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Entourage de Jésus

Page 36 sur 153

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EMV 60.5-6 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

Jésus va s’asseoir dans le jardin en compagnie de Pierre, André, Jacques et Jean. (...)

« (...) Voici ta belle-mère qui vient vers nous.

– Maître... je te prie de t’asseoir à ma table.

– Merci, femme. Que Dieu t’en récompense ! »

Ils entrent dans la cuisine et s’asseyent. La vieille femme sert les hommes en leur distribuant généreusement une soupe de poisson et du poisson grillé.

« Je n’ai rien d’autre » s’excuse-t-elle.

Et, pour ne pas perdre l’habitude, elle dit à Pierre :

« Ils n’en font que trop, tes beaux-frères, car ils sont restés seuls, depuis que tu es allé à Bethsaïde ! Si au moins cela avait servi à enrichir ma fille... Mais je me rends compte que bien souvent tu es absent et que tu ne pêches pas.

– J’ai suivi le Maître. Je suis allé avec lui à Jérusalem et, le sabbat, je reste avec lui. Je ne perds pas mon temps à faire la fête.

– Mais tu ne gagnes rien. Tu ferais mieux, puisque tu veux faire le domestique du prophète, de t’établir ici de nouveau. Au moins, pendant que tu fais le saint, ma pauvre fille aurait des parents pour la nourrir.

– Tu n’as pas honte de parler ainsi devant celui qui t’a guérie ?

– Mais ce n’est pas lui que je critique. Lui, il fait son métier. Je te critique toi, qui fais le fainéant, car tu ne seras jamais prophète ni prêtre. Tu es un ignorant et un pécheur, un bon à rien.

– Heureusement qu’il est là, sinon...

– Simon, ta belle-mère t’a donné un excellent conseil. Tu peux aller à la pêche depuis ici. Tu pêchais même à Capharnaüm auparavant, il me semble. Tu peux y revenir maintenant.

– Et habiter de nouveau ici? Mais, Maître tu ne...

– Sois bon, mon Pierre. Si tu es ici, tu seras sur le lac ou avec moi. Par conséquent, qu’est-ce que cela peut te faire d’habiter dans cette maison ? »

Jésus a posé la main sur l’épaule de Pierre et on dirait que le calme de Jésus passe dans le bouillant apôtre.

« Tu as raison. Tu as toujours raison. Je le ferai. Mais... et eux ? »

Il désigne Jacques et Jean, ses associés.

« Ne peuvent-ils pas venir, eux aussi ?

– Oh ! Notre père et notre mère surtout seront toujours plus heureux de nous savoir avec toi qu’avec eux. Ils ne s’y opposeront pas.

– Peut-être aussi que Zébédée viendra, dit Pierre.

– C’est plus que probable, et d’autres avec lui. Nous viendrons, Maître, nous viendrons sans faute.

Détail

Jésus vient de guérir la belle-mère de Pierre. Guérie, celle-ci sert un repas au Maître et à ses disciples... et fait des reproches à son gendre.

EMV 60.7 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

60.7 – Jésus de Nazareth est ici ? demande un petit enfant qui se présente à la porte.

– Il est ici, entre. »

L’enfant s’avance et je reconnais l’un de ceux que j’ai vus dans les premières visions de Capharnaüm. C’est justement celui qui, après être dégringolé aux pieds de Jésus, a promis d’être bon... pour manger le miel du Paradis.

« Mon petit ami, avance » lui dit Jésus.

Le garçonnet, un peu intimidé par tant de gens qui le re­gardent, se rassure et court vers Jésus, qui l’embrasse, le prend sur ses genoux et lui donne une bouchée de son poisson sur un morceau de pain.

« Voilà, Jésus, c’est pour toi. Aujourd’hui encore, cette personne m’a dit : “ C’est le sabbat. Porte cela au rabbi de Nazareth et dis à ton ami de prier pour moi. ” Il sait que tu es mon ami !... »

L’enfant rit, tout heureux, et mange son pain et son poisson.

« Bravo, petit Jacques ! Tu diras à cette personne que mes prières montent vers le Père pour lui.

– C’est pour les pauvres ? demande Pierre.

– Oui.

– C’est toujours l’offrande habituelle ? Regardons. »

Jésus lui passe la bourse. Pierre la vide et compte.

