte d'Anne avait été pris par l'hérodien, si bien que je suis passé au service de ce dernier.

EMV 76 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Elie, Lévi, Joseph, Jésus, Jean, Simon le Zélote et Judas approchent de Yutta. Le Christ a l'intention d'aller à Hébron, pour prier sur les ossements de Samuel et de Zacharie, mais il privilégie d'abord Isaac, car il faut toujours prendre soin de ceux qui souffrent. Prier pour nos défunts est aussi important, mais eux sont déjà dans la paix s'ils ont été justes.

Après avoir parlé de la différence entre l'homme et l'animal, de la communion des saints, et du lien entre les défunts et les vivants, Jésus et ses amis arrivent à Yutta. Elie va en avant pour voir Isaac, en lui disant que Jésus veut le voir et lui dit de venir. Le berger, qui est infirme et paralysé, est aussitôt guéri et il va voir le Sauveur le plus vite possible.

Là, il l'adore, et il le conduit auprès d'une famille de Yutta qui a pris soin de lui. Il s'agit d'un couple, qui a quatre enfants : ils s'appellent Marie, Joseph, Emmanuel et il faut encore nommer le dernier. La petite famille croit dans le Messie et l'invite justement à la circoncision du nouveau-né. Jésus décide qu'il s'appellera Jesaï. Le prêtre qui vient faire la cérémonie porte peu d'attention au Seigneur et leurs hôtes en sont mortifiés, mais il les rassure et les console. Il invite Jean à montrer les brebis à Joseph et Emmanuel. La petite Marie, elle, reste près de Jésus et il l'invite à être aussi bonne que sa Mère. L'enfant acquiesce aussitôt et lui parle avec familiarité. Reprise par Judas, Jésus lui dit de laisser faire, car les innocents sont sa joie et seuls eux peuvent prononcer son Nom avec autant de pureté que celle de sa Mère.

EMV 76.10-11 · Tome 1

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Jésus forme un groupe autour de lui, avec tous les petits autour de lui, et aussi les bergers et les disciples. On entend au dehors les bêlements des brebis qu’Elie a enfermées dans un enclos, et, dans la maison, le bruit de la fête. On apporte à Jésus et aux siens des friandises et des boissons, mais Jésus les distribue aux petits.

« Tu ne bois pas, Maître ? Tu n’acceptes rien ? C’est de bon coeur.

– Je le sais, Joachim, et je les accepte volontiers. Mais laisse-moi faire plaisir aux petits. C’est ma joie... (...) Jean, emmène les deux petits voir les brebis. 76.11 Quant à toi, Marie, viens plus près et dis-moi : Qui suis-je ?

– Tu es Jésus, le fils de Marie de Nazareth, né à Bethléem. Isaac t’a vu et m’a donné le nom de ta Mère pour que je sois bonne.

– Pour l’imiter, tu dois être bonne comme l’ange de Dieu, plus pure qu’un lys éclos au sommet de la montagne, pieuse comme le lévite le plus saint doit l’être. Seras-tu cela ?

– Oui, Jésus.

– Dis : Maître ou Seigneur, mon enfant.

– Laisse-la m’appeler par mon nom, Judas. Ce n’est qu’en passant sur des lèvres innocentes qu’il ne perd pas le son qu’il a sur les lèvres de ma Mère. Tous, au cours des siècles, diront ce nom, les uns par intérêt, d’autres pour des raisons différentes et beaucoup pour blasphémer. Seuls les innocents, sans calcul et sans haine, le diront avec un amour égal à celui de cette petite et de ma Mère. Les pécheurs aussi m’appelleront comme cela, mais par besoin de pitié. Ma Mère et les enfants ! Pourquoi m’appelles-tu Jésus ? dit-il, en caressant la fillette.

– Parce que je t’aime bien... comme mon père, ma maman et mes petits frères » dit-elle en embrassant les genoux de Jésus, et elle rit en levant son visage.

Jésus se penche pour lui donner un baiser, et c’est ainsi que tout prend fin.

EMV 77.1-3 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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77.1 « Vers quelle heure arriverons-nous ? demande Jésus, qui marche au centre du groupe précédé par les brebis qui broutent l’herbe des talus.

– Vers la troisième heure. Il y a environ dix milles, répond Elie.

– Ensuite nous irons à Kérioth ? demande Judas.

– Oui. Nous nous y rendrons.

