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Persécutions

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Le 17/04/1948

Les Carnets

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« La vague progresse. La vague de haine contre l’Eglise enseignante et militante. La guerre progresse aussi contre les plus saintes libertés de l’homme, celles que Dieu lui-même ne viole pas : le libre arbitre, la liberté de conscience, la liberté de foi et d’action. Cela aussi doit arriver. Car, en vérité, la terre tout entière est en train de devenir Babylone, la grande Prostituée, la mère des fornications et des abominations ; trop nombreux sont ceux qui se mettent à son service. Elle est devenue la Bête de l’Abîme, la séductrice de trop de faibles, la persécutrice de trop de ces forts que sont mes saints confesseurs. Mais je veux que l’Œuvre parvienne aux foules afin que Satan, l’Antéchrist, toutes les Bêtes de l’Abîme séduisent moins, et afin que mes serviteurs soient soutenus dans la persécution imminente qui s’étendra toujours plus largement et augmentera en puissance. Je l’ai dit quand j’étais sur terre, et je le répète maintenant que je suis au Ciel — mais je reste toujours au milieu de mes chrétiens : “J’ai pitié de ce peuple” (Matthieu 15,32 ; Marc 8,2). “Si je ne leur donne rien à manger, ils vont défaillir.” Je le répète maintenant : “J’ai pitié de ce peuple. Je veux leur donner la Parole de vie, une nourriture qui les maintienne en vie dans la foi, afin qu’ils ne défaillent pas. »

EMV 11.3 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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La race de David a été trop persécutée et dispersée pour permettre à ses différentes branches de se réunir pour servir de frondaison au palmier royal.

EMV 17.6-7 · Tome 1, p. 115

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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La triple convoitise s’attache aux trois règnes de l’homme.

17.7 Seule la grâce peut desserrer l’étreinte de ce monstre impitoyable. Si elle est vivante, très vivante, si la volonté d’un enfant de Dieu fidèle la maintient toujours plus vivante, elle parvient à étrangler le monstre et à n’avoir plus rien à craindre : ni les tyrans intérieurs – ceux de la chair et des passions –, ni les tyrans extérieurs – ceux du monde et des puissants de ce monde –, ni les persécutions, ni la mort. Et, comme dit l’apôtre Paul : “ Mais je n’attache aucun prix à ma propre vie, pourvu que je mène à bonne fin ma course et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage à l’Evangile de la grâce de Dieu. ”

Détail

Le Christ parle du péché originel dans ce chapitre et déclare que depuis lors, la triple concuspicence s'attache aux règnes de l'homme que sont la chair, la conduite morale, et l'esprit.

EMV 31.9 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Obéir sauve toujours. Même si le conseil qu’on reçoit n’est pas absolument parfait.

Tu le vois : nous avons obéi, et ce fut une bonne chose. Il est vrai qu’Hérode s’est contenté de faire exterminer les enfants de Bethléem et des environs. Mais Satan n’aurait-il pas pu le pousser à étendre cette marée de haine bien plus loin, et inciter tous les puissants de Palestine à commettre pareil crime pour supprimer le futur Roi des Juifs ? Il l’aurait pu. Et cela serait arrivé dans les premiers temps du Christ, quand l’accumulation des prodiges avait attiré l’attention des foules et le regard des grands. Si cela s’était produit, comment aurions-nous pu traverser toute la Palestine pour aller de la lointaine Nazareth en Egypte, cette terre hospitalière pour les Hébreux persécutés, qui plus est avec un petit enfant et pendant le déchaînement d’une persécution ? Il était plus facile de s’enfuir de Bethléem, même si ce fut tout aussi douloureux.

L’obéissance sauve toujours. Rappelle-le-toi.

Détail

Marie parle de l'obéissance de la Sainte Famille quand Zacharie leur conseilla de rester à Bethléem.

