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La Vierge Marie dans le Protévangile et l'Evangile de l'Enfance

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EMV 10.8 · Tome 1, p. 78

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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10.8 Jésus dit :

« Marie se souvenait de Dieu. Elle rêvait de Dieu. Elle croyait rêver, mais elle ne faisait que revoir ce que son âme avait contemplé dans la splendeur du Ciel de Dieu, à l’instant où elle a été créée pour être unie à la chair conçue sur la terre. Elle partageait avec Dieu – bien que de manière très inférieure, comme la justice l’exigeait – l’une des propriétés de Dieu : celle de se souvenir, de voir et de prévoir, grâce à l’attribut d’une intelligence puissante et parfaite, puisqu’elle n’était pas blessée par le péché originel.

EMV 10.10 · Tome 1, p. 80

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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10.10 Marie était la Femme pleine de grâce. Toute la Grâce une et trine demeurait en elle. Toute la Grâce une et trine la préparait à être l’épouse aux noces, à être le lit nuptial pour sa descen­dance, à vivre sa maternité et sa mission de manière divine. Elle est celle qui ferme le cycle des prophétesses de l’Ancien Testament et ouvre celui des “ porte-parole de Dieu ” dans le Nouveau Testament.

Arche véritable de la Parole de Dieu, elle découvrait, en regardant dans son sein inviolé pour l’éternité, les paroles de la science éternelle tracées par le doigt de Dieu sur son coeur immaculé, et, comme tous les saints, elle se souvenait de les avoir déjà entendues lorsqu’elle avait été engendrée avec son âme immortelle par Dieu, le Père créateur de tout ce qui existe. Et, si elle ne se rappelait pas tout de sa mission à venir, c’était parce qu’en toute perfection humaine Dieu laisse des lacunes dues à une prudence divine qui est bonté pour sa créature en lui fournissant des occasions de mérite.

Pour être la Mère du Christ, Marie, cette nouvelle Eve, a dû conquérir sa part de mérite par une bonne volonté fidèle que Dieu a demandée à son Fils pareillement pour faire de lui le Rédempteur.

L’esprit de Marie était au Ciel. Son état moral et sa chair étaient sur terre, et il lui fallait fouler aux pieds terre et chair pour parvenir à l’esprit, et l’unir à l’Esprit en une étreinte féconde. »

EMV 10.10 · Tome 1, p. 80

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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10.10 Marie était la Femme pleine de grâce. Toute la Grâce une et trine demeurait en elle. Toute la Grâce une et trine la préparait à être l’épouse aux noces, à être le lit nuptial pour sa descen­dance, à vivre sa maternité et sa mission de manière divine. Elle est celle qui ferme le cycle des prophétesses de l’Ancien Testament et ouvre celui des “ porte-parole de Dieu ” dans le Nouveau Testament.

Arche véritable de la Parole de Dieu, elle découvrait, en regardant dans son sein inviolé pour l’éternité, les paroles de la science éternelle tracées par le doigt de Dieu sur son coeur immaculé, et, comme tous les saints, elle se souvenait de les avoir déjà entendues lorsqu’elle avait été engendrée avec son âme immortelle par Dieu, le Père créateur de tout ce qui existe. Et, si elle ne se rappelait pas tout de sa mission à venir, c’était parce qu’en toute perfection humaine Dieu laisse des lacunes dues à une prudence divine qui est bonté pour sa créature en lui fournissant des occasions de mérite.

Pour être la Mère du Christ, Marie, cette nouvelle Eve, a dû conquérir sa part de mérite par une bonne volonté fidèle que Dieu a demandée à son Fils pareillement pour faire de lui le Rédempteur.

L’esprit de Marie était au Ciel. Son état moral et sa chair étaient sur terre, et il lui fallait fouler aux pieds terre et chair pour parvenir à l’esprit, et l’unir à l’Esprit en une étreinte féconde. »

EMV 11.2-5 · Tome 1, p. 81-85

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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11.2 Marie se trouve toujours au Temple. Elle est en train de sortir, en compagnie d’autres vierges, du Temple proprement dit.

Une cérémonie a dû avoir lieu, car l’odeur de l’encens se répand dans l’air rendu tout rouge par un beau crépuscule. Je pense que l’automne est déjà bien avancé, parce qu’un ciel doucement mélancolique, comme en un mois serein d’octobre, s’incline sur les jardins de Jérusalem, où le jaune ocre des feuilles près de tomber insère des couleurs claires d’un blond-rouge dans le vert argenté des oliviers.

Le groupe, ou plutôt l’essaim blanc des vierges, traverse la cour de derrière, monte l’escalier, passe un petit portique, pé­nètre dans une autre cour moins belle, carrée et sans autre accès que cette ouverture. Ce doit être la cour destinée à rassembler les petites demeures des vierges au service du Temple, car chaque jeune fille se dirige vers sa cellule comme une colombe vers son nid. On dirait vraiment un vol de colombes qui se séparent après avoir été réunies. Beaucoup, je pourrais même dire toutes, dis­cutent entre elles à voix basse, mais joyeusement, avant de se quitter. Marie garde le silence. Simplement, avant de se séparer des autres, elle les salue affectueusement puis se dirige vers sa petite chambre, dans un coin à droite.

11.3 Elle y est rejointe par une maîtresse, moins âgée qu’Anne, fille de Phanuel, mais déjà d’un certain âge :

« Marie, le grand-prêtre t’attend. »

Un peu surprise, Marie la regarde, mais sans poser de questions. Elle se contente de répondre :

« J’y vais tout de suite. »

Je ne sais si la grande salle dans laquelle elle entre appartient à la maison du grand-prêtre, ou si elle fait partie des maisons des femmes au service du Temple. Mais je vois qu’elle est vaste et lumineuse, élégante, et que Zacharie et Anne, fille de Phanuel, s’y trouvent en compagnie du grand-prêtre, magnifiquement vêtu.

Marie, arrivée au seuil, s’incline profondément et n’avance pas avant que le grand-prêtre ne lui dise :

« Approche, Marie, n’aie pas peur. »

Marie se redresse et avance lentement, non par manque d’empressement, mais par un je ne sais quoi de solennel qui la fait paraître plus femme.

Anne sourit pour l’encourager, et Zacharie la salue d’un :

« La paix soit avec toi, ma cousine. »

Le grand-prêtre l’observe attentivement puis s’adresse à Zacharie :

« On reconnaît bien en elle la race de David et d’Aaron...

Ma fille, je connais ta grâce et ta bonté. Je sais que tu as grandi chaque jour en science et en grâce aux yeux de Dieu et des hommes. Je sais que la voix de Dieu murmure à ton coeur les paroles les plus douces. Je sais que tu es la fleur du Temple de Dieu, et qu’un troisième chérubin se tient devant le Témoignage depuis que tu t’y trouves. Je voudrais bien que ton parfum continue à monter avec l’encens à chaque nouvelle journée. Mais la Loi dit autre chose. Tu n’es plus une enfant désormais, mais une femme. Or, en Israël, toute femme doit être mariée pour apporter son fils au Seigneur. Tu suivras donc le commandement de la Loi. N’aie pas peur, ne rougis pas. Je garde à l’esprit ta descendance royale. D’ailleurs, la Loi te protège puisqu’elle prescrit qu’on donne à chaque homme une femme de sa lignée. Mais même si ce n’était pas le cas, je le ferais pour ne pas porter atteinte à la noblesse de ton sang. Tu ne connais aucun homme de ta lignée, Marie, qui puisse devenir ton époux ? »

Marie lève un visage tout rouge de pudeur. Sur ses cils brille une larme, un premier diamant, et c’est d’une voix tremblante qu’elle répond :

« Personne.

