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Entretiens entre Jésus et Judas

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EMV 174.16 · Tome 3, p. 141-142

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

Pensif, Judas Iscariote est resté dans un coin. Jésus l’appelle par trois fois parce qu’il n’entend pas. Finalement, il se retourne :

« Tu veux quelque chose, Maître ? demande-t-il.

– Oui, va toi aussi prendre ton repas et aider tes compagnons.

– Je n’ai pas faim. Et toi non plus.

– Moi non plus, mais pour des motifs opposés. Tu es troublé, Judas ?

– Non, Maître. Fatigué…

– Nous allons nous rendre sur le lac, puis en Judée, Judas. Et chez ta mère. Je te l’ai promis… »

Judas se sent mieux.

« Tu viens bien avec moi, seul ?

– Mais certainement. Aime-moi, Judas. Je voudrais que tu m’aimes au point que cela te préserve de tout mal.

– Maître… je suis un homme. Je ne suis pas un ange. J’ai des moments de fatigue. Est-ce un péché d’avoir besoin de dormir ?

– Non, si tu dors sur ma poitrine. Regarde ces gens, et vois comme ils sont heureux et comme le paysage d’ici est riant. Cependant, la Judée aussi doit être très belle au printemps.

– Très belle, Maître. Seulement, là-bas, sur les montagnes qui sont plus élevées qu’ici, le printemps est plus tardif. Mais les fleurs sont très belles. Les pommeraies sont une splendeur. La mienne est l’une des plus belles, grâce aux soins de Maman. Et quand elle s’y promène avec des colombes qui courent après elle pour avoir du grain, tu peux être sûr que c’est une vue apaisante pour le cœur.

– Je le crois. Si ma Mère n’est pas trop fatiguée, j’aurais plaisir à l’amener chez la tienne. Elles s’aimeraient, car elles sont bonnes toutes les deux. »

Judas, séduit par cette idée, s’apaise. Il oublie son manque d’appétit et sa fatigue, et court vers ses compagnons en riant joyeusement. Grand comme il est, il défait sans fatigue les nœuds les plus élevés et mange son pain et ses olives, avec la joie d’un enfant.

Jésus le regarde avec compassion, puis il se dirige vers ses apôtres.

Détail

Marie-Madeleine a fait irruption sur le mont des Béatitudes. Elle est alors grande pécheresse. Suite à un discours de Jésus, elle est partie en étant furieuse. Après son intervention, Jésus va voir Judas.

Annotation

Je te l'ai promis : Rappel de la promesse faite à Judas en EMV 139.1.

Seulement, là-bas sur les montagnes qui sont plus élevées qu'ici, le printemps est plus tardif. Exact : le décalage y est de 3 ou 4 semaines.

Si ma Mère n'est pas trop fatiguée, j'aurais plaisir à l'amener chez la tienne. Elles s'aimeraient, car elles sont bonnes toutes les deux. Jésus veut associer les deux mères qui auront tant à souffrir. 

EMV 180.7-8 · Tome 3, p. 181-182

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

« Nous sommes arrivés à la sixième heure et il avait été capturé au chant du coq…

– Mais où ? Comment ? Par qui ? Dans sa grotte ? »

Tout le monde questionne, tous veulent savoir.

« Il a été trahi. On s’est servi de ton Nom pour le trahir !

– Quelle horreur ! Mais qui était-ce ? » crient-ils tous.

Frissonnant, Jean répond tout bas cette horreur que l’air lui-même ne devrait pas entendre :

« Par l’un de ses disciples… »

L’émotion est à son comble. Les uns maudissent, d’autres pleurent, d’autres, abasourdis, restent immobiles comme des statues.

180.8

Jean s’agrippe au cou de Jésus et s’écrie :

« J’ai peur pour toi ! Oui, pour toi, pour toi ! Les saints sont trahi par des traîtres qui se vendent pour de l’or, pour de l’or et par peur des grands, par l’appât d’une récompense, par… par soumission à Satan. Pour des milliers de raisons ! Oh, Jésus, Jésus, Jésus ! Quelle douleur ! Mon premier maître ! Mon Jean qui m’a donné à toi !

– Du calme ! Il ne m’arrivera rien pour le moment.

– Mais plus tard, plus tard ? Je me regarde… je les regarde, eux que voici… j’ai peur de tous, même de moi. Celui qui te trahira sera l’un de nous…

– Mais tu es fou ? Tu t’imagines que nous ne le mettrions pas en pièces ? » hurle Pierre.

