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Jean de Zébédée (apôtre)

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EMV 119.9 · Tome 2, p. 294

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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« C’est justement toi [Pierre] qui baptiseras, le premier. Dès demain.

– Non, Seigneur ! Comment ferai-je si je suis plus noir que cette cheminée ? »

Jésus sourit de l’humble sincérité de l’apôtre agenouillé contre ses genoux, sur lesquels il tient jointes ses deux grosses mains de pêcheur. Ensuite, il lui donne un baiser sur le front, à la limite des cheveux grisonnants qui se hérissent plutôt qu’ils ne frisent :

« Voilà : je te baptise d’un baiser. Tu es content ?

– Je ferais tout de suite un autre péché pour avoir un autre baiser !

– Ah non, pas cela ! On ne se moque pas de Dieu en abusant de ses dons.

– Et à moi, tu ne donnes pas un baiser ? J’ai bien encore quelque péché », dit Judas.

Jésus le regarde fixement. Son regard si mobile passe de la lumière joyeuse qui l’éclairait pendant qu’il parlait à Pierre, à une ombre sévère, presque lasse, et il répond :

« Oui... à toi aussi. Viens. Je ne suis injuste envers personne. Sois bon, Judas. Si tu voulais !... Tu es jeune. Tu as toute ta vie devant toi pour t’élever sans cesse, jusqu’à la perfection de la sainteté... »

Et il l’embrasse.

« A ton tour, maintenant, Simon, mon ami. Et toi, Matthieu, ma victoire. Et toi, sage Barthélemy. Et toi, fidèle Philippe. Et toi, Thomas à la joyeuse volonté. Viens, André qui agis dans le silence. Et toi, Jacques de la première rencontre. Et toi maintenant, la joie de ton Maître. Et toi, Jude, mon compagnon d’enfance et de jeunesse. Et toi, Jacques, qui me rappelles le Juste par ton physique et par ton coeur. Voilà, tous, tous... Mais souvenez-vous que si mon amour est multiple, il demande aussi votre bonne volonté. Dès demain, vous allez faire un pas de plus dans votre vie de disciples. Mais ayez bien à l’esprit que chaque pas en avant est un honneur et une obligation. »

Détail

Jésus a baptisé Pierre d'un baiser, il embrasse Judas ensuite à sa demande et donne un baiser aux autres apôtres.

Annotation

La joie de ton Maître : il s'agit de Jean.

EMV 119.11 · Tome 2, p. 297

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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« Lui, il sait ce que nous sommes…, dit Jean. Nous ne devons pas être abattus pour cela, mais lui demander seulement : donne-nous, jour après jour, la force de te servir. Si nous prétendions : “ Nous sommes sans péché ”, nous serions trompés et trompeurs. Trompeurs de qui, d’ailleurs ? De nous-mêmes qui savons ce que nous sommes, même si nous ne voulons pas le reconnaître ? De Dieu que l’on ne trompe pas ? Mais si nous disons : “ Nous sommes faibles et pécheurs. Viens à notre aide par ta force et ton pardon ”, alors Dieu ne nous décevra pas, et dans sa bonté et sa justice, il nous pardonnera et nous purifiera de l’iniquité de nos pauvres cœurs.

– Bienheureux es-tu, Jean, puisque la Vérité parle par tes lèvres qui ont le parfum de l’innocence et ne donnent de baiser qu’à l’adorable Amour. »

Ce disant, Jésus se lève et attire sur son cœur son disciple préféré, qui a parlé de son coin obscur.

EMV 120.1.6 · Tome 2, p. 298 et 301-302

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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La voix de Jésus retentit dans la pièce comble, parce qu’il pleut et que tout le monde s’y est réfugié. (...)

Jésus parle, appuyé à la crèche vide. Jean et les deux cousins, ainsi que Matthieu et Philippe, sont près de lui, tandis que Judas avec Pierre, Barthélemy, Jacques et André sont à la sortie et organisent l’entrée de ceux qui arrivent encore ; Thomas et Simon circulent parmi les gens, font taire les enfants, recueillent les oboles, écoutent les requêtes.

