« Nous sommes arrivés à la sixième heure et il avait été capturé au chant du coq…
– Mais où ? Comment ? Par qui ? Dans sa grotte ? »
Tout le monde questionne, tous veulent savoir.
« Il a été trahi. On s’est servi de ton Nom pour le trahir !
– Quelle horreur ! Mais qui était-ce ? » crient-ils tous.
Frissonnant, Jean répond tout bas cette horreur que l’air lui-même ne devrait pas entendre :
« Par l’un de ses disciples… »
L’émotion est à son comble. Les uns maudissent, d’autres pleurent, d’autres, abasourdis, restent immobiles comme des statues.
180.8
Jean s’agrippe au cou de Jésus et s’écrie :
« J’ai peur pour toi ! Oui, pour toi, pour toi ! Les saints sont trahi par des traîtres qui se vendent pour de l’or, pour de l’or et par peur des grands, par l’appât d’une récompense, par… par soumission à Satan. Pour des milliers de raisons ! Oh, Jésus, Jésus, Jésus ! Quelle douleur ! Mon premier maître ! Mon Jean qui m’a donné à toi !
– Du calme ! Il ne m’arrivera rien pour le moment.
– Mais plus tard, plus tard ? Je me regarde… je les regarde, eux que voici… j’ai peur de tous, même de moi. Celui qui te trahira sera l’un de nous…
– Mais tu es fou ? Tu t’imagines que nous ne le mettrions pas en pièces ? » hurle Pierre.
Et Judas :
« Il est vraiment fou ! Moi, je ne trahirai jamais. Mais si je me sentais affaibli au point de pouvoir le faire, je me tuerais. Cela vaut mieux que d’être le meurtrier de Dieu. »
Jésus se dégage de l’étreinte de Jean et secoue rudement Judas en lui disant :
« Ne blasphème pas ! Rien ne pourra t’affaiblir à moins que tu n’y consentes. Et si cela arrivait, il te faudrait pleurer et ne pas commettre un crime qui s’ajoute au déicide. Devient faible celui qui rompt le lien vivant avec Dieu. »