Et Judas :

« Il est vraiment fou ! Moi, je ne trahirai jamais. Mais si je me sentais affaibli au point de pouvoir le faire, je me tuerais. Cela vaut mieux que d’être le meurtrier de Dieu. »

Jésus se dégage de l’étreinte de Jean et secoue rudement Judas en lui disant :

« Ne blasphème pas ! Rien ne pourra t’affaiblir à moins que tu n’y consentes. Et si cela arrivait, il te faudrait pleurer et ne pas commettre un crime qui s’ajoute au déicide. Devient faible celui qui rompt le lien vivant avec Dieu. »

Détail

Jean raconte l'arrestation de Jean-Baptiste.

EMV 195.2-3 · Tome 3, p. 275-276

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

– Jésus est Dieu.

– Je le sais, je le crois. Mieux que toi, car je suis revenu à la vie grâce à lui, et pas toi. Mais bien qu’il soit le Bien, c’est toujours lui : Dieu ; et le pauvre malheureux que je suis n’ose pas le traiter aussi familièrement que tu le fais. Mon âme lui parle… mais mes lèvres n’osent pas. Je pense qu’il entend mon âme pleurer de reconnaissance et d’amour repentant.

195.2 – C’est vrai, Jean. Ton âme, je l’entends. »

Jésus entre dans la conversation. Judas rougit de honte, l’homme d’En-Dor, de joie.

« J’entends ton âme, c’est vrai. Et je sens aussi le travail de ton esprit. Tu as bien parlé. Quand tu te seras formé en moi, cela te servira d’avoir été un maître et un écolier attentif. Parle, parle, même avec toi-même…

– Une fois, Maître, et il n’y a pas longtemps, tu m’as dit que c’était mal de parler avec son propre moi, réplique Judas avec impertinence.

– C’est vrai, je l’ai dit. Mais c’est parce que tu médisais avec ton propre moi. Cet homme ne médit pas : il médite et dans un but excellent. Il n’agit pas mal.

– En somme, j’ai tort ! »

Judas est agressif.

« Non. Ton cœur, comme le temps, est maussade. Mais le temps ne peut pas toujours être serein. Les paysans désirent la pluie et c’est faire preuve de charité que de prier pour qu’elle vienne. C’est aussi une forme de charité. Mais regarde, voici un bel arc-en-ciel qui se courbe d’Atarot sur Rama. Nous avons déjà dépassé Atarot. Le triste vallon est franchi, ici tout est cultivé et riant sous le soleil qui dissipe les nuages. Quand nous arriverons à Rama, nous serons à trente-six stades de Jérusalem. Nous la reverrons après cette colline qui marque le lieu de l’horrible débauche à laquelle se sont livrés les habitants de Gibéa. C’est une chose redoutable que la morsure de la chair, Judas… »

Judas ne réplique pas et s’éloigne en pataugeant avec colère dans les flaques d’eau.

Détail

Judas parle à Jean d'Endor.

Annotation

– C’est vrai, je l’ai dit. En EMV 183.1.

Gibéa ou Guibéa : Au temps des juges, un vieil homme invita un Lévite d’Éphraïm et sa concubine à loger chez lui pour la nuit. Peu après, des hommes de Guibéa, des vauriens, entourèrent la maison, réclamant que le Lévite leur soit livré pour qu’ils aient des relations avec lui. Le vieil homme leur proposa sa fille, qu’ils refusèrent. Le lévite leur donna sa concubine. Ils abusèrent d’elle toute la nuit, à tel point qu’elle mourut au matin. Des morceaux de son corps furent envoyés aux tribus d’Israël en témoignage de l’infamie (Juges 19,15–30). Comme la tribu de Benjamin prit partie pour les hommes coupables de Guibéa, les autres tribus lui firent la guerre. Par deux fois, elles subirent de lourdes pertes avant de vaincre finalement les Benjaminites et de livrer Guibéa au feu (Juges 20).

Livre des Juges 19, 10-30

Jg 19, 10-30 : Le mari ne consentit pas à passer la nuit ; il se leva et partit. Il vint jusqu’en face de Jébus, qui est Jérusalem, ayant avec lui les deux ânes bâtés et sa concubine. Lorsqu’ils furent près de Jébus, le jour avait beaucoup baissé. Le serviteur dit alors à son maître : « Viens, je te prie, détournons-nous vers cette ville des Jébuséens, et nous y passerons la nuit. » Son maître lui répondit : « Nous ne nous détournerons pas vers une ville étrangère, où il n’y a pas d’enfants d’Israël ; nous passerons jusqu’à Gabaa. » il dit encore à son serviteur : « Allons, tâchons d’atteindre l’une de ces localités pour y passer la nuit, Gabaa ou Rama. » Ils continuèrent à marcher, et le soleil se coucha lorsqu’ils furent près de Gabaa, qui appartient à Benjamin. Ils se détournèrent de ce côté, pour aller passer la nuit à Gabaa.