EMV 43.6 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Ce que Joseph retira de son union avec Jésus, humainement parlant, ce fut embarras, fatigues, persécutions, faim, et rien d’autre. Mais comme il s’attachait à Jésus seul, tout s’est changé en paix spirituelle, en joie surnaturelle. Je voudrais vous amener au point où en était mon époux quand il disait : “ Même si nous ne devions plus rien avoir, nous posséderions toujours tout, car nous avons Jésus. ”

EMV 43.6 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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La communauté juive est toujours prête à s’entraider, mais la communauté que nous trouvions en Egypte n’était composée que de réfugiés persécutés, pauvres donc comme nous, qui venions nous y joindre. Une partie des ressources que nous voulions garder pour Jésus, pour notre Jésus adulte, que nous avions sauvées des frais de l’établissement en Egypte, dut servir à notre rapatriement et fut à peine suffisante pour remettre en état la maison et l’atelier de Nazareth, à notre retour. Les temps changent, mais l’avidité des hommes est toujours la même et elle profite de la détresse d’autrui pour l’exploiter d’une manière indigne.

Détail

Marie parle du séjour en Egypte.

EMV 49.2 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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– Tu as père et mère, des frères, des soeurs, tu as la vie et, avec la vie, la femme et l’amour. Comment feras-tu pour tout quitter pour moi ?

– Maître... je ne sais... mais il me semble – si ce n’est pas de l’orgueil de le dire –­, que ton amour de prédilection me tiendra lieu de père et de mère, de frères et soeurs et aussi de femme. De tout, oui, je serai rassasié de tout si tu m’aimes.

– Et si mon amour te vaut souffrances et persécutions ?

– Ce ne sera rien, Maître, si tu m’aimes.

Détail

Jésus interroge Jean.

EMV 49.2 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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– (...) Le jour où il me faudra mourir...

– Non ! Tu es jeune, Maître... pourquoi mourir ?

– Parce que le Messie est venu prêcher la Loi dans sa vérité et pour accomplir la Rédemption. Or le monde a horreur de la Loi et ne veut pas de rédemption. C’est pour cela qu’il persécute les envoyés de Dieu.

– Ah ! Que cela n’arrive pas ! Ne fais pas un tel pronostic de mort devant celui qui t’aime ! Mais si tu devais mourir, je t’aimerais encore, toi. Permets-moi de t’aimer. »

Jean a un regard suppliant. Plus penché que jamais, il marche à côté de Jésus et semble lui mendier son amour.

Jésus s’arrête. Il le regarde. Il le pénètre de son regard profond, puis il lui pose la main sur sa tête inclinée.

« Je veux que tu m’aimes.

– Oh ! Maître ! »

Jean est heureux. Bien qu’une larme fasse briller ses yeux, il rit, de sa bouche jeune, bien dessinée. Il prend la main divine, l’embrasse au dos et la serre contre son coeur.

Détail

Jésus parle à Jean.

EMV 72.5-6 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Vois-tu, Judas, je viens d’une caste persécutée pour... pour avoir mal compris ce qu’est et comment devait être le Messie. Oui. Si nous l’avions attendu avec une juste compréhension de son être, nous n’aurions pu tomber dans des erreurs qui sont des blasphèmes contre la vérité et une rébellion contre la loi romaine ; c’est pourquoi nous avons été punis par Dieu et par Rome. Nous avons voulu voir dans le Christ un conquérant et un libérateur d’Israël, un nouveau Maccabée, plus grand que le grand Judas... Rien que cela. Et pourquoi ? Parce que nous nous sommes souciés de nos intérêts plus que de ceux de Dieu : de ceux de la patrie et des citoyens. Certes, l’intérêt de la patrie est saint lui aussi. Mais qu’est-ce face au Ciel éternel ? Combien de fois n’ai-je pas réfléchi et vu le vrai visage du Christ durant les longues heures de persécutions d’abord, et de ségrégation ensuite, lorsque, en fugitif, je me cachais dans les tanières des bêtes sauvages, partageant leur litière et leur nourriture, pour échapper à la police romaine et surtout aux délations des faux amis ; ou bien quand, attendant la mort, je goûtais par avance l’odeur du tombeau dans ma caverne de lépreux ! Combien de fois n’ai-je pas vu ton visage...! Le tien, Maître humble et bon, le tien, Maître et Roi de l’esprit, le tien, ô Christ, fils du Père, qui nous conduis au Père et non pas à des cours royales de poussière, ni à une divinité de boue. Toi... Ah, il m’est facile de te suivre...! Etant donné – pardonne ma hardiesse qui se proclame juste – étant donné que je te vois tel que je t’ai pensé, je te reconnais. Je t’ai tout de suite reconnu. Cela n’a pas été te connaître, mais reconnaître Quelqu’un que mon âme avait déjà connu...