« Toujours la même forte somme ! Mais qui est cette personne ? Dis, petit, qui est-ce ?

– Je ne dois pas le dire, et je ne le dirai pas.

– Quelle forte tête ! Allons, sois gentil, je te donnerai des fruits.

– Je ne le dirai pas, que tu m’insultes ou que tu me caresses !

– Mais voyez quelle langue !

– Jacques a raison, Pierre, il tient la parole donnée. Laisse-le tranquille.

– Toi, Maître, tu sais qui est cette personne ? »

Jésus ne répond pas. Il s’occupe de l’enfant auquel il donne un autre morceau de poisson grillé bien débarrassé de ses arêtes ; mais Pierre insiste, et Jésus doit lui répondre.

« Moi, je sais tout, Simon.

– Et nous, nous ne pouvons pas savoir ?

– Tu ne guériras jamais de ton défaut ? »

Jésus lui fait ce reproche en souriant. Et il ajoute :

« Tu le sauras bientôt. Le mal voudrait rester caché et ne peut toujours y réussir, mais le bien, même si on veut le garder secret pour qu’il soit méritoire, est découvert un jour ou l’autre, pour la gloire de Dieu dont la nature resplendit en l’un de ses enfants. La nature de Dieu, c’est l’amour. Ce petit l’a compris, car il aime son prochain. Va, Jacques. Porte à cette personne ma bénédiction. »

La vision s’achève.

Détail

Curiosité de Pierre face à la bourse apportée par l'enfant Jacques.

EMV 61 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Détail

Jésus donne une parabole sur le cheval aimé du roi. Cela parle de la volonté de l'homme, de l'envoi du Fils par le Père pour sauver sa créature bien-aimée. Le peuple dit à Jésus que, face à une telle attitude, le cheval doit revenir à Dieu, puisque son roi lui veut du bien, et Jésus les encourage à suivre la réponse qu'ils ont donnée.

Ensuite, Jésus veut donner l'obole. Il y a un bossu qui se présente (et qui n'osait pas demander le miracle) ainsi qu'un vieillard qui vient supplier la guérison de sa fille; alitée dans son lit. Jésus les guérit.

Ensuite, il y a une femme de 27 ans, avec ses sept enfants qui n'a plus rien. Il lui donne une grande somme d'argent et promet que l'aide de Dieu ne lui fera pas défaut.

Enfin, il y a un vieillard déguenillé à qui Jésus ne donne rien. L'homme prétend que le Christ est injuste et fait une esclandre. Mais Jésus le reprend vivement car il ment et est usurier, il est avare et voleur. Il lui ordonne de s'en aller et, comme la foule se moque, Jésus les reprend eux aussi, en invitant à ne jamais manquer de charité en insultant un pécheur, car chacun à son péché. Jésus a dû lui faire honte, car il n'est jamais permis d'être voleur, mais il a souffert de le faire, et il invite les hommes à ne pas être cupide, à ne pas mentir, à être pur et honnête.

Pour finir, Jésus libère deux possédés. Mais il est accablé, car il y a des possessions qui fermentent dans les coeurs et qui les ferment à l'honnêteté et à l'amour. Jésus est triste. La vision s'arrête là.

EMV 61.3 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

Jésus ordonne aux disciples :

« Faites avancer les pauvres. Je dispose pour eux de la grosse offrande d’une personne qui se recommande à eux pour obtenir le pardon de Dieu. »

Détail

Jésus se sert de la bourse donnée par Matthieu pour les donner aux pauvres et il décrit Matthieu comme "une personne qui se recommande à eux pour obtenir le pardon de Dieu".

EMV 61.3 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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61.3 (...) Jésus ordonne aux disciples :

« Faites avancer les pauvres. Je dispose pour eux de la grosse offrande d’une personne qui se recommande à eux pour obtenir le pardon de Dieu. »

Trois vieillards déguenillés, deux aveugles et un bossu se présentent, suivis d’une veuve avec sept enfants émaciés.

Jésus les regarde attentivement, l’un après l’autre, sourit à la veuve et surtout aux orphelins. Il donne même à Jean cet ordre :

« Ceux-ci, mets-les là, dans le jardin. Je veux leur parler. »

Mais il devient sévère, l’oeil flamboyant, quand un petit vieux se présente à lui. Toutefois, il ne dit rien pour le moment.