– Elle ne peut connaître personne, car elle est entrée ici tout enfant ; du reste, la race de David a été trop persécutée et dispersée pour permettre à ses différentes branches de se réunir pour servir de frondaison au palmier royal, dit Zacharie.

– Dans ce cas, nous laisserons le choix à Dieu. »

11.4 Les larmes que Marie retenait jusqu’ici jaillissent alors et coulent jusqu’à sa bouche tremblante ; elle jette un regard suppliant à sa maîtresse.

« Marie s’est réservée pour le Seigneur, pour sa gloire et pour le salut d’Israël. Elle n’était encore qu’une enfant à peine capable de balbutier, et déjà elle s’était liée par un voeu, précise Anne pour lui venir en aide.

– C’est donc pour cela que tu pleures ? Pas pour résister à la Loi ?

– Pour cette seule raison. Je t’obéis, grand-prêtre de Dieu.

– Cela confirme tout ce qu’on m’a dit de toi. Depuis combien d’années es-tu vouée à la virginité ?

– Depuis toujours, je crois. Je n’étais pas encore venue au Temple que je m’étais déjà donnée au Seigneur.

– Mais n’es-tu pas la petite fille qui est venue me demander d’entrer, il y a maintenant douze hivers ?

– C’est bien moi.

– Alors comment peux-tu dire que tu appartenais déjà à Dieu à ce moment-là ?

– Si je regarde mon passé, je vois que j’ai toujours été vouée à la virginité... Je ne me souviens pas de l’instant où je suis née, ni comment j’ai commencé à aimer ma mère et à dire à mon père : “ Mon père, je suis ta fille ”... En revanche, je me rappelle avoir donné mon coeur à Dieu, même si je ne sais pas à quel moment cela a commencé. C’était peut-être avec le premier baiser que j’ai su donner, avec le premier mot que j’ai su prononcer, avec le premier pas que j’ai su faire... Oui, c’est ça : je crois que mon premier souvenir d’amour, je le trouve dans mes premiers pas plus assurés... Ma maison... ma maison avait un jardin rempli de fleurs... il y avait un verger et des champs... et aussi une source, au fond, au pied d’une hauteur, qui jaillissait d’un rocher creusé qui formait une grotte.... Elle était pleine d’herbes longues et fines, qui pleuvaient de toute part comme autant de petites cascades vertes. On aurait dit qu’elles pleuraient, car ces petites feuilles légères, en un feuillage qui ressemblait à une broderie, portaient toutes une goutte d’eau qui, en tombant, tintaient comme un léger carillon. La source chantait elle aussi. Il y avait encore des oiseaux sur les oliviers et les pommiers qui se trouvaient sur la pente au-dessus de la source, et de blanches colombes venaient se laver dans le miroir limpide de la source...

J’avais oublié tout cela, parce que j’avais mis mon coeur en Dieu et, à part mes parents que j’ai aimés de leur vivant comme après leur mort, ce qui est terrestre avait disparu de mon coeur... Mais tu m’y refais penser, grand-prêtre... Je dois chercher à quel moment je me suis donnée à Dieu... et les souvenirs de mes premières années me reviennent en mémoire... Si j’aimais cette grotte, c’est que j’y entendais une voix plus douce que le chant de l’eau et des oiseaux ; elle me disait : “ Viens, ma bien-aimée. ” J’aimais ces herbes parées de diamants sonores, parce que j’y reconnaissais le signe de mon Seigneur. Je passais mon temps à me dire : “ Vois-tu, mon âme, comme il est grand, ton Dieu ? Celui qui a fait les cèdres du Liban pour l’aquilon a également créé ces petites feuilles qui ploient sous le poids d’un moustique pour le plaisir de tes yeux et pour servir d’abri à tes petits pieds. ” J’appréciais ce silence des choses pures : la brise légère, l’eau avec ses reflets argentés, la propreté des colombes... J’aimais cette paix qui veillait sur la petite grotte, une paix qui semblait tomber des pommiers et des oliviers, tantôt en fleurs, tantôt chargés de fruits...

Et, je ne sais, j’avais l’impression que la Voix me disait, à moi, oui, bien à moi : “ Viens, magnifique olive ; viens, douce pomme ; viens, source scellée ; viens, ma colombe... ” Bien sûr, l’amour de mes parents m’était doux... Leur voix qui m’appelait m’était douce... mais celle-là ! Celle-là ! Au paradis terrestre, je pense que c’est ainsi que l’entendit celle qui fut coupable, et je ne sais comment elle a pu préférer un sifflement à cette Voix d’amour, comment elle a pu désirer connaître autre chose que Dieu... Mes lèvres ne connaissaient encore que le lait maternel, mais c’est avec le coeur enivré par le miel céleste que j’ai dit alors : “ Me voici, je viens. Nul autre maître que toi, Seigneur, ne possèdera ma chair, et mon âme n’a pas d’autre amour ”... Par ces mots, j’avais l’impression de répéter des choses déjà dites et d’accomplir un rite déjà accompli. L’époux que j’avais choisi ne me paraissait pas étranger car je connaissais déjà l’ardeur de son amour, mes yeux s’étaient faits à sa lumière et ma capacité d’amour s’était développée entre ses bras. Quand cela ? Je l’ignore. Hors de la vie présente, dirais-je, car j’avais le sentiment de l’avoir toujours possédé, je sentais qu’il me possède depuis toujours et que j’existe parce qu’il m’a voulue, pour la joie de son Esprit et du mien.

11.5 Cela dit, je t’obéis, grand-prêtre. Mais indique-moi comment me comporter... Je n’ai plus ni père ni mère. Sois donc mon guide.

– Dieu te donnera un époux, et il sera saint puisque tu t’es confiée à lui. Tu lui parleras de ton voeu.

– Et il acceptera ?

– Je l’espère. Prie, ma fille, pour qu’il puisse comprendre ton coeur. Maintenant, va, et que Dieu t’accompagne toujours. »

Marie se retire avec Anne, et Zacharie reste avec le grand-prêtre.

C’est ainsi que la vision prend fin.

EMV 11.2-5 · Tome 1, p. 81-85

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[Marie va] "dans sa petite chambre, dans un coin à droite.

11.3 Elle y est rejointe par une maîtresse, moins âgée qu’Anne, fille de Phanuel, mais déjà d’un certain âge :

« Marie, le grand-prêtre t’attend. »

Un peu surprise, Marie la regarde, mais sans poser de questions. Elle se contente de répondre :

« J’y vais tout de suite. »

Je ne sais si la grande salle dans laquelle elle entre appartient à la maison du grand-prêtre, ou si elle fait partie des maisons des femmes au service du Temple. Mais je vois qu’elle est vaste et lumineuse, élégante, et que Zacharie et Anne, fille de Phanuel, s’y trouvent en compagnie du grand-prêtre, magnifiquement vêtu.

Marie, arrivée au seuil, s’incline profondément et n’avance pas avant que le grand-prêtre ne lui dise :

« Approche, Marie, n’aie pas peur. »

Marie se redresse et avance lentement, non par manque d’empressement, mais par un je ne sais quoi de solennel qui la fait paraître plus femme.

Anne sourit pour l’encourager, et Zacharie la salue d’un :

« La paix soit avec toi, ma cousine. »

Le grand-prêtre l’observe attentivement puis s’adresse à Zacharie :

« On reconnaît bien en elle la race de David et d’Aaron...