– C’est pour cela que je t’ai appelé... et que je t’emmène avec moi, maintenant, dans ce premier voyage que je vais faire en Judée. 72.6 Je veux que tu achèves de me reconnaître... et je veux qu’eux aussi, que l’âge rend moins capables d’accéder à la vérité par une méditation sévère, sachent comment leur Maître est arrivé à cette heure-ci... Vous comprendrez par la suite.

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Simon le Zélote parle à Judas.

Annotation

Premier livre des Macchabées, 3, 1-26 :

1 M 3, 1-26 : Après la mort de Mattathias, son fils Judas, appelé Maccabée, se leva à sa place. Tous ses frères et tous les partisans de son père lui vinrent en aide et menèrent avec allégresse le combat pour Israël.

Judas étendit le renom glorieux de son peuple. Revêtu de son armure, comme un héros, et fort de ses armes de guerre, il livra des batailles, protégeant le camp de son épée. Tel un lion en pleine action, pareil au lionceau rugissant vers sa proie, il traquait les hommes infidèles à la Loi, il les pourchassait et livrait au feu ceux qui troublaient son peuple.

Devant la crainte qu’il inspirait, les hommes infidèles à la Loi furent abaissés et tous les malfaisants, pris de panique. Par sa main advint le salut. À bien des rois il rendit la vie amère, il réjouit Jacob par ses exploits. Son souvenir est à jamais béni.

Il parcourut les villes de Juda, il en extermina les impies. Il détourna la colère qui pesait sur Israël. Son nom retentit jusqu’aux extrémités de la terre et il rassembla ceux qui allaient périr.

Alors, Apollonios rassembla des païens et une troupe importante venue de Samarie, pour combattre Israël. Judas en fut informé. Il sortit à sa rencontre, le battit et le tua. Il y eut de nombreuses victimes, et les survivants s’enfuirent. On ramassa le butin, et Judas s’empara du glaive d’Apollonios, pour s’en servir tous les jours au combat.

Sérone, commandant de l’armée de Syrie, apprit que Judas avait réuni autour de lui un groupe, une assemblée de fidèles, pour marcher au combat. Il se dit : « Je me ferai un nom et je me couvrirai de gloire dans le royaume. Je combattrai Judas et ses compagnons, qui méprisent l’ordre du roi. » Il partit donc à son tour, accompagné d’une forte troupe d’hommes impies, pour tirer vengeance des fils d’Israël.

Tandis qu’il s’approchait de la montée de Bethorone, Judas sortit à sa rencontre avec une poignée d’hommes. À la vue de la troupe qui montait vers eux, ses hommes dirent à Judas : « Comment pourrons-nous, en si petit nombre, lutter contre une foule si nombreuse et si forte ? De plus, nous sommes exténués, car nous n’avons rien mangé aujourd’hui ! » Judas leur répondit : « Il arrive facilement qu’une multitude tombe aux mains d’un petit nombre. Pour le Ciel, peu importe d’opérer le salut au moyen de beaucoup d’hommes ou seulement de quelques-uns. En effet, la victoire au combat ne dépend pas de l’importance de l’armée : c’est du Ciel que vient la force.

Eux, ils viennent vers nous, débordants d’orgueil et de mépris pour la Loi, afin de nous détruire, ainsi que nos femmes et nos enfants, et de nous dépouiller de nos biens. Nous, nous combattons pour nos vies et nos lois. Le Ciel lui-même les écrasera devant nous. Ne les craignez donc pas ! »

Après ces paroles, il se rua sur eux à l’improviste. Sérone et sa troupe furent écrasés devant lui. On les poursuivit dans la descente de Bethorone, jusqu’à la plaine. Huit cents hommes environ tombèrent ; les autres s’enfuirent au pays des Philistins. Judas et ses frères commencèrent à inspirer de la crainte, et la panique s’empara des nations païennes d’alentour. Le nom de Judas parvint jusqu’aux oreilles du roi, et tous les païens commentaient ses actes de guerre.