Il appelle Pierre et se fait remettre la bourse reçue peu de temps auparavant et une autre remplie de menue monnaie, oboles recueillies auprès de braves gens. Il renverse le tout sur un petit banc près du puits, compte et fait six parts. Une très grosse somme toute en pièces d’argent et cinq tas plus petits avec beaucoup de pièces de bronze et seulement quelques grosses pièces. Il appelle ensuite les pauvres malades et leur demande :

« Vous n’avez rien à me dire ? »

Les aveugles se taisent ; le bossu dit :

« Que celui d’auprès de qui tu viens te protège ! »

Rien de plus.

Jésus lui remet l’obole dans la main valide.

L’homme dit :

« Que Dieu t’en récompense mais, plus que cela, je voudrais que tu me guérisses.

– Tu ne l’as pas demandé.

– Je suis un pauvre ver de terre que les grands piétinent ; je n’osais espérer que tu aurais pitié d’un mendiant.

– Je suis la Pitié qui se penche sur toute misère qui m’appelle. Je ne la refuse à personne. Je ne demande que l’amour et la foi pour répondre : je t’écoute.

– Ah ! Mon Seigneur ! Je crois et je t’aime ! Alors sauve-moi ! Guéris ton serviteur ! »

Jésus pose la main sur son dos courbé, la fait courir comme pour le caresser et dit :

« Je veux que tu sois guéri. »

L’homme se redresse, agile et normal, avec des bénédictions sans fin.

Détail

Guérison d'un bossu.

EMV 61.3.5 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Jésus ordonne aux disciples :

« Faites avancer les pauvres. Je dispose pour eux de la grosse offrande d’une personne qui se recommande à eux pour obtenir le pardon de Dieu. »

Trois vieillards déguenillés, deux aveugles et un bossu se présentent, suivis d’une veuve avec sept enfants émaciés.

Jésus les regarde attentivement, l’un après l’autre, sourit à la veuve et surtout aux orphelins. Il donne même à Jean cet ordre :

« Ceux-ci, mets-les là, dans le jardin. Je veux leur parler. »

Mais il devient sévère, l’oeil flamboyant, quand un petit vieux se présente à lui. Toutefois, il ne dit rien pour le moment.

Il appelle Pierre et se fait remettre la bourse reçue peu de temps auparavant et une autre remplie de menue monnaie, oboles recueillies auprès de braves gens. Il renverse le tout sur un petit banc près du puits, compte et fait six parts. Une très grosse somme toute en pièces d’argent et cinq tas plus petits avec beaucoup de pièces de bronze et seulement quelques grosses pièces. (...) 61.5 Le troisième petit vieux s’avance ensuite. Il paraît le plus déguenillé de tous. Mais Jésus n’a plus que le gros tas d’argent. Il appelle d’une vois forte :

« Femme, viens avec tes enfants. »

La femme, jeune et émaciée se présente, la tête baissée. On dirait une pauvre mère poule au milieu de ses pauvres poussins.

« Depuis quand es-tu veuve, femme ?

– Cela fait trois ans à la lune de Tisri.

– Quel âge as-tu ?

– Vingt-sept ans.

– Ce sont tous tes enfants ?

– Oui, Maître, et... et je n’ai plus rien. J’ai tout dépensé... comment puis-je travailler si personne ne veut de moi avec tous ces gamins ?

– Dieu n’abandonne pas même le ver qu’il a créé. Il ne t’abandonnera pas, femme. Où habites-tu ?

– Sur le lac, à trois stades de Bethsaïde. C’est lui qui m’a dit de venir... Mon mari est mort sur le lac ; il était pêcheur... »

“ Lui ”, c’est André qui rougit et voudrait bien disparaître.

« Tu as bien fait, André, de dire à cette femme de venir me trouver. »

André se rassure et murmure :

« L’homme était mon ami, il était bon. Il a péri sur le lac pendant une tempête, et a même perdu sa barque.

– Tiens, femme. Ceci t’aidera un bon moment et puis un autre soleil se lèvera sur ton jour. Sois bonne, élève tes enfants dans l’observance de la Loi et l’aide de Dieu ne te fera pas défaut. Je te bénis, toi et les petits. »

Il les caresse l’un après l’autre avec une grande pitié.

La femme s’en va, serrant le trésor sur son coeur.

