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Alphée de Sarah

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EMV 2.1-5 · Tome 1, p. 16-21

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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2.1 Je vois l’intérieur d’une maison. Une femme d’un certain âge est assise devant un métier à tisser. A voir ses cheveux qui étaient sûrement noirs autrefois mais sont devenus grisonnants, et son visage sans rides mais déjà marqué par cette gravité qui vient avec les années, je dirais qu’elle peut avoir de cinquante à cinquante-cinq ans tout au plus.

Pour donner des indications sur l’âge des femmes, je me base sur le visage de ma mère, dont l’image m’est plus que jamais présente à cette époque qui me rappelle ses derniers jours à côté de mon lit... Cela fera demain un an que je ne la vois plus... Le visage de ma mère était très frais, sous des cheveux précocement blanchis. A cinquante ans, elle était blanche et noire comme à la fin de sa vie. Mais, hormis la gravité du regard, rien ne dénonçait son âge. Il se peut donc que je me trompe quand j’attribue aux femmes d’un certain âge tel ou tel nombre d’années.

Je vois celle-là qui tisse, dans une pièce bien éclairée par une lumière qui pénètre par la porte, ouverte sur un vaste jardin potager, une petite propriété, dirais-je même, car il se prolonge en ondulations qui aboutissent à une pente verte. Cette femme est belle, avec des traits typiquement juifs. Je ne sais pourquoi, ses yeux noirs, profonds, me rappellent ceux de Jean-Baptiste. Mais ce regard a beau être aussi noble que celui d’une reine, il est également plein de douceur. C’est comme si un voile d’azur s’étendait sur l’éclat d’un regard d’aigle. Il est doux et un peu triste, comme si elle pensait à des choses perdues et regrettées. Son teint est mat, mais sans plus. La bouche, un peu large mais bien dessinée, a une expression austère mais sans dureté. Son nez est long et fin, légèrement courbé en bas, c’est un nez aquilin qui s’harmonise avec ses yeux. Elle est robuste sans être grosse, bien proportionnée et, me semble-t-il, grande, d’après ce que je peux en juger à sa façon d’être assise.

Il me semble qu’elle tisse un rideau ou un tapis. Les navettes multicolores vont et viennent rapidement sur une trame marron foncé, et la partie déjà finie montre un vague enlacement de grecques et de rosaces dans lesquelles le vert, le jaune, le rouge et le bleu s’entrecroisent et se fondent comme sur une mosaïque. La femme porte un vêtement très simple et foncé, d’un violet rouge qui paraît emprunté à certaines pensées.

2.2 Entendant frapper à la porte, elle se lève. Effectivement, elle est grande. Elle ouvre. Une femme lui demande :

« Anne, veux-tu me donner ton amphore ? Je te la remplirai. »

La femme est accompagnée d’un petit gamin de cinq ans. Il s’attache aussitôt au vêtement de celle qu’on vient de nommer Anne ; celle-ci le caresse, tout en allant dans une autre pièce d’où elle rapporte une belle amphore en cuivre, qu’elle tend à la femme en disant :

« Tu es toujours bonne avec la vieille Anne, toi. Que Dieu t’en récompense dans ce petit et dans les enfants que tu as et auras encore, car tu es bienheureuse ! »

Anne pousse un soupir.

La femme la regarde, sans savoir que dire après ce soupir ; pour adoucir la peine qu’elle devine, elle dit :

« Je te laisse Alphée, si cela ne t’ennuie pas ; cela me permettra de faire plus vite et de remplir un bon nombre de brocs et de jarres. »

Alphée est tout content de rester, on en comprend aisément la raison. Sa mère partie, Anne le prend dans ses bras et l’emmène dans le jardin, l’élève à la hauteur d’une tonnelle de raisins dorés comme la topaze, et lui dit :

« Mange, mange, c’est bon ! »

Elle couvre de baisers le petit visage tout barbouillé du jus des raisins que le petit garçon avale avidement. Puis elle rit de bon coeur et paraît soudain plus jeune grâce à la belle denture qu’elle révèle et sous l’effet de la joie qui éclate sur son visage, effaçant les ans, quand l’enfant lui demande, en écarquillant ses grands yeux d’un bleu-gris sombre :

« Et maintenant, que vas-tu me donner ? »

Elle rit, plaisante et, s’inclinant jusqu’à hauteur des genoux, elle dit :

« Que me donneras-tu si je te donne... si je te donne... devine quoi ! »

L’enfant, battant des mains, tout rieur, lui répond :

« Des baisers, ce sont des baisers que je te donne, belle Anne, bonne Anne, maman Anne !... »

Lorsque Anne s’entend appeler “ Maman Anne ”, elle pousse un vrai cri de tendresse et de joie et serre l’enfant sur son coeur en s’exclamant :

« Quelle joie ! Mon chéri ! Mon chéri ! Mon chéri ! »

A chaque “ mon chéri ”, un baiser descend sur les joues roses. Ils se dirigent ensuite vers une étagère et sortent des galettes de miel d’un plat.