Ma fille, je connais ta grâce et ta bonté. Je sais que tu as grandi chaque jour en science et en grâce aux yeux de Dieu et des hommes. Je sais que la voix de Dieu murmure à ton coeur les paroles les plus douces. Je sais que tu es la fleur du Temple de Dieu, et qu’un troisième chérubin se tient devant le Témoignage depuis que tu t’y trouves. Je voudrais bien que ton parfum continue à monter avec l’encens à chaque nouvelle journée. Mais la Loi dit autre chose. Tu n’es plus une enfant désormais, mais une femme. Or, en Israël, toute femme doit être mariée pour apporter son fils au Seigneur. Tu suivras donc le commandement de la Loi. N’aie pas peur, ne rougis pas. Je garde à l’esprit ta descendance royale. D’ailleurs, la Loi te protège puisqu’elle prescrit qu’on donne à chaque homme une femme de sa lignée. Mais même si ce n’était pas le cas, je le ferais pour ne pas porter atteinte à la noblesse de ton sang. Tu ne connais aucun homme de ta lignée, Marie, qui puisse devenir ton époux ? »

Marie lève un visage tout rouge de pudeur. Sur ses cils brille une larme, un premier diamant, et c’est d’une voix tremblante qu’elle répond :

« Personne.

– Elle ne peut connaître personne, car elle est entrée ici tout enfant ; du reste, la race de David a été trop persécutée et dispersée pour permettre à ses différentes branches de se réunir pour servir de frondaison au palmier royal, dit Zacharie.

– Dans ce cas, nous laisserons le choix à Dieu. »

11.4 Les larmes que Marie retenait jusqu’ici jaillissent alors et coulent jusqu’à sa bouche tremblante ; elle jette un regard suppliant à sa maîtresse.

« Marie s’est réservée pour le Seigneur, pour sa gloire et pour le salut d’Israël. Elle n’était encore qu’une enfant à peine capable de balbutier, et déjà elle s’était liée par un voeu, précise Anne pour lui venir en aide.

– C’est donc pour cela que tu pleures ? Pas pour résister à la Loi ?

– Pour cette seule raison. Je t’obéis, grand-prêtre de Dieu.

– Cela confirme tout ce qu’on m’a dit de toi. Depuis combien d’années es-tu vouée à la virginité ?

– Depuis toujours, je crois. Je n’étais pas encore venue au Temple que je m’étais déjà donnée au Seigneur.

– Mais n’es-tu pas la petite fille qui est venue me demander d’entrer, il y a maintenant douze hivers ?

– C’est bien moi.

– Alors comment peux-tu dire que tu appartenais déjà à Dieu à ce moment-là ?

– Si je regarde mon passé, je vois que j’ai toujours été vouée à la virginité... Je ne me souviens pas de l’instant où je suis née, ni comment j’ai commencé à aimer ma mère et à dire à mon père : “ Mon père, je suis ta fille ”... En revanche, je me rappelle avoir donné mon coeur à Dieu, même si je ne sais pas à quel moment cela a commencé. C’était peut-être avec le premier baiser que j’ai su donner, avec le premier mot que j’ai su prononcer, avec le premier pas que j’ai su faire... Oui, c’est ça : je crois que mon premier souvenir d’amour, je le trouve dans mes premiers pas plus assurés... Ma maison... ma maison avait un jardin rempli de fleurs... il y avait un verger et des champs... et aussi une source, au fond, au pied d’une hauteur, qui jaillissait d’un rocher creusé qui formait une grotte.... Elle était pleine d’herbes longues et fines, qui pleuvaient de toute part comme autant de petites cascades vertes. On aurait dit qu’elles pleuraient, car ces petites feuilles légères, en un feuillage qui ressemblait à une broderie, portaient toutes une goutte d’eau qui, en tombant, tintaient comme un léger carillon. La source chantait elle aussi. Il y avait encore des oiseaux sur les oliviers et les pommiers qui se trouvaient sur la pente au-dessus de la source, et de blanches colombes venaient se laver dans le miroir limpide de la source...

J’avais oublié tout cela, parce que j’avais mis mon coeur en Dieu et, à part mes parents que j’ai aimés de leur vivant comme après leur mort, ce qui est terrestre avait disparu de mon coeur... Mais tu m’y refais penser, grand-prêtre... Je dois chercher à quel moment je me suis donnée à Dieu... et les souvenirs de mes premières années me reviennent en mémoire... Si j’aimais cette grotte, c’est que j’y entendais une voix plus douce que le chant de l’eau et des oiseaux ; elle me disait : “ Viens, ma bien-aimée. ” J’aimais ces herbes parées de diamants sonores, parce que j’y reconnaissais le signe de mon Seigneur. Je passais mon temps à me dire : “ Vois-tu, mon âme, comme il est grand, ton Dieu ? Celui qui a fait les cèdres du Liban pour l’aquilon a également créé ces petites feuilles qui ploient sous le poids d’un moustique pour le plaisir de tes yeux et pour servir d’abri à tes petits pieds. ” J’appréciais ce silence des choses pures : la brise légère, l’eau avec ses reflets argentés, la propreté des colombes... J’aimais cette paix qui veillait sur la petite grotte, une paix qui semblait tomber des pommiers et des oliviers, tantôt en fleurs, tantôt chargés de fruits...

Et, je ne sais, j’avais l’impression que la Voix me disait, à moi, oui, bien à moi : “ Viens, magnifique olive ; viens, douce pomme ; viens, source scellée ; viens, ma colombe... ” Bien sûr, l’amour de mes parents m’était doux... Leur voix qui m’appelait m’était douce... mais celle-là ! Celle-là ! Au paradis terrestre, je pense que c’est ainsi que l’entendit celle qui fut coupable, et je ne sais comment elle a pu préférer un sifflement à cette Voix d’amour, comment elle a pu désirer connaître autre chose que Dieu... Mes lèvres ne connaissaient encore que le lait maternel, mais c’est avec le coeur enivré par le miel céleste que j’ai dit alors : “ Me voici, je viens. Nul autre maître que toi, Seigneur, ne possèdera ma chair, et mon âme n’a pas d’autre amour ”... Par ces mots, j’avais l’impression de répéter des choses déjà dites et d’accomplir un rite déjà accompli. L’époux que j’avais choisi ne me paraissait pas étranger car je connaissais déjà l’ardeur de son amour, mes yeux s’étaient faits à sa lumière et ma capacité d’amour s’était développée entre ses bras. Quand cela ? Je l’ignore. Hors de la vie présente, dirais-je, car j’avais le sentiment de l’avoir toujours possédé, je sentais qu’il me possède depuis toujours et que j’existe parce qu’il m’a voulue, pour la joie de son Esprit et du mien.

11.5 Cela dit, je t’obéis, grand-prêtre. Mais indique-moi comment me comporter... Je n’ai plus ni père ni mère. Sois donc mon guide.

– Dieu te donnera un époux, et il sera saint puisque tu t’es confiée à lui. Tu lui parleras de ton voeu.

– Et il acceptera ?

– Je l’espère. Prie, ma fille, pour qu’il puisse comprendre ton coeur. Maintenant, va, et que Dieu t’accompagne toujours. »

Marie se retire avec Anne, et Zacharie reste avec le grand-prêtre.

C’est ainsi que la vision prend fin.

EMV 11.4 · Tome 1, p. 83-85

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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(...) J’aimais cette paix qui veillait sur la petite grotte, une paix qui semblait tomber des pommiers et des oliviers, tantôt en fleurs, tantôt chargés de fruits...