EMV 62.2 · Tome 3, p. 23

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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« J’ai bien fait de ne pas rester sur l’autre rive, comme le désiraient les habitants de Qédesh, où j’étais arrivé en allant de Guerguesa à Mérom, pour revenir ensuite par l’autre rive.

– Tu viens de là bas ?

– Oui, je me suis montré dans les endroits où j’étais déjà allé, et encore plus loin. Je suis allé jusqu’à Giscala.

– Quelle longue route !

– Mais quelle récolte ! Sais-tu, Isaac ? Nous avons été les hôtes du rabbi Gamaliel. Il s’est montré bien bon. Ensuite, j’ai rencontré le chef de la synagogue de la Belle Eau. Il vient, lui aussi. Je te le confie. Et puis… et puis… j’ai trois nouveaux disciples… »

Jésus sourit, manifestement heureux.

« De qui s’agit-il ?

– D’un vieillard de Chorazeïn. Je lui ai rendu service autrefois, et, pour me montrer son amour, ce pauvre homme, un vrai juif sans préventions, a travaillé la région pour moi comme un parfait laboureur le fait pour son sol. Le second est un enfant de cinq ans, guère plus, intelligent, hardi. Je lui avais déjà parlé la première fois que je suis allé à Bethsaïde, et il s’en est souvenu mieux que les adultes. Le troisième est un ancien lépreux. Je l’ai guéri un soir près de Chorazeïn, il y a déjà longtemps, puis je l’ai quitté. Je le retrouve maintenant parlant de moi sur les monts de Nephtali. Et pour confirmer ses dires, il lève ce qui lui reste de ses mains, guéries mais partiellement diminuées, et il montre ses pieds, guéris mais déformés, avec lesquels il fait pourtant beaucoup de route. A ce qui lui reste, les gens comprennent à quel point il a été malade et ils croient à ses paroles accompagnées de larmes de reconnaissance. Il m’a été facile de parler là-bas, parce que quelqu’un m’avait déjà fait connaître et avait amené les autres à croire en moi. J’ai ainsi pu faire de nombreux miracles. Celui qui croit réellement peut tant ! »

EMV 62.4 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

62.4 D’où provenaient ces gens qui venaient à moi ?

– De Chorazeïn, de Bethsaïde, de Capharnaüm et jusque de Tibériade et de Guerguesa, comme de centaines de petits villages disséminés entre l’une ou l’autre ville.

– Allez leur dire que je serai à Chorazeïn, à Bethsaïde et dans les bourgades situées entre les unes et les autres.

– Pourquoi pas à Capharnaüm ?

– Parce que je suis venu pour tous et que tous doivent avoir l’occasion de me voir, et puis... il y a le vieil Isaac qui m’attend... Il ne faut pas que son espoir soit déçu.

– Tu nous attends ici, alors ?

– Non. Je pars et vous, vous restez à Capharnaüm pour m’envoyer les foules, puis je reviendrai.

– Nous restons seuls... »

Pierre est tout triste.

« Il ne faut pas t’attrister. Que l’obéissance fasse ta joie et qu’avec elle, tu sois persuadé d’être un disciple utile. Et les autres avec toi et comme toi. »

Pierre, André, Jacques et Jean se rassérènent. Jésus les bénit et ils se séparent.

Ainsi se termine la vision.

Détail

Pierre informe Jésus que des gens sont venus pour le voir et il lui demande :

EMV 63 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Détail

Samuel, le bossu guéri dans l'EMV 61, vient trouver un lépreux, Abel, qui est au ernier stade de la maladie. C'est une ruine, une loque humaine. Samuel, cependant, n'a pas peur et vient lui apporter des provisions. Tout en faisant cela, il lui parle du Christ, du Messie, et suscite l'espérance chez son camarade. Celui-ci a foi, alors il est d'accord de rester dans les bois et d'attendre le Sauveur à cet endroit. Samuel, de son côté, va rejoindre Jésus et le conduit à Abel. Jésus le guérit et c'est une grande joie pour les deux hommes.

EMV 63.1-5 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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63.1 Avec la précision d’une photographie parfaite, un pauvre lépreux se présente à ma vue spirituelle depuis ce matin, avant même que l’aube ne se lève.

