EMV 17.8-15 · Tome 1, p. 115-120
LâEvangile tel qu'il m'a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©
Citation
17.8 Marie dit :
« Lorsque jâeus compris la mission Ă laquelle Dieu mâappelait, je fus comblĂ©e de joie ; de joie, mon coeur sâouvrit comme un lys fermĂ©, et il en sortit le sang qui servit de terreau au Germe du Seigneur.
17.9 Joie dâĂȘtre mĂšre.
Je mâĂ©tais consacrĂ©e Ă Dieu dĂšs mon plus jeune Ăąge, car la lumiĂšre du TrĂšs-Haut mâavait Ă©clairĂ©e sur la cause du mal du monde, et jâavais voulu, pour autant que câĂ©tait en mon pouvoir, effacer en moi lâempreinte de Satan.
Jâignorais que jâĂ©tais sans tache. Je ne pouvais lâimaginer. Cette seule pensĂ©e aurait Ă©tĂ© de la prĂ©somption, de lâorgueil, car, Ă©tant nĂ©e de parents humains, il ne mâĂ©tait pas permis de penser que câĂ©tait moi lâElue appelĂ©e Ă ĂȘtre lâImmaculĂ©e.
LâEsprit de Dieu mâavait instruite sur la douleur du PĂšre devant la corruption dâEve qui, alors quâelle Ă©tait une crĂ©ature de grĂące, avait voulu sâabaisser au niveau dâune crĂ©ature infĂ©rieure. Jâavais le dĂ©sir dâadoucir cette douleur en Ă©levant ma chair Ă une puretĂ© angĂ©lique par la volontĂ© de me garder inviolĂ©e de toute pensĂ©e, de tout dĂ©sir et de tout contact humain. Mon coeur ne battrait que pour mon Dieu, mon ĂȘtre tout entier ne serait quâĂ lui. Mais si je ne connaissais pas la fiĂšvre brĂ»lante de la chair, il y avait encore le sacrifice de ne pas ĂȘtre mĂšre.
Exempte de tout ce qui maintenant lâabĂźme, la maternitĂ© avait aussi Ă©tĂ© accordĂ©e Ă Eve par le PĂšre crĂ©ateur. Sans la pesanteur de la voluptĂ©, comme cette maternitĂ© Ă©tait douce et pure ! Jâen ai fait lâexpĂ©rience ! De quoi Eve ne sâest-elle pas appauvrie en renonçant Ă cette richesse ! Plus que de lâimmortalitĂ© ! Que cela ne vous paraisse pas exagĂ©rĂ©. Mon JĂ©sus et moi, sa MĂšre, avec lui, nous avons connu la langueur de la mort. Pour ma part, le doux affaiblissement dâune personne fatiguĂ©e qui sâendort, et lui lâatroce anĂ©antissement du condamnĂ©. La mort est donc survenue pour nous aussi. Mais la maternitĂ© sans violation dâaucune sorte, je suis seule Ă lâavoir connue, moi la nouvelle Eve, afin de pouvoir dire au monde quelle est la douceur du sort de la femme appelĂ©e Ă ĂȘtre mĂšre sans souffrance aucune. Et le dĂ©sir de cette maternitĂ© pure pouvait exister et existait rĂ©ellement dans la vierge toute donnĂ©e Ă Dieu, parce quâelle fait la gloire de la femme. Si en outre vous pensez au grand honneur dans lequel les Juifs tenaient la femme mĂšre, vous imaginerez dâautant mieux quel avait Ă©tĂ© mon sacrifice en acceptant par mon voeu cette privation.
Or la BontĂ© Ă©ternelle accorda ce don Ă sa servante sans mâĂŽter la puretĂ© dont jâavais Ă©tĂ© revĂȘtue pour devenir une fleur sur son trĂŽne. Et jâexultais de la double joie dâĂȘtre mĂšre dâun homme et mĂšre de Dieu.
