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EMV 21 · Tome 1, p. 134-139

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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Titre du chapitre : Visitation Ă  Elisabeth

Date de la vision : Samedi 1er avril 1944

Calendrier : Dimanche 24 mars de l'an -5

Lieux (carte) : Hébron

Cycle : Naissance et enfance de Jésus

RĂ©sumĂ© : Marie arrive Ă  HĂ©bron. Maria dĂ©crit les lieux, puis elle dĂ©crit plus spĂ©cifiquement l'arrivĂ©e de la Vierge. Celle-ci s'arrĂȘte devant une maison assez luxueuse, oĂč on ne manque de rien, et l'ImmaculĂ©e cherche Ă  manifester sa prĂ©sence. Une petite vieille, bien curieuse, lui prĂ©sente une cloche et l'assomme de questions. Heureusement, un serviteur arrive - vraisemblablement un jardinier - et il sauve la MĂšre de la commĂšre. Marie entre rapidement Ă  l'intĂ©rieur aprĂšs avoir remerciĂ© la petite vieille. Le serviteur la conduit Ă  l'intĂ©rieur et lui parle de ce qu'il s'est passĂ© dans cette maison : il Ă©voque ainsi l'enfantement d'Elisabeth, mais Ă©galement le mutisme de Zacharie, car il n'est plus capable de parler. Il cherche Ă  appeler sa femme, Sarah, qui est une autre servante, mais Ă  la place, c'est Elisabeth qui arrive. Celle-ci voit Marie, Marie voit Elisabeth, et toutes deux accourent l'une vers l'autre. Elles s'embrassent dans de chaleureuses effusions, et c'est lĂ  que l'Esprit Saint enveloppe Elisabeth. La sanctification du PrĂ©curseur a lieu, et Jean-Baptiste devient sans TĂąche. Elisabeth et Marie prononcent les paroles de l'Evangile, puis Zacharie arrive, mais il ne se rend pas compte de l'Ă©tat spirituel de Marie. Il prend plutĂŽt des nouvelles de la Vierge et de Joseph, et Elisabeth lui rĂ©vĂšle avec simplicitĂ© qu'elle est mĂšre. Mais ni l'une, ni l'autre n'en disent plus.

Maria écrit ensuite la maniÚre dont elle a reçu la vision et déclare qu'elle a vu Marie lors de la mise au tombeau du Christ.

Contenu du chapitre : 21.1 : Par les montagnes de JudĂ©e. 21.2 : La riche propriĂ©tĂ© de Zacharie Ă  HĂ©bron. 21.3 : La drĂŽle de clochette et l’ouverture de la grille. 21.4 : Le vieux Samuel donne des nouvelles de Zacharie et d'Élisabeth. 21.5 : L’étreinte d’Élisabeth et de Marie, l’illumination intĂ©rieure, le Magnificat. 21.6 : L’arrivĂ©e de Zacharie. 21.7 : Des visions selon ses besoins spirituels.

EMV 21.2-4 · Tome 1, p. 134-136

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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21.2 Marie, sur son Ăąne, gravit un chemin en assez bon Ă©tat qui doit ĂȘtre la voie principale. Elle monte, parce que le village, qui a l’air plutĂŽt bien ordonnĂ©, est situĂ© plus haut. Mon conseiller intĂ©rieur m’indique : « C’est HĂ©bron. » Vous me parliez de Montana. Mais je ne sais ce qu’il en est. C’est ce nom qui m’a Ă©tĂ© indiquĂ©. Je ne sais si c’est toute la rĂ©gion qui s’appelle HĂ©bron, ou seulement le village. Je vous dis ce que j’entends.

Marie entre maintenant dans le village. Comme le soir vient, des femmes observent l’arrivĂ©e de l’étrangĂšre et papotent. Elles la suivent du regard et ne se calment que lorsqu’elles la voient s’arrĂȘter devant l’une des plus belles maisons, situĂ©e au centre du village. Elle comprend un jardin devant et, sur les cĂŽtĂ©s et Ă  l’arriĂšre, un verger bien entretenu. Vient ensuite une vaste prairie qui monte et descend selon les sinuositĂ©s du relief, pour finir par un bois de haute futaie ; j’ignore ce qui se trouve plus loin. Toute la propriĂ©tĂ© est entourĂ©e d’une haie de mĂ»riers ou de rosiers sauvages. J’ai du mal Ă  les distinguer puisque, si vous vous en souvenez, la fleur comme les feuilles de ces buissons Ă©pineux se ressemblent beaucoup ; d’ailleurs, il est d’autant plus facile de se tromper que les branches ne portent pas encore de fruit. A l’avant de la maison, c’est-Ă -dire sur le cĂŽtĂ© qui touche le vil­lage, la propriĂ©tĂ© est entourĂ©e d’un muret blanc sur lequel courent des branches de vrais rosiers, encore sans fleurs mais dĂ©jĂ  bien garnies de boutons. Au centre, une grille en fer, fermĂ©e. On se rend bien compte que c’est la maison d’un notable du village et de personnes plutĂŽt fortunĂ©es : tout y dĂ©note, sinon la richesse et le luxe, du moins l’aisance. L’ordre y rĂšgne.

21.3 Marie descend de son Ăąne et s’approche de la grille. Elle regarde entre les barreaux, mais ne voit personne. Elle cherche alors Ă  manifester sa prĂ©sence. Une petite femme plus curieuse que les autres qui l’a suivie lui montre un Ă©trange appareil qui sert de cloche. Ce sont deux morceaux de mĂ©tal fixĂ©s sur un axe. Quand on secoue l’axe Ă  l’aide d’une corde, ils battent l’un contre l’autre en tintant comme une cloche ou un gong.