C’est vraiment une ruine humaine. Je ne saurais dire quel âge il a, tellement le mal l’a dégradé. Squelettique, à demi nu, il montre son corps réduit à l’état d’une momie décharnée. Ses mains et ses pieds sont déformés, il en manque des parties, de sorte que ces pauvres extrémités ne paraissent plus appartenir à un homme. Ses mains désarticulées et déformées ressemblent aux pattes de quelque monstre ailé, ses pieds sont comme des sabots de boeuf, tant ils sont rabougris.

Quant à la tête !... Je pense qu’un cadavre resté sans sépulture, momifié par le soleil et le vent, aurait une allure semblable. Il reste, par-ci par-là, quelques touffes de cheveux, collés à la peau jaunâtre et croûteuse comme si la poussière l’avait desséchée sur un crâne, des yeux à peine entrouverts et renfoncés, les lèvres et le nez dévorés par le mal mettent déjà à nu cartilages et gen­cives, les oreilles ne sont plus que des restes de pavillons informes ; par dessus tout cela s’étend une peau parcheminée, jaune comme certains kaolins, sous laquelle les os semblent percer. Cette peau doit avoir pour office de tenir ensemble ces pauvres os dans son sac dérisoire, tout marqué de cicatrices et lacéré de plaies pu­trides. Une ruine !

Ce misérable me fait penser exactement au spectre de la Mort parcourant la terre, dont le squelette, recouvert de lambeaux d’une peau sèche, se drape dans un manteau sordide en haillons ; mais au lieu d’une faux, il tient un bâton noueux, sûrement arraché à un arbre.

Il est debout sur le seuil d’une caverne éloignée de toute habitation. Une vraie ruine, tellement délabrée que je ne puis dire si à l’origine c’était un tombeau ou une cabane de bûcherons ou encore les restes d’une maison démolie. Il regarde du côté de la route, éloignée de plus de cent mètres de son antre, une voie de grande circulation, poussiéreuse et encore ensoleillée. Il n’y a personne sur la route. A perte de vue, soleil, poussière et solitude. Beaucoup plus loin, en montant vers le nord-ouest, il doit y avoir un village ou une ville. J’en vois les premières maisons à un kilomètre au moins.

Le lépreux regarde et soupire, puis il prend une écuelle ébréchée et la remplit à un petit ruisseau. Il boit. Il pénètre dans un enchevêtrement de ronces, en arrière de l’antre, se penche, arrache au sol des radis sauvages. Il revient au ruisseau, où il les débarrasse du plus gros de la poussière avec le peu d’eau qui coule, et les mange lentement, en les portant péniblement à sa bouche, avec ses mains mutilées. Ils doivent être durs comme du bois. Il a du mal à les mastiquer. Il en recrache beaucoup sans arriver à les avaler malgré les gorgées d’eau qu’il absorbe.

63.2 « Où es-tu, Abel ? » crie une voix.

Le lépreux remue, il a sur les lèvres quelque chose qui voudrait être un sourire. Mais ces lèvres sont tellement rongées que son essai de sourire est informe. Il répond d’une voix étrange, stridulante, qui me fait penser aux cris de certains oiseaux dont j’ignore le nom exact :

« Je suis ici ! Je ne croyais plus que tu viendrais. Je pensais qu’il t’était arrivé malheur, j’étais triste... Si tu me fais défaut toi aussi, que va-t-il rester au pauvre Abel ? »

Sur ces mots, il se dirige vers la route jusqu’à la distance permise par la Loi. On le voit parce qu’il s’arrête à mi-chemin.

Sur la route arrive un homme qui paraît courir tant il va vite.

« Mais est-ce bien toi, Samuel ? Ah ! Si tu n’es pas celui que j’attends, qui que tu sois, ne me fais pas de mal !

– C’est moi, Abel, c’est bien moi, et en bonne forme. Regarde comme je cours. Je suis en retard, je le sais, et j’en suis peiné pour toi. Mais quand tu sauras... comme tu seras heureux ! Et je ne t’apporte pas seulement les quignons de pain habituels, mais une miche entière, fraîche et bonne, toute pour toi. J’ai aussi un bon poisson et un fromage. Tout pour toi. Je veux que tu fasses la fête, mon pauvre ami, pour te préparer à une fête plus grande encore.

– Mais comment es-tu si riche ? Je n’y comprends rien...

– Je te le dirai tout à l’heure.

– Guéri, qui plus est : on dirait que ce n’est plus toi !