[Après avoir fait son discours, Jésus guérit quatre malades.]

L’émotion est à son comble. On crie, on bénit, on se bouscule pour voir, on tâche de sortir pour aller l’annoncer au village. Jésus est assailli de tous côtés.

Pierre voit qu’on l’écrase presque et s’écrie :

« Mes amis ! Ils étouffent le Maître ! Venez le dégager ! »

Et en jouant des coudes, et même en donnant quelques coups dans les tibias, les douze réussissent à faire de la place, à libérer Jésus et à l’amener à l’extérieur.

« Demain, c’est moi qui m’en occuperai, dit-il. Toi, tu seras à côté de la porte et les autres au fond. Ils t’ont fait du mal ?

– Non.

– Ils semblaient fous ! Quelles façons !

– Laisse-les faire. Ils étaient heureux… et moi avec eux. Allez baptiser ceux qui le demandent. Je rentre à la maison. Toi, Judas, avec Simon, donnez l’obole aux pauvres. Tout. Nous avons beaucoup plus qu’il ne faut pour des apôtres du Seigneur. Va, Pierre, va. Ne crains pas de trop faire. Je te justifie auprès du Père, puisque je te l’ordonne. Adieu, mes amis. »

Épuisé et en sueur, Jésus s’enferme alors dans la maison pendant que les disciples s’acquittent chacun de sa tâche auprès des pèlerins.

Détail

Jésus donne un discours à la Belle-Eau, à l'intérieur, car il pleut.

EMV 121.1 · Tome 2, p. 302-303

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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121.1 Tous les disciples sont sens dessus dessous. On dirait une ruche bourdonnante tant ils sont agités. Ils parlent, guettent dehors, regardent dans tous les sens… Jésus n’est pas là. Enfin ils prennent une décision pour régler ce qui les agite et Pierre ordonne à Jean :

« Va chercher le Maître. Il est dans le bois du côté du fleuve. Dis-lui de venir tout de suite ou bien de nous dire ce que nous devons faire. »

Jean s’éloigne au galop.

Judas dit :

« Moi, je ne comprends pas pourquoi tant d’agitation et d’impolitesse. Je serais allé à lui et je l’aurais accueilli avec les honneurs dus à son rang. Sa visite est un honneur pour nous. Donc…

– Je n’en sais rien, moi, dit Pierre. Il est peut-être différent de son frère de lait… Mais… qui se trouve avec les hyènes en prend l’odeur et l’instinct. Par ailleurs tu voudrais que cette femme s’éloigne… Prends garde ! Le Maître ne le veut pas, et moi je dois la protéger. Si tu la touches… moi je ne suis pas le Maître… Cela pour que tu saches comment te conduire.

– Ah ! Qui est-elle donc ? La belle Hérodiade, par hasard ?

– Ne fais pas de l’esprit !

– C’est toi qui m’y pousses. Tu lui fais une garde royale, comme à une reine…

– Le Maître m’a dit : “ Veille à ce qu’on ne la dérange pas et respecte-la. ” C’est ce que je fais.

– Mais qui est-elle, le sais-tu ? demande Thomas.

– Moi, non.

– Allons, dis-le… tu le sais…, insistent plusieurs.

– Je vous jure que je ne sais rien. Le Maître le sait sûrement, mais pas moi.

– Il faut le lui faire demander par Jean. A lui, il dit tout.

– Pourquoi ? dit Judas. Qu’est-ce qu’il a de spécial, Jean ? Est-ce un dieu, ton frère ?

– Non, Judas, c’est le meilleur d’entre nous.

– Vous pouvez vous épargner cette fatigue, dit Jacques, fils d’Alphée. Hier, mon frère l’a vue pendant qu’elle revenait du fleuve avec le poisson que lui avait donné André et c’est lui qui a demandé à Jésus. Il lui a répondu : “ Elle n’a pas de visage. C’est une âme qui cherche Dieu. Pour moi, elle n’est rien d’autre et je veux qu’elle soit considérée comme telle par tous. ” Et il a dit ce “ je veux ” sur un tel ton que je vous conseille de ne pas insister.