« Je les ai faites pour toi, beauté de la pauvre Anne, pour toi qui m’aimes bien. Mais, dis-moi, tu m’aimes comment ? »

Alors l’enfant, pensant à ce qui l’a le plus impressionné, répond :

« Comme le Temple du Seigneur. »

Anne embrasse encore ses yeux pétillants de vie, ses lèvres roses, et l’enfant se frotte contre elle comme un petit chat.

Sa mère va et vient avec le broc plein, et rit sans rien dire. Elle les laisse à leurs épanchements.

2.3 Un homme âgé arrive du jardin. Un peu plus petit qu’Anne, il a la tête couverte d’une épaisse chevelure toute blanche. Son visage clair est encadré par une barbe taillée au carré. Ses yeux bleu turquoise brillent entre des cils châtain clair, presque blonds. Son vêtement est marron foncé.

Anne ne le voit pas, parce qu’elle tourne le dos à l’entrée. Il arrive derrière elle en disant :

« Et il n’y a rien pour moi ? »

Anne se retourne et s’exclame :

« Joachim ! Tu as terminé ton travail ? »

En même temps, le petit Alphée se précipite contre ses genoux en s’écriant :

« Pour toi aussi, pour toi aussi ! »

Et quand le vieillard s’incline pour l’embrasser, l’enfant lui passe les bras autour du cou, lui caresse la barbe de ses petites mains et le couvre de baisers.

Joachim a lui aussi son cadeau : il lève la main gauche, qu’il tenait derrière son dos, et lui offre une pomme si belle qu’on la croirait en céramique.

« Attends que je te la coupe en quartiers, dit-il à l’enfant qui tend une main avide. Tu ne peux pas la manger comme ça : elle est plus grosse que toi ! »

Avec un grand couteau qu’il porte à la ceinture, un couteau de jardinier, il la coupe en tranches et en bouchées. Il semble donner la becquée à un oiseau au nid tant il met de soin à présenter les morceaux à la petite bouche ouverte, qui ne cesse d’avaler.

« Regarde donc ces yeux, Joachim ! Ne dirait-on pas deux petits fragments de la mer de Galilée quand le vent du soir étend un voile de nuages sur le ciel ? »

Anne parle en gardant une main appuyée sur l’épaule de son mari et en s’appuyant légèrement contre lui, en un geste qui révèle son profond amour d’épouse, un amour intact après tant d’années de mariage.

Joachim la regarde avec amour et approuve :

« Très beaux ! Et ses petites boucles ? N’ont-ils pas la couleur des blés mûrs ? Regarde, à l’intérieur, ce mélange d’or et de cuivre...

2.4 – Ah, si nous avions eu un enfant, je l’aurais voulu comme cela, avec ces yeux et ces cheveux... »

Anne s’est penchée, agenouillée même, et avec un gros soupir elle embrasse les deux grands yeux gris-bleu.

Joachim soupire lui aussi. Mais il veut la consoler. Il pose la main sur ses cheveux crépus et blancs et lui dit :

« Il nous faut encore espérer. Dieu peut tout. Tant qu’on est vivant, le miracle peut se produire, surtout quand on l’aime et qu’on s’aime. »

Joachim appuie fortement sur ces derniers mots.

Mais Anne se tait, humiliée, et baisse la tête pour dissimuler deux larmes qui coulent et que le petit Alphée est seul à voir. Douloureusement surpris que sa grande amie pleure comme il lui arrive, à lui, de le faire, il lève la main et essuie ces larmes.

« Ne pleure pas, Anne ! Nous sommes heureux malgré tout. Moi, du moins, parce que je t’ai, toi.

– Moi aussi, je suis heureuse grâce à toi. Mais je ne t’ai pas donné d’enfant... Je pense avoir déplu au Seigneur, puisqu’il a rendu mon sein stérile...

– Oh, ma femme ! En quoi veux-tu lui avoir déplu, toi qui es sainte ? Ecoute : allons une fois encore au Temple. Pour cela. Pas seulement pour la fête des Tentes. Faisons une longue prière... peut-être t’arrivera-t-il la même chose qu’à Sara... comme à Anne d’Elqana. Elles ont attendu longtemps et se croyaient réprouvées en raison de leur stérilité. Au contraire, un saint fils se préparait pour elles dans le Ciel de Dieu. Souris, ma femme. Ton chagrin m’est plus douloureux que de ne pas avoir de postérité... Nous emmènerons Alphée. Nous le ferons prier, lui qui est innocent... Dieu accueillera sa prière et la nôtre en même temps, et il nous exaucera.

– Oui, faisons un voeu au Seigneur. Cet enfant sera à lui. Pourvu qu’il nous l’accorde... Ah, m’entendre appeler “ Maman ” ! »

Alphée, en spectateur étonné et innocent, dit alors :

« Moi, je t’appelle comme ça !

– Oui, ma joie, mon chéri... mais tu as une maman et moi... je n’ai pas d’enfant... »

La vision s’arrête là.

2.5 Je comprends qu’avec cette vision le cycle de la naissance de Marie commence. J’en suis heureuse, parce que j’en avais un grand désir. Je suppose que vous vous en réjouirez, vous aussi.