63.3 – Ecoute : j’ai su qu’à Capharnaüm se trouvait ce Rabbi qui est saint, et j’y suis allé...

– Arrête-toi, arrête-toi ! Je suis infecté.

– Peu importe. Je n’ai plus peur de rien. »

L’homme, qui n’est autre que le pauvre bossu guéri et bien traité par Jésus dans le jardin de la belle-mère de Pierre, est en effet arrivé, de son pas rapide, à quelques pas du lépreux. Il a parlé en marchant et il rit, tout heureux.

Mais le lépreux répète :

« Arrête-toi, au nom de Dieu. Si quelqu’un te voit...

– Je m’arrête. Regarde : je mets ici les provisions. Mange, pendant que je parle. »

Il pose le paquet sur une grosse pierre et l’ouvre. Puis il s’écarte de quelques pas pendant que le lépreux s’avance et se jette sur ce festin inaccoutumé.

« Ah ! Ça fait bien longtemps que je ne me suis pas régalé comme ça ! Que c’est bon ! Et dire que je serais allé me reposer comme cela, l’estomac vide. Pas un homme de pitié, aujourd’hui... pas même toi... J’avais mâché des radis...

– Pauvre Abel ! J’y pensais, mais je me disais : “ C’est bien. Il doit être triste en ce moment, mais ensuite il sera heureux ! ”

– Heureux, oui, pour cette bonne nourriture. Mais après...

– Non, tu seras heureux pour toujours. »

Le lépreux hoche la tête.

« Rends-toi compte, Abel, si tu peux avoir la foi, tu seras heureux.

– Mais la foi en qui ?

– Dans le Rabbi. Dans le Rabbi qui m’a guéri.

– Mais je suis lépreux, et au dernier degré, comment peut-il me guérir ?

– Ah ! Il le peut. Il est saint.

– Oui, Elisée lui aussi a guéri Naamân le lépreux... Je le sais... Mais moi... Moi, je ne puis aller au Jourdain.

– Tu seras guéri sans besoin d’eau. Ecoute : ce Rabbi, c’est le Messie, tu comprends ? Le Messie ! C’est le Fils de Dieu. Il guérit tous ceux qui ont foi. Il dit : “ Je le veux ” et les démons s’enfuient, les membres se redressent, et les aveugles recouvrent la vue.

– Ah ! Si j’avais la foi, moi ! Mais comment puis-je voir le Messie ?

– Voilà... je suis venu pour cela. Il est là, dans ce village. Je sais où il se trouve ce soir. Si tu veux... J’ai pensé : “ Je le dis à Abel et si Abel reconnaît avoir la foi, je le conduis au Maître. ”

– Tu es fou, Samuel ? Si je m’approche des maisons, je vais être lapidé !

– Non, pas jusqu’aux maisons. La nuit va tomber, je te conduirai jusqu’à ce petit bois. Ensuite, j’irai appeler le Maître et je te l’amènerai...

– Va, vas-y tout de suite ! J’arrive par mes propres moyens jusqu’à cet endroit. Je marcherai dans le fossé derrière la haie, mais toi, va... va... oh ! Vas-y, mon cher ami ! Si tu savais ce que c’est que de souffrir de cette maladie... Et d’avoir l’espoir de guérir !... »

Le lépreux ne s’occupe même plus de la nourriture. Il pleure et gesticule en implorant son ami.

« Je pars et, toi, arrive. »

L’ancien bossu s’éloigne au pas de course.

63.4 Abel descend péniblement dans le fossé qui longe la route, tout encombré de buissons poussés sur le fond desséché. C’est tout juste s’il reste un filet d’eau au milieu. La nuit descend pendant que le malheureux glisse parmi les broussailles des buissons, toujours aux aguets d’un passant sur la route. A deux reprises, il se met à plat ventre : la première fois, c’est un cavalier qui passe au trot, la seconde fois ce sont trois hommes chargés de foin qui se dirigent vers le village. Puis il continue.

Mais Jésus arrive avant lui au petit bois avec Samuel.

« Il va bientôt être ici. Il marche lentement à cause de ses plaies. Prends patience.

– Je ne suis pas pressé.

– Tu vas le guérir ?

– A-t-il la foi ?

– Oh !... il mourait de faim. Il voyait cette nourriture, après des années de privation, et pourtant il a tout laissé après quelques bouchées pour courir ici.