Détail

Jean obéit tout de suite à Pierre quand il lui ordonne d'aller trouver Jésus. Et quand Judas s'irrite contre le Bien-Aimé, son frère prend sa défense.

EMV 121.4 · Tome 2, p. 306-307

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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– Pourquoi m’accuses-tu ? En quoi ai-je fauté à tes yeux ?

– Quand j’ai voulu te conduire chez mes amis, tu n’as pas voulu, et tu as dit : “ Je préfère rester avec les humbles. ” Par la suite, Simon et Lazare t’ont conseillé de te mettre sous la protection d’un homme puissant, et tu as accepté. Tu donnes la préférence à Pierre, à Simon, à Jean… Tu…

– Quoi encore ?

– Rien d’autre, Jésus.

– Fariboles !… Ce sont des bulles dans l’écume de l’eau. Tu me fais de la peine car tu es un pauvre être qui se torture alors qu’il pourrait être heureux. Peux-tu dire qu’il est luxueux, ce logement ? Peux-tu dire qu’il n’y a pas eu une raison importante pour me pousser à l’accepter ? Si Sion ne se comportait pas avec ses prophètes comme une marâtre, serais-je ici comme un homme qui craint la justice humaine et se réfugie dans un lieu d’asile ?

– Non.

– Et alors ? Peux-tu dire que je ne t’ai pas donné des missions, à toi comme aux autres ? Peux-tu dire que j’ai été dur avec toi quand tu as eu des manquements ? Tu n’as pas été sincère… Les vignes… Oh ! Les vignes ! Quel nom avaient-elles, ces vignes ? Tu n’as pas été complaisant avec ceux qui souffraient ou se rachetaient. Tu n’as pas non plus été respectueux envers moi. Et les autres l’ont vu… Pourtant, une seule voix s’est élevée pour te défendre, toujours : la mienne. Les autres auraient le droit d’être jaloux car, s’il y en a un que j’ai protégé, c’est bien toi. »

Judas pleure, humilié et ému.

Détail

Jalousie de Judas à l'encontre de Pierre, Jean, Simon le Zélote et Lazare. Jésus répond à ses accusations et évoque par ailleurs les vignes dont Judas devait prendre soin dans l'EMV 102 et que Pierre évoque dans l'EMV 112.

EMV 121.10 · Tome 2, p. 311

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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121.10 Simon le Zélote, qui était aujourd’hui chargé de baptiser, revient du fleuve avec les derniers qui ont reçu le baptême. Jésus les bénit et puis il dit à Simon :

« Cet homme est un pèlerin qui cherche un abri au nom de Dieu. Et, au nom de Dieu, nous le saluons comme ami. »

Simon s’incline, et l’homme également. Ils entrent dans la pièce et Manahen attache son cheval à la mangeoire. Jean, averti par un signe de Jésus, accourt, apportant de l’herbe et un seau d’eau. Pierre accourt aussi avec un lumignon à huile car il fait déjà sombre.

« Je serai très bien ici. Que Dieu vous récompense » dit le cavalier ; puis il pénètre, entre Jésus et Simon, dans la cuisine éclairée par un feu de brindilles qu’on a allumé.

Tout se termine.

Détail

Jésus accueille Manahen à la Belle-Eau. Il dormira avec eux.

EMV 122.2 · Tome 2, p. 311-312

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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122.2 « Je te dérange, Maître ? demande Jean qui vient du côté des prés.

– Non. Que veux-tu ?

– Je voulais te dire... il me semble que c’est une nouvelle qui peut te soulager et je suis venu tout de suite, aussi pour te demander conseil.

J’étais en train de balayer nos pièces et Judas est arrivé. Il m’a dit : “ Je vais t’aider. ” J’en ai été surpris, car il fait toujours ce travail de mauvais gré, même quand on le lui ordonne... mais je ne lui ai rien dit de plus que ceci : “ Oh ! Merci ! J’aurai plus vite fini, et ce sera mieux fait. ” Il s’est alors mis à balayer et nous avons vite terminé. Puis il a dit : “ Allons au bois. Ce sont toujours les plus âgés qui apportent le bois. Ce n’est pas bien. Allons-y, nous. Je ne sais pas très bien m’y prendre, mais si tu m’apprends... ” Et nous y sommes allés. Et pendant que j’étais là à faire les fagots avec lui, il m’a dit : “ Jean, je veux te dire quelque chose. ”

“ Parle ”, lui ai-je répondu. Je pensais que ce serait une critique.