Marie tire la corde, mais si doucement que cela ne produit qu’un lĂ©ger tintement que personne n’entend. La femme, une petite vieille tout nez et menton et entre les deux une langue qui en vaut bien dix, s’accroche Ă  la corde et tire Ă  plusieurs reprises. Cela fait un vacarme Ă  rĂ©veiller un mort.

« C’est comme ça qu’il faut faire, femme. Sinon, comment peut-on vous entendre ? Vous savez, Elisabeth est vieille, et Zacharie tout autant. Il est mĂȘme devenu muet, Ă  prĂ©sent, et sourd par-dessus le marchĂ©. Leurs domestiques aussi sont ĂągĂ©s, vous savez... Vous n’ĂȘtes jamais venue ? Vous connaissez Zacharie ? Vous ĂȘtes... »

Mais un petit vieux qui boite vient dĂ©livrer Marie de ce dĂ©luge de renseignements et de questions ; ce doit ĂȘtre un jardinier ou un paysan car il a un sarcloir Ă  la main, et une serpette Ă  la ceinture. Il ouvre, et Marie entre aprĂšs avoir remerciĂ© la vieille femme, mais... hĂ©las, sans lui avoir donnĂ© la moindre rĂ©ponse ! Quelle dĂ©ception pour la curieuse...

A peine Ă  l’intĂ©rieur, Marie dit :

« Je suis Marie, la fille d’Anne et de Joachim, de Nazareth, la cousine de vos maĂźtres. »

21.4 Le vieillard s’incline et salue, puis il crie :

« Sarah, Sarah ! »

Et il rouvre le portail pour prendre l’ñne restĂ© Ă  l’extĂ©rieur car Marie, pour se libĂ©rer de la femme importune, s’est glissĂ©e Ă  l’intĂ©rieur aussi vite que possible, et le jardinier, aussi rapide qu’elle, a fermĂ© la grille au nez de la commĂšre.

Détail

Quand Marie arrive à Hébron pour la visitation, une vieille femme vient à sa rencontre. Elle est bien bavarde et bien curieuse et Maria la décrit comme une commÚre...

EMV 21.4 · Tome 1, p. 136

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« Ah, il y a dans cette maison un grand bonheur et un grand malheur ! Le Ciel a accordĂ© un enfant Ă  la femme stĂ©rile, que le TrĂšs-Haut en soit bĂ©ni ! Mais, il y a sept mois, Zacharie est revenu de JĂ©rusalem muet. Il se fait comprendre par signes ou en Ă©crivant. Peut-ĂȘtre l’aurez-vous appris ? Ma maĂźtresse a tellement dĂ©sirĂ© votre prĂ©sence pour partager avec vous ces joies et ces peines ! Elle ne cessait de parler de vous Ă  Sarah et disait : “ Si j’avais ma petite Marie Ă  mes cĂŽtĂ©s ! Si elle Ă©tait encore au Temple ! J’aurais envoyĂ© Zacharie la chercher. Mais voilĂ , le Seigneur a voulu qu’elle devienne la femme de Joseph de Nazareth. Elle seule pouvait me rĂ©conforter d’une telle peine et m’aider Ă  prier Dieu, parce qu’elle est trĂšs bonne. Au Temple, tout le monde la pleure. Lors de la derniĂšre fĂȘte, lorsque, avec Zacharie, je suis allĂ©e pour la derniĂšre fois Ă  JĂ©rusalem remercier Dieu de m’avoir donnĂ© un enfant, j’ai entendu ses maĂźtresses me dire : ‘ Le Temple semble privĂ© de la prĂ©sence des chĂ©rubins de la Gloire depuis que la voix de Marie ne rĂ©sonne plus entre ces murs. ’ ” Sarah ! Sarah ! Ma femme est un peu sourde, mais viens, viens, je te conduis moi-mĂȘme. »

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Un serviteur de la maison d'Elisabeth parle Ă  Marie et lui dit :

EMV 21.5 · Tome 1, p. 136-138

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21.5 A la place de Sarah, c’est une femme trĂšs ĂągĂ©e qui apparaĂźt en haut d’un escalier qui flanque un cĂŽtĂ© de la maison. DĂ©jĂ  toute ridĂ©e, elle a les cheveux trĂšs grisonnants ; ils ont dĂ» ĂȘtre trĂšs noirs, parce que ses cils et ses sourcils le sont encore. D’ailleurs, le teint de son visage le confirme. Contrastant Ă©trangement avec son Ă©vidente vieillesse, sa grossesse est dĂ©jĂ  fort visible, et cela en dĂ©pit de ses vĂȘtements amples et dĂ©nouĂ©s. Elle regarde en s’abritant les yeux de la main. DĂšs qu’elle reconnaĂźt Marie, elle lĂšve les bras au ciel avec un “ Oh ! ” Ă©tonnĂ© et joyeux et se prĂ©cipite aussi vite qu’elle le peut vers Marie. Marie elle aussi, qui marche toujours si calmement, court maintenant, agile comme un faon, et arrive au pied de l’escalier en mĂȘme temps qu’Elisabeth. C’est avec de chaleureuses effusions qu’elle reçoit sur son coeur sa cousine, qui pleure de joie en la voyant.