– Comment l’as-tu connu ?

– Tu sais... je vivais d’aumônes depuis mon malheur et je parcourais les chemins pour aller d’un lieu à l’autre. Je passais ici tous les sept jours et étais entré en relations avec ce pauvre malheureux... Un jour, poussé par la faim, il s’était avancé sous un orage capable de mettre les loups en fuite jusqu’au chemin qui mène au village, en quête de quelque chose. Il fouillait les ordures comme un chien. J’avais dans ma besace du pain sec que m’avaient offert des personnes compatissantes, et j’ai partagé avec lui. Depuis lors, nous sommes amis et chaque semaine je reviens pour renouveler sa provision. Avec ce que j’ai : si j’ai beaucoup, c’est beaucoup ; si j’ai peu, c’est peu. Je fais ce que je peux comme si c’était mon frère. C’est depuis le soir où tu m’as guéri, sois-en béni, que je pense à lui... et à toi.

– Tu es bon, Samuel, et c’est pourquoi la grâce t’a visité. Celui qui aime mérite tout de Dieu. 63.5 Mais voici quelque chose dans les buissons...

– C’est toi, Abel ?

– Oui, c’est moi.

– Viens. Le Maître t’attend ici, sous le noyer. »

Le lépreux sort du fossé et monte sur la berge, la franchit et s’avance dans le pré. Jésus l’attend, adossé à un très grand noyer.

« Maître, Messie, Saint, aie pitié de moi ! »

Et il s’affale sur l’herbe aux pieds de Jésus. Le visage collé au sol, il ajoute :

« Oh ! Mon Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier ! »

Puis il ose se mettre à genoux, allonge ses bras squelettiques aux mains tordues et tend son visage osseux, tout dévasté... Des larmes tombent de ses orbites malades à ses lèvres que la lèpre a rongées.

Jésus le regarde avec une immense pitié, il regarde ce fantôme qu’un mal horrible dévore et dont une vraie charité peut seule supporter le voisinage tant il est répugnant et malodorant. Et voici que Jésus tend une main, sa belle main droite et saine, comme pour caresser le malheureux.

Celui-ci sans se lever, se rejette en arrière sur ses talons et s’écrie :

« Ne me touche pas ! Aie pitié de toi-même ! »

Mais Jésus fait un pas en avant. Solennel, respirant une douce bonté, il pose ses doigts sur la tête grignotée par la lèpre et dit à pleine voix, d’une voix qui n’est qu’amour et pourtant impé­rieuse :

« Je le veux, sois purifié ! »

Sa main s’attarde quelques minutes sur la pauvre tête.

« Lève-toi. Va trouver le prêtre. Accomplis ce que la Loi prescrit. Ne dis pas ce que je t’ai fait, mais sois bon, ne pèche plus jamais. Je te bénis.

– Oh ! Seigneur ! Abel ! Mais tu es tout à fait guéri ! »

Samuel, qui voit la transformation de son ami, crie de joie.

« Oui. Il est guéri. Sa foi le lui a mérité. Adieu. Que la paix soit avec toi !

– Maître ! Maître ! Maître ! Je ne te quitte plus, je ne peux plus te quitter !

– Accomplis ce que demande la Loi. Puis nous nous reverrons encore. Pour la seconde fois, que ma bénédiction soit sur toi. »

Jésus s’éloigne en faisant signe à Samuel de rester. Les deux amis pleurent de joie, pendant qu’à la lueur d’un quartier de lune ils retournent à la caverne pour s’arrêter une dernière fois à ce repaire infortuné.

C’est la fin de la vision.

Détail

Guérisons d'un lépreux.

Samuel arrive en 63.2. Le miracle a lieu en 63.4. Pour avoir le contexte dans son ensemble, il est bon de relire l'EMV l'EMV 61.3 ainsi que tout l'EMV 62.

Annotation

Evangile de Marc 1,40-45

Mc 1, 40-45 : Un lépreux vient auprès de lui ; il le supplie et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.

Evangile de Luc 5,12-14

Lc 5, 12-14 : Jésus était dans une ville quand survint un homme couvert de lèpre ; voyant Jésus, il tomba face contre terre et le supplia : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main et le toucha en disant : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta. Alors Jésus lui ordonna de ne le dire à personne : « Va plutôt te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ce sera pour tous un témoignage. »