59.1 Je vois la synagogue de CapharnaĂŒm. Elle est dĂ©jĂ remplie dâune foule qui attend. Des gens, sur le seuil, surveillent la place encore ensoleillĂ©e, bien que lâon aille vers le soir.
Finalement, un cri sâĂ©lĂšve :
« Le Rabbi arrive ! »
Tous se retournent vers la sortie. Les moins grands montent sur la pointe des pieds ou cherchent Ă se pousser en avant. Il y a mĂȘme quelques disputes et quelques bousculades malgrĂ© les reproches des employĂ©s de la synagogue et des notables de la citĂ©.
« La paix soit avec tous ceux qui cherchent la vérité ! »
JĂ©sus est sur le seuil et salue en bĂ©nissant, les bras tendus en avant. La lumiĂšre trĂšs vive qui vient de la place ensoleillĂ©e met en valeur sa grande taille et le nimbe de lumiĂšre. Il a quittĂ© son habit blanc et porte ses vĂȘtements ordinaires, bleu foncĂ©. Il sâavance Ă travers la foule qui lui fait un passage, puis se resserre autour de lui, comme lâeau autour dâun navire.
59.2 « Je suis malade, guĂ©ris-moi ! » gĂ©mit un jeune homme qui me semble phtisique dâaprĂšs son aspect, et qui tient JĂ©sus par son vĂȘtement.
JĂ©sus lui pose la main sur la tĂȘte et lui dit :
« Aie confiance, Dieu tâĂ©coutera, lĂąche-moi maintenant pour que je parle au peuple ; je viendrai Ă toi plus tard. »
Le jeune homme le lĂąche et reste tranquille.
« Quâest-ce quâil tâa dit ? lui demande une femme qui porte un enfant sur ses bras.
â Il mâa dit quâaprĂšs avoir parlĂ© au peuple, il viendra vers moi.
â Il te guĂ©rit, alors ?
â Je ne sais pas. Il mâa dit : â Confiance. â Moi, jâespĂšre.
â Quâest-ce quâil tâa dit ?
â Quâest-ce quâil tâa dit ? »
La foule veut savoir. La réponse de Jésus circule parmi le peuple.
« Dans ce cas, je vais chercher mon enfant.
â Et moi, jâamĂšne ici mon vieux pĂšre.
â Ah ! Si AggĂ©e voulait venir ! Je vais essayer... mais il ne viendra pas. »
59.3 JĂ©sus a rejoint sa place. Il salue le chef de la synagogue qui en fait autant. Câest un homme de petite taille, gras et vieillot. JĂ©sus doit se pencher pour lui parler. On dirait un palmier qui sâincline vers un arbuste plus large que haut.
« Que veux-tu que je te donne ? demande le chef de la synaÂgogue.
â Ce que tu veux ou bien au hasard, lâEsprit te guidera.
â Mais... seras-tu prĂ©parĂ© ?
â Je le suis. Prends au hasard. Je le rĂ©pĂšte : lâEsprit du Seigneur guidera ton choix pour le bien de ce peuple. »
Le chef de la synagogue Ă©tend la main sur le tas de rouleaux. Il en prend un, lâouvre et sâarrĂȘte sur un passage donnĂ©.
« Voilà » dit-il.
JĂ©sus prend le rouleau et lit Ă lâendroit indiquĂ© :
« â LĂšve-toi et sanctifie le peuple et dis-leur : â Sanctifiez-vous pour demain car ainsi parle YahvĂ©, le Dieu dâIsraĂ«l : LâanathĂšme est au milieu de toi, IsraĂ«l. Tu ne pourras pas tenir devant tes ennemis jusquâĂ ce que vous ayez Ă©cartĂ© lâanathĂšme du milieu de vous. â â »
Il sâarrĂȘte, roule le rouleau et le rend. La foule est trĂšs attentive. Seul quelquâun chuchote :
« Nous allons en entendre de belles contre les ennemis !
â Câest le Roi dâIsraĂ«l, le Promis, qui rassemble son peuple ! »
59.4 Jésus tend les bras dans son attitude oratoire. Le silence est total.
« Celui qui est venu vous sanctifier sâest levĂ©. Il est sorti du secret de la maison oĂč il sâest prĂ©parĂ© Ă cette mission. Il sâest purifiĂ© pour vous donner lâexemple de la purification. Il a pris position face aux puissants du Temple et au peuple de Dieu. Et maintenant, il est parmi vous. Câest moi ! Non pas comme le pensent et lâespĂšrent certains parmi vous qui ont lâesprit obscurci et le coeur troublĂ©. Plus grand et plus noble est le Royaume dont je suis le futur Roi et auquel je vous appelle.