17.10 Joie dâĂȘtre celle par qui la paix rĂ©conciliait le Ciel avec la terre.
Oh ! Avoir dĂ©sirĂ© cette paix par amour de Dieu et du prochain, et savoir que câest par mon intermĂ©diaire Ă moi, pauvre servante du Tout-Puissant, quâelle venait au monde ! Dire : â Ă hommes, ne pleurez plus. Je porte en moi le secret qui vous rendra heureux. Je ne puis vous le rĂ©vĂ©ler, parce quâil est scellĂ© en moi, dans mon coeur, tout comme le Fils de Dieu est enfermĂ© dans mon sein inviolĂ©. Mais dĂ©jĂ je vous lâapporte, et chaque heure qui passe rapproche le moment oĂč vous le verrez et en connaĂźtrez le nom saint. â
17.11 Joie dâavoir rendu Dieu heureux : joie de croyante pour son Dieu empli de joie !
Avoir ĂŽtĂ© du coeur de Dieu lâamertume de la dĂ©sobĂ©issance dâEve, de son orgueil, de son incrĂ©dulitĂ© !
Mon JĂ©sus tâa expliquĂ© de quelle faute le premier couple sâest entachĂ©. Jâai effacĂ© cette faute en remontant Ă rebours les Ă©tapes de sa descente.
17.12 Lâorigine de la faute se situe dans la dĂ©sobĂ©issance. â Vous ne mangerez pas de cet arbre â, avait dit Dieu. Or lâhomme et la femme, ces rois de la crĂ©ation, qui pouvaient manger de tout exceptĂ© de cela, parce que Dieu voulait que les anges seuls leur soient supĂ©rieurs, ne tinrent pas compte de cette interdiction.
Lâarbre, câĂ©tait le moyen de mettre Ă lâĂ©preuve lâobĂ©issance de ses enfants.
Quâest-ce quâobĂ©ir au commandement de Dieu ? Câest agir bien, car Dieu ne commande que le bien. Quâest-ce que dĂ©sobĂ©ir ? Câest agir mal, car cela crĂ©e en lâhomme une disposition Ă la rĂ©bellion, terrain propice Ă lâaction de Satan.
Eve sâapproche de lâarbre : elle aurait dĂ» fuir pour en recevoir le bien, mais son geste lui a valu le mal. Elle se laisse entraĂźner par la curiositĂ© puĂ©rile de voir ce quâil pouvait bien avoir de spĂ©cial, par lâimprudence qui lui fait juger inutile le commandement de Dieu, Ă©tant donnĂ© quâelle est forte et pure, reine de lâEden oĂč tout lui est soumis et oĂč rien ne saurait lui faire du mal. Sa prĂ©somption la perd, cette prĂ©somption qui est dĂ©jĂ le levain de lâorgueil.