Elles restent embrassĂ©es un instant, puis Elisabeth se dĂ©gage en poussant un cri oĂč se mĂȘlent douleur et joie et porte la main sur son gros ventre. Elle penche la tĂȘte, pĂąlit et rougit alternativement. Marie et le serviteur tendent les mains pour la soutenir, parce qu’elle vacille comme si elle se sentait mal.

Mais aprĂšs ĂȘtre restĂ©e une minute comme recueillie sur soi, Elisabeth lĂšve un visage tellement radieux qu’elle en paraĂźt rajeunie, elle contemple Marie en souriant avec vĂ©nĂ©ration comme si elle voyait un ange, puis s’incline en une profonde salutation en disant :

« BĂ©nie es-tu entre toutes les femmes ! BĂ©ni est le fruit de ton sein ! (elle le dit bien comme ça : en deux phrases bien sĂ©parĂ©es). Comment m’est-il donnĂ© que vienne Ă  moi, qui suis ta servante, la MĂšre de mon Seigneur ? Car, vois-tu, dĂšs l’instant oĂč ta salutation a frappĂ© mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allĂ©gresse en mon sein et, lorsque je t’ai embrassĂ©e, l’Esprit du Seigneur m’a rĂ©vĂ©lĂ© une trĂšs haute vĂ©ritĂ© au fond de mon coeur. Bienheureuse es-tu d’avoir cru qu’à Dieu tout est possible, mĂȘme ce qui paraĂźt impossible Ă  l’esprit humain ! Bienheureuse es-tu, car ta foi permettra l’accomplissement de ce qui t’a Ă©tĂ© prĂ©dit par le Seigneur et ce qui a Ă©tĂ© prĂ©dit aux prophĂštes pour notre Ă©poque ! Bienheureuse es-tu pour le Salut que tu engendres Ă  la descendance de Jacob ! Bienheureuse es-tu pour avoir apportĂ© la SaintetĂ© Ă  mon fils car, je le sens, il bondit de joie dans mon sein comme un chevreau ! C’est qu’il se sent dĂ©livrĂ© du poids de la faute, appelĂ© Ă  ĂȘtre le PrĂ©curseur, sanctifiĂ© dĂšs avant la RĂ©demption par le Saint qui grandit en toi ! »

Deux larmes coulent comme des perles des yeux rieurs de Marie vers sa bouche qui sourit. Le visage tournĂ© vers le ciel et les bras levĂ©s – dans l’attitude que, tant de fois, son fils JĂ©sus prendra plus tard –, elle s’exclame : « Mon Ăąme magnifie le Seigneur » et poursuit son cantique tel qu’il nous a Ă©tĂ© transmis. A la fin, au verset : “ Il relĂšve IsraĂ«l son serviteur ”, etc., elle joint les mains sur son coeur et s’agenouille, prosternĂ©e Ă  terre, en adorant Dieu.

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Un vieillard a fait entrer Marie dans la maison d'Elisabeth et Zacharie et il appelle sa femme, Sarah.

EMV 21.6-7 · Tome 1, p. 138-139

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21.6 Le serviteur, qui s’était prudemment Ă©clipsĂ© lorsqu’il s’était rendu compte qu’Elisabeth, non seulement ne se sentait pas mal, mais confiait ses pensĂ©es Ă  Marie, revient du verger avec un imposant vieillard dont la barbe et les cheveux sont tout blancs. Par de grands gestes et des sons gutturaux, celui-ci salue Marie de loin.

« Zacharie arrive » dit Elisabeth en touchant l’épaule de la Vierge absorbĂ©e dans sa priĂšre. « Mon Zacharie est muet. Dieu l’a puni de ne pas avoir cru. Je te le raconterai plus tard. Mais maintenant, j’espĂšre le pardon de Dieu, puisque tu es venue, toi, la Pleine de grĂące. »

Marie se lĂšve, s’avance Ă  la rencontre de Zacharie et s’incline devant lui jusqu’à terre. Elle baise le bord du vĂȘtement blanc qui le couvre jusqu’au sol. C’est un vĂȘtement trĂšs ample, attachĂ© Ă  la taille par un large galon brodĂ©.

Par gestes, Zacharie lui souhaite la bienvenue, puis ils re­joignent Elisabeth et pĂ©nĂštrent ensemble dans une grande piĂšce du rez-de-chaussĂ©e, dans laquelle ils font asseoir Marie ; ils lui font servir une tasse de lait tout juste trait – il reste de l’écume – avec de petites galettes.

Elisabeth donne des ordres Ă  la servante, qui a fini par apparaĂźtre, les mains enfarinĂ©es et les cheveux encore plus blancs qu’ils ne le sont en rĂ©alitĂ© Ă  cause de la farine dont ils sont saupoudrĂ©s. Sans doute Ă©tait-elle en train de faire le pain. Elle donne aussi au serviteur – qui s’appelle Samuel, Ă  ce que j’entends – l’ordre de porter le coffret de Marie dans une chambre qu’elle lui indique. Ce sont tous les devoirs d’une maĂźtresse de maison Ă  l’égard de son hĂŽte.

Pendant ce temps, Marie rĂ©pond aux questions que Zacharie lui pose en Ă©crivant avec un stylet sur une tablette enduite de cire. Je comprends, par les rĂ©ponses de Marie, qu’il l’interroge sur Joseph et qu’il lui demande si elle est satisfaite de son mariage avec Joseph. Mais je saisis Ă©galement que Zacharie n’a aucune lumiĂšre spirituelle sur l’état de Marie et sa condition de mĂšre du Messie.