Je vous appelle, hommes dâIsraĂ«l, avant tout autre peuple, parce que vous ĂȘtes ceux qui avez eu dans les pĂšres de vos pĂšres la promesse de cette heure et lâalliance avec le Seigneur TrĂšs-Haut. Mais ce ne sera pas Ă lâaide de foules armĂ©es ni par quelque fĂ©roce effusion de sang que ce Royaume se formera. Ce ne sont pas les violents ni les dominateurs, pas plus que les orgueilleux, les irascibles, les envieux, les luxurieux, les gens cupides qui y entreront, mais les bons, les doux, les chastes, les misĂ©ricordieux, les humbles, les patients, ceux qui aiment Dieu et leur prochain.
IsraĂ«l ! Ce nâest pas contre les ennemis de lâextĂ©rieur que tu es appelĂ© Ă combattre, mais contre les ennemis de lâintĂ©rieur, contre ceux qui se trouvent dans ton coeur, dans le coeur des dizaines de milliers de tes enfants. Otez lâanathĂšme du pĂ©chĂ© de tous vos coeurs si vous voulez que demain le Seigneur vous rassemble et vous dise : â Mon peuple, reçois le Royaume qui ne sera plus vaincu, ni envahi, ni attaquĂ© par les ennemis. â
Demain. Quand viendra ce lendemain ? Dans un an ou dans un mois ? Ne cherchez pas avec la soif malsaine de connaĂźtre lâavenir par des moyens qui ont le goĂ»t de coupables sorcelleries. Laissez aux paĂŻens lâesprit de la Pythie. Laissez au Dieu Ă©ternel le secret de son temps. Quant Ă vous, dĂšs demain â le lendemain qui succĂšdera Ă cette heure du soir, celui qui viendra de nuit et surgira avec le chant du coq â, venez vous purifier par une pĂ©nitence authentique.
Repentez-vous de vos pĂ©chĂ©s pour ĂȘtre pardonnĂ©s et prĂȘts pour le Royaume. Ecartez de vous lâanathĂšme du pĂ©chĂ©. Chacun a le sien. Chacun a celui qui est contraire aux dix commandements du salut Ă©ternel. Examinez-vous chacun sincĂšrement et vous trouverez le point sur lequel vous vous ĂȘtes trompĂ©s. Ayez-en humblement un repentir sincĂšre. Veuillez vous repentir, mais pas en paroles seulement. On ne se moque pas de Dieu et on ne le trompe pas. Mais repentez-vous avec la volontĂ© arrĂȘtĂ©e de changer de vie, de revenir Ă la Loi du Seigneur. Le Royaume des Cieux vous attend. Demain.
Demain ? demandez-vous. Ah ! Lâheure de Dieu est toujours un prompt lendemain, mĂȘme quand elle arrive au terme dâune longue vie comme celle des patriarches. LâĂ©ternitĂ© nâa pas, pour mesurer le temps, le lent Ă©coulement du sablier. Ces mesures du temps que vous appelez jours, mois, annĂ©es, siĂšcles sont les battements de coeur de lâEsprit Ă©ternel qui vous garde en vie. Mais vous ĂȘtes Ă©ternels spirituellement et vous devez, spirituellement, garder la mĂȘme mĂ©thode de mesure du temps que votre CrĂ©ateur. Par consĂ©quent, vous devez vous dire : â Demain, ce sera le jour de ma mort ! â Bien plus, il nây a pas de mort pour celui qui est fidĂšle, mais un repos dans lâattente, dans lâattente du Messie qui ouvre les portes des Cieux.
En vérité, je vous déclare que parmi ceux qui sont ici présents, vingt-sept seulement devront attendre leur mort. Les autres seront jugés dÚs avant leur mort et celle-ci les fera passer à Dieu ou à Mammon sans délai, parce que le Messie est venu : il est parmi vous et vous appelle pour vous apporter la bonne nouvelle, vous instruire de la vérité, vous assurer le salut et le Ciel.
Faites pĂ©nitence ! Le â demain â du Royaume des Cieux est imÂminent ; quâil vous trouve purs pour devenir les possesseurs du Jour Ă©ternel !