Le Lévite, étant entré, s’arrêta sur la place de la ville, et il n’y eut personne qui les reçut dans sa maison pour y passer la nuit. 16Mais voici qu’un vieillard revenait le soir de travailler aux champs ; c’était un homme de la montagne d’Ephraïm, qui séjournait à Gabaa, et les gens du lieu étaient Benjamites. Ayant levé les yeux, il vit le voyageur sur la place de la ville, et le vieillard dit : « Où vas-tu et d’où viens-tu ? » Il lui répondit : « Nous allons de Bethléem de Juda jusqu’à l’extrémité de la montagne d’Ephraïm, d’où je suis. J’étais allé à Bethléem de Juda, et maintenant je vais à la maison de Yahweh, et il n’y a personne qui me reçoive dans sa maison. Nous avons cependant de la paille et du fourrage pour nos ânes, et aussi du pain et du vin pour moi, pour ta servante et pour le jeune homme qui est avec tes serviteurs ; nous ne manquons de rien. » Le vieillard dit : « La paix soit avec toi ! Seulement je pourvoirai à tous tes besoins ; mais ne passe pas la nuit sur la place. » Il le fit entrer dans sa maison, et il donna du fourrage aux ânes ; les voyageurs se lavèrent les pieds, puis ils mangèrent et burent.

Pendant qu’ils réjouissaient leur cœur, voici, que des hommes de la ville, gens pervers, entourèrent la maison et, frappant avec force à la porte, ils dirent au vieillard, maître de la maison : « Fais sortir l’homme qui est entré chez toi, afin que nous le connaissions. » Le maître de la maison sortit vers eux et leur dit : « Non, mes frères, ne faites pas le mal, je vous prie ; puisque cet homme est entré dans ma maison, ne commettez pas cette infamie. Voici ma fille qui est vierge, et sa concubine ; je vous les amènerai dehors, vous leur ferez violence et vous les traiterez comme il vous plaira ; mais ne commettez pas sur cet homme une action aussi infâme. » Ces hommes ne voulurent pas l’écouter. Alors l’homme prit sa concubine et la leur amena dehors. Ils la connurent et ils abusèrent d’elle toute la nuit jusqu’au matin, et ils la renvoyèrent au lever de l’aurore.

Vers le matin, cette femme vint tomber à l’entrée de la maison de l’homme chez qui était son mari, et elle resta là jusqu’au jour. Son mari se leva le matin et, ayant ouvert la porte de la maison, il sortit pour continuer sa route. Et voici que la femme, sa concubine, était étendue à l’entrée de la maison, les mains sur le seuil. Il lui dit : « Lève-toi et allons-nous-en. » Et personne ne répondit. Alors le mari la mit sur son âne et partit pour aller dans sa demeure.

Arrivé chez lui, il prit un couteau et, saisissant sa concubine, il la coupa membre par membre en douze morceaux, et l’envoya dans tout le territoire d’Israël. Tous ceux qui virent cela dirent : « Jamais chose pareille n’est arrivée et ne s’est vue depuis que les enfants d’Israël sont montés du pays d’Égypte jusqu’à ce jour ; réfléchissez-y, consultez-vous et prononcez. »

EMV 202.1-4 · Tome 3, p. 329-333

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

202.1 C’est la veille de Pâque. Seul avec ses disciples – car les femmes ne sont pas avec le groupe –, Jésus attend le retour de Pierre qui a emmené l’agneau pascal à son sacrifice.

Pendant qu’ils attendent et que Jésus parle de Salomon à l’enfant, voilà Judas qui traverse la grande cour. Il est avec un groupe de jeunes et il parle en faisant des gestes grandiloquents, et en prenant des poses inspirées. Son manteau ne cesse de s’agiter et il s’en drape avec des poses savantes… Je crois bien que Cicéron n’était pas plus pompeux quand il prononçait ses discours…

« Regarde Judas, là-bas ! Dit Jude.

– Il est avec un groupe de saforim » observe Philippe.

Thomas intervient :

« Je vais écouter ce qu’il dit », et il part sans attendre que Jésus exprime son refus prévisible.