Elisabeth s’approche alors de son mari et, lui posant avec amour une main sur l’épaule comme en une chaste caresse, elle lui dit :

« Marie est mÚre, elle aussi. Réjouis-toi de son bonheur. »

Elle n’ajoute rien. Elle regarde Marie, et Marie la regarde, mais ne l’invite pas à en dire plus, si bien qu’elle garde le silence.

21.7 Quelle douce vision, si douce ! Elle efface toute l’horreur qui Ă©tait restĂ©e au fond de moi aprĂšs avoir vu le suicide de Judas.

Annotation

Luc 1, 5-25 : : Il y avait, au temps d’HĂ©rode le Grand, roi de JudĂ©e, un prĂȘtre du groupe d’Abia, nommĂ© Zacharie. Sa femme aussi Ă©tait descendante d’Aaron ; elle s’appelait Élisabeth. Ils Ă©taient l’un et l’autre des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les prĂ©ceptes du Seigneur de façon irrĂ©prochable. Ils n’avaient pas d’enfant, car Élisabeth Ă©tait stĂ©rile et, de plus, ils Ă©taient l’un et l’autre avancĂ©s en Ăąge. Or, tandis que Zacharie, durant la pĂ©riode attribuĂ©e aux prĂȘtres de son groupe, assurait le service du culte devant Dieu, il fut dĂ©signĂ© par le sort, suivant l’usage des prĂȘtres, pour aller offrir l’encens dans le sanctuaire du Seigneur. Toute la multitude du peuple Ă©tait en priĂšre au dehors, Ă  l’heure de l’offrande de l’encens. L’ange du Seigneur lui apparut, debout Ă  droite de l’autel de l’encens. À sa vue, Zacharie fut bouleversĂ© et la crainte le saisit.

L’ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a Ă©tĂ© exaucĂ©e : ta femme Élisabeth mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Tu seras dans la joie et l’allĂ©gresse, et beaucoup se rĂ©jouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boisson forte, et il sera rempli d’Esprit Saint dĂšs le ventre de sa mĂšre ; il fera revenir de nombreux fils d’IsraĂ«l au Seigneur leur Dieu ; il marchera devant, en prĂ©sence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophĂšte Élie, pour faire revenir le coeur des pĂšres vers leurs enfants, ramener les rebelles Ă  la sagesse des justes, et prĂ©parer au Seigneur un peuple bien disposĂ©. »

Alors Zacharie dit Ă  l’ange : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? Moi, en effet, je suis un vieillard et ma femme est avancĂ©e en Ăąge. »

L’ange lui rĂ©pondit : « Je suis Gabriel et je me tiens en prĂ©sence de Dieu. J’ai Ă©tĂ© envoyĂ© pour te parler et pour t’annoncer cette bonne nouvelle. Mais voici que tu seras rĂ©duit au silence et, jusqu’au jour oĂč cela se rĂ©alisera, tu ne pourras plus parler, parce que tu n’as pas cru Ă  mes paroles ; celles-ci s’accompliront en leur temps. »

Le peuple attendait Zacharie et s’étonnait qu’il s’attarde dans le sanctuaire. Quand il sortit, il ne pouvait pas leur parler, et ils comprirent que, dans le sanctuaire, il avait eu une vision. Il leur faisait des signes et restait muet. Lorsqu’il eut achevĂ© son temps de service liturgique, il repartit chez lui. Quelque temps plus tard, sa femme Élisabeth conçut un enfant. Pendant cinq mois, elle garda le secret. Elle se disait : « VoilĂ  ce que le Seigneur a fait pour moi, en ces jours oĂč il a posĂ© son regard pour effacer ce qui Ă©tait ma honte devant les hommes. »

EMV 22 · Tome 1, p. 140-148

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Titre du chapitre : Les journĂ©es passĂ©es Ă  HĂ©bron. Les fruits de la charitĂ© de Marie Ă  l’égard d’Élisabeth.

Date de la vision et de la dictée : Dimanche 2 avril 1944

Calendrier : Avril de l'an -5

Lieux (carte) : Hébron

Cycle : Naissance et enfance de Jésus

Résumé : Marie réside à Hébron. Elisabeth arrive prÚs d'elle et parle de leurs maternités respectives. L'épouse de Zacharie ne souffre plus depuis que la Vierge est là, mais auparavant, elle a beaucoup souffert à cause de son grand ùge. Marie, en comparaison, ne souffre pas, mais elle n'a pas le poids de la Faute.

Elisabeth veut filer des vĂȘtements pour Jean-Baptiste, mais Marie dit qu'elle fera ce travail Ă  sa place. La Vierge argue qu'elle a tout son temps et qu'elle pensera d'abord Ă  sa cousine, puisque la naissance du PrĂ©curseur est proche. Ensuite, elle pensera Ă  son enfant, JĂ©sus.

C'est là que la l'Immaculée révÚle le nom de son Fils à Elisabeth, et elle lui dévoile ses angoisses. En effet, Marie connaßt les prophÚtes, et elle pressent déjà que Jésus sera l'Agneau, l'Homme des Douleurs. Elisabeth la console néanmoins en disant que Dieu sera avec elle et que son enfant sera aimé dans le siÚcle des siÚcles.

Les deux femmes parlent ensuite de Zacharie, qui est muet. C'est une grande douleur pour son épouse. Elle espÚre qu'à la naissance de l'enfant, il retrouvera la parole. La bienheureuse mÚre voudrait que son fils s'appelle Jean, et elle dévoile sa souffrance à sa cousine. Pour lui changer les idées, Marie lui propose d'aller dehors et elles se retrouvent prÚs d'un petit troupeau avec des agneaux.