Avant que je ne commence à écrire, j’ai entendu la Mère me dire :

« Ma fille, écris donc sur moi. Ce sera une consolation pour ta peine. »

Tout en le disant, elle posait sa main sur ma tête en une douce caresse. Puis la vision a commencé. Mais au début, c’est-à-dire jusqu’à ce que j’entende le nom de la femme quinquagénaire, je n’avais pas compris que j’étais devant la mère de la Mère et qu’il s’agissait de la grâce de sa naissance.

EMV 3.3-4 · Tome 1, p. 22-25

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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3.3 Anne revient d’un feu avec des choses dans les mains, étendues sur un pain large et plat comme une de nos galettes et qui fait office de plateau. Alphée, agrippé à sa jupe, fait entendre sa petite voix. Joachim, qui se tient sur le seuil d’une petite cabane faite de feuil­lages, parle avec un homme d’une trentaine d’années, que, de loin, Alphée salue avec un cri aigu : « Papa ! »

Voyant Anne s’approcher, Joachim se hâte d’allumer une lampe.

Anne passe comme une reine au milieu des rangées de cabanes. Royale, elle est pourtant humble. Elle ne se montre hautaine avec personne. Elle relève le marmot d’une pauvresse qui a fait une chute à ses pieds en trébuchant dans une course espiègle. Comme il a le visage tout barbouillé de terre et qu’il pleure, elle le nettoie, le console et le rend à sa mère qui accourt. Devant ses excuses, Anne dit :

« Oh, ce n’est rien ! Je suis heureuse qu’il ne se soit pas fait mal. C’est un bel enfant. Quel âge a-t-il ?

– Trois ans. C’est l’avant-dernier et d’ici peu j’en aurai un autre. J’ai six garçons. Maintenant, je voudrais une fille... Pour une maman, une fille compte beaucoup...

– Le Très-Haut t’a bien consolée ! »

Anne soupire.

« Oui, répond la femme. Je suis pauvre, mais les enfants font notre joie et les plus grands nous aident déjà au travail. Et toi, madame (tout montre qu’Anne est d’une condition plus élevée et la femme l’a bien remarqué), combien d’enfants as-tu ?

– Aucun.

– Aucun ? Celui-ci n’est pas le tien ?

– Non, c’est celui d’une très brave voisine. Il fait ma con­so­la­tion...

– Ils sont morts, ou bien...

– Non, je n’en ai jamais eu.

– Oh ! »

La femme la regarde avec pitié.

Sur un soupir, Anne la salue et se rend à sa hutte.

« Je t’ai fait attendre, Joachim. Je me suis entretenue avec une pauvre femme, mère de six garçons, pense donc ! Et elle attend un autre enfant pour bientôt. »

Joachim soupire.

Le père d’Alphée appelle son fils, mais ce dernier répond : « Je reste avec Anne pour l’aider. »

Tous se mettent à rire.

« Laisse-le, il ne nous dérange pas. Il n’est pas encore tenu à l’observance de la Loi. Ici ou là, ce n’est qu’un petit oiseau qui mange », dit Anne, qui s’assied avec l’enfant sur son sein.

Elle lui donne de la galette et, me semble-t-il, du poisson grillé. Je vois qu’elle travaille avant de le lui donner, peut-être en enlève-t-elle les arêtes. Elle a d’abord servi son mari et mange en dernier.

3.4 La nuit est toujours plus parsemée d’étoiles et les lumières se font de plus en plus nombreuses sur le campement. Puis, insensiblement, beaucoup d’entre elles s’éteignent. Ce sont celles des personnes qui ont dîné en premier et qui commencent maintenant à dormir. Les rumeurs diminuent peu à peu. On n’entend plus de voix d’enfants. Seuls quelques bébés non sevrés font entendre leur voix de petit agneau qui cherche le lait de sa maman. Le souffle de la nuit passe sur les choses et les personnes, endormant peines et souvenirs, espoirs et rancoeurs. Mais il se peut que ces deux derniers, bien qu’atténués, survivent au contraire dans le sommeil, dans les rêves.

Anne le dit à son mari, tout en berçant Alphée qui s’endort dans ses bras :

« Cette nuit, j’ai rêvé que je viendrai l’an prochain à la Cité sainte pour deux fêtes au lieu d’une seule. Et l’une sera l’offrande au Temple de mon enfant... Oh, Joachim !

– Espère, espère, Anne ! Tu n’as rien appris d’autre ? Le Seigneur n’a-t-il rien murmuré à ton coeur ?

– Rien. Un songe seulement...

– Demain sera le dernier jour de supplication. Nous avons déjà fait toutes les offrandes, mais nous les renouvellerons encore demain, solennellement. Nous vaincrons Dieu par la fidélité de notre amour. Je pense toujours qu’il t’arrivera la même chose qu’à Anne d’Elqana.

– Dieu le veuille... et que je puisse bientôt entendre une voix me dire : “ Va en paix. Le Dieu d’Israël t’a accordé la grâce que tu lui demandais !»