EMV 73.2-8 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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73.2 Ils sont arrivés au tombeau, ancien, mais bien conservé, blanchi à la chaux. Jésus s’arrête pour boire à un vieux puits tout proche.

Une femme lui offre l’eau qu’elle est venue puiser. Jésus l’interroge :

« Es-tu de Bethléem ?

– Oui, mais en ce moment, à l’époque des récoltes, je suis ici avec mon mari dans cette campagne pour m’occuper des jardins et des vergers. Et toi, tu es galiléen ?

– Je suis né à Bethléem, mais j’habite à Nazareth de Galilée.

– Persécuté, toi aussi ?

– La famille. Mais pourquoi dis-tu : “ Toi aussi ” ? Parmi les habitants de Bethléem, y a-t-il beaucoup de persécutés ?

– Tu ne le sais pas ? Quel âge as-tu ?

– Trente ans.

– Alors tu es né au moment même où ... Ah, quel malheur ! Mais pourquoi est-il né ici, celui-là ?

– Qui ?

– Mais celui qui se prétendait le Sauveur. Malédiction aux imbéciles qui dans l’ivresse de la boisson ont vu des anges dans les nuages, ont entendu des voix du Ciel au milieu des bêlements des brebis et des braiments des ânes et qui, dans les nuées de l’ivresse prirent trois misérables pour les gens les plus saints de la terre. Malédiction sur eux et sur ceux qui auront cru en eux !

– Mais, avec toutes tes malédictions, tu ne m’expliques pas ce qui est arrivé. Pourquoi ces malédictions ?

– Parce que... Mais, dis-moi : où veux-tu aller ?

– A Bethléem, avec mes amis. J’y ai des intérêts. Je dois saluer de vieux amis et leur porter le salut de ma mère. Mais je voudrais d’abord apprendre bien des choses, parce que notre famille est absente depuis de nombreuses années. Nous avons quitté la ville quand j’avais quelques mois.

– Avant ce malheur, alors. 73.3 Ecoute, si tu ne dédaignes pas la maison d’un paysan, venez partager avec nous le pain et le sel, toi et tes compagnons. Nous parlerons pendant le souper et je vous logerai jusqu’au matin. La maison est petite, mais sur le sol de l’étable, il y a une bonne couche de foin. La nuit est chaude et sereine. Si tu veux, tu peux y dormir.

– Que le Seigneur d’Israël te récompense de ton hospitalité ! Je viendrai avec joie dans ta maison.

– Le pèlerin porte avec lui sa bénédiction. Allons. Je dois verser encore six amphores d’eau sur les légumes qui viennent de sortir.

– Je vais t’aider.

– Non, tu es un seigneur. Ta manière de faire me le prouve.

– Je suis un artisan, femme. Et celui-ci est un pêcheur. Ceux-ci sont judéens, fortunés et ont une situation. Pas moi. »

73.4 La femme verse les trois derniers brocs et les conduit à une bâtisse ancienne au milieu du verger.

« Entrez, dit-elle, mon ma­ri est déjà à la maison. »

Ils s’avancent vers une cuisine basse et enfumée.

« Que la paix soit sur cette maison, salue Jésus.

– Qui que tu sois, que la bénédiction soit sur toi et sur les tiens. Entre ! » répond l’homme.

Et il apporte d’abord un bassin rempli d’eau pour que les quatre hommes se rafraîchissent et se lavent. Puis ils entrent tous et s’asseyent à une table grossière.

« Je vous remercie pour ma femme. Elle m’a raconté. Je n’avais jamais approché des Galiléens. On m’avait dit qu’ils étaient frustres et querelleurs. Mais, vous, vous vous êtes montrés gentils et bons. Déjà fatigués... et tant travailler ! Vous venez de loin ?

– De Jérusalem. Ceux-ci sont judéens. Lui et moi, nous sommes de Galilée. Mais, crois-moi, homme : des bons et des mauvais, il y en a partout.

– C’est vrai. Moi, pour la première fois que je rencontre des Galiléens, je suis bien tombé. Femme, apporte à manger. Je n’ai que du pain, des légumes, des olives et du fromage. Je suis un paysan.

– Je ne suis pas un seigneur, moi non plus. Je suis menuisier.