– Et n’était-il pas plus court d’aller de Yutta à Kérioth ? Ce ne doit pas être loin, n’est-ce pas, berger ?

– Deux milles de plus, environ.

– Alors nous en faisons plus de vingt pour rien.

– Judas, pourquoi cette inquiétude ? dit Jésus.

– Je ne suis pas inquiet, Maître, mais tu m’avais promis de venir chez moi...

– Et j’y irai. Je tiens toujours mes promesses.

– J’ai envoyé prévenir ma mère... d’ailleurs, tu l’as dit : on est encore présent avec les morts par l’esprit.

– Je l’ai dit. Mais, Judas, réfléchis : tu n’as pas encore souffert pour moi. Eux, cela fait trente années qu’ils souffrent et ils n’ont jamais trahi, pas même le souvenir de moi. Pas même le souvenir. Ils ne savaient pas si j’étais vivant ou mort... et pourtant ils sont restés fidèles. Ils se souvenaient de moi comme nouveau-né, un enfant qui ne leur manifestait que pleurs et appétit du lait maternel... et pourtant, ils m’ont vénéré comme Dieu. Ils ont beau avoir été frappés, maudits, persécutés comme la honte de la Judée à cause de moi, leur foi ne vacillait pas sous les coups, ne se desséchait pas. Au contraire, des racines plus profondes poussaient et elle n’en devenait que plus vigoureuse.

77.2 – A propos : cela fait quelques jours que la question me brûle les lèvres. Ce sont tes amis et ceux de Dieu, n’est-ce pas ? Les anges les ont bénis avec la paix du Ciel, non ? Ils sont restés justes malgré toutes les tentations, n’est-ce pas ? Alors explique-moi pourquoi ils ont été malheureux. Et Anne ? Elle a été tuée pour t’avoir aimé...

– Tu en conclus, par conséquent, que mon amour et celui qu’on me donne portent malheur.

– Non... mais...

– Mais c’est bien cela. Cela me déplaît de te voir tellement fermé à la lumière, tellement possédé par le sens humain. Non, laisse-le tranquille, Jean, et toi aussi, Simon. Je préfère qu’il parle. Je ne lui en ferai jamais reproche. Je désire seulement que les âmes s’ouvrent pour y faire entrer la lumière. Viens ici, Judas, écoute. Tu pars d’un jugement partagé par beaucoup d’hommes qui vivent ou vivront. J’ai parlé de jugement. Je devrais dire : erreur. Mais étant donné que vous le faites sans malice, par ignorance de la vérité, ce n’est pas une erreur, mais seulement un jugement imparfait comme peut l’être celui d’un enfant. Or enfants, vous l’êtes, pauvres hommes. Et je suis ici votre Maître, pour faire de vous des adultes capables de discerner le vrai du faux, le bon du mauvais, le meilleur du bon. Ecoutez donc.

Qu’est-ce que la vie ? C’est un temps d’attente, je dirais les limbes des Limbes que vous donne le Dieu Père, pour prouver votre nature de bons fils ou de bâtards et pour vous réserver, en fonction de vos actes, un avenir qui ne connaîtra plus ni attentes ni épreuves. Maintenant, dites-moi : serait-il juste que quelqu’un jouisse aussi d’un privilège spécial sa vie durant, sous prétexte qu’il a eu le rare avantage d’avoir la possibilité de servir Dieu d’une manière particulière ? Ne vous semble-t-il pas qu’il a déjà beaucoup reçu et donc qu’il peut s’estimer heureux même s’il ne l’est pas humainement ? Ne serait-il pas injuste que celui qui possède déjà en son coeur la lumière d’une manifestation divine et le sourire approbateur de sa conscience possède encore des honneurs et des biens terrestres ? Qui plus est, ne serait-ce pas imprudent ?

77.3 – Maître, je dis que ce serait encore de la profanation. Pourquoi mettre des joies humaines, là où tu es, toi ? Quand quelqu’un te possède – et ils t’ont possédé, eux, les seuls riches en Israël pour t’avoir eu depuis trente ans – il ne lui faut rien avoir d’autre. On ne pose pas d’objet humain sur le propitiatoire... et un vase consacré ne sert que pour des usages saints. Eux, ce sont des consacrés, à partir du jour où ils ont vu ton sourire... et rien, non, rien qui ne soit pas toi ne doit entrer dans le coeur qui te possède. Si je pouvais être comme eux ! Dit Simon.