– Si cette grâce t’est donnée, ton enfant te le dira lui-même en se retournant pour la première fois dans ton sein ; ce sera la voix de l’innocence, donc la voix de Dieu. »

Maintenant le camp tout entier se tait dans l’obscurité. Anne ramène Alphée à la hutte voisine et le dépose sur la couche de foin auprès de ses frères, qui dorment déjà. Elle se couche ensuite au côté de Joachim et à son tour leur lampe s’éteint : c’était l’une des dernières étoiles de la terre. Il ne reste plus que les étoiles du firmament pour veiller sur les dormeurs.

Annotation

Anne ramène Alphée à la hutte voisine et le dépose sur la couche de foin auprès de ses frères, qui dorment déjà. Alphée avait donc des frères.

EMV 12.6 · Tome 1, p. 88-90

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Je te salue, Marie. Je t’ai vue toute petite, alors que tu avais quelques jours seulement... J’étais un ami de ton père et j’ai un neveu, un petit-fils de mon frère Alphée, qui aimait beaucoup ta mère. C’était pour elle un petit ami, parce qu’il n’a que dix-huit ans aujourd’hui et, quand tu n’étais pas encore née, c’était un tout petit bonhomme qui réjouissait la tristesse de ta mère. Elle l’aimait beaucoup.

Détail

C'est Joseph qui parle, lors de sa première rencontre avec Marie,

EMV 14.4 · Tome 1, p. 102-103

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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14.4 Les voilà arrivés. Le chariot s’arrête. Deux femmes et deux hommes, respectivement dans la quarantaine et dans la cinquantaine, se tiennent sur le seuil, entourés de nombreux enfants et adolescents.

« Que Dieu te donne la paix, Marie », dit l’homme le plus âgé.

Une femme s’approche de Marie et l’embrasse.

« C’est mon frère Alphée et sa femme Marie, et voici leurs enfants. Ils sont venus tout exprès pour te faire fête et te dire que leur maison est la tienne, si tu veux, dit Joseph. (...) L’autre femme s’avance :

« Marie, je te salue. Je suis Sarah, l’amie de ta mère. Je t’ai vue naître. Et voilà Alphée, petit-fils d’Alphée et grand ami de ta maman. Ce que j’ai fait pour ta mère, je le ferai pour toi, si tu veux. Tu vois ? Ma maison est la plus proche de la tienne et tes champs nous appartiennent maintenant. Mais si tu veux venir, tu peux le faire à tout moment. Nous ouvrirons un passage dans la haie et nous serons ensemble, tout en restant chacun chez soi. Et voilà mon mari.

– Je vous remercie tous, et pour tout. De tout le bien que vous avez voulu faire aux miens et que vous souhaitez pour moi. Que le Dieu tout-puissant vous bénisse. »

EMV 100.1 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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100.1 Jésus se trouve avec les siens dans les belles collines de Galilée. Le soleil est encore haut sur l’horizon bien que le crépuscule arrive. Pour lui échapper, les voyageurs marchent sous les arbres, presque toujours des oliviers.

« Après cette montée, c’est Nazareth, dit Jésus. Mais à l’arrivée, nous allons nous séparer. Jude et Jacques iront aussitôt chez leur père, comme leur coeur le désire. Pierre et Jean feront l’aumône aux pauvres qui se tiendront certainement près de la fontaine. Les autres et moi, nous irons à la maison pour le repas, puis nous penserons au repos.

– Nous, nous irons chez le bon Alphée, fils de Sarah. Nous le lui avons promis la dernière fois. Mais j’irai seulement pour le saluer. Je cède mon lit à Matthieu, qui n’est pas encore habitué à coucher à la dure, dit Philippe.

– Non, non, pas toi qui es âgé. Je ne le permets pas. J’ai eu un lit confortable jusqu’à présent. Mais quels sommeils infernaux j’y faisais ! Crois-moi : maintenant je suis si bien en paix que j’ai l’impression de dormir sur des plumes même si je couche sur des cailloux. C’est la conscience qui vous donne un bon sommeil ou non ! » répond Matthieu.

Une véritable émulation de charité s’allume alors entre les disciples Thomas, Philippe, et Barthélemy. Si je comprends bien, ce sont eux qui étaient la dernière fois dans la maison de cet Alphée (qui n’est sûrement pas le père de Jacques, car celui-ci parle avec André et lui dit : « Il y aura toujours une place pour toi comme la dernière fois, même si le père est plus malade »).

C’est Thomas qui triomphe :

« Je suis le plus jeune du groupe. C’est moi qui cède mon lit. Laisse-moi faire, Matthieu, tu t’habitueras petit à petit. Tu crois que cela me coûte ? Non. Je suis comme un amoureux qui pense : “ Je coucherai à la dure, mais je serai tout proche de mon amour. ” »

Thomas, un homme dans les trente-huit ans, part d’un rire jovial et Matthieu cède.

EMV 100.3 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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100.3 Un homme aperçoit Jésus et fait un signe de joyeux étonnement. Il se hâte vers lui et le salue :

« Bon retour ! Je ne t’attendais pas si tôt ! Tiens : embrasse mon dernier petit-enfant. C’est le petit Joseph. Il est né en ton absence. »

Et il lui tend un bébé qu’il tient dans les bras.

