122.2 « Je te dérange, Maître ? demande Jean qui vient du côté des prés.
– Non. Que veux-tu ?
– Je voulais te dire... il me semble que c’est une nouvelle qui peut te soulager et je suis venu tout de suite, aussi pour te demander conseil.
J’étais en train de balayer nos pièces et Judas est arrivé. Il m’a dit : “ Je vais t’aider. ” J’en ai été surpris, car il fait toujours ce travail de mauvais gré, même quand on le lui ordonne... mais je ne lui ai rien dit de plus que ceci : “ Oh ! Merci ! J’aurai plus vite fini, et ce sera mieux fait. ” Il s’est alors mis à balayer et nous avons vite terminé. Puis il a dit : “ Allons au bois. Ce sont toujours les plus âgés qui apportent le bois. Ce n’est pas bien. Allons-y, nous. Je ne sais pas très bien m’y prendre, mais si tu m’apprends... ” Et nous y sommes allés. Et pendant que j’étais là à faire les fagots avec lui, il m’a dit : “ Jean, je veux te dire quelque chose. ”
“ Parle ”, lui ai-je répondu. Je pensais que ce serait une critique.
Au contraire, il a dit : “ Toi et moi nous sommes les plus jeunes. Il faudrait être plus unis. Tu as presque peur de moi, et tu as raison car, moi, je ne suis pas bon. Mais, crois-le bien... je ne le fais pas exprès. Parfois, j’éprouve le besoin d’être mauvais. C’est peut-être que, étant fils unique, j’ai été gâté. Mais je voudrais devenir bon. Les plus âgés, je le sais, ne me voient pas d’un bon oeil. Les cousins de Jésus sont choqués... oui, j’ai eu beaucoup de manquements à leur égard, et aussi à l’égard de leur cousin. Mais toi, tu es bon et patient. Aime-moi. Fais tout comme si j’étais un frère pour toi, mauvais, certes, mais qu’il faut aimer malgré tout. Le Maître aussi dit qu’il faut agir ainsi. Quand tu vois que je n’agis pas très bien, dis-le-moi. Et puis ne me laisse pas toujours seul. Quand je vais au village, accompagne-moi. Tu m’aideras à ne pas mal agir. Hier, j’ai beaucoup souffert. Jésus m’a parlé et je l’ai regardé. Dans ma sotte rancoeur, je ne regardais ni moi-même ni les autres. Hier, j’ai regardé, et j’ai vu... Ils ont raison de dire que Jésus souffre... et je me rends compte que j’en suis responsable moi aussi. Je ne veux plus qu’il en soit ainsi. Viens avec moi. Viendras-tu ? M’aideras-tu à être moins mauvais ? ”
C’est ce qu’il m’a dit et, je l’avoue, j’avais le coeur qui battait comme celui d’un oiseau attrapé par un gamin. Il battait de joie, parce que je suis content qu’il devienne bon, et j’étais heureux pour toi aussi, mais mon coeur battait aussi un peu par peur... car je ne voudrais pas devenir comme Judas. Mais ensuite, il m’est venu à l’esprit ce que tu avais dit le jour où tu as pris Judas, et j’ai répondu : “ Oui, je t’aiderai. Mais je dois obéir, et si j’ai d’autres ordres... ” Je pensais : maintenant, je vais le rapporter au Maître et si, lui, il le veut, je le fais. S’il ne le veut pas, je me ferai donner l’ordre de ne pas m’éloigner de la maison.
– Ecoute, Jean : moi, je te laisse aller. En revanche, tu dois me promettre que si tu sens quelque chose qui te trouble, tu viendras me le rapporter. Tu m’as donné beaucoup de joie, Jean.