Au contraire, il a dit : “ Toi et moi nous sommes les plus jeunes. Il faudrait être plus unis. Tu as presque peur de moi, et tu as raison car, moi, je ne suis pas bon. Mais, crois-le bien... je ne le fais pas exprès. Parfois, j’éprouve le besoin d’être mauvais. C’est peut-être que, étant fils unique, j’ai été gâté. Mais je voudrais devenir bon. Les plus âgés, je le sais, ne me voient pas d’un bon oeil. Les cousins de Jésus sont choqués... oui, j’ai eu beaucoup de manquements à leur égard, et aussi à l’égard de leur cousin. Mais toi, tu es bon et patient. Aime-moi. Fais tout comme si j’étais un frère pour toi, mauvais, certes, mais qu’il faut aimer malgré tout. Le Maître aussi dit qu’il faut agir ainsi. Quand tu vois que je n’agis pas très bien, dis-le-moi. Et puis ne me laisse pas toujours seul. Quand je vais au village, accompagne-moi. Tu m’aideras à ne pas mal agir. Hier, j’ai beaucoup souffert. Jésus m’a parlé et je l’ai regardé. Dans ma sotte rancoeur, je ne regardais ni moi-même ni les autres. Hier, j’ai regardé, et j’ai vu... Ils ont raison de dire que Jésus souffre... et je me rends compte que j’en suis responsable moi aussi. Je ne veux plus qu’il en soit ainsi. Viens avec moi. Viendras-tu ? M’aideras-tu à être moins mauvais ? ”

C’est ce qu’il m’a dit et, je l’avoue, j’avais le coeur qui battait comme celui d’un oiseau attrapé par un gamin. Il battait de joie, parce que je suis content qu’il devienne bon, et j’étais heureux pour toi aussi, mais mon coeur battait aussi un peu par peur... car je ne voudrais pas devenir comme Judas. Mais ensuite, il m’est venu à l’esprit ce que tu avais dit le jour où tu as pris Judas, et j’ai répondu : “ Oui, je t’aiderai. Mais je dois obéir, et si j’ai d’autres ordres... ” Je pensais : maintenant, je vais le rapporter au Maître et si, lui, il le veut, je le fais. S’il ne le veut pas, je me ferai donner l’ordre de ne pas m’éloigner de la maison.

– Ecoute, Jean : moi, je te laisse aller. En revanche, tu dois me promettre que si tu sens quelque chose qui te trouble, tu viendras me le rapporter. Tu m’as donné beaucoup de joie, Jean.

Détail

Judas demande à Jean de l'aider à être bon. Jésus l'autorise, mais lui demande que, si quelque chose le trouble, il vienne tout de suite le trouver.

EMV 122.3-4 · Tome 2, p. 313-314

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Jésus se tourne vers Pierre :

« Bonne pêche ?

– Hum ! Pas tellement, du menu fretin... mais on tire parti de tout. C’est Jacques qui bougonne parce qu’un animal a rompu le cordage et un filet est perdu. Je lui ai répondu : “ Ne fallait-il pas qu’il mange aussi ? Aie pitié de cette pauvre bête. ” Mais Jacques ne l’entend pas de cette oreille..., raconte Pierre en riant.

– C’est ce que je dis de l’un de vos frères. Or vous ne savez pas l’épauler.

– Tu parles de Judas ?

– Je parle de Judas... Il a de bons désirs et des inclinations perverses. Mais, dis-moi un peu, toi qui es un pêcheur expérimenté : si je voulais aller en barque sur le Jourdain et rejoindre le lac de Génésareth, comment pourrais-je m’y prendre ? est-ce que j’y parviendrais ?