« Tu l’as appelé Joseph ?

– Oui, je ne l’oublie pas, lui qui était un peu de ma parenté. Plus qu’un parent, c’était pour moi un grand ami. J’ai donné à mes petits-enfants les noms qui m’étaient les plus chers : Anne, mon amie de ma petite enfance, et Joachim. Puis Marie... Ah ! Quelle fête à sa naissance ! Je me souviens qu’ils me l’ont donnée à embrasser en disant : “ Tu vois ce bel arc-en-ciel ? C’est le pont par lequel elle est descendue du ciel. C’est le chemin que prennent les anges ” et, c’est vrai, elle ressemblait à un petit ange tant elle était belle... Maintenant voici Joseph. Si j’avais su que tu revenais si tôt, je t’aurais attendu pour la circoncision.

– Je te remercie de ton amour pour mes grands-parents et pour mon père et ma mère. C’est un bel enfant. Qu’il soit juste pour l’éternité comme Joseph le Juste. »

Jésus berce le petit qui lui fait des risettes pleines de lait.

« Si tu m’attends, je viens avec toi. J’attends que les amphores soient pleines. Je ne veux pas que ma fille Marie se fatigue. Et même, regarde ce que je fais. Je donne les brocs à tes disciples, s’ils veulent les prendre, et je parle un peu seul à seul avec toi.

– Mais bien sûr que nous les prenons ! Nous ne sommes pas des rois assyriens, s’exclame Thomas, saisissant aussitôt un broc.

– Alors, attention. Marie, femme de Joseph, n’est pas à la maison. Elle est chez son beau-frère, sais-tu ? Mais la clé est chez moi. Faites-la-vous remettre pour entrer dans la maison, dans l’atelier, je veux dire.

– Oui, oui, entrez même dans la maison, je viendrai plus tard. »

Les apôtres s’en vont et Jésus reste avec Alphée, fils de Sarah.

« Je voulais te dire... Je suis vraiment ton ami... Quand on est un vrai ami, plus âgé, et de la même ville, on peut parler. Je crois que je dois parler... Moi... je ne veux pas te donner de conseil. Tu sais mieux que moi. Je veux seulement t’avertir que... oh, je ne veux pas faire l’espion, ni te faire voir ta famille sous un mauvais jour. Mais je crois en toi, Messie et... et cela me fait de la peine, voilà, de voir qu’ils disent que tu n’es pas toi, je veux dire pas le Messie, que tu es un malade, que tu ruines la famille et ta parenté. La ville... Tu sais, Alphée est très estimé et la ville les écoute eux aussi, et maintenant il est malade et il fait pitié... Parfois la pitié elle-même pousse à des actes injustes. Vois, j’y étais, le soir où Jude et Jacques t’ont défendu, toi et la liberté de te suivre... Oh, quelle scène ! Je ne sais comment ta Mère y résiste ! Et cette pauvre Marie, femme d’Alphée ? Les femmes sont toujours victimes dans certaines situations de famille.

– En ce moment, mes cousins sont chez leur père...

– Chez leur père ? Ah, je les plains ! Ce vieillard est vraiment hors de lui et, c’est sûrement l’âge et la maladie, mais il se conduit comme un fou. S’il n’était pas fou, il me ferait encore davantage pitié car... il y perdrait son âme.

– Penses-tu qu’il va maltraiter ses fils ?

– J’en suis certain. Je le regrette pour eux et pour les femmes... Où vas-tu ?

– A la maison du vieil Alphée.

– Non, Jésus ! Ne te fais pas manquer de respect !

– Mes cousins m’aiment plus qu’eux-mêmes, et il est juste que je leur montre un égal amour... Et il y a là-bas deux femmes qui me sont chères... J’y vais. Ne me retiens pas. »

Jésus se hâte vers la maison d’Alphée, pendant que l’autre reste, pensif, au milieu de la rue.

EMV 100.6 · Tome 2

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100.6 Au moment où il sort dans la rue, voici qu’entre Pierre et derrière lui Jean, essoufflés après avoir couru.

« Maître ! Mais qu’est-il donc arrivé ? Jacques m’a dit : “ Cours chez moi. Qui sait comment Jésus est traité ? ” Mais, non, je me trompe. Alphée, celui de la fontaine, est entré et il a dit à Jude : “ Jésus est chez toi. ” C’est alors que Jacques a dit cela... Tes cousins sont atterrés. Moi je n’y comprends rien, mais je te vois... et je suis rassuré.

– Ce n’est rien, Pierre. Un pauvre malade que les souffrances rendent intolérant. Maintenant, tout est fini.

– Ah, je m’en réjouis ! (...) »

EMV 102.3-5 · Tome 2

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102.3 Un grand vacarme de sabots ferrés et des cris de gamins se font entendre dans la rue.

« C’est ici ! C’est ici ! Arrête, homme ! »

Et avant que Jésus et ses disciples n’en sachent la raison, la forme sombre d’un cheval tout fumant de sueur se présente devant l’embrasure de la porte extérieure, et il en descend un cavalier qui se précipite à l’intérieur comme un bolide et se jette aux pieds de Jésus qu’il baise avec vénération.