La paix soit avec vous. »
59.5 Un israĂ©lite barbu aux vĂȘtements somptueux se lĂšve pour le contredire. Il dĂ©clare :
« MaĂźtre, ce que tu affirmes me paraĂźt en opposition avec ce qui est dit au Livre second des MaccabĂ©es, gloire dâIsraĂ«l. Il y est Ă©crit: â Quand les pĂ©cheurs ne sont pas laissĂ©s longtemps Ă eux-mĂȘmes, mais que les chĂątiments ne tardent pas Ă les atÂteindre, câest une marque de grande bontĂ©. A lâĂ©gard des autres nations, le MaĂźtre attend avec longanimitĂ©, pour les chĂątier, quâelles arrivent Ă combler la mesure de leurs iniquitĂ©s. â Toi, au contraire, tu parles comme si le TrĂšs-Haut pouvait ĂȘtre trĂšs lent Ă nous punir, comme sâil nous attendait, Ă lâinstar des autres peuples, au temps du Jugement, quand la mesure des pĂ©chĂ©s sera comble. Vraiment, les faits tâapportent un dĂ©menti. IsraĂ«l est puni, comme le dit lâhistoire des MaccabĂ©es. Mais, si câĂ©tait comme tu le prĂ©tends, nây aurait-il pas un dĂ©saccord entre ton enseignement et celui qui ressort de la phrase que je tâai rapportĂ©e ?
â Jâignore qui tu es ; mais qui que tu sois, je te rĂ©ponds. Il nây a pas de dĂ©saccord dans la doctrine, mais dans la maniĂšre dâinterprĂ©ter les paroles. Tu les interprĂštes dâune maniĂšre humaine, moi dâune maniĂšre spirituelle. En digne reprĂ©sentant de la majoritĂ© des hommes, tu vois tout dans une rĂ©fĂ©rence au prĂ©sent et Ă ce qui passe. Moi, en reprĂ©sentant de Dieu, jâexplique tout et en fais lâapplication Ă lâĂ©ternel et au surnaturel. YahvĂ© vous a frappĂ©s, oui, dans le prĂ©sent, Ă cause de votre orgueil et de votre prĂ©tention Ă ĂȘtre un â peuple â selon les idĂ©es de la terre. Mais comme il vous a aimĂ©s ! Comme il a usĂ© de patience envers vous plus quâenvers aucun autre, en vous accordant, Ă vous, le Sauveur, son Messie, pour que vous lâĂ©coutiez et que vous vous sauviez avant lâheure de la colĂšre divine ! Il ne veut plus que vous soyez pĂ©cheurs. Mais sâil vous a frappĂ©s en ce monde qui passe, voyant que la blessure ne guĂ©rit pas, mais au contraire Ă©mousse toujours plus votre Ăąme, il vous envoie, non pas la punition, mais le salut. Il vous envoie celui qui vous guĂ©rit et vous sauve : moi, qui vous parle.
59.6 â Ne te trouves-tu pas prĂ©tentieux de te poser en reprĂ©sentant de Dieu ? Aucun des prophĂštes nâa eu cette audace, et toi... qui es-tu, toi qui parles, et sur lâordre de qui parles-tu ?
â Les prophĂštes ne pouvaient dire dâeux-mĂȘmes ce que je dis de moi. Qui suis-je ? LâAttendu, le Promis, le RĂ©dempteur. Vous avez dĂ©jĂ entendu celui qui mâa prĂ©cĂ©dĂ© proclamer : â PrĂ©parez les voies du Seigneur... Voici que vient le Seigneur Dieu... Comme un berger il paĂźtra son troupeau, tout en Ă©tant lâAgneau de la vraie PĂąque ! â
Il y a parmi vous des gens qui ont entendu ces paroles de la bouche du PrĂ©curseur et qui ont vu le ciel sâĂ©clairer sous lâeffet dâune lumiĂšre qui descendait en forme de colombe, qui ont entendu une voix qui disait qui jâĂ©tais. Sur lâordre de qui je parle ? Sur lâordre de Celui qui est et qui mâenvoie.
â Certes, tu peux le dire, mais tu peux Ă©galement ĂȘtre un menteur ou ĂȘtre dans lâillusion. Tes paroles sont saintes, mais Satan lui aussi a des paroles trompeuses masquĂ©es de saintetĂ©, pour entraĂźner dans lâerreur. Nous, nous ne te connaissons pas.
â Je suis JĂ©sus, fils de Joseph, de la race de David, nĂ© Ă BethlĂ©em Ephrata, selon la promesse, appelĂ© NazarĂ©en parce jâhabite Nazareth. Cela, du point de vue du monde. Selon Dieu, je suis son Messie. Mes disciples le savent.