Et, je ne sais, j’avais l’impression que la Voix me disait, à moi, oui, bien à moi : “ Viens, magnifique olive ; viens, douce pomme ; viens, source scellée ; viens, ma colombe... ” Bien sûr, l’amour de mes parents m’était doux... Leur voix qui m’appelait m’était douce... mais celle-là ! Celle-là ! Au paradis terrestre, je pense que c’est ainsi que l’entendit celle qui fut coupable, et je ne sais comment elle a pu préférer un sifflement à cette Voix d’amour, comment elle a pu désirer connaître autre chose que Dieu... Mes lèvres ne connaissaient encore que le lait maternel, mais c’est avec le coeur enivré par le miel céleste que j’ai dit alors : “ Me voici, je viens. Nul autre maître que toi, Seigneur, ne possèdera ma chair, et mon âme n’a pas d’autre amour ”...

Détail

Marie raconte les souvenirs de son enfance à Nazareth.

EMV 12.1-8 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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12.1 Je vois une salle somptueuse, avec un beau carrelage, des tentures, des tapis et des meubles en marqueterie. Elle doit encore faire partie du Temple, parce qu’il s’y trouve des prêtres, parmi lesquels Zacharie, ainsi que beaucoup d’hommes de tout âge, de vingt à cinquante ans à peu près.

Ils parlent entre eux, doucement, mais la conversation est animée. Ils paraissent inquiets pour une raison que j’ignore. Ils sont en habits de fête, neufs ou récemment nettoyés, comme pour une fête. Beaucoup ont retiré le tissu qui leur sert de couvre-chef, d’autres le portent encore, surtout les plus âgés, alors que les jeunes montrent leur tête nue aux cheveux blond foncé, bruns ou très noirs, un seul avec de ces cheveux roux cuivré. La plupart portent des cheveux courts, mais, chez certains, tombant jusqu’aux épaules. Ils ne doivent pas tous se connaître, car ils s’observent avec curiosité. Mais ils semblent parents ou alliés parce qu’on se rend compte qu’une même pensée les préoccupe.

12.2 Dans un coin, je vois Joseph. Il discute avec un robuste vieillard. Joseph a la trentaine. C’est un bel homme aux cheveux courts et plutôt épais, châtain foncé comme sa barbe et ses moustaches, qui couvrent un beau menton et remontent vers des joues brun-rouge, pas olivâtres comme chez les autres hommes bruns. Il a les yeux sombres, bons et profonds, très sérieux, je dirais presque un peu tristes. Mais quand il sourit, comme en ce moment, ils expriment la joie et la jeunesse. Il est entièrement vêtu de marron clair, une tenue simple mais très correcte.

12.3 Un groupe de jeunes lévites entre. Ils se rangent entre la porte et une table, longue mais étroite, placée près du mur au centre duquel se trouve la porte, qui reste grande ouverte. Seule une tenture qui pend jusqu’à vingt centimètres du sol dissimule l’entrée.

La curiosité du public s’aiguise, et plus encore lorsqu’une main écarte le rideau pour donner passage à un lévite tenant dans les bras un fagot de branches sèches sur lequel repose délicatement un rameau en fleur. Il porte de légers flocons de pétales blancs à peine teintés d’une nuance de rose qui rayonne toujours plus finement du centre jusqu’au pourtour des pétales. Le lévite pose ce fagot de branches sur la table avec délicatesse, pour ne pas en abîmer le rameau miraculeusement fleuri au milieu de tant de branches sèches.

Un frémissement parcourt la pièce. Les cous se tendent, les regards se font plus perçants pour mieux voir. Zacharie lui-même, ainsi que les prêtres puisqu’ils sont plus proches de la table, essaie d’apercevoir quelque chose, mais il ne voit rien.

C’est tout juste si Joseph, dans son coin, jette un coup d’œil au fagot de branches, et quand son interlocuteur lui dit quelque chose, il fait un signe de dénégation qui veut dire : « Impos­sible ! », et il sourit.

12.4 Une trompette retentit derrière la tenture. Tous se taisent et se rangent en bon ordre, la tête tournée vers la sortie. On a repoussé les anneaux de la tenture, si bien que la porte est maintenant grande ouverte. Entouré d’autres anciens, le grand-prêtre entre. Tous s’inclinent profondément. Il se dirige vers la table puis prend la parole, en restant debout.

« Hommes de la race de David qui êtes venus ici à mon appel, écoutez-moi. Le Seigneur a parlé, louange à lui ! Un rayon de sa gloire est descendu comme un soleil de printemps, il a donné vie à un rameau sec et celui-ci a fleuri miraculeusement alors qu’aucun rameau de la terre n’est en fleur à cette époque, en ce dernier jour de l’Encénie, et alors que la neige tombée sur les hauteurs de Juda n’a pas encore disparu. C’est l’unique blancheur qu’il y ait entre Sion et Béthanie. Dieu a parlé en se faisant le père et le tuteur de la vierge de la race de David, qui n’a que lui pour la protéger. Cette sainte enfant fait la gloire du Temple et de sa lignée ; elle a mérité que la parole de Dieu lui fasse connaître le nom de l’époux qui plaît à l’Eternel. Il doit être vraiment juste, celui que le Seigneur a choisi pour être le protecteur de la vierge qui lui est si chère ! C’est pourquoi notre douleur de la perdre s’apaise et nous n’avons plus de souci sur sa destinée d’épouse. C’est à l’homme que Dieu nous désigne que nous confions en toute sécurité la vierge sur qui reposent la bénédiction de Dieu et la nôtre. Le nom de cet époux est Joseph, fils de Jacob, de Bethléem, de la tribu de David, charpentier à Nazareth, en Galilée. Avance, Joseph. C’est le grand-prêtre qui te l’ordonne. »

Beaucoup de remue-ménage : des têtes se tournent, des yeux et des mains se font des signes, certains montrent leur déception, d’autre leur soulagement. Il en est, surtout parmi les plus âgés, qui doivent se réjouir que le sort ne soit pas tombé sur eux.

Joseph s’avance, tout rouge et gêné. Il se tient maintenant devant la table, en face du grand-prêtre qu’il a salué avec respect.

« Venez tous et regardez le nom gravé sur le rameau. Que chacun prenne sa propre branche, pour s’assurer qu’il n’y a pas fraude. »

Les hommes obéissent. Ils regardent le rameau tenu délicatement par le grand-prêtre, et chacun prend le sien ; certains le brisent, d’autres le gardent. Tous dévisagent Joseph. Certains le regardent en silence, d’autres le félicitent. Le vieillard avec qui il discutait auparavant s’adresse à lui :

« Je te l’avais bien dit, Joseph. C’est celui qui se sent le moins assuré qui gagne la partie ! » A présent, tous ont défilé.

12.5 Le grand-prêtre remet le rameau en fleurs à Joseph, puis lui pose la main sur l’épaule en disant :

« Tu le sais, l’épouse que Dieu te donne n’est pas riche. Mais elle possède toutes les vertus. Sois-en digne, toujours. Il n’est pas en Israël de fleur plus belle et plus pure qu’elle. Maintenant, que tous sortent. Toi, reste, Joseph. Et toi, Zacharie, son parent, va chercher l’épouse. »

Tous sortent donc, excepté le grand-prêtre et Joseph. On fait retomber la tenture sur la porte.

Joseph, tout humble, se tient à côté du prêtre majestueux. Après un silence, celui-ci dit :

« Marie doit te révéler un vœu qu’elle a fait. Viens en aide à sa timidité. Fais preuve de bonté envers elle, elle est si bonne !