Tous regardent, ébahis.

« Qui es-tu ? Que veux-tu ?

– Je suis Jonathas. »

Un cri de Joseph lui répond : assis au fond du grand établi, étourdi par son arrivée foudroyante, Joseph n’a pu reconnaître son ami. Le berger se précipite sur l’homme encore à terre :

« Toi, c’est bien toi !...

– Oui. J’adore mon Seigneur adoré ! Trente années d’espérance, oh ! Quelle longue attente ! Elles fleurissent aujourd’hui comme la fleur de l’agave solitaire, d’un seul coup, en une extase bienheureuse, encore plus heureuse que l’autre si lointaine ! Oh, mon Sauveur ! »

Femmes, enfants et quelques hommes, parmi lesquels le bon Alphée, fils de Sarah, tenant encore à la main un morceau de pain et du fromage, s’empressent à l’entrée et jusqu’à l’intérieur de la pièce.

« Lève-toi, Jonathas. J’étais sur le point d’aller te chercher, et avec toi Benjamin et Daniel...

– Je sais...

– Relève-toi pour que je te donne le baiser que j’ai donné à tes compagnons. »

Il le force à se lever et l’embrasse.

« Je sais, répète le robuste vieillard, bien portant et bien vêtu. Je sais. 102.4 Elle avait raison. Ce n’était pas quelque délire de mourante ! Oh ! Seigneur Dieu ! Comme l’âme voit et entend quand tu l’appelles ! »

Jonathas est très ému.

(...)

La Vierge, certainement avertie par quelqu’un, est en effet en train d’accourir, suivie de Marie, femme d’Alphée.

« Mon Fils, tu pars ?

– Oui, Mère. Je pars avec Jonathas. Il est venu. Je savais que je pourrais te le présenter. C’est pour cela que j’ai attendu un jour de plus. »

Jonathas a d’abord fait une salutation profonde, les bras croisés sur la poitrine, et maintenant il s’agenouille, soulève légèrement le vêtement de Marie et en embrasse le bord, en disant :

« Je salue la Mère de mon Seigneur ! »

Alphée, fils de Sarah, s'adresse aux curieux :

« Eh bien, qu’en dites-vous ? N’est-ce pas honteux de notre part d’être les seuls sans foi ? »

Détail

Devant la foi de Jonathas, Alphée, fils de Sarah, interroge les Nazaréens.

EMV 104 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Détail

Jésus est dans une ville que Maria ne nomme pas : selon une note de maria-valtorta.org, il pourrait s'agir du golfe de Ptolémaïs. André lui demande de venir pour une affaire de coeur : un homme veut répudier son épouse car il est stérile. Jésus arrive à stopper la dispute. Pierre, qui est curieux, à suivi son frère et son Maître et ne peut réfréner sa curiosité. Après ça, Joseph, le Berger de Bethléem, apporte une lettre de Marie à Jésus : Alphée est mort. Il lit également une missive de Lazare, qui l'informe que Doras leur donnera Jonas, à la condition qu'il paie le double de la somme, ainsi que Jésus vienne dans sa demeure. Lazare a accepté au nom de son Maître. Le Christ décide alors de retourner à Nazareth, mais avant, il

EMV 105.1-5 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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105.1 Le soir descend sous un crépuscule rougeoyant qui, tel un feu qui s’éteint, devient toujours plus sombre jusqu’à prendre une couleur rubis violet. Une teinte splendide, rare, colore le couchant et s’estompe lentement jusqu’à s’évanouir dans le cobalt sombre du ciel, là où l’orient s’avance de plus en plus avec ses étoiles et le croissant de la lune qui arrive déjà à son second quartier. Les agriculteurs se hâtent de regagner leurs logis, où les foyers allumés répandent dans l’air des volutes de fumée au-dessus des basses maisons de Nazareth.

Jésus va arriver en ville et, contrairement à ce que les autres désireraient, il veut que personne n’aille prévenir sa Mère.

« Il n’arrivera rien. Pourquoi l’inquiéter d’avance ? » dit-il.

Le voici déjà au milieu des maisons. Ici un salut, là des chuchotements dans son dos, quelque grossier haussement d’épaules ou encore une porte qui claque quand passe le groupe des apôtres...

La mimique de Pierre est un vrai poème, mais les autres aussi sont un peu inquiets. Les fils d’Alphée ressemblent à deux condamnés. Ils avancent, tête basse, aux côtés de Jésus, mais en observant tout, et de temps à autre ils échangent des regards effrayés, pleins d’appréhension pour Jésus. Mais lui, comme si de rien n’était, répond aux salutations avec son amabilité coutumière et se penche pour caresser les enfants qui, dans leur simplicité, ne prennent pas parti pour celui-ci ou celui-là, et sont des amis indéfectibles de leur Jésus, toujours si affectueux avec eux.