Câest le SĂ©ducteur quâelle trouve auprĂšs de lâarbre : face Ă son inexpĂ©rience, Ă sa pure et si belle inexpĂ©rience, Ă la faiblesse de son inexpĂ©rience, il entonne la chanson du mensonge : â Penses-tu quâil y ait quoi que ce soit de mal ? Mais non ! Dieu te lâa dit parce quâil veut vous garder esclaves de son pouvoir. Vous vous prenez pour des rois ? Vous ĂȘtes moins libres quâune bĂȘte sauvage. Elle, au moins, a eu le droit dâaimer dâun amour vĂ©ritable. Pas vous. Elle a le droit dâĂȘtre crĂ©atrice comme Dieu. Elle enÂgendre des enfants et voit grandir Ă souhait sa famille. Pas vous. Cette joie vous est refusĂ©e. A quoi bon vous avoir fait homme et femme si câest pour vivre de cette maniĂšre ? Soyez des dieux. Ne connaissez-vous pas la joie dâĂȘtre deux en une seule chair, qui en crĂ©e une troisiĂšme et ainsi de suite ? Ne croyez pas aux proÂmesses de Dieu de jouir de votre postĂ©ritĂ© en voyant vos enfants crĂ©er de nouvelles familles, aprĂšs avoir quittĂ© pĂšre et mĂšre pour elles. Il vous a donnĂ© un semblant de vie. La vraie vie, câest dâen conÂnaĂźtre les lois. Alors vous serez comme des dieux et vous pourrez dire Ă Dieu : â Nous sommes tes Ă©gaux. â â
Et la sĂ©duction a continuĂ©, parce que Eve nâa pas eu la volontĂ© de la repousser, mais plutĂŽt de la suivre et dâexpĂ©rimenter ce quâil nâappartenait pas Ă lâhomme de connaĂźtre. Câest ainsi que lâarbre interdit est devenu rĂ©ellement mortel pour la race huÂmaine, car ses branches portent le fruit de lâamĂšre connaissance qui vient de Satan. La femme devient femelle et, le levain de la connaissance satanique dans le coeur, elle va corrompre Adam. Leur chair ainsi avilie, leur sens moral corrompu, lâesprit dĂ©gradĂ©, ils connurent alors la douleur et la mort de lâĂąme privĂ©e de la grĂące et de la chair privĂ©e de lâimmortalitĂ©. La blessure dâEve engendra la souffrance, qui ne sera pas apaisĂ©e avant la mort du dernier couple sur terre.
17.13 Moi, jâai parcouru en sens contraire le chemin de ces deux pĂ©cheurs. Jâai obĂ©i. En toutes circonstances, jâai obĂ©i. Dieu mâavait demandĂ© dâĂȘtre vierge. Jâai obĂ©i. AprĂšs avoir aimĂ© la virginitĂ© qui me rendait aussi pure que la premiĂšre femme avant de connaĂźtre Satan, Dieu mâa demandĂ© dâĂȘtre Ă©pouse. Jâai obĂ©i, relevant ainsi le mariage au degrĂ© de puretĂ© quâil avait dans la pensĂ©e de Dieu lorsquâil a créé nos premiers parents. Alors que jâĂ©tais convaincue que je serais destinĂ©e Ă la solitude dans le mariage et au mĂ©pris des autres Ă cause de ma sainte stĂ©rilitĂ©, voici que Dieu mâa demandĂ© de devenir mĂšre. Jâai obĂ©i. Jâai cru que ce serait possible et que cette parole venait bien de Dieu, parce quâen lâĂ©coutant jâĂ©tais inondĂ©e de paix. Je nâai pas pensĂ© : â Je lâai mĂ©ritĂ©. â Je ne me suis pas dit : â DĂ©sormais, le monde va mâadmirer, car je suis semblable Ă Dieu en crĂ©ant la chair de Dieu. â Non, je me suis anĂ©antie dans lâhumilitĂ©.
La joie a jailli de mon coeur comme la tige dâune rose en fleur. Mais elle sâest aussitĂŽt parĂ©e dâĂ©pines aiguĂ«s et la douleur mâa Ă©treinte comme ces branches autour desquelles sâenroulent les liserons. La douleur due Ă la souffrance de mon Ă©poux, câest le spasme au sein de ma joie. La douleur due Ă la souffrance de mon Fils, ce sont les Ă©pines de ma joie.
Eve a recherchĂ© la jouissance, le triomphe, la libertĂ©. Moi, jâai acceptĂ© la douleur, lâanĂ©antissement, lâesclavage. Jâai renoncĂ© Ă ma vie tranquille, Ă lâestime de mon Ă©poux, Ă ma propre libertĂ©. Je nâai rien gardĂ© pour moi. Je suis devenue la servante de Dieu dans mon corps, ma conduite et mon Ăąme ; je me suis fiĂ©e Ă lui non seulement pour la conception virginale, mais aussi pour la dĂ©fense de mon honneur, pour la consolation de mon Ă©poux, pour le moyen de lâamener lui aussi Ă sublimer notre mariage, pour que nous devenions ceux qui rendent Ă lâhomme et Ă la femme leur dignitĂ© perdue.