– Ah ! Ce serait une rude besogne ! Mais tu y parviendrais avec une petite barque à fond plat... Ce serait long et fatigant, tu sais ! Il faudrait sans cesse sonder le fond, faire attention aux rives et aux bas-fonds, aux branchages qui flottent, au courant. La voile ne sert à rien dans ces cas-là, au contraire... Mais veux-tu revenir au lac en suivant le fleuve ? Sache qu’à contre-courant c’est difficile. Il faut être à plusieurs, sans quoi...

– Tu l’as dit. Pour aller vers le bien, un homme vicieux doit remonter le courant et il ne peut y arriver tout seul. Judas est exactement l’un de ceux-ci. Or vous, vous ne l’aidez pas. Le pauvre s’en va tout seul, il heurte les bas-fonds, s’y échoue, s’empêtre dans les branchages qui flottent, est pris dans les tourbillons. D’autre part, s’il sonde le fond, il ne peut, en même temps, tenir le gouvernail ou la rame. Pourquoi donc lui reprocher de ne pas avancer ? Vous avez pitié des étrangers et pas de lui, votre compagnon. Ce n’est pas juste. 122.4 Vois-tu là-bas Jean et lui qui vont au village chercher du pain et des légumes ? Il a demandé comme une grâce de ne pas y aller seul. Et il l’a demandé à Jean parce qu’il n’est pas sot et qu’il sait ce que vous, les plus âgés, vous pensez de lui.

– Et tu l’y as envoyé ? Et si Jean tournait mal lui aussi ?

– Qui ? Mon frère ? Pourquoi tournerait-il mal ? demande Jacques qui arrive avec le filet repêché dans les roseaux.

– Parce que Judas part avec lui.

– Depuis quand ?

– Depuis aujourd’hui, et c’est moi qui l’ai permis.

– Alors, si c’est toi qui le permets...

– Oui, je vous le conseille même à tous. Vous le laissez trop seul. Ne soyez pas des juges pour lui seul. Il n’est pas pire que bien d’autres. Mais il est le plus gâté, et ce depuis l’enfance.

– Oui, c’est vrai, ça doit être cela. S’il avait eu pour père Zébédée et pour mère Salomé, il ne serait pas ce qu’il est. Mes parents sont bons. Mais ils se souviennent qu’ils ont des droits et des devoirs à l’égard de leurs fils.

– Ce que tu dis est juste. Ce sera justement le sujet de mon discours d’aujourd’hui.

Détail

Jésus enjoint Pierre à moins juger Judas et à l'encourager à aller vers le Bien. Il prend l'exemple du lac qu'il faudrait remonter en barque, à contre-courant. Lorsque Simon de Jonas s'inquiète que Jean soit avec Judas et ne devienne gâté comme Judas, Jacques de Zébédée arrive, le questionne, mais fait confiance au Maître, puisqu'il a permis une telle chose.

EMV 123.6-8 · Tome 2, p. 328-332

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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123.6 Un groupe d’hommes discutent dans un coin. Partagés entre des opinions différentes, ils gesticulent et s’animent. Certains accusent Jésus, d’autres le défendent, d’autres encore conseillent à tous de faire preuve de plus de maturité dans leur jugement.

Finalement, les plus acharnés, peut-être parce qu’ils sont peu nombreux par rapport aux deux autres groupes, prennent une voie médiane. Ils vont trouver Pierre qui, avec Simon, transporte les brancards désormais inutiles de trois miraculés, et l’assaillent avec autorité à l’intérieur de la pièce devenue une hôtellerie de pèlerins. Ils lui disent :

« Homme de Galilée, écoute. »

Pierre se retourne et les regarde comme des bêtes rares. Il ne parle pas, mais son visage est tout un poème. Simon se contente de jeter un coup d’oeil vers les cinq énergumènes puis il sort, les laissant tous en plan.

L’un des cinq reprend :

« Je suis Samuel, le scribe ; celui-ci, c’est l’autre scribe, Sadoq ; et celui-là le juif Eléazar, très connu et influent ; quant à cet autre, c’est l’illustre vieillard, Ben Calba Scheboua ; et ce dernier, pour terminer, Nahum. Tu saisis ? Nahum ! »

Le ton est des plus emphatiques.