– Je mettrai à son service toutes mes forces d’homme et, pour elle, aucun sacrifice ne me pèsera. »

Marie entre en compagnie de Zacharie et d’Anne, fille de Phanuel.

« Approche, Marie, dit le grand-prêtre. Voici l’époux que Dieu te destine. C’est Joseph de Nazareth. Tu retourneras donc dans ta cité. Maintenant, je vous laisse. Que Dieu vous donne sa bénédiction ! Que le Seigneur vous garde et vous bénisse, qu’il vous montre sa face et ait toujours pitié de vous. Qu’il tourne vers vous sa face et vous donne la paix ! »

Zacharie sort pour accompagner le grand-prêtre. Anne félicite l’époux, puis sort, elle aussi.

12.6 Les deux fiancés se font face. Marie, toute rouge, a la tête inclinée. Joseph, un peu rouge lui aussi, l’observe et cherche les mots à dire pour commencer.

Il les trouve finalement et un sourire l’éclaire.

« Je te salue, Marie. Je t’ai vue toute petite, alors que tu avais quelques jours seulement… J’étais un ami de ton père et j’ai un neveu, un petit-fils de mon frère Alphée, qui aimait beaucoup ta mère. C’était pour elle un petit ami, parce qu’il n’a que dix-huit ans aujourd’hui et, quand tu n’étais pas encore née, c’était un tout petit bonhomme qui réjouissait la tristesse de ta mère. Elle l’aimait beaucoup. Tu ne nous connais pas, parce que tu es venue ici toute petite. Mais à Nazareth tout le monde t’aime bien, pense à toi, et parle de la petite Marie, la fille de Joachim, dont la naissance fut un miracle du Seigneur qui fit refleurir la femme stérile… Je me rappelle ce soir où tu es née… Nous nous en souvenons tous à cause du prodige d’une forte pluie qui sauva les récoltes, et d’un orage violent dans lequel la foudre ne brisa pas même un brin de bruyère sauvage et se termina par un arc-en-ciel, le plus grand et le plus beau qu’on ait jamais vu. Et puis… qui ne se rappelle pas la joie de Joachim ? Il te berçait en te montrant à ses voisins… Il t’admirait comme si tu étais une fleur tombée du ciel et voulait que tout le monde t’admire. Ton heureux et vieux père mourut en parlant de sa Marie, si belle et bonne, dont les paroles étaient si pleines de grâce et de sagesse… Il avait bien raison de t’admirer et de dire que nulle autre n’est plus belle que toi ! Et ta mère ? Elle remplissait de son chant l’endroit où se trouvait ta maison. On aurait dit une alouette au printemps quand elle te portait et plus tard, quand elle te donnait le sein. C’est moi qui ai fait ton berceau, un petit berceau orné de roses sculptées, comme le voulait ta mère. Peut-être est-il encore dans votre maison fermée… Moi, j’ai déjà un certain âge, Marie. Lorsque tu es née, je faisais mon apprentissage. Je travaillais déjà… Qui aurait dit que j’allais t’avoir pour épouse ! Peut-être la mort de tes parents aurait-elle été plus heureuse, puisque nous étions amis. J’ai enseveli ton père en le pleurant d’un cœur sincère, car il avait été pour moi un bon maître dans la vie. »

Lentement, très lentement, Marie lève la tête. Elle est de plus en plus rassurée en entendant les mots de Joseph. Quand il lui parle du berceau, elle esquisse un sourire et quand Joseph lui parle de son père, elle lui tend la main et dit : « Merci, Joseph », un merci timide et plein de douceur.

Joseph prend la petite main de jasmin entre ses mains courtes et fortes de charpentier et la caresse avec une affection qui veut la rassurer. Peut-être attend-il qu’elle en dise davantage, mais Marie se tait de nouveau. Il reprend alors :

« La maison, tu le sais, est intacte, excepté la partie qui a été abattue par ordre du consul pour transformer le sentier en une voie pour les fourgons de Rome. Mais les champs sont un peu négligés, du moins ce qui t’en reste car, tu sais… la maladie de ton père a coûté une grande partie de tes biens. Voici plus de trois printemps que les arbres et les vignes n’ont pas vu la cisaille du jardinier, et la terre est devenue inculte et dure. Mais les arbres que tu as connus dans ton enfance sont toujours là et, si tu me le permets, je vais tout de suite m’en occuper.

– Merci, Joseph. Mais tu as déjà ton travail…

– Je travaillerai à ton jardin aux premières et aux dernières heures du jour. A cette époque, les jours s’allongent. Je veux que tout soit en ordre au printemps, pour te faire plaisir. Regarde, voici un rameau de l’amandier qui jouxte la maison. Si j’ai voulu le cueillir… – on peut entrer de tout côté par la haie éventrée, mais je vais la consolider et la renforcer –, si donc j’ai voulu le cueillir, c’est que je pensais qu’au cas où je serais choisi – mais je ne l’espérais pas, car je suis nazir et j’ai obéi à la convocation parce qu’elle provenait du prêtre, non par désir de mariage – je pensais, disais-je, que tu serais heureuse d’avoir une fleur de ton jardin. La voilà, Marie, c’est pour toi. Avec elle, je te donne mon cœur qui jusqu’ici n’a fleuri que pour le Seigneur, et maintenant fleurit pour toi, mon épouse. »

12.7 Marie prend le rameau d’amandier. Elle est émue et regarde Joseph d’un air toujours plus rassuré et radieux. Elle se sent sûre de lui quand il lui dit : « Je suis nazir », son visage devient tout lumineux, et elle prend courage.

« Moi aussi, Joseph, j’appartiens totalement à Dieu. Je ne sais pas si le grand-prêtre te l’a dit…

– Il m’a seulement appris que tu es bonne et pure, et que tu dois me révéler un vœu que tu as fait, et il m’a recommandé d’être bon avec toi. Parle, Marie. Ton Joseph veut satisfaire tous tes désirs pour te rendre heureuse. Je ne t’aime pas charnellement. Je t’aime spirituellement, comme une sainte enfant que Dieu me donne ! Vois en moi un père et un frère, pas seulement un époux. Confie-toi à moi comme à un père, aie confiance en moi comme en un frère.

– Dès mon plus jeune âge, je me suis consacrée au Seigneur. Je sais que cela ne se fait pas en Israël. Mais j’entendais une Voix me demander ma virginité en sacrifice d’amour pour l’avènement du Messie. Cela fait si longtemps qu’Israël l’attend ! Ce n’est pas trop de renoncer pour cela à la joie d’être mère ! »

Joseph l’observe fixement comme s’il voulait lire au fond de son cœur puis, prenant ses deux mains qui tiennent encore le rameau en fleurs, il répond :

« Moi aussi, j’unirai mon sacrifice au tien, et par notre chas­teté nous témoignerons un tel amour à l’Eternel qu’il donnera plus tôt le Sauveur à la terre, nous permettant ainsi de voir sa lumière resplendir dans le monde. Viens, Marie. Allons à sa Maison et jurons de nous aimer à la manière des anges. 12.8Puis je retournerai à Nazareth tout préparer pour toi, dans ta maison si tu le désires, ou ailleurs si tu préfères.

– Chez moi… il y avait une grotte, tout au fond… elle y est toujours ?

– Elle y est, mais elle ne t’appartient plus… Je t’en ferai une autre où tu pourras trouver calme et fraîcheur aux heures les plus chaudes de la journée. Et puis, dis-moi, qui veux-tu pour te tenir compagnie ?