La vision change, cette fois, le temps a passĂ©. Marie file pour Elisabeth. Elles en viennent Ă  parler de JĂ©sus et de son apparence. Puis, elles Ă©voquent Joseph et Marie lui rĂ©vĂšle qu'elle a laissĂ© le soin Ă  Dieu d'intervenir. En dehors d'Elisabeth, personne ne doit savoir sa maternitĂ© divine, et Elisabeth, qui comprend, souligne qu'elle a mĂȘme tu ce fait Ă  Zacharie. Ce dernier entre alors et Marie dit les priĂšres. Elle enjoint le prĂȘtre Ă  croire Ă  la MisĂ©ricorde de Dieu, car l'homme croit qu'il ne pourra plus jamais parler.

Enfin, Marie donne une leçon sur la charitĂ©, sur le fait de faire grandir les dons de Dieu en nous. On doit toujours ĂȘtre charitables, pas Ă©goĂŻste. Elle nous donne aussi une leçon sur le temps qui passe : Dieu en est le maĂźtre, et il aide ceux qui espĂšrent en lui. "L'Ă©goĂŻsme n'avance Ă  rien, il retarde tout. La charitĂ© ne retarde rien, elle fait avancer les choses". Pour finir, la MĂšre signale qu'elle a trouvĂ© beaucoup de paix dans la maison d'Elisabeth, et que si elle n'avait pas Ă©tĂ© tourmentĂ©e par la pensĂ©e de Joseph et de son Fils, RĂ©dempteur du monde, elle aurait Ă©tĂ© heureuse. Mais Marie signifie Ă  la fois lumiĂšre et amertume...

Contenu du chapitre : 22.1 : Marie coud pour l'enfant d'Élisabeth. 22.2 : Élisabeth se sent beaucoup mieux depuis la visite de Marie. 22.3 : Marie est Ă©mue en pensant Ă  l'Homme des douleurs d'IsaĂŻe. 22.4 : Le mutisme de Zacharie peine Élisabeth. 22.5 : Promenade dans le jardin au milieu des colombes, des chevreaux et des agneaux. 22.6 : Marie file et tisse. 22.7 : Elle imagine ce que sera son enfant. 22.8 : Dieu rĂ©vĂ©lera le mystĂšre Ă  Joseph. 22.9 : Zacharie parlera Ă  nouveau. Le Messie naĂźtra Ă  BethlĂ©em. 22.10 : L'amour du prochain. 22.11 : Mon amour du prochain et mon amour de Dieu. 22.12 : La charitĂ© avance la rĂ©alisation des choses. 22.13 : L'amertume mĂ©langĂ©e aux douceurs.

EMV 22.1-5 · Tome 1, p. 140-143

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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22.1 Je vois – c’est le matin, me semble-t-il – Marie coudre, assise dans la piĂšce du rez-de-chaussĂ©e. Elisabeth vaque aux occupations de la maison. Quand elle entre, elle ne manque jamais d’aller caresser la tĂȘte blonde de Marie, que les murs plutĂŽt sombres font paraĂźtre plus blonde encore, d’autant qu’un rayon de beau soleil entre par la porte ouverte sur le jardin

Elisabeth se penche pour regarder le travail de Marie – c’est la broderie qu’elle avait Ă  Nazareth – et elle en loue la beautĂ©.

« J’ai aussi du lin Ă  filer, dit Marie.

– Pour ton enfant ?

– Non, je l’avais dĂ©jĂ  quand je ne pensais pas... » Marie ne termine pas sa phrase, mais je comprends : « ... Quand je ne pensais pas devoir ĂȘtre la MĂšre de Dieu. »

« DĂ©sormais, c’est pour lui que tu devras t’en servir. Est-il beau ? Fin ? Les enfants, tu sais, ont besoin d’un linge trĂšs doux.

– Je le sais.

– Moi, j’avais commencĂ©... tard, car je voulais ĂȘtre cer­taine qu’il ne s’agissait pas d’un piĂšge du Malin. Pourtant... j’avais é­prouvĂ© une telle joie intĂ©rieure que, non, cela ne pouvait venir de Satan. Et puis... j’ai tellement souffert ! Je suis vieille, moi, Marie, pour ĂȘtre dans cet Ă©tat. 22.2 J’ai beaucoup souffert. Toi, tu ne souffres pas...

– Moi, non. Je ne me suis jamais sentie aussi bien.

– Eh oui ! Toi... il n’y a en toi aucune tache, si Dieu t’a choisie pour ĂȘtre sa MĂšre. C’est pourquoi tu n’es pas sujette aux souffrances d’Eve. Celui que tu portes est saint.

– J’ai l’impression d’avoir des ailes dans le coeur, et non un poids. J’ai l’impression d’avoir en moi toutes les fleurs et tous les oiseaux qui chantent au printemps, tout le miel, tout le soleil... Oh, que je suis heureuse !

– BĂ©nie es-tu ! Moi aussi, depuis que je t’ai vue, je n’ai plus senti ni poids, ni fatigue ni douleur. Il me semble ĂȘtre renouvelĂ©e, jeune, libĂ©rĂ©e des misĂšres de mon corps de femme. Mon enfant, aprĂšs avoir bondi de joie au son de ta voix, s’est installĂ© tranquillement dans sa joie. J’ai l’impression de l’avoir en moi comme dans un berceau vivant et de le regarder dormir, repu et heureux, respirant comme un petit oiseau sous l’aile de sa maman...