– Cependant, tu t’es empressé, après avoir vu le Maître et après ta guérison, de reprendre possession de tes biens, rétorque ironiquement Judas.

– C’est vrai. Je l’ai dit et je l’ai fait. Mais sais-tu pourquoi ? Comment peux-tu juger si tu ne sais pas tout ? Mon homme d’affaires a reçu des ordres précis. Maintenant, Simon le Zélote est guéri ; ses ennemis ne peuvent plus lui nuire en l’isolant, ni le faire poursuivre car il n’appartient plus à aucune secte, mais seulement à Jésus ; il peut donc disposer de ses biens qu’un homme honnête et fidèle lui a gardés. Et moi, qui suis encore propriétaire pour un moment, j’ai fixé leur destination et le prix pour tirer plus d’argent de leur vente et pouvoir dire... non, cela, je ne le dis pas.

– Ce sont les anges qui le disent pour toi, Simon, et l’inscrivent dans le livre éternel » dit Jésus.

Simon regarde Jésus. Leurs deux regards se rencontrent, l’un étonné, l’autre bénissant.

« Comme toujours, j’ai tort.

– Non, Judas, tu as le sens pratique. Tu le reconnais toi-même.

– Ah ! Mais, avec Jésus !... Simon-Pierre était lui aussi attaché au sens pratique et maintenant c’est le contraire !... Toi aussi, Judas, tu deviendras comme lui. Il y a peu de temps que tu es avec le Maître; nous, il y a plus longtemps et nous sommes déjà meilleurs, dit Jean, toujours doux et conciliant.

– Il n’a pas voulu de moi. Autrement, j’aurais été à lui depuis la Pâque. »

Judas est vraiment nerveux, aujourd’hui.

Jésus coupe court en demandant à Lévi :

« Es-tu déjà allé en Galilée ?

– Oui, Seigneur.

– Tu viendras avec moi, pour me conduire auprès de Jonas. Tu le connais ?

– Oui, à la Pâque, on se voyait toujours, j’allais vers lui. »

Joseph baisse la tête, peiné. Jésus le voit.

« Vous ne pouvez pas venir ensemble. Elie resterait seul avec le troupeau, mais tu viendras avec moi jusqu’au passage de Jéricho, où nous nous séparerons pendant quelque temps. Je te dirai ensuite ce que tu dois faire.

– Et nous, plus rien ?

– Vous aussi, Judas, vous aussi.

Détail

Le groupe apostolique marche en direction d'Hébron et Judas a l'impression qu'ils n'iront pas à Kérioth. Il regrette d'ailleurs qu'ils aillent à Hébron pour prier sur les ossements du berger Samuel et rappelle la leçon de Jésus, dans l'EMV 76.2, sur les suffrages des morts et la prière des morts, que l'on peut faire partout. Puis, il se demande pourquoi les bergers, qui sont des amis de Dieu et qui ont reçu des faveurs divines, ont dû tant souffrir.

EMV 77.2-3 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

77.2 – A propos : cela fait quelques jours que la question me brûle les lèvres. Ce sont tes amis et ceux de Dieu, n’est-ce pas ? Les anges les ont bénis avec la paix du Ciel, non ? Ils sont restés justes malgré toutes les tentations, n’est-ce pas ? Alors explique-moi pourquoi ils ont été malheureux. Et Anne ? Elle a été tuée pour t’avoir aimé...

– Tu en conclus, par conséquent, que mon amour et celui qu’on me donne portent malheur.

– Non... mais...

– Mais c’est bien cela. Cela me déplaît de te voir tellement fermé à la lumière, tellement possédé par le sens humain. Non, laisse-le tranquille, Jean, et toi aussi, Simon. Je préfère qu’il parle. Je ne lui en ferai jamais reproche. Je désire seulement que les âmes s’ouvrent pour y faire entrer la lumière. Viens ici, Judas, écoute. Tu pars d’un jugement partagé par beaucoup d’hommes qui vivent ou vivront. J’ai parlé de jugement. Je devrais dire : erreur. Mais étant donné que vous le faites sans malice, par ignorance de la vérité, ce n’est pas une erreur, mais seulement un jugement imparfait comme peut l’être celui d’un enfant. Or enfants, vous l’êtes, pauvres hommes. Et je suis ici votre Maître, pour faire de vous des adultes capables de discerner le vrai du faux, le bon du mauvais, le meilleur du bon. Ecoutez donc.