(...) 105.2 Isaac, chargé de brocs, arrive de la fontaine. Il voit Jésus, pose les brocs et s’écrie :

« Oh ! Mon Seigneur ! » en courant à sa rencontre. « Ta Mère vient de rentrer chez elle. Elle était chez sa belle-soeur. Mais... as-tu reçu la lettre ? demande-t-il. [Dans cette lettre, la Vierge prévenait de la mort d'Alphée].

– C’est pour cela que je suis ici. Ne dis rien à Maman pour l’instant. Je vais d’abord à la maison d’Alphée. »

Prudent, Isaac dit simplement : « Je t’obéirai », puis il prend ses amphores et rentre chez lui.

« Nous allons nous y rendre. Vous, mes amis, vous nous attendrez ici. Je resterai peu de temps.

– Non, bien sûr, nous n’entrerons pas dans cette maison en deuil, mais nous attendrons là, au dehors. N’est-ce pas ? intervient Pierre.

– Pierre a raison. Nous resterons dans la rue. Mais pas loin de toi. »

Jésus cède à la volonté générale, mais il sourit et dit :

« Ils ne me feront rien, vous pouvez en être sûrs. Ils ne sont pas méchants. Ils sont seulement pris par leurs passions humaines. Allons-y. »

Les voilà sur le chemin de la maison, les voilà sur le seuil du jardin. Jésus marche en premier, Jude et Jacques le suivent.

105.3 Jésus arrive sur le seuil de la cuisine. Marie, femme d’Alphée, se tient près du foyer, elle fait la cuisine, en larmes. Dans un coin, Simon et Joseph sont assis avec d’autres hommes, en cercle. Parmi ces derniers se trouve Alphée, fils de Sarah. Ils sont là, muets comme autant de statues. Est-ce là une coutume ? Je ne sais.

« Paix à cette maison et paix à l’âme qui l’a quittée. »

La veuve pousse un cri et, instinctivement, elle repousse Jésus pour s’interposer entre lui et les autres. Simon et Joseph se lèvent, sombres et interdits. Mais Jésus ne montre pas qu’il s’aperçoit de leur attitude hostile. Il s’avance vers les deux hommes (Simon a déjà cinquante ans et peut-être plus, à en juger par sa mine). Il leur tend les mains, dans un geste d’affectueuse invitation. Les deux hommes sont plus que jamais interdits, mais ils n’osent se comporter comme des malotrus. Alphée, fils de Sarah, tremble et souffre visiblement. Les autres hommes ont une attitude fermée, attendant ce qui va se passer.

« Simon, toi qui es désormais le chef de famille, pourquoi ne m’accueilles-tu pas ? Je viens pleurer avec toi. J’aurais tellement voulu être avec vous, à l’heure de la souffrance ! Ce n’est pas ma faute si j’étais au loin. Tu es juste, Simon, et tu dois le dire. »

L’homme reste sur la réserve.

« Et toi, Joseph, dont le nom m’est si cher, pourquoi n’accueilles-tu pas mon baiser ? Vous ne me permettez pas de pleurer avec vous ? La mort est un lien qui resserre les vraies affections. Or nous nous aimions. Pourquoi maintenant doit-il y avoir désunion ?

– C’est à cause de toi que notre père est mort torturé » répond durement Joseph. Et Simon :

« Tu aurais dû rester. Tu savais qu’il était mourant. Pourquoi n’es-tu pas resté ? Il désirait ta présence...

– Je n’aurais pas pu faire davantage pour lui que ce que j’avais déjà fait. Vous le savez bien... »

Simon, plus juste, reconnaît :

« C’est vrai. Je sais que tu es venu et qu’il t’a chassé. Mais c’était un homme malade et affligé.

– Je le sais et je l’ai dit à ta mère et à tes frères : “ Je n’éprouve aucune rancune, car je comprends son coeur. ” Mais au-dessus de tout, il y a Dieu. Et Dieu voulait cette souffrance pour tous. Pour moi, croyez-le, j’en ai souffert comme si on m’avait arraché un lambeau de chair vivante ; pour votre père, à qui cette peine a fait comprendre une grande vérité qui lui était restée cachée pendant toute sa vie ; pour vous qui, par cette souffrance, avez la possibilité de faire un sacrifice plus salutaire que l’immolation d’un jeune taureau ; enfin pour Jacques et Jude qui sont aujourd’hui des hommes aussi formés que toi, mon Simon, car ils l’ont bien payé par tant de souffrance. Elle les a moulus comme la pierre meulière. Elle les a rendus adultes et ils sont arrivés à l’âge parfait aux yeux de Dieu.

– Quelle vérité a vue notre père ? Une seule : que son sang, à sa dernière heure, lui a été hostile, réplique durement Joseph.

– Non, au-dessus du sang, il y a l’esprit. Il a compris la douleur d’Abraham, ce qui lui a permis d’obtenir l’aide d’Abraham, répond Jésus.

– Si cela pouvait être vrai ! Mais qui nous l’assure ?

– Moi, Simon. Et plus encore la mort de ton père. Ne m’a-t-il pas cherché ? C’est toi qui l’as dit.