– Toi ? Avec ces manières ? »

La femme intervient :

« Notre hôte est de Bethléem, je t’ai dit, et les siens ont été persécutés. Qui sait s’ils n’étaient pas riches et instruits comme l’étaient Josué d’Ur, Mathias, fils d’Isaac, Lévi, fils d’Abraham... pauvres malheureux !

– On ne t’a pas interrogée. Pardonnez-lui. Les femmes ba­vardent toujours plus que les moineaux, le soir.

– C’étaient des familles de Bethléem ?

– Comment ? Tu ne sais pas qui c’était, si tu es de Bethléem ?

– Nous avons fui alors que j’avais quelques mois... »

La femme, qui doit réellement être bavarde, se remet à parler :

« Il est parti avant le massacre.

– Eh ! Je le vois bien : autrement, il ne serait plus de ce monde. Tu n’y es jamais revenu ?

– Non.

73.5 – Quel grand malheur ! Tu en trouveras peu de ceux que, d’après ce que Sarah m’a dit, tu veux connaître et saluer. Beaucoup de morts, beaucoup de fugitifs, beaucoup... hélas ! Dispersés, et on n’a jamais su s’ils sont morts dans le désert ou s’ils ont péri en prison pour les punir de leur révolte. Mais était-ce une révolte ? Qui serait resté impassible en voyant égorger tant d’innocents ? Non, il n’est pas juste que Lévi et Elie soient encore vivants alors que tant d’innocents sont morts !

– Qui sont-ils, ces deux hommes, et qu’ont-ils fait ?

– Mais... tu as au moins entendu parler du massacre ! Le massacre d’Hérode... Plus de mille bébés dans la ville, un autre millier dans les campagnes. Et tous des garçons – ou plutôt à peu près tous car, dans leur furie, dans la nuit, dans la mêlée, les tueurs prirent même des petites filles, les arrachèrent de leurs berceaux, des lits de leurs mères, des maisons assiégées, et ils les transpercèrent, comme des gazelles en train de boire visées par un archer. Eh bien ! Tout cela, pourquoi ? Parce qu’un groupe de bergers qui, pour lutter contre le froid de la nuit, avaient bu à grandes gorgées une boisson, furent pris de délire et racontèrent qu’ils avaient vu des anges, entendu des chants, reçu un message... et nous dirent, à nous de Bethléem : “ Venez, adorez. Le Messie est né. ” Imagine-toi, le Messie dans une grotte !

En vérité, je dois dire que nous fûmes tous ivres, même moi, qui étais encore jeune homme, même ma femme qui n’avait que quelques années... car tous nous avons cru, et dans une pauvre femme de Galilée, nous avons voulu voir la Vierge qui enfante, celle dont ont parlé les prophètes. Mais elle était avec un grossier Galiléen. Sûrement son mari. Si elle était mariée, comment pouvait-elle être la “ Vierge ” ? Bref, nous avons cru. Cadeaux, adorations, maisons ouvertes pour les accueillir... Oh ! on a bien su faire les choses. Pauvre Anne ! Elle y a perdu ses biens et la vie, et les enfants de sa fille aussi, la première, la seule à avoir été sauvée parce qu’elle avait épousé un marchand de Jérusalem, perdirent leurs biens, parce que la maison fut brûlée et tout leur domaine rasé sur ordre d’Hérode. C’est maintenant un champ inculte où paissent les troupeaux.

– Tout cela par la faute des bergers ?

– Non, par celle aussi de trois sorciers venus du royaume de Satan. Peut-être étaient-ils complices des trois... Et nous, imbéciles qui leur avons fait tant d’honneurs ! Ce pauvre chef de la synagogue ! Nous l’avons tué parce qu’il avait juré que les prophéties marquaient du sceau de la vérité les paroles des bergers et des mages...

– Tout cela est donc la faute des bergers et des mages ?

– Non, Galiléen, par notre faute aussi. A cause de notre crédulité. Il y avait si longtemps qu’on attendait le Messie ! Des siècles d’attente. Beaucoup de déceptions, les derniers temps avec les faux Messies. L’un était galiléen, comme toi, un autre s’appelait Théodas. Des menteurs ! Le Messie, eux ? Ce n’étaient que des aventuriers avides à la recherche de la fortune ! Cela aurait dû être pour nous une leçon. Au contraire...