Pierre s’incline légèrement à chaque nom, mais au dernier il ne s’incline qu’à demi et dit, avec la plus parfaite indifférence :

« Je ne sais pas... jamais vu. Et puis... je ne comprends rien.

– Rustre de pêcheur ! Sache que c’est l’homme de confiance d’Hanne.

– Je ne connais pas Anne. Ou plutôt je connais beaucoup de femmes qui s’appellent Anne. Il y en a une vraie champignonnière, même à Capharnaüm. Mais je ne sais de quel Anne celui-ci est l’homme de confiance.

– Celui-ci ? C’est à moi que tu dis : “ celui-ci ” ?

– Mais que veux-tu que je te dise ? Ane ou oiseau ? Quand j’allais à l’école, le maître m’a appris à dire “ celui-ci ” en parlant d’un homme et, si je n’ai pas la berlue, tu es un homme. »

L’homme s’agite comme si cette parole l’écorchait vif. L’autre, le premier qui a parlé, explique :

« Mais Hanne est le beau-père de Caïphe...

– Ah !... Compris ! Eh bien ?

– Eh bien, sache que nous sommes indignés !

– De quoi ? Du temps ? Moi aussi. C’est la troisième fois que je change de vêtement et maintenant, je n’ai plus rien de sec.

– Ne fais pas l’imbécile !

– L’imbécile ? C’est la vérité. Si vous n’êtes pas mécontents du temps, de quoi alors ? Des Romains ?

– De ton Maître ! Du faux prophète.

– Attention, cher Samuel, ne m’énerve pas ! Je suis comme le lac. Il suffit d’un instant pour passer du calme plat à la tempête. Fais attention à ce que tu dis... »

Entre-temps, les fils de Zébédée et d’Alphée et avec eux Judas et Simon sont entrés eux aussi. Ils s’approchent de Pierre qui parle toujours plus fort.

« Tu ne toucheras pas les grands personnages de Sion de tes mains de plébéien !

– Oh ! Quels beaux seigneurs ! Et vous, ne touchez pas au Maître, parce que, sinon, vous volerez au moment même au fond du puits vous purifier pour de bon intérieurement et extérieurement.

– Je fais observer aux savants du Temple, ajoute paisiblement Simon, que cette maison est une propriété privée. »

Et Judas renchérit :

« Et le Maître, j’en suis garant, a toujours fait preuve du plus grand respect pour la maison d’autrui – et en premier lieu pour la maison du Seigneur –.

– Tais-toi, ver sournois.

– Sournois en quoi ? Vous m’avez dégoûté et je suis venu là où il ne peut y avoir de dégoût. Dieu veuille que pour être resté avec vous je n’aie pas été complètement corrompu !

123.7 – Bref, que voulez-vous ? demande sèchement Jacques, fils d’Alphée.

– Et toi, qui es-tu ?

– Je suis Jacques, fils d’Alphée, Alphée, fils de Jacob, fils de Mathan, fils d’Eléazar, et si tu veux, je te nomme tous mes ancêtres jusqu’au roi David dont je descends. Je suis aussi le cousin du Messie. Je te prie donc de parler avec moi, qui suis de souche royale et de race juive, s’il déplaît à ta grandeur de parler avec un honnête israélite qui connaît Dieu mieux que Gamaliel et que Caïphe. Allons. Parle.

– Ton Maître et parent se fait suivre par des prostituées. Cette femme voilée est l’une d’elles. Je l’ai vue au moment où elle vendait de l’or. Et je l’ai reconnue. C’est la maîtresse de Chammaï, elle l’a quitté. Cela déshonore ton parent.

– De qui ? De Chammaï le rabbin ? Alors ce doit être une vieille carcasse. Donc pas de danger..., dit Judas en plaisantant.

– Tais-toi, fou ! De Chammaï d’Elchi, le préféré d’Hérode.

– Tiens, tiens ! Cela veut dire qu’elle ne le préfère plus, le préféré. C’est elle qui était sa maîtresse. Pas toi. Alors pourquoi te mets-tu en peine ? réplique Judas sur un ton plein d’ironie.