Qu’est-ce que la vie ? C’est un temps d’attente, je dirais les limbes des Limbes que vous donne le Dieu Père, pour prouver votre nature de bons fils ou de bâtards et pour vous réserver, en fonction de vos actes, un avenir qui ne connaîtra plus ni attentes ni épreuves. Maintenant, dites-moi : serait-il juste que quelqu’un jouisse aussi d’un privilège spécial sa vie durant, sous prétexte qu’il a eu le rare avantage d’avoir la possibilité de servir Dieu d’une manière particulière ? Ne vous semble-t-il pas qu’il a déjà beaucoup reçu et donc qu’il peut s’estimer heureux même s’il ne l’est pas humainement ? Ne serait-il pas injuste que celui qui possède déjà en son coeur la lumière d’une manifestation divine et le sourire approbateur de sa conscience possède encore des honneurs et des biens terrestres ? Qui plus est, ne serait-ce pas imprudent ?

77.3 – Maître, je dis que ce serait encore de la profanation. Pourquoi mettre des joies humaines, là où tu es, toi ? Quand quelqu’un te possède – et ils t’ont possédé, eux, les seuls riches en Israël pour t’avoir eu depuis trente ans – il ne lui faut rien avoir d’autre. On ne pose pas d’objet humain sur le propitiatoire... et un vase consacré ne sert que pour des usages saints. Eux, ce sont des consacrés, à partir du jour où ils ont vu ton sourire... et rien, non, rien qui ne soit pas toi ne doit entrer dans le coeur qui te possède. Si je pouvais être comme eux ! Dit Simon.

– Cependant, tu t’es empressé, après avoir vu le Maître et après ta guérison, de reprendre possession de tes biens, rétorque ironiquement Judas.

– C’est vrai. Je l’ai dit et je l’ai fait. Mais sais-tu pourquoi ? Comment peux-tu juger si tu ne sais pas tout ? Mon homme d’affaires a reçu des ordres précis. Maintenant, Simon le Zélote est guéri ; ses ennemis ne peuvent plus lui nuire en l’isolant, ni le faire poursuivre car il n’appartient plus à aucune secte, mais seulement à Jésus ; il peut donc disposer de ses biens qu’un homme honnête et fidèle lui a gardés. Et moi, qui suis encore propriétaire pour un moment, j’ai fixé leur destination et le prix pour tirer plus d’argent de leur vente et pouvoir dire... non, cela, je ne le dis pas.

– Ce sont les anges qui le disent pour toi, Simon, et l’inscrivent dans le livre éternel » dit Jésus.

Simon regarde Jésus. Leurs deux regards se rencontrent, l’un étonné, l’autre bénissant.

Détail

Contextualisation : Judas pose une question au Christ concernant les bergers. Jésus lui répond et donne une leçon aux apôtres : Simon participe alors à la conversation.

Remarque : L'homme d'affaire mentionné par Simon le Zélote est certainement Lazare (voir EMV 84.4-5), qui habite tout près de chez Simon. Si l'apôtre a par ailleurs récupéré ses biens, c'est pour les faire profiter à son serviteur âgé, Joseph de Béthanie (voir également l'EMV 84.4-5).

EMV 77.3 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

« Comme toujours, j’ai tort.

– Non, Judas, tu as le sens pratique. Tu le reconnais toi-même.

– Ah ! Mais, avec Jésus !... Simon-Pierre était lui aussi attaché au sens pratique et maintenant c’est le contraire !... Toi aussi, Judas, tu deviendras comme lui. Il y a peu de temps que tu es avec le Maître; nous, il y a plus longtemps et nous sommes déjà meilleurs, dit Jean, toujours doux et conciliant.

– Il n’a pas voulu de moi. Autrement, j’aurais été à lui depuis la Pâque. »

Judas est vraiment nerveux, aujourd’hui.

Détail

Judas vient d'avoir une conversation avec Jésus et Simon le Zélote. Il bougonne à la fin, parce qu'il n'avait pas raison, et il dit :

EMV 77.4-8 · Tome 1

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77.4 – On aperçoit des maisons, dit Jean qui précède les autres de quelques pas.

– C’est Hébron, à cheval sur deux rivières, avec sa crête. Tu vois, Maître, cette grande construction là-bas, un peu plus haute que les autres, dans cette verdure ? C’est la maison de Zacharie.