22.3 Mais je vais me mettre au travail, il ne me pùsera plus. Je n’y vois pas bien clair, mais...

– Laisse, Elisabeth ! C’est moi qui m’occuperai de filer et de tisser pour toi et pour ton enfant. Je suis rapide et j’ai de bons yeux.

– Il va te falloir penser au tien...

– Oh, j’en ai tout le temps ! Je pense d’abord Ă  toi, qui approches du moment de ta dĂ©livrance, et puis je penserai Ă  mon JĂ©sus. »

Vous dĂ©crire la douceur de l’expression et de la voix de Marie, vous dire comment ses yeux se perlent d’une douce larme de bonheur, vous dĂ©crire comment elle rit en disant ce nom, les yeux tournĂ©s vers le ciel lumineux et bleu, cela dĂ©passe les capacitĂ©s humaines. On dirait que l’extase la saisit rien qu’à dire “ JĂ©sus ”.

Elisabeth s’écrie :

« Quel beau nom ! Le nom du Fils de Dieu, notre Sauveur !

– Oh, Elisabeth ! »

Marie devient toute triste et saisit les mains que sa parente tient croisées sur son sein gonflé.

« Dis-moi, toi qui, Ă  mon arrivĂ©e, as Ă©tĂ© remplie de l’Esprit du Seigneur et qui as prophĂ©tisĂ© ce que le monde ignore. Dis-moi, qu’est-ce que mon enfant devra faire pour sauver le monde ? Les prophĂštes... ah, les prophĂštes qui parlent du Sauveur ! IsaĂŻe... tu te rappelles IsaĂŻe ? “ C’est l’homme des douleurs. Par ses bles­sures nous sommes guĂ©ris. Il a Ă©tĂ© transpercĂ© et blessĂ© Ă  cause de nos crimes... Le Seigneur a voulu le consumer dans les souf­frances... AprĂšs sa condamnation, il fut Ă©levĂ©... ” De quelle Ă©lĂ©vation parle-t-il ? On l’appelle Agneau et moi, je pense... je pense Ă  l’agneau pascal, Ă  l’agneau de MoĂŻse et je le rapproche du serpent Ă©levĂ© par MoĂŻse sur une croix. Elisabeth !... Elisabeth !...

Que vont-ils faire à mon enfant ? Que devra-t-il souffrir pour sauver le monde ? »

Marie pleure. Elisabeth la console.

« Ne pleure pas, Marie. C’est ton fils, mais aussi le Fils de Dieu. Dieu s’occupera de son Fils, et aussi de toi, sa MĂšre. Et si beaucoup se montreront cruels envers lui, beaucoup l’aimeront. Beaucoup, Ă  travers tous les siĂšcles. Le monde regardera ton Enfant et te bĂ©nira avec lui, toi, la source d’oĂč jaillit la RĂ©demption. Etre Ă©levĂ© comme Roi de toute la crĂ©ation, quel destin que celui de ton fils... Penses-y, Marie. Roi, parce qu’il aura rachetĂ© toute la crĂ©ation et, en tant que tel, il en deviendra le Roi universel. MĂȘme sur la terre, dans le temps, il sera aimĂ©. Mon enfant prĂ©cĂšdera le tien et l’aimera. C’est l’ange qui l’a dit Ă  Zacharie, et lui me l’a Ă©crit...

22.4 Ah, quelle douleur que de le voir muet, mon Zacharie ! Mais j’ai bon espoir que, aprĂšs la naissance de notre enfant, son pĂšre sera lui aussi dĂ©livrĂ© de son chĂątiment. Prie, toi qui es le siĂšge de la puissance de Dieu et la cause de la joie du monde. Pour l’obtenir, j’offre, comme je le peux, mon enfant au Seigneur : il est Ă  lui, puisqu’il l’a prĂȘtĂ© Ă  sa servante pour lui donner la joie d’ĂȘtre appelĂ©e “ mĂšre ”. Il est le tĂ©moignage de ce que Dieu a fait pour moi. Je dĂ©sire qu’il s’appelle “ Jean ”. N’est-il pas une grĂące, mon enfant ? Et n’est-ce pas Dieu qui me l’a faite ?

– Moi aussi, je suis bien convaincue que le Seigneur t’accordera cette grñce. Je prierai... avec toi.

– Cela me fait tant de peine de le voir muet ! » Elisabeth pleure. « Quand il Ă©crit, puisqu’il ne peut plus parler, j’ai l’impression qu’il y a des monts et des mers entre mon Zacharie et moi. AprĂšs tant d’annĂ©es de tendres paroles, sa bouche n’exprime plus que le silence. Ces temps-ci, tout particuliĂšrement, il serait si beau de parler de ce qui va arriver ! Je me retiens mĂȘme de parler pour ne pas le voir se fatiguer Ă  me rĂ©pondre par gestes. J’ai tellement pleurĂ© ! Je t’ai tellement attendue ! Le village regarde, bavarde et critique. Le monde est ainsi fait. Quand on Ă©prouve une peine ou une joie, on a besoin de comprĂ©hension, et non de critiques. Il me semble dĂ©sormais que la vie est bien meilleure. Depuis que tu es avec moi, je sens la joie en moi. Je sens que mon Ă©preuve va se terminer et que je serai bientĂŽt tout Ă  fait heureuse. Il en sera bien ainsi, n’est-ce-pas ? Je suis rĂ©signĂ©e Ă  tout. Mais si Dieu pouvait pardonner Ă  mon Ă©poux ! Pouvoir l’entendre prier comme avant ! »

22.5 Marie la caresse, la console et l’invite, pour la distraire, Ă  sortir un peu dans le jardin ensoleillĂ©.

Elles se rendent sous une tonnelle bien entretenue jusqu’à une petite tour sans prĂ©tention, dans les trous de laquelle nichent les co­lombes.