â Oh ! Eux, ils peuvent affirmer ce quâils veulent et ce que tu leur fais dire !
â Un autre parlera, qui ne mâaime pas et dira qui je suis. Attends que jâappelle une des personnes prĂ©sentes. »
59.7 JĂ©sus regarde la foule, Ă©tonnĂ©e de la discussion, choquĂ©e et divisĂ©e en opinions contraires. Il cherche quelquâun avec ses yeux de saphir, puis crie Ă haute voix :
« AggĂ©e, approche-toi, je te lâordonne ! »
Murmures dans la foule qui sâouvre pour laisser passer un homme secouĂ© de tremblements et soutenu par une femme.
« Connais-tu cet homme ?
â Oui, câest AggĂ©e, fils de Malachie, dâici, de CapharnaĂŒm. Il est possĂ©dĂ© par un esprit malin qui le fait entrer dans des accĂšs de folie furieuse et soudaine.
â Tout le monde le connaĂźt ? »
La foule crie :
« Oui, oui.
â Quelquâun peut-il dire quâil mâa parlĂ© ne serait-ce que quelques minutes ? »
La foule crie :
« Non, non, il est comme hĂ©bĂ©tĂ© et ne sort jamais de chez lui, et personne ne tây a jamais vu.
â Femme, amĂšne-le moi. »
La femme le pousse et le traĂźne ; le pauvre homme tremble dâautant plus fort.
Le chef de la synagogue avertit Jésus :
« Attention ! Le dĂ©mon va le tourmenter... et alors il sâexcite, griffe et mord. »
La foule sâĂ©carte en se pressant contre les murs.
Les deux hommes sont dĂ©sormais en face lâun de lâautre. Un instant de rĂ©sistance. On dirait que lâhomme, habituĂ© au muÂtisme, a du mal Ă parler et gĂ©mit. Puis sa voix sâarticule :
« Quây a-t-il entre toi et nous, JĂ©sus de Nazareth ? Pourquoi es-tu venu nous tourmenter, nous exterminer, toi, le MaĂźtre du ciel et de la terre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. Aucun ĂȘtre charnel ne fut plus grand que toi parce que dans ta chair dâhomme est renfermĂ© lâEsprit du Vainqueur Ă©ternel. Tu mâas dĂ©jĂ vaincu dans...
â Tais-toi et sors de lui, je te lâordonne ! »
Lâhomme est pris dâune Ă©trange agitation. Il tremble par Ă -coups comme sâil y avait quelquâun qui le maltraitait en le poussant et le secouant. Il hurle dâune voix inhumaine, Ă©cume, puis est plaquĂ© au sol dâoĂč il se relĂšve ensuite, Ă©tonnĂ© et guĂ©ri.
59.8 « Tu as entendu ? Que réponds-tu, maintenant ? » demande Jésus à son contradicteur.
Lâhomme barbu et bien habillĂ© hausse les Ă©paules et, vaincu, sâen va sans rĂ©pondre. La foule se moque de lui et applaudit JĂ©sus.
« Silence, câest un lieu sacrĂ© », dit JĂ©sus, qui ordonne : « Amenez-moi le jeune homme Ă qui jâai promis lâaide de Dieu. »
Le malade se présente. Jésus le caresse :
« Tu as eu foi ! Sois guéri. Va en paix et sois juste. »
Le jeune homme pousse un cri, qui sait ce quâil Ă©prouve ? Il se jette aux pieds de JĂ©sus et les baise en remerciant :
« Merci pour moi et pour ma mÚre ! »
Dâautres malades viennent : un jeune enfant aux jambes paralysĂ©es. JĂ©sus le prend dans ses bras, le caresse, le pose Ă terre... et le laisse. Au lieu de tomber, lâenfant court vers sa mĂšre qui le reçoit sur son coeur en pleurant, et bĂ©nit Ă haute voix â le Saint dâIsraĂ«l â. Arrive un vieillard aveugle, conduit par sa fille. Lui aussi se voit guĂ©ri par une caresse sur ses orbites malades.
De la part de la foule, câest un dĂ©lire de bĂ©nĂ©dictions.
JĂ©sus se fraye un chemin en souriant. MalgrĂ© sa haute taille il nâarriverait pas Ă fendre la foule si Pierre, Jacques, AndrĂ© et Jean ne travaillaient du coude gĂ©nĂ©reusement, ne sâouvraient un accĂšs depuis leur coin jusquâĂ JĂ©sus et ne le protĂ©geaient jusquâĂ la sortie sur la place, oĂč le soleil a disparu.
La vision se termine ainsi.