– Pressons le pas. »

Ils parcourent rapidement les derniers mètres de route et entrent dans le village. Les clarines des troupeaux font un bruit de castagnettes quand ils avancent sur les pierres irrégulières du chemin dont le pavage est ici très grossier. Ils arrivent à la maison. Les gens regardent ce groupe d’hommes différents par l’apparence, l’âge, les vêtements, au milieu de la blancheur du troupeau.

« Oh ! Comme cela a changé ! Il y avait ici une grille, dit Elie. Maintenant, à sa place, il y a un portail de fer qui bouche la vue et aussi un mur de clôture plus haut qu’un homme et ainsi, on ne voit rien.

– Peut-être y aura-t-il une ouverture par derrière. Allons voir. »

Ils font le tour d’un vaste quadrilatère, d’un rectangle plutôt, mais le mur s’élève partout à la même hauteur.

« Le mur est récent, dit Jean en l’observant. Il n’y a pas d’interruption et par terre il reste encore de la chaux en pierres.

– Je ne vois pas non plus le tombeau... Il était du côté du bosquet. Maintenant le bosquet est en dehors du mur et... et on dirait un terrain communal. On y fait du bois... »

Elie est perplexe.

77.5 Un homme, un vieux bûcheron, de petite taille mais robuste, qui observe le groupe cesse de scier un tronc abattu et s’ap­proche :

« Qui cherchez-vous ?

– Nous voulions entrer dans la maison pour prier sur le tombeau de Zacharie.

– Il n’y a plus de tombeau. Vous n’êtes pas au courant ? Qui êtes-vous ?

– Je suis un ami de Samuel, le berger. Lui...

– Il ne faut pas, Elie » dit Jésus.

Elie se tait.

« Ah ! Samuel !... Oui, mais depuis que Jean, le fils de Zacharie, est en prison, la maison ne lui appartient plus. C’est un malheur, parce qu’il faisait distribuer tous les revenus de sa propriété aux pauvres d’Hébron. Un matin, il est venu un individu de la cour d’Hérode, il a jeté Joël dehors, a mis les scellés, puis est revenu avec des maçons pour faire construire le mur... Le tombeau était là, au coin. Il n’en a pas voulu... et un matin, nous avons trouvé endommagé, déjà à moitié démoli... les pauvres ossements tout mélangés... Nous les avons ramassés comme nous avons pu... Ils sont maintenant dans un seul cercueil... Et ce sale type loge maintenant ses maîtresses dans la maison du prêtre Zacharie. Actuellement, c’est une femme mime de Rome. C’est pour cela qu’il a élevé le mur. Il ne veut pas qu’on puisse voir... La maison du prêtre, une maison close ! La maison du miracle et du Précurseur ! (...)

– Vous avez une synagogue ?

– Oui, tout droit, à deux cents pas, par ce chemin. Tu ne peux te tromper. La sépulture des restes profanés est tout près.

– Adieu et que le Seigneur t’éclaire. »

Ils s’en vont et tournent sur le devant de la maison

77.6 Une femme se tient devant le portail, jeune, à la tenue provocante. Elle est très belle.

« Seigneur, tu veux entrer dans la maison ? Entre. »

Jésus la fixe des yeux, sévère comme un juge, sans mot dire. C’est Judas qui s’en charge, approuvé par tous.

« Rentre, effrontée, ne nous profane pas par ta respiration, chienne famélique. »

La femme rougit vivement et baisse la tête. Elle s’empresse de disparaître, confuse, insultée par les gamins et les passants.

« Qui est assez pur pour prétendre : “ Je n’ai jamais désiré la pomme offerte par Eve ? ” dit Jésus d’un ton sévère, avant d’ajouter : montrez-le moi, et j’irai le saluer comme saint. Personne ? Alors si vous vous sentez incapables de l’approcher, non par mépris mais par faiblesse, retirez-vous. Je n’oblige pas les faibles à une lutte inégale. Femme, je voudrais entrer. Cette maison appartenait à un de mes parents. Elle m’est chère.

– Entre, Seigneur, si tu n’éprouves pas de dégoût pour moi.

– Laisse la porte ouverte, pour que les gens voient et ne jasent pas... »

Jésus passe, sérieux, solennel. La femme le salue, subjuguée, et n’ose bouger. Mais les insultes de la foule la piquent jusqu’au sang. Elle s’enfuit en courant au fond du jardin tandis que Jésus avance jusqu’au pied de l’escalier, jette un coup oeil par la porte entrouverte, mais sans entrer. Puis il va à l’emplacement du tombeau, là où maintenant se trouve une espèce de petit temple païen.