Marie jette des graines en riant car les colombes se prĂ©ci­pitent sur elle en roucoulant, et en dĂ©crivant de grands cercles aux reflets irisĂ©s. Elles se posent sur sa tĂȘte, sur ses Ă©paules, sur ses bras et ses mains, allongent leurs becs de corail pour attraper les graines dans le creux de ses mains, becquetant avec grĂące les lĂšvres roses de la Vierge et ses dents qui brillent au soleil. Marie puise le grain blond d’un sac et rit au milieu de cette joute d’aviditĂ© envahissante.

« Comme elles t’aiment, dit Elisabeth. Cela fait Ă  peine quelques jours que tu es parmi nous, et elles t’aiment plus que moi, qui m’en suis toujours occupĂ©e. »

La promenade se poursuit jusqu’à un enclos, au fond du verger, oĂč se trouve une vingtaine de chĂšvres accompagnĂ©es de leurs chevreaux.

« Tu reviens du pùturage ? demande Marie à un petit berger à qui elle fait une caresse.

– Oui, parce que mon pĂšre m’a dit : “ Rentre Ă  la maison, car il va bientĂŽt pleuvoir et il y a des bĂȘtes qui vont mettre bas. Veille Ă  ce qu’elles aient de l’herbe sĂšche et une litiĂšre toute prĂȘte. ” Le voilĂ  qui arrive. » Il indique le bois, d’oĂč vient un bĂȘlement tremblotant.

Marie caresse un chevreau blond comme un enfant qui vient se frotter contre elle, puis Elisabeth et elle boivent du lait tout frais tiré que le jeune berger leur offre.

Le troupeau arrive, menĂ© par un berger hirsute comme un ours. Mais ce doit ĂȘtre un homme bon, car il porte sur les é­paules une brebis qui gĂ©mit. Il la pose dĂ©licatement par terre et ex­plique :

« Elle va agneler. Elle avait du mal Ă  marcher. Je l’ai prise sur mes Ă©paules. J’ai dĂ» faire vite pour arriver Ă  temps. »

La brebis, qui boite douloureusement, est menĂ©e au bercail par l’enfant.

Marie s’est assise sur une pierre ; elle joue avec les chevreaux et les agneaux et prĂ©sente des fleurs de trĂšfle Ă  leurs museaux roses. Un chevreau noir et blanc lui met les pattes sur les Ă©paules et flaire ses cheveux.

« Ce n’est pas du pain, dit Marie en riant. Demain, je t’en apporterai un croĂ»ton. Maintenant, tiens-toi tranquille. »

Elisabeth, rassérénée, rit elle aussi.

EMV 22.6-9 · Tome 1, p. 144-146

L’Evangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©

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Citation

22.6 Je vois Marie filer rapidement sous la tonnelle, oĂč le raisin grossit. Il a dĂ» se passer un certain temps, car les pommes commencent dĂ©jĂ  Ă  rougir sur les arbres et les insectes bourdonnent autour des figues arrivĂ©es Ă  maturitĂ©.

Elisabeth est vraiment trĂšs forte, sa dĂ©marche est lourde. Marie la regarde avec attention et amour. Marie elle-mĂȘme, lorsqu’elle se lĂšve pour ramasser le fuseau qui est tombĂ© un peu plus loin, paraĂźt s’arrondir sur les cĂŽtĂ©s. L’expression de son visage a changĂ©, elle est plus mĂ»re. Avant, c’était une enfant, maintenant c’est une femme.

Comme le jour baisse, les femmes rentrent à la maison et l’on allume les lampes. En attendant le düner, Marie tisse.

« Cela ne te fatigue vraiment pas ? demande Elisabeth en montrant le métier à tisser.

– Non, tu peux en ĂȘtre sĂ»re.

– Pour moi, cette chaleur m’épuise. Je ne souffre plus, mais dĂ©sormais le poids est bien lourd pour mes vieux reins.

– Prends courage, tu seras bientĂŽt dĂ©livrĂ©e. Comme tu seras heureuse, alors ! 22.7 Moi, je ne vois pas encore approcher l’heure d’ĂȘtre mĂšre. Mon enfant ! Mon JĂ©sus ! Comment sera-t-il ?

– Aussi beau que toi, Marie.