73.6 – Et alors, pourquoi maudissez-vous tous les bergers et les mages ? Si vous jugez que, vous aussi, vous avez été des sots, vous devriez vous maudire, vous également. Mais la malédiction n’est pas permise par le commandement de l’amour. La malédiction attire la malédiction. Etes-vous certains que votre jugement est juste ? Ne pourrait-il pas être vrai que les bergers et les mages aient dit la vérité, révélée à eux par Dieu ? Pourquoi vouloir croire qu’ils ont été des menteurs ?

– Parce que les années de la prophétie n’étaient pas accomplies. Depuis, nous avons réfléchi... après que le sang qui avait rougi les vasques et les ruisseaux eut ouvert les yeux de notre intelligence.

– Est-ce que le Très-Haut n’aurait pas pu, par excès d’amour pour son peuple, anticiper la venue du Sauveur ? Sur quoi les mages basaient-ils leur affirmation ? Tu m’as dit qu’ils venaient d’orient...

– Sur leurs calculs au sujet d’une nouvelle étoile.

– Or n’est-il pas dit : “ Une étoile naîtra de Jacob et un sceptre s’élèvera d’Israël ” ? Et Jacob n’est-il pas le grand patriarche et ne s’est-il pas arrêté dans cette terre de Bethléem qui lui était chère comme la prunelle de l’oeil, parce que c’est là que mourut sa Rachel bien aimée ?

Et encore, n’est-il pas sorti de la bouche d’un prophète : “ Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines ” ? Isaïe, le père de David, est né ici. Le surgeon sur la souche, sciée à la racine par l’usurpation des tyrans, n’est-ce pas la “ Vierge ” qui enfantera le Fils conçu, non pas d’un homme – car alors elle ne serait plus vierge –, mais de la volonté de Dieu, par quoi il sera “ l’Emmanuel ”, car Fils de Dieu, il sera Dieu et, par conséquent, apportera Dieu au milieu du peuple de Dieu, comme son nom l’indique ?

Et, selon la prophétie, ne sera-t-il pas annoncé aux peuples des ténèbres, c’est-à-dire aux païens “ par une grande lu­mière ” ? Or l’étoile vue par les mages ne pourrait-elle pas être l’étoile de Jacob, la grande lumière des deux prophéties de Balaam et d’Isaïe ?

Et le massacre lui-même accompli par Hérode ne rentre-t-il pas dans les prophéties ? “ Un cri s’est élevé... C’est Rachel qui pleure ses fils. ” Il était écrit que les os de Rachel, dans son tombeau d’Ephrata, gémiraient et pleureraient à l’époque où, par le Sauveur, la récompense allait venir au peuple saint. Larmes qui se changeraient ensuite en un sourire céleste, comme l’arc-en-ciel que forment les dernières gouttes d’eau de l’orage, mais qui annonce : “ Voilà : le beau temps vous est accordé. ” »

– Tu es très instruit. Es-tu rabbi ?

– Je le suis.

– Je m’en rends bien compte. Il y a dans tes paroles lu­mière et vérité. Pourtant... trop de blessures saignent encore sur cette terre de Bethléem pour le Messie, vrai ou faux... Je ne lui conseillerais même pas de venir ici. Cette terre le repousserait comme on repousse un bâtard à cause de qui les vrais enfants sont morts. D’ailleurs... si c’était lui... il est mort avec les autres qu’on a égorgés.

73.7 – Où habitent maintenant Lévi et Elie ?

– Tu les connais ? »

L’homme a des soupçons.

« Je ne les connais pas. Leur visage m’est inconnu, mais ce sont des malheureux et j’ai toujours pitié des malheureux. Je veux aller les trouver.

– Hum ! Tu seras le premier depuis presque six lustres. Ils sont encore bergers, au service d’un riche hérodien de Jérusalem qui s’est approprié les biens de beaucoup d’habitants qui ont été tués... Il y a toujours des profiteurs ! Tu les trouveras avec leurs troupeaux sur les hauteurs en direction d’Hébron. Mais, un conseil : ne te fais pas voir des habitants de Bethléem en train de leur parler. Tu aurais à t’en repentir. Nous les supportons parce que... parce qu’il y a l’hérodien. Sinon...

