Dans la cuisine, Thomas est tout affairé et semble être un cuisinier professionnel, tant il sait régler le feu et la flamme et éplucher rapidement les légumes que le beau Judas a daigné apporter du village voisin. Je comprends qu’il s’agit d’un village plus ou moins important, car Judas explique qu’on y fait le pain deux fois seulement par semaine et que ce jour-là il n’y en a pas.
Pierre l’entend et dit :
« Nous ferons des fouaces sur la flamme. Voilà de la farine. Vite, retire ton vêtement et fais la pâte, je me charge ensuite de la cuisson. Je sais m’y prendre. »
Je ne puis m’empêcher de rire en voyant Judas, en bras de chemise, qui humecte la farine en s’enfarinant copieusement.
Jésus est absent ainsi que Simon, Barthélemy, Matthieu et Philippe.
« C’est aujourd’hui le plus dur, répond Pierre à Judas qui bougonne. Mais demain, ça ira déjà mieux et au printemps ce sera très bien…
– Au printemps ? Mais va-t-on toujours rester ici ? demande Judas, épouvanté.
– Pourquoi pas ? N’est-ce pas une maison ? S’il pleut, on est à l’abri. Il y a de l’eau potable. Le combustible ne manque pas. Que veux-tu de plus ? Je me trouve très bien ici. Et puis je ne sens pas la puanteur des pharisiens et des autres de même acabit…
– Pierre, allons lever les filets » dit André, et il emmène Pierre dehors, avant que la discussion n’éclate entre Judas et lui.
(...) 118.3 Il se passe quelque temps, puis voilà qu’arrivent ensemble Isaac et André, le premier avec des oeufs et une corbeille de miches qui sentent bon et l’autre avec des poissons dans une nasse.
« Voilà, dit Isaac. C’est le régisseur qui l’envoie. Il demande s’il ne manque rien. Il a des ordres pour cela.
– Tu vois qu’on ne va pas mourir de faim ? » lance Thomas à Judas. Puis il ajoute :
« Donne-moi les poissons, André. Comme ils sont beaux ! Mais comment les prépare-t-on ?... Je ne sais pas le faire.
– Je m’en occupe, dit André. Je suis pêcheur. »
Et, dans un coin, il se met à vider ses poissons encore vivants.