– Oh non, plus beau ! Il est Dieu. Je ne suis que sa servante. Mais j’ai voulu dire : sera-t-il blond ou brun ? Ses yeux auront-ils la couleur d’un ciel serein ou ressembleront-ils Ă  ceux des cerfs des montagnes ? Moi, je me le reprĂ©sente plus beau qu’un chĂ©rubin, les cheveux bouclĂ©s et couleur d’or, les yeux de la couleur de notre mer de GalilĂ©e quand les Ă©toiles pointent Ă  l’horizon, avec une petite bouche comme une tranche de grenade quand elle s’ouvre aprĂšs avoir mĂ»ri sous le soleil. Quant Ă  ses joues, je les imagine du mĂȘme teint rosĂ© que cette rose pĂąle que voici. Il aurait deux petites mains qui tiendraient dans le calice d’un lys tant elles seraient petites et belles, et deux pieds petits au point de remplir la paume de la main, aussi gracieux et lisses qu’un pĂ©tale. Vois : j’emprunte l’idĂ©e que je me fais de lui Ă  toutes les beautĂ©s que la terre me suggĂšre. J’entends mĂȘme sa voix. Lorsqu’il pleurera – car mon bĂ©bĂ© pleurera un peu, de faim ou de sommeil, et ce sera toujours une grande douleur pour sa maman qui ne pourra pas l’entendre pleurer sans en avoir le coeur transpercĂ© –, lorsqu’il pleurera, donc, son cri ressemblera Ă  ce bĂȘlement qui nous arrive du petit agneau qui vient de naĂźtre et qui cherche la mamelle et la tiĂ©deur de la toison de sa mĂšre pour dormir. Son rire emplira de ciel mon coeur Ă©pris de son enfant. Je peux m’éprendre de lui, puisque c’est mon Dieu et mon amour ne contrevient pas Ă  ma consĂ©cration virginale. Son rire aura tout du joyeux roucoulement d’une petite colombe, heureuse d’ĂȘtre rassasiĂ©e et comblĂ©e dans la tiĂ©deur de son nid. Je pense Ă  ses premiers pas... un petit oiseau sautillant dans un prĂ© fleuri. Le prĂ©, ce sera le coeur de sa maman, qui soutiendra ses petits petons roses de tout son amour pour qu’il ne rencontre rien qui puisse le faire souffrir. Comme je vais l’aimer, mon enfant ! Mon fils ! 22.8 Joseph aussi l’aimera !

– Mais il va falloir que tu l’apprennes Ă  Joseph ! »

Marie s’assombrit et soupire.

« Il faudra bien qu’il le sache... J’aurais voulu que le Ciel le lui annonce, parce que c’est bien difficile Ă  expliquer.

– Veux-tu que je me charge de le lui dire ? Nous le ferons venir pour la circoncision de Jean...

– Non. J’ai remis Ă  Dieu le soin de l’instruire de son heureux sort de pĂšre nourricier du Fils de Dieu, et il le fera. L’Esprit m’a dit, ce soir-lĂ  : “ Tais-toi. Confie-moi la tĂąche de te justifier. ” Il le fera. Dieu ne ment jamais. C’est une grande Ă©preuve. Mais avec l’aide de l’Eternel, elle sera surmontĂ©e. En dehors de toi, Ă  qui l’Esprit l’a rĂ©vĂ©lĂ©, personne ne doit savoir ce que la bienveillance du Seigneur a fait pour sa servante.

– Moi aussi, j’ai toujours gardĂ© le silence, mĂȘme Ă  l’égard de Zacharie qui en aurait Ă©prouvĂ© une joie immense. Il te croit mĂšre selon la nature.

– Je le sais, et je l’ai voulu par prudence. Les secrets de Dieu sont saints. L’ange du Seigneur n’avait pas rĂ©vĂ©lĂ© Ă  Zacharie ma maternitĂ© divine. Il l’aurait pu si Dieu l’avait voulu, car Dieu connaissait l’imminence du temps de l’Incarnation de son Verbe en moi. Mais Dieu a tenu cette lumiĂšre joyeuse cachĂ©e Ă  Zacharie, qui ne croyait pas Ă  la possibilitĂ© de votre fĂ©conditĂ© tardive. Je me suis conformĂ©e Ă  la volontĂ© de Dieu. Et, tu le vois, tu as appris ce secret vivant en moi. Lui, il n’a rien remarquĂ©. Tant que le voile de son incrĂ©dulitĂ© Ă  l’égard de la puissance de Dieu ne tombera pas, il sera Ă©cartĂ© des lumiĂšres surnaturelles. »

Elisabeth soupire et se tait.

22.9 Zacharie entre. Il prĂ©sente des rouleaux Ă  Marie. C’est l’heure de la priĂšre qui prĂ©cĂšde le repas. C’est Marie qui prie Ă  haute voix Ă  la place de Zacharie. Puis ils prennent place Ă  table.

« Quand tu ne seras plus ici, comme nous regretterons de n’avoir plus personne pour nous rĂ©citer les priĂšres, dit Elisabeth en regardant son mari muet.

– C’est toi, Zacharie, qui prieras alors », dit Marie.

Il secoue la tĂȘte et Ă©crit :

« Je ne pourrai jamais plus prier pour les autres. J’en suis devenu indigne depuis que j’ai doutĂ© de Dieu.

– Zacharie, tu prieras. Dieu pardonne. »

Le vieil homme essuie une larme et soupire.

AprÚs le dßner, Marie retourne au métier à tisser.

« Cela suffit, dit Elisabeth. Tu te fatigues trop.

– Le temps est proche, Elisabeth. Je veux faire Ă  ton enfant un trousseau digne de celui qui prĂ©cĂšde le Roi de la race de David. »

Zacharie écrit :

« De qui naĂźtra-t-il ? Et oĂč ? »

Marie répond :

« LĂ  oĂč les prophĂštes l’ont annoncĂ©, lĂ  oĂč l’Eternel le choisira. Tout ce que fait notre trĂšs-haut Seigneur est bien fait. »

Zacharie écrit :

« Donc à Bethléem ! En Judée. Nous irons le vénérer, femme. Tu viendras toi aussi à Bethléem avec Joseph. »

Marie, baissant alors la tĂȘte sur son mĂ©tier, rĂ©pond :

« Je viendrai. »

C’est ainsi que la vision s’achùve.