Pour ce qui est de Jésus… son visage dénote une vraie souffrance et un jugement sévère. Marziam, qui le regardait jusqu’alors pendant qu’avec douceur et une légère tristesse il lui parlait du grand roi d’Israël, remarque ce changement et s’en épouvante presque. Il secoue la main de Jésus pour le rappeler à lui :

« Ne regarde pas ! Ne regarde pas ! Regarde-moi, moi qui t’aime tellement ! »

202.2 Thomas réussit à rejoindre Judas sans être vu et il le suit pendant quelques pas. Je ne sais ce qu’il lui entend dire. Je sais qu’il pousse à l’improviste une exclamation de tonnerre qui fait se retourner plusieurs personnes et spécialement Judas, blême de rage :

« Mais que de rabbins compte Israël, désormais ! Je m’en félicite avec toi, nouvelle lumière de sagesse !

– Je ne suis pas une pierre, mais une éponge, et j’absorbe. Et quand le désir de ceux qui sont affamés de sagesse le réclame, je me presse pour me donner avec tous mes sucs vitaux. »

Judas parle de façon ampoulée et méprisante.

« Tu ressembles à un écho fidèle. Mais l’écho, pour subsister, doit rester près de la Voix. Sinon, il meurt, mon ami. Or il me semble que tu t’en éloignes. Il est là. Tu ne viens pas ? »

Judas passe par toutes les couleurs et son visage prend l’expression haineuse et répugnante de ses pires moments. Mais il se domine et dit :

« Je vous salue, mes amis. Je viens avec toi, Thomas, mon cher ami. Allons tout de suite trouver le Maître. Je ne savais pas qu’il était au Temple. Si je l’avais su, je me serais mis à sa recherche. »

Et il passe le bras au cou de Thomas, comme s’il avait pour lui une grande affection.

Cependant Thomas, qui reste paisible mais n’est pas niais, ne se laisse pas embobiner par ces protestations… et il demande, quelque peu sournoisement :

« Comment ? Tu ne sais pas que c’est Pâque ? Et tu penses que le Maître n’est pas fidèle à la Loi ?

– Oh, jamais de la vie ! Mais l’an passé, il se montrait, il parlait… Je me souviens justement de ce jour. Il m’a attiré par sa violence royale… Maintenant… il me semble avoir perdu de sa vigueur. N’en as-tu pas l’impression ?

– Moi, non. Il me paraît avoir perdu confiance.

– En sa mission, voilà, tu as raison.

– Non, tu me comprends mal : il a perdu confiance dans les hommes. Et tu es l’un de ceux qui y contribuent. Honte à toi ! »

Thomas ne rit plus ! Il est sombre, et son “ honte à toi ” est cinglant comme un coup de fouet.

« Attention à tes paroles ! Menace Judas.

– Attention à ta conduite ! Ici, nous sommes deux juifs, sans témoins et c’est pour cela que je parle et je te le répète : “ Honte à toi ! ” Et maintenant, tais-toi. Ne fais pas le tragique ni le pleurnicheur, sinon je parle devant tous. 202.3 Voilà le Maître là-bas et nos compagnons. Comporte-toi comme il faut.

– Paix à toi, Maître…

– Paix à toi, Judas.

– Il m’est si doux de te trouver ici… J’aurais à te parler…

– Parle.

– Tu sais… je voulais te dire… Ne peux-tu m’entendre à part ?

– Tu es parmi tes compagnons.

– Mais je voulais te parler à toi seul.

– A Béthanie, je suis seul avec qui me veut et me cherche, mais tu ne me cherches pas. Tu me fuis…

– Non, Maître, tu ne peux pas dire cela !

– Pourquoi as-tu offensé hier Simon, et moi avec lui, et avec nous Joseph d’Arimathie, tes compagnons, ma Mère et les autres ?

– Moi ? Mais je ne vous ai même pas vus !

– Tu n’as pas voulu nous voir. Pourquoi n’es-tu pas venu, comme convenu, bénir le Seigneur pour un innocent accueilli dans la Loi ? Réponds ! Tu n’as même pas éprouvé le besoin de prévenir que tu ne viendrais pas.

– Voici mon père ! Crie Marziam, qui aperçoit Pierre de retour avec son agneau égorgé, éventré, enveloppé dans sa peau. Oh ! Avec lui, il y a Michée et les autres ! J’y vais, je peux aller à leur rencontre pour avoir des nouvelles de mon vieux père ?