– Je l’ai dit. C’est vrai. Il voulait Jésus, et il disait : “ Qu’au moins mon âme ne meure pas. Lui, il peut le faire. Je l’ai repoussé et il ne viendra plus. Ah ! Mourir sans Jésus ! Quelle horreur ! Pourquoi l’ai-je chassé ? ” Oui, il disait cela et il ajoutait : “ Il m’a demandé tant de fois : ‘ Dois-je m’en aller ? ’ et je l’ai renvoyé... Maintenant, il ne vient plus. ” Il désirait ta présence, il la désirait vraiment. Ta Mère a envoyé quelqu’un te chercher, mais ils ne t’ont pas trouvé à Capharnaüm et il a beaucoup pleuré. En rassemblant ses dernières forces, il a pris la main de ta Mère et l’a voulue auprès de lui. Il ne parlait que difficilement, mais il disait : “ La Mère, c’est un peu le Fils. Je tiens la main de la Mère pour avoir quelque chose de lui, car j’ai peur de la mort. ” Mon pauvre père ! »

105.4 Il se passe alors une scène bien orientale de cris et de gestes de douleur à laquelle tous prennent part, même Jacques et Jude qui ont osé entrer. Le plus paisible est Jésus, qui pleure seulement.

« Tu pleures ? Tu l’aimais, alors ? demande Simon.

– Oh, Simon, tu me demandes cela ? Si je l’avais pu, crois-tu que j’aurais permis sa douleur ? Mais si je suis avec le Père, je ne suis pas au-dessus du Père.

– Tu guéris les mourants, mais, lui, tu ne l’as pas guéri, dit Joseph avec âpreté.

– Il ne croyait pas en moi.

– C’est vrai, Joseph, reconnaît son frère Simon.

– Il ne croyait pas et n’abandonnait pas sa rancune. Là où se trouvent incrédulité et haine, je ne peux rien. C’est pour cela que je vous dis : ne haïssez plus vos frères. Les voici. Que votre rancoeur ne vienne pas aggraver leur détresse. Votre mère est plus déchirée par cette haine toujours vivante que par la mort qui prend fin d’elle-même. Pour votre père, il s’est éteint dans la paix, car le désir qu’il avait de moi lui a obtenu le pardon de Dieu. Je ne vous parle pas de moi et je ne vous demande rien pour moi. Je suis dans le monde, mais je n’appartiens pas au monde. Celui qui vit en moi me dédommage de tout ce que le monde me refuse. Je souffre dans mon humanité, mais j’élève mon âme au-delà de la terre et je jubile dans les réalités célestes. Mais eux !... Ne manquez pas à la loi de l’amour et du sang. Aimez-vous. Jacques et Jude n’ont pas commis d’offense envers leur sang. Mais, même si cela avait été le cas, pardonnez. Portez sur les choses un juste regard et vous verrez que ce sont eux qui ont été les plus accablés, puisque les nécessités qu’imposait à leur âme l’appel de Dieu étaient incomprises. Pourtant, il n’y a pas la moindre rancune en eux, seulement le désir d’être aimés. N’est-ce pas, mes cousins ? »

Jude et Jacques, que leur mère tient serrés contre elle, acquiescent à travers leurs larmes.

« Simon, tu es l’aîné, donne l’exemple...

– Moi... pour moi... Mais le monde... mais toi...

– Oh ! Le monde... Il oublie et change d’avis chaque matin... Et moi ! Viens. Donne-moi ton baiser de frère. Je t’aime. Tu le sais. Laisse tomber ces écailles qui te rendent dur et ne t’appartiennent pas, mais que t’imposent des étrangers moins justes que toi. Pour toi, juge toujours selon ton coeur, qui est droit. »

Avec encore quelque répugnance, Simon ouvre les bras. Jésus l’embrasse, puis l’amène à ses frères. Ils s’embrassent au milieu des pleurs et des lamentations.

« Maintenant, à toi, Joseph.

– Non. N’insiste pas. Moi, je me souviens de la douleur de notre père.

– En vérité, tu l’éternises par cette rancoeur.

– Peu importe. Je suis fidèle. »

Jésus n’insiste pas.

105.5 Il se tourne vers Simon :

« La soirée avance, mais, si tu voulais... Notre coeur brûle de vénérer sa dépouille. Où est Alphée ? Où l’avez-vous mis ?

– Derrière la maison, au bout de l’oliveraie, contre le talus. C’est un tombeau digne.

– Je t’en prie, conduis-moi. Marie, prends courage. Ton époux se réjouit à la vue de tes fils sur ton sein. Restez. Moi, j’y vais avec Simon. Soyez en paix ! Soyez en paix ! Joseph, je te dis ce que je disais à ton père : “ Je n’éprouve aucune rancoeur. Je t’aime. Quand tu voudras me voir, appelle-moi. Je viendrai pleurer avec toi. ” Adieu. »

Jésus sort avec Simon...

Les apôtres regardent furtivement avec curiosité, mais ils voient que les deux hommes s’entendent bien et s’en réjouissent.

« Venez vous aussi, dit Jésus. Ce sont mes disciples, Simon. Eux aussi désirent honorer ton père. Allons. »

Ils traversent l’oliveraie et tout se termine.

Détail

Jésus revient à Nazareth après la mort de son oncle, Alphée.