– Homme, ne penses-tu pas que tu te déshonores en faisant l’espion ? demande Jude. Et ne penses-tu pas que c’est celui qui pèche qui se déshonore, et non pas celui qui cherche à relever le pécheur ? Quel déshonneur en résulte-t-il pour mon Maître et frère si, par son enseignement, il fait parvenir sa voix jusqu’aux oreilles profanées par la bave des luxurieux de Sion ?

– Sa voix ? Ah, ah ! Il a trente ans, ton Maître et cousin, et il n’en est que plus hypocrite que les autres ! Et toi, et vous tous, vous dormez comme des sourds, la nuit...

– Reptile impudent, hors d’ici ou je t’étrangle », crie Pierre, à qui font écho Jacques et Jean, pendant que Simon se borne à dire :

« Quelle honte ! Ton hypocrisie est si grande qu’elle ressort et déborde et tu baves comme une limace sur une fleur pure. Sors d’ici et deviens un homme car pour l’instant tu n’es que venin. Je te reconnais, Samuel. Tu as toujours le même coeur. Que Dieu te pardonne, mais va-t’en loin de moi. »

Mais pendant que Judas et Jacques, fils d’Alphée, retiennent le bouillant Pierre, voici qu’intervient Jude. Par sa démarche, il ressemble plus que jamais à son cousin Jésus dont il a la même flamme bleue dans les yeux et la même expression imposante. Il crie comme un tonnerre :

« Celui qui cherche à déshonorer l’innocent se déshonore lui-même. Dieu a créé les yeux et la langue pour accomplir des oeuvres saintes. Le calomniateur les profane et les avilit, en leur faisant accomplir des oeuvres mauvaises. Je ne me souillerai pas moi-même par un acte mauvais contre tes cheveux blancs. Mais je te rappelle que les méchants haïssent l’homme intègre et que le sot épanche sa malveillance, sans même réfléchir qu’il se trahit. Qui vit dans les ténèbres échange pour un reptile le rameau fleuri. Mais qui vit dans la lumière voit les choses telles qu’elles sont, et il les défend si on les attaque, par amour de la justice. Nous, nous vivons dans la lumière. Nous sommes la chaste et belle génération des fils de la lumière, et notre Chef, c’est le Saint qui ne connaît ni la femme ni le péché. Nous le suivons et le défendons contre ses ennemis, pour lesquels, comme il nous l’a enseigné, nous n’éprouvons aucune haine : bien au contraire, nous prions pour eux. Apprends, vieillard, la leçon d’un jeune homme parvenu à la maturité parce que la Sagesse lui a appris à ne pas tenir des propos irréfléchis et à ne pas être, en fait de bien, un propre à rien. Va et rapporte à celui qui t’a envoyé que ce n’est pas dans la maison profanée du mont Moriah, mais dans cette pauvre demeure que Dieu réside dans sa gloire. Adieu. »

Les cinq hommes n’osent pas répliquer et s’en vont.

123.8 Les disciples s’interrogent. Faut-il le rapporter ou non à Jésus qui est encore avec les malades guéris ? Mieux vaut le lui dire. Ils vont à lui, l’appellent et ils lui racontent tout.

Jésus sourit tranquillement et répond :

« Je vous remercie d’avoir pris ma défense... mais que voulez-vous y faire ? Chacun donne ce qu’il a.

– Pourtant, ils ont un peu raison. On a des yeux pour voir et beaucoup voient. Elle est toujours à la porte, comme un chien. Cela te porte tort, disent plusieurs.

– Laissez-la. Ce ne sera pas elle, la pierre qui me frappera la tête. Et si elle se rachète... ma joie me paiera bien de toutes ces critiques ! »

Tout se termine sur cette douce réponse.

Détail

Jésus a donné son discours sur l'impureté et des pharisiens s'indignent de la présence d'Aglaé. Ils s'entretiennent avec Pierre, mais Simon le Zélote, Judas, les fils de Zébédée, et les fils d'Alphée arrivent ensuite pour défendre le Maître.