17.14 Jâai embrassĂ© la volontĂ© du Seigneur sur moi, sur mon Ă©poux, sur mon enfant. Jâai dit â oui â pour tous les trois, avec la certitude que Dieu nâallait pas mentir Ă sa promesse de me secourir dans ma douleur dâĂ©pouse qui se voit jugĂ©e coupable et de mĂšre qui se rend compte quâelle enfante son fils pour le livrer Ă la souffrance.
â Oui â, ai-je dit. Oui, et cela suffit. Ce â oui â a effacĂ© le â non â dâEve au commandement de Dieu. â Oui, Seigneur, comme tu veux. Je connaĂźtrai ce que tu veux. Je vivrai comme tu le veux. Je connaĂźtrai la joie si tu le veux. Je souffrirai de ce que tu veux. Oui, toujours oui, mon Seigneur, depuis cet instant oĂč ton rayon mâa rendue mĂšre jusquâau moment oĂč tu mâas appelĂ©e Ă toi. Oui, toujours oui. Toutes les voix de la chair, toutes les inclinations de mes sens sont remises sous le poids de ce oui perpĂ©tuel. Plus haut se trouve mon Ăąme, placĂ©e comme sur un piĂ©destal de diamant. Il lui manque des ailes pour voler vers toi, mais elle maĂźtrise tout mon ĂȘtre domptĂ© et asservi pour te servir dans la joie comme dans la douleur. Mais souris, mon Dieu, et sois heureux : la faute est vaincue, effacĂ©e, annihilĂ©e. Elle gĂźt sous mon talon, elle est lavĂ©e par mes larmes, dĂ©truite par mon obĂ©issance. De mon sein naĂźtra lâArbre nouveau. Il portera le Fruit qui connaĂźtra le mal, intĂ©gralement, pour lâavoir souffert en lui-mĂȘme, et il produira le bien, intĂ©gralement. Les hommes pourront venir Ă lui et je serai heureuse quâils le cueillent, mĂȘme sans penser quâil naĂźt de moi. Pourvu que lâhomme soit sauvĂ© et Dieu aimĂ©, quâil soit fait de sa servante ce que lâon fait de la terre oĂč un arbre se dresse : un tremplin pour sâĂ©lever. â
17.15 Maria, il faut toujours savoir ĂȘtre un tremplin pour que les autres sâĂ©lĂšvent vers Dieu. Peu importe sâils nous piĂ©tinent, pourvu quâils rĂ©ussissent Ă marcher vers la croix. Câest le nouvel arbre qui porte le fruit de la connaissance du bien et du mal : il dit en effet aux hommes ce qui est mal et ce qui est bien pour quâils sachent choisir et vivre. Il sait en mĂȘme temps devenir une liqueur caÂpable de guĂ©rir les personnes empoisonnĂ©es par le mal auquel elles ont voulu goĂ»ter. Quâimporte si les pieds des hommes foulent notre coeur, pourvu que le nombre des rachetĂ©s croisse et que le sang de mon JĂ©sus nâait pas Ă©tĂ© versĂ© sans produire de fruit. Câest lĂ le sort des servantes de Dieu. Mais, ensuite, nous mĂ©ritons de recevoir dans notre sein la sainte Hostie et de dire au pied de la croix baignĂ©e de son sang et de nos larmes : â PĂšre, voici lâhostie immaculĂ©e que nous tâoffrons pour le salut du monde. Garde-nous, PĂšre, unies Ă elle et, par ses mĂ©rites infinis, donne-nous ta bĂ©nĂ©diction. â
Quant à moi, je te donne ma caresse. Prends du repos, ma fille, le Seigneur est avec toi. »
Détail
Marie donne cette dictée aprÚs le chapitre sur l'Annonciation.