« Les ossements des justes, même desséchés et dispersés répandent un baume purifiant et des semences de vie éternelle. Paix aux morts dont la vie a été bonne ! Paix aux purs qui dorment dans le Seigneur ! Paix à ceux qui ont souffert mais n’ont pas voulu connaître le vice ! Paix aux vrais grands du monde et du ciel ! Paix ! »

77.7 La femme l’a rejoint en suivant une haie qui la dissimule.

« Seigneur !

– Femme.

– Ton nom, Seigneur ?

– Jésus.

– Je ne l’ai jamais entendu. Je suis romaine : mime et ballerine. Je ne suis experte qu’en lascivité. Que signifie ce nom ? Le mien, c’est Aglaé et... et il veut dire : vice.

– Le mien veut dire : Sauveur.

– Comment sauves-tu ? Qui ?

– Celui qui recherche le salut en faisant preuve de bonne volonté. Je sauve en enseignant à être pur, à vouloir la douleur ainsi que l’honneur, le bien à tout prix. »

Jésus parle sans aigreur, mais aussi sans se tourner vers la femme.

« Je suis perdue...

– Je suis celui qui va à la recherche de ceux qui sont perdus.

– Je suis morte.

– Je suis celui qui donne la vie.

– Je suis saleté et mensonge.

– Je suis pureté et vérité.

– Tu es aussi bonté, toi qui ne me regarde pas, ne me touche pas, et ne me méprise pas. Pitié pour moi...

– C’est à toi d’abord d’avoir pitié de toi. De ton âme.

– Qu’est-ce que c’est, l’âme ?

– C’est ce qui fait de l’homme un dieu et non un animal. Le vice, le péché la tue et, une fois morte, l’homme devient un animal repoussant.

– Je pourrai te voir encore ?

– Celui qui me cherche me trouve.

– Où habites-tu ?

– Là où les coeurs ont besoin du médecin et des remèdes pour devenir honnêtes.

– Alors... je ne te verrai plus... Là où je suis, on ne veut ni médecin, ni remède, ni honnêteté.

– Rien ne t’empêche de venir là où je suis. Mon nom, on le criera dans les rues et il arrivera jusqu’à toi. Adieu.

– Adieu, Seigneur. Laisse-moi t’appeler “ Jésus ”. Ah, pas par familiarité !... Pour que rentre un peu de salut en moi. Je suis Aglaé. Souviens-toi de moi.

– Oui, adieu. »

La femme reste au fond du jardin. Jésus sort, l’air sévère. Il regarde tout le monde. Il remarque la perplexité des disciples, le mépris des habitants d’Hébron. Un esclave ferme le portail.

77.8 Jésus va droit par le chemin. Il frappe à la synagogue.

Un petit vieux s’avance, haineux. Il ne donne même pas à Jésus le temps de parler.

« La synagogue est interdite, pas question que ceux qui parlent aux courtisanes puissent mettre le pied dans ce lieu saint. Va-t’en ! »

Jésus fait demi-tour sans mot dire et continue sa route jusqu’à la sortie d’Hébron, ses disciples derrière lui. Alors, ils parlent.

« Pourtant, tu l’as bien cherché. Maître, lance Judas. Une courtisane !

– Judas, en vérité je t’affirme qu’elle s’élèvera au-dessus de toi. Et maintenant, toi qui me blâmes, que me dis-tu des Judéens ? Dans les lieux les plus saints de la Judée, nous avons été bafoués et chassés... Mais c’est ainsi. Le temps vient où Samarie et les païens adoreront le vrai Dieu, et le peuple du Seigneur sera souillé de sang et d’un crime... d’un crime au regard duquel les fautes des courtisanes qui vendent leur chair et leur âme seront peu de chose. Je n’ai pu prier sur les ossements de mes cousins et du juste Samuel. Mais peu importe. Reposez, dépouilles saintes, réjouissez-vous, âmes qui les habitiez. La première résurrection est proche. Ensuite viendra le jour où on vous montrera aux anges comme celles des serviteurs du Seigneur. »

Jésus se tait et tout prend fin.

Détail

Jésus va se recueillir sur la tombe de Zacharie et de Samuel, le berger de la Nativité.