– Personne. Je n’ai pas peur. La mère d’Alphée, qui vient toujours me rendre visite, me tiendra un peu compagnie dans la journée et je préfère rester seule la nuit. Il ne peut rien m’arriver de mal.

– Et puis, je suis là, moi, désormais… Quand dois-je venir te chercher ?

– Quand tu veux, Joseph.

– Alors je viendrai dès que la maison sera prête. Je ne toucherai à rien. Je veux que tu la trouves telle que ta mère l’a laissée. Mais je désire qu’elle soit pleine de soleil et bien propre, pour que tu ne t’y sentes pas accueillie tristement. Viens, Marie. Allons dire au Très-Haut que nous le bénissons. »

Je ne vois rien de plus. Mais je garde au fond du cœur le sentiment de sécurité qu’éprouve Marie.

EMV 12.5-8 · Tome 1, p. 88

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Tous sortent donc, excepté le grand-prêtre et Joseph. On fait retomber la tenture sur la porte.

Joseph, tout humble, se tient à côté du prêtre majestueux. Après un silence, celui-ci dit :

« Marie doit te révéler un voeu qu’elle a fait. Viens en aide à sa timidité. Fais preuve de bonté envers elle, elle est si bonne !

– Je mettrai à son service toutes mes forces d’homme et, pour elle, aucun sacrifice ne me pèsera. »

Marie entre en compagnie de Zacharie et d’Anne, fille de Phanuel.

(...) [Le grand prêtre se retire et les deux fiancés font connaissance. Joseph cherche à la rassurer, à la mettre à l'aise. Il évoque alors sa maison et suggère qu'il en prenne soin avant l'arrivée de Marie. C'est à partir de ce moment qu'il évoque son naziréat.]

– Je travaillerai à ton jardin aux premières et aux dernières heures du jour. A cette époque, les jours s’allongent. Je veux que tout soit en ordre au printemps, pour te faire plaisir. Regarde, voici un rameau de l’amandier qui jouxte la maison. Si j’ai voulu le cueillir... – on peut entrer de tout côté par la haie éventrée, mais je vais la consolider et la renforcer –, si donc j’ai voulu le cueillir, c’est que je pensais qu’au cas où je serais choisi – mais je ne l’espérais pas, car je suis nazir et j’ai obéi à la convocation parce qu’elle provenait du prêtre, non par désir de mariage – je pensais, disais-je, que tu serais heureuse d’avoir une fleur de ton jardin. La voilà, Marie, c’est pour toi. Avec elle, je te donne mon coeur qui jusqu’ici n’a fleuri que pour le Seigneur, et maintenant fleurit pour toi, mon épouse. »

12.7 Marie prend le rameau d’amandier. Elle est émue et regarde Joseph d’un air toujours plus rassuré et radieux. Elle se sent sûre de lui quand il lui dit : « Je suis nazir », son visage devient tout lumineux, et elle prend courage.

« Moi aussi, Joseph, j’appartiens totalement à Dieu. Je ne sais pas si le grand-prêtre te l’a dit...

– Il m’a seulement appris que tu es bonne et pure, et que tu dois me révéler un voeu que tu as fait, et il m’a recommandé d’être bon avec toi. Parle, Marie. Ton Joseph veut satisfaire tous tes désirs pour te rendre heureuse. Je ne t’aime pas charnellement. Je t’aime spirituellement, comme une sainte enfant que Dieu me donne ! Vois en moi un père et un frère, pas seulement un époux. Confie-toi à moi comme à un père, aie confiance en moi comme en un frère.

– Dès mon plus jeune âge, je me suis consacrée au Seigneur. Je sais que cela ne se fait pas en Israël. Mais j’entendais une Voix me demander ma virginité en sacrifice d’amour pour l’avènement du Messie. Cela fait si longtemps qu’Israël l’attend ! Ce n’est pas trop de renoncer pour cela à la joie d’être mère ! »

Joseph l’observe fixement comme s’il voulait lire au fond de son coeur puis, prenant ses deux mains qui tiennent encore le rameau en fleurs, il répond :

« Moi aussi, j’unirai mon sacrifice au tien, et par notre chas­teté nous témoignerons un tel amour à l’Eternel qu’il donnera plus tôt le Sauveur à la terre, nous permettant ainsi de voir sa lumière resplendir dans le monde. Viens, Marie. Allons à sa Maison et jurons de nous aimer à la manière des anges. 12.8Puis je retournerai à Nazareth tout préparer pour toi, dans ta maison si tu le désires, ou ailleurs si tu préfères.

– Chez moi... il y avait une grotte, tout au fond... elle y est toujours ?

– Elle y est, mais elle ne t’appartient plus... Je t’en ferai une autre où tu pourras trouver calme et fraîcheur aux heures les plus chaudes de la journée. Et puis, dis-moi, qui veux-tu pour te tenir compagnie ?

– Personne. Je n’ai pas peur. La mère d’Alphée, qui vient toujours me rendre visite, me tiendra un peu compagnie dans la journée et je préfère rester seule la nuit. Il ne peut rien m’arriver de mal.

– Et puis, je suis là, moi, désormais... Quand dois-je venir te chercher ?

– Quand tu veux, Joseph.

– Alors je viendrai dès que la maison sera prête. Je ne toucherai à rien. Je veux que tu la trouves telle que ta mère l’a laissée. Mais je désire qu’elle soit pleine de soleil et bien propre, pour que tu ne t’y sentes pas accueillie tristement. Viens, Marie. Allons dire au Très-Haut que nous le bénissons. »

Je ne vois rien de plus. Mais je garde au fond du coeur le sentiment de sécurité qu’éprouve Marie.

Détail

Joseph vient d'être choisi comme époux de Marie. Le grand-prêtre a envoyé Zacharie chercher la jeune vierge et il reste seul avec l'heureux époux.

EMV 12.6 · Tome 1, p. 88-90

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« Je te salue, Marie. Je t’ai vue toute petite, alors que tu avais quelques jours seulement... J’étais un ami de ton père et j’ai un neveu, un petit-fils de mon frère Alphée, qui aimait beaucoup ta mère. C’était pour elle un petit ami, parce qu’il n’a que dix-huit ans aujourd’hui et, quand tu n’étais pas encore née, c’était un tout petit bonhomme qui réjouissait la tristesse de ta mère. Elle l’aimait beaucoup. Tu ne nous connais pas, parce que tu es venue ici toute petite. Mais à Nazareth tout le monde t’aime bien, pense à toi, et parle de la petite Marie, la fille de Joachim, dont la naissance fut un miracle du Seigneur qui fit refleurir la femme stérile... Je me rappelle ce soir où tu es née... Nous nous en souvenons tous à cause du prodige d’une forte pluie qui sauva les récoltes, et d’un orage violent dans lequel la foudre ne brisa pas même un brin de bruyère sauvage et se termina par un arc-en-ciel, le plus grand et le plus beau qu’on ait jamais vu. Et puis... qui ne se rappelle pas la joie de Joachim ? Il te berçait en te montrant à ses voisins... Il t’admirait comme si tu étais une fleur tombée du ciel et voulait que tout le monde t’admire. Ton heureux et vieux père mourut en parlant de sa Marie, si belle et bonne, dont les paroles étaient si pleines de grâce et de sagesse... Il avait bien raison de t’admirer et de dire que nulle autre n’est plus belle que toi ! Et ta mère ? Elle remplissait de son chant l’endroit où se trouvait ta maison. On aurait dit une alouette au printemps quand elle te portait et plus tard, quand elle te donnait le sein. C’est moi qui ai fait ton berceau, un petit berceau orné de roses sculptées, comme le voulait ta mère. Peut-être est-il encore dans votre maison fermée... Moi, j’ai déjà un certain âge, Marie. Lorsque tu es née, je faisais mon apprentissage. Je travaillais déjà... Qui aurait dit que j’allais t’avoir pour épouse ! Peut-être la mort de tes parents aurait-elle été plus heureuse, puisque nous étions amis. J’ai enseveli ton père en le pleurant d’un coeur sincère, car il avait été pour moi un bon maître dans la vie. »

Lentement, très lentement, Marie lève la tête. Elle est de plus en plus rassurée en entendant les mots de Joseph. Quand il lui parle du berceau, elle esquisse un sourire et quand Joseph lui parle de son père, elle lui tend la main et dit : « Merci, Joseph », un merci timide et plein de douceur.