– Ah, la haine ! Pourquoi haïr ?

– Parce que c’est juste ; ils nous ont fait du mal.

– Ils ont cru bien faire.

– Mais ils ont mal agi, alors qu’ils souffrent ! Nous devions les tuer, comme ils ont fait tuer par leur folie. Mais nous étions hébétés... et après, il y a eu l’hérodien.

– Alors sans lui, vous les auriez tués, même après le premier mouvement de vengeance, encore compréhensible ?

– Maintenant encore nous les tuerions si nous ne redoutions pas leur maître.

– Homme, je te le dis : ne hais pas. Ne désire pas le mal. Ne désire pas faire le mal. Il n’y a là aucune faute mais, même s’il y en avait, pardonne. Au nom de Dieu pardonne. Dis-le aux autres habitants de Bethléem. Quand la haine tombera de vos coeurs, le Messie viendra ; alors vous le connaîtrez, car il est vivant. Il l’était déjà quand le massacre eut lieu, je vous le dis. Ce ne fut pas par la faute des bergers et des mages, mais par la faute de Satan que ce carnage a eu lieu. Le Messie vous est né, ici. Il est venu apporter la lumière à la terre de ses pères. Fils d’une mère vierge de la race de David, c’est dans les ruines de la maison de David qu’il a ouvert au monde le fleuve des grâces éternelles, qu’il a ouvert à l’homme le chemin de la vie...

– Va-t’en, va-t’en, hors d’ici ! Tu es un partisan de ce faux Messie qui ne pouvait être que faux, puisqu’il nous a apporté le malheur, à nous de Bethléem. Tu le défends, par conséquent...

– Silence, homme, je suis judéen et j’ai des amis haut placés. Tu pourrais te repentir de cette insulte. »

Judas bondit, saisit le paysan par son vêtement, le secoue avec violence. Il bout de colère.

« Non, non, allez-vous-en ! Je ne veux pas d’ennuis ni avec les habitants de Bethléem, ni avec Rome et Hérode. Partez, maudits, si vous ne voulez pas que je vous fasse quelque chose dont vous vous souviendrez ! Dehors !...

– Partons, Judas. Ne réagis pas. Laissons-le sur sa rancoeur. Dieu ne pénètre pas là où il y a de la haine. Partons.

– Oui, partons, mais vous me le paierez !

– Non, Judas, non. Il ne faut pas parler ainsi. Ce sont des a­veugles... Il y en aura tant sur ma route !... »

73.8 Ils sortent en suivant Simon et Jean, qui sont déjà dehors et parlent avec la femme dans un coin de l’étable.

« Pardonne à mon mari, Seigneur. Je ne croyais pas faire tant de mal... Tiens. » Elle donne des oeufs. « Tu les mangeras demain matin. Ils sont frais, d’aujourd’hui. Je n’ai rien d’autre... Pardon. Où vas-tu dormir ? »

– Ne t’inquiète pas. Je sais où aller. Va en paix en raison de ta bonté. Adieu. »

Ils font quelques pas en silence, puis Judas explose :

« Pourquoi ne te fais-tu pas adorer ? Pourquoi ne pas faire toucher terre à ce dégoûtant blasphémateur ? Par terre ! Terrassé, pour avoir mal agi envers toi, le Messie... Ah ! Moi, je l’aurais fait ! Les Samaritains, on les réduit en cendres par le miracle. Il n’y a que cela qui les convainc.

– Ah ! Combien de fois je l’entendrai dire ! Mais devrais-je réduire en cendres chaque personne qui pèche contre moi !... Non, Judas. Je suis venu pour créer, pas pour détruire.

– D’accord, mais en attendant, ce sont les autres qui te dé­truisent. »

Jésus ne réplique pas.

Détail

Voir la deuxième note ci-dessous si vous voulez aller directement à l'essentiel.

Les Rois Mages sont évoqués en 73.3 et 73.5-6.

Le massacre est évoqué en 73.2 et surtout en 73.5-6.

Les bergers et la Nativité sont surtout évoqués en 73.2 et en 75.5-7.