EMV 158.3-4 · Tome 2, p. 531-533
L’Evangile tel qu'il m'a été révélé
Citation
« Seigneur, dédaignerais-tu d’approcher de mes amies païennes ? Tu sais... Kouza appartient à la cour. Or le Tétrarque – et plus encore la véritable maîtresse de la cour, Hérodiade, à la volonté de laquelle se soumet tout désir d’Hérode, par... mode, pour se montrer plus fins que les autres Palestiniens, pour être protégés par Rome en adorant Rome et tout ce qui est romain – bref le Tétrarque flatte les romains de la maison proconsulaire... et nous les impose pour ainsi dire. En vérité, je dois reconnaître que les femmes ne sont pas pires que nous. Même parmi nous, sur ces rives, il y en a qui sont tombées bien bas. Et de quoi pouvons-nous parler, si nous ne parlons pas d’Hérodiade ?... Quand j’ai perdu mon enfant et que j’ai été malade, elles se sont montrées très bonnes pour moi qui ne les avais pas recherchées. Et, depuis, cette amitié est restée. Mais si tu me dis que c’est mal, j’y renoncerai. Non ? Merci, Seigneur. Avant-hier, j’étais chez une de ces amies ; c’était pour moi une visite d’amitié, mais un devoir pour Kouza. C’était un ordre du Tétrarque qui... voudrait bien revenir ici, mais ne s’y sent pas très en sécurité... par conséquent, il noue les relations les plus intéressées avec Rome pour obtenir sa protection. Par ailleurs... je te prie... Tu es parent de Jean-Baptiste, n’est-ce pas ? Dis-lui donc de se méfier. Qu’il ne sorte jamais des frontières de la Samarie. Et même, s’il ne le dédaigne pas, qu’il se cache quelque temps. Le serpent s’approche de l’agneau et l’agneau a beaucoup à redouter. De tout. Qu’il se tienne sur ses gardes, Maître. Et qu’on ne sache pas que c’est moi qui l’ai dit. Ce serait la ruine de Kouza.
– Sois tranquille, Jeanne. J’avertirai Jean-Baptiste de façon à lui rendre service sans qu’il en résulte de dommage.
– Merci, Seigneur. Je veux te servir, mais je ne voudrais pas, ce faisant, nuire à mon mari. (...)
– Tu parlais de l’une de tes amies romaines ...
– Oui, c’est une amie intime de Claudia, je crois même qu’elles sont parentes. Elle voudrait parler avec toi ou, du moins, t’entendre parler. Et ce n’est pas la seule. Maintenant que tu as guéri la petite fille de Valéria – la nouvelle s’en est transmise en un éclair –, elles le désirent encore plus vivement. Au banquet de l’autre soir, on a beaucoup parlé, pour et contre toi. Il y avait en effet des hérodiens et des sadducéens... même s’ils le nieraient si on le leur demandait... Il y avait aussi des femmes... riches et... et pas honnêtes. Il y avait... – cela me déplaît de le dire parce que je te sais ami de son frère – Marie de Magdala, avec son nouvel ami et une autre femme, grecque je crois, et de moeurs aussi libres qu’elle. Tu sais... chez les païens, les femmes sont à table avec les hommes et c’est très... très... Quel ennui ! Par gentillesse, mon amie m’avait choisi pour compagnon mon propre époux, ce qui m’avait beaucoup soulagée. Mais les autres... oh !... Eh bien... on parlait de toi, car le miracle sur Faustina a fait du bruit. Et si les romains admirent en toi le grand médecin ou le mage – pardonne-moi, Seigneur – les hérodiens et les sadducéens jetaient du venin sur ton nom, et Marie, oh ! Marie ! Quelle horreur !... Elle a commencé par la dérision et puis ... Non, cela, je ne veux pas te le dire. J’en ai pleuré toute la nuit...
– Laisse-la faire. Elle guérira.
– Mais elle se porte bien, tu sais...
– Physiquement, oui. Le reste est tout intoxiqué. Elle guérira.
– Tu le dis... Les romaines – tu sais comme elles sont – ont déclaré : “ Nous ne craignons pas les sorcelleries et nous ne croyons pas aux racontars, mais nous voulons juger par nous-mêmes ” et ensuite elles m’ont dit : “ Ne pourrions-nous pas l’entendre ? ”
– Dis-leur qu’à la fin de la lune de Shebat, je serai chez toi.
– Je le leur dirai, Seigneur. Tu crois qu’elles viendront à toi ?
– Chez elles, c’est tout un monde à refaire. Il faut d’abord démolir, puis bâtir. Mais ce n’est pas impossible...
Annotation
L'amie intime de Claudia Procula est Plautina. L'enfant de Valéria est Fausta, que Jésus a guéri dans l'EMV 155.