EMV 13.1-7 · Tome 1, p. 92-97

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13.1 Comme elle est belle, Marie, dans sa tenue d’épouse, au milieu d’amis et de ses maîtresses en fête ! Elisabeth est parmi elles.

Elle porte une robe de lin d’un blanc éclatant, un lin si doux et si fin qu’on dirait de la soie précieuse. Une ceinture en or et argent travaillée au burin ceint sa fine taille ; elle se compose entièrement de médaillons reliés par des chaînettes, et chaque médaillon est une broderie de fils d’or sur un fond d’argent lourd que le temps a bruni. Sans doute parce qu’elle est trop large pour la fiancée – encore bien jeune ! –, les trois derniers médaillons de cette ceinture pendent sur le devant. Elle descend entre les plis de la robe, très ample, si longue que cela lui fait une courte traîne. Marie porte aux pieds des sandales de peau très blanche, avec des boucles en argent.

Sa robe est retenue au cou par une chaînette à rosettes d’or avec un filigrane d’argent, qui reprend en plus petit le motif de la ceinture. Cette chaînette passe dans les ajourés de son grand décolleté en réunissant les plis qui forment une sorte de petit jabot. Le cou de Marie émerge de ce plissé blanc avec la grâce d’une fleur entourée d’une gaze précieuse et paraît encore plus frêle et blanc : on dirait une fleur de lys qui s’épanouit sur son visage de lys, que l’émotion rend encore plus pâle et plus frais. C’est le visage d’une hostie très pure.

Ses cheveux ne lui tombent plus sur les épaules. Ils sont gracieusement disposés en tresses entrelacées, maintenues depuis le haut de la tête par des épingles à cheveux en argent bruni, faites en broderie à filigrane. Le voile de sa mère est disposé sur ces tresses et retombe en beaux plis au-dessous de la lame précieuse qui enserre son front très blanc. Comme Marie est plus petite que sa mère, il lui tombe jusqu’aux reins et dépasse même les hanches, alors qu’il arrivait à la ceinture d’Anne.

Elle n’a rien aux doigts, mais porte des bracelets aux poignets. Là encore, ses poignets sont si fins que les lourds bracelets de sa mère glissent jusque sur ses mains ; peut-être même que, si elle secouait les mains, ils tomberaient par terre.

13.2 Ses compagnes la regardent de tous côtés et l’admirent.

Leurs questions et leurs cris d’émerveillement forment un gai gazouillis d’oiseaux.

« Ce sont les bijoux de ta mère ?

– Ils sont anciens, n’est-ce pas ?

– Comme elle est belle, cette ceinture, Sarah !

– Et ce voile, Suzanne ! Vois cette finesse ! Regarde les lys qui y sont tissés !

– Fais-moi voir tes bracelets, Marie ! Ils appartenaient à ta mère ?

– Elle les mettait. Mais ce sont ceux de la mère de Joachim, mon père.

– Oh, regarde ! Ils portent le sceau de Salomon entrelacé à de petits rameaux de palmier et d’olivier et, au milieu, il y a des lys et des roses. Ah ! qui a effectué un travail si parfait et si minutieux ?

– Ceux de la maison de David, explique Marie. Cela fait des siècles que les femmes de sa race les portent à leur mariage, et ils se les transmettent par héritage.

– C’est vrai, tu es héritière...

– On t’a tout apporté de Nazareth ?

– Non. A la mort de ma mère, ma cousine a pris mon trousseau chez elle pour le garder en bon état. Elle vient de me l’apporter.

– Où est-il ? Où est-il ? Montre-le à tes amies ! »

Marie ne sait comment faire... Elle désirerait être aimable, mais elle veut aussi éviter de déranger toutes ses affaires, disposées dans trois coffres pesants.

Mais les maîtresses viennent à son secours.

« L’époux est sur le point d’arriver. Ce n’est pas le moment de faire du désordre. Laissez-la tranquille, vous la fatiguez, et allez plutôt vous préparer. »

L’essaim des bavardes s’éloigne, un peu boudeur. Marie peut profiter en paix de la présence de ses maîtresses, qui lui adressent louanges et bénédictions.

13.3 A son tour, Elisabeth s’est approchée. Tout émue, Marie pleure parce qu’Anne, fille de Phanuel, l’appelle « Ma fille ! » et l’embrasse avec une affection vraiment maternelle. Elisabeth lui dit :

« Marie, ta mère n’est pas là, et pourtant elle est présente. Son âme exulte de joie auprès de toi. Et regarde : ce que tu portes, c’est une caresse qu’elle te fait. Tu y retrouves la saveur de ses baisers. Il y a bien longtemps, le jour où tu es entrée au Temple, elle m’a dit : “ Je lui ai préparé sa robe de mariée et son trousseau. Je veux que ce soit moi qui file le lin et fasse ses vêtements d’épouse, pour ne pas être absente le jour de sa joie. ” Et, tu sais ? Les derniers temps, quand je prenais soin d’elle, elle voulait chaque soir caresser tes premières robes et les vêtements que tu portes maintenant. Elle disait : “ J’y sens l’odeur de jasmin de ma petite fille, et je veux qu’elle sente là-dessus le baiser de sa maman. ” Que de baisers n’a-t-elle pas donnés à ce voile qui te couvre le front ! Plus de baisers qu’il n’y a de fils... Et quand tu mettras les linges qu’elle a tissés, pense que c’est moins le métier qui les a tissés que l’amour de ta mère. Quant à ces colliers... malgré les moments difficiles, ton père les a sauvés pour toi, pour que tu sois belle aujourd’hui, comme il convient à une princesse de David. Sois heureuse, Marie. Tu n’es pas orpheline, les tiens sont avec toi et tu as un époux qui est pour toi père et mère, tant il est parfait...

– Oh oui, c’est vrai ! Je ne peux vraiment pas me plaindre de lui. En moins de deux mois, il est venu deux fois et c’est aujourd’hui la troisième fois qu’il vient, défiant pluies et vents, pour prendre mes ordres... Pense donc : mes ordres ! Moi qui suis une pauvre femme et combien plus jeune que lui ! Et il ne m’a rien refusé. Il n’attend même pas que je le lui demande. On dirait qu’un ange lui souffle ce que je désire, et il m’en parle avant que je n’ouvre la bouche. La dernière fois, il m’a dit : “ Marie, je pense que tu préfèreras rester dans ta maison paternelle. Etant donné que tu es l’héritière, tu peux le faire si tu le crois bon. Je viendrai dans ta maison. Seulement, pour observer le rite, tu iras passer une semaine chez mon frère Alphée. Marie t’aime déjà tellement ! C’est de là que, le soir des noces, le cortège partira pour t’emmener à la maison. ” N’est-ce pas gentil ? Peu lui importe que les gens prétendent que sa maison ne me plaît pas... Elle m’aurait certainement plu, d’ailleurs, puisqu’il s’y trouve, lui qui est si bon. Mais, c’est sûr..., je préfère ma maison... à cause de mes souvenirs... Oh, qu’il est bon, Joseph !

– Qu’a-t-il dit de ton voeu ? Tu ne m’en as pas encore parlé.

– Il n’a fait aucune objection. Mieux, quand il en a su les raisons, il a dit : “ J’unirai mon sacrifice au tien. ”

– C’est un jeune saint », dit Anne, fille de Phanuel.

13.4 Le “ jeune saint ” entre à cet instant, en compagnie de Zacharie.

Il est vraiment superbe. Tout en jaune d’or, on dirait un souverain oriental. Une splendide ceinture porte sa bourse et un poignard, la première en maroquin à broderies d’or, le second, lui aussi, dans un fourreau en maroquin à rayures d’or. Sur la tête, il porte un turban en tissu, la coiffure habituelle qui sert de capuchon à certains peuples d’Afrique, comme les Bédouins. Il est maintenu en place par un cercle précieux, un fin fil d’or auquel sont attachés de petits bouquets de myrte. Il a un manteau tout neuf, plein de franges, dans lequel il se drape majestueusement. Ses yeux pétillent de joie. Il tient des bouquets de myrte en fleurs. Il salue :

« Paix à toi, mon épouse ! Paix à tous ! »

Après avoir été salué en retour, il ajoute :

« J’ai vu ta joie, le jour où je t’ai offert le rameau de ton jardin. J’ai donc pensé à apporter un peu du myrte que j’ai cueilli près de la grotte qui t’est si chère. J’aurais voulu y joindre des roses dont les premières fleurs apparaissent, contre ta maison. Mais elles n’auraient pas supporté plusieurs jours de voyage... Il ne me serait plus resté que les épines à l’arrivée. Or je ne veux t’offrir, ma bien-aimée, que des roses, je veux joncher ton chemin de fleurs délicates et parfumées, pour que tu puisses y poser le pied sans te salir ni trébucher.

– Oh, merci à toi, comme tu es bon ! Comment as-tu pu lui garder une telle fraîcheur ?

– J’ai attaché un vase à la selle et j’y ai mis les branches de fleurs en boutons. Elles ont fleuri en chemin. Les voici, Marie. Que ton front s’orne de la guirlande de pureté, symbole de l’épouse, mais d’une pureté toujours bien moindre que celle de ton coeur. »

Elisabeth et les maîtresses parent Marie de cette guirlande fleurie. Elles la forment en fixant au cercle précieux qui ceint son front les touffes blanches de myrte, alternant avec de petites roses blanches prises dans un vase posé sur un coffre.

Marie fait le geste de prendre son ample manteau blanc pour le mettre sur son dos, mais son époux la précède et l’aide à le fixer sur les épaules par deux épingles d’argent. Les maîtresses en arrangent les plis avec amour et grâce.

13.5 Tout est prêt. Pendant qu’on attend je ne sais quoi, Joseph prend Marie à part et lui dit :

« Ces temps-ci, j’ai repensé à ton voeu. Je t’ai dit que je le partageais. Mais, plus j’y pense, plus je me rends compte que le naziréat temporaire ne suffit pas, même si on le renouvelle à plusieurs reprises. Je t’ai comprise, Marie. Je ne mérite pas encore la parole de la Lumière, mais un murmure m’arrive déjà. Et cela me permet de comprendre ton secret, du moins dans ses grandes lignes. Je suis un pauvre ignorant, Marie, un simple ouvrier. Je suis illettré et je ne possède pas de trésors. Mais mon trésor, je le dépose à tes pieds, pour toujours : ma chasteté absolue, pour être digne de me tenir à tes côtés, toi la Vierge de Dieu, ma “ soeur épouse, mon jardin clos, ma source scellée ”, comme l’a dit notre aïeul, qui a peut-être écrit le Cantique des cantiques en te voyant, toi... Je serai le gardien de ce jardin parfumé où se trouvent les fruits les plus précieux et dont une source d’eau vive jaillit avec une douce impétuosité : ta douceur, ô mon épouse dont la pureté a conquis mon âme, ô ma toute belle. Tu es plus belle que l’aurore, tu es un soleil resplendissant car c’est ton coeur qui resplendit, ô toi qui es tout amour pour ton Dieu et pour le monde, à qui tu veux donner le Sauveur par le sacrifice de ta vie de femme. Viens, ma bien-aimée. »

Il la prend délicatement par la main et la conduit vers la porte. Les autres les suivent et, à l’extérieur, ses compagnes en fête s’unissent à eux, toutes vêtues de blanc et voilées.

13.6 Ils passent des cours et des portiques, au milieu de la foule qui les observe, et parviennent à un endroit qui n’est plus le Temple, mais qui paraît être une salle consacrée au culte. On y voit en effet des lampes et des rouleaux de parchemin comme dans les synagogues. Les époux s’avancent en face d’un pupitre élevé, une sorte de chaire, et ils attendent. Les autres se mettent en rangs derrière eux. D’autres prêtres et des curieux s’ins­tallent au fond.

Le grand-prêtre entre solennellement. Les curieux chu­­chotent :

« C’est lui qui les marie ?

– Oui, parce que l’épouse est de race royale et sacerdotale, une fleur de David et d’Aaron. C’est une vierge du Temple. L’époux est de la tribu de David. »

Le grand-prêtre met la main droite de l’épouse dans celle de l’époux et les bénit solennellement :

« Que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob soit avec vous. Qu’il vous unisse et que s’accomplisse en vous sa bénédiction, en vous donnant sa paix et une nombreuse postérité ainsi qu’une longue vie et une mort bienheureuse dans le sein d’Abraham. »

Puis il se retire, aussi solennellement qu’il est entré.

Cette promesse échangée, Marie est l’épouse de Joseph.

Tous sortent et, toujours en bon ordre, ils vont dans une pièce où est rédigé le contrat de mariage. Il y est précisé que Marie, héritière de Joachim, de la descendance de David, et d’Anne, de la descendance d’Aaron, apporte en dot à son époux sa maison et ses biens annexes, son trousseau personnel et tout ce qu’elle a hérité de son père.

Tout est accompli.

13.7 Les époux sortent dans la cour, puis se dirigent vers la sortie, près du quartier des femmes affectées au Temple. Un grand chariot confortable les attend. Une toile sert d’abri, et les lourds coffres de Marie s’y trouvent déjà.

Après bien des adieux, embrassements et larmes, bénédictions, conseils et recommandations, Marie monte avec Elisabeth et s’installe à l’intérieur du chariot. Joseph et Zacharie s’asseyent à l’avant. Ils ont enlevé leurs manteaux de fête et sont tous enveloppés dans un grand manteau foncé.

Le chariot part au trot pesant d’un gros cheval de couleur bai-brun. Les murs du Temple s’éloignent, puis ceux de la cité, et voici la campagne, toute renouvelée, fraîche et fleurie sous le premier soleil du printemps. Les blés ont déjà la hauteur d’une main et leurs jeunes feuilles pareilles à des émeraudes ondoient sous une brise légère qui sent les fleurs de pêcher et de pommier, de trèfle et de menthe sauvage.

Marie pleure doucement sous son voile, et, de temps à autre, elle soulève la toile pour jeter un dernier coup d’oeil sur le Temple qui s’éloigne, sur la cité qu’elle quitte...

Détail

Fiançailles de Joseph et de Marie