– Va, mon enfant » dit Jésus en lui faisant une caresse ; il ajoute, en touchant l’épaule de Jean d’En-Dor :

« Je t’en prie, accompagne-le et… retiens-les un peu. »

Il se tourne de nouveau vers Judas :

« Réponds donc ! J’attends.

– Maître… une nécessité imprévue… inéluctable… J’en ai souffert… mais…

– Mais n’y avait-il personne, dans tout Jérusalem, qui puisse apporter ton excuse, en admettant que tu en aies eu une ? C’était déjà une faute. Je te rappelle que, récemment, un homme s’est dispensé d’ensevelir son père pour me suivre, et que mes frères ont quitté la maison paternelle sous les anathèmes pour me suivre, et aussi que Simon et Thomas, et avec eux André, Jacques, Jean, Philippe et Nathanaël ont quitté leurs familles, comme Simon le Cananéen sa fortune pour me la donner, et Matthieu le péché pour me suivre. Et je pourrais continuer à te citer cent noms. Il en est qui ont quitté la vie, la vie elle-même, pour me suivre au Royaume des Cieux. Mais, si tu manques à ce point de générosité, sois du moins poli. Tu n’as pas la charité, mais respecte au moins les convenances. Imite, puisqu’ils te plaisent, les pharisiens hypocrites qui me trahissent, qui nous trahissent en se montrant polis. Ton devoir était de te réserver pour nous, hier, pour ne pas offenser Pierre ; or j’exige qu’il soit respecté de tous. Tu devais au moins prévenir.

– Je me suis trompé. 202.4 mais maintenant je suis venu exprès à ta recherche pour te dire que, toujours pour la même raison, je ne pourrai venir demain. Tu sais… J’ai des amis de mon père et je…

– Assez ! Va donc les rejoindre. Adieu.

– Maître… Tu es en colère contre moi ? Tu m’as dit que tu me servirais de père… Je suis un étourdi, mais un père pardonne…

– Je te pardonne, oui. Mais va-t’en. Ne fais pas attendre plus longtemps les amis de ton père, comme moi je ne fais pas attendre davantage les amis du saint Jonas.

– Quand quitteras-tu Béthanie ?

– A la fin des Azymes. Adieu. »

Jésus lui tourne le dos et se dirige vers les paysans, en extase devant Marziam, qui a tellement changé.

Il fait quelques pas, puis s’arrête à cause de la réflexion de Thomas :

« Par Jéovêh ! Il voulait te voir avec ta violence royale ! Le voilà servi !…

– Je vous prie tous d’oublier cet incident, comme je m’efforce de le faire moi-même. En outre, je vous ordonne de garder le silence envers Simon-Pierre, Jean d’En-Dor et le petit. Pour des motifs que votre intelligence est en mesure de comprendre, il convient de ne pas les attrister ni de les scandaliser. Silence également à Béthanie avec les femmes. Il y a ma Mère. Souvenez-vous-en.

– Sois tranquille, Maître.

– Nous ferons tout pour réparer.

– Et pour te consoler, oui, assurent tous ceux qui sont présents.

– Merci…

Annotation

Jésus parle de Salomon à l’enfant : Il s'agit probablement du roi Salomon.

Il est avec un groupe de saforim. Saforim (sopherîms) : scribes.   

Je ne fais pas attendre davantage les amis du saint Jonas. Jonas d’Esdrelon.

Par Jéovêh ! Il voulait te voir avec ta violence royale ! Le voilà servi !… Geovà dans le texte original. Voir la prononciation du Nom divin.

EMV 206.15-17 · Tome 3, p. 373-374

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

Lazare félicite Jésus, et il ajoute :

« Ah ! Cela me peine de te voir partir. Mais je suis plus content que si je t’avais vu partir avant-hier !

– Pourquoi, Lazare ?

– Parce que tu me paraissais tellement triste et fatigué ! Tu ne parlais pas, tu souriais peu hier, mais aujourd’hui tu es redevenu mon saint et doux Maître ; cela me donne une telle joie !

– Je l’étais même si je me taisais…

– Tu l’étais. Mais tu es sérénité et parole. C’est cela que nous voulons de toi. Nous buvons notre force à ces fontaines. Or ces fontaines paraissaient taries. Nous souffrions de la soif… Tu vois que même les païens s’en sont étonnés et sont venus les chercher… »

Judas, près de qui Jean s’était approché, ose parler :

« C’est vrai, ils me l’avaient demandé à moi aussi… Car j’étais tout près de l’Antonia, dans l’espoir de te voir.

– Tu savais où j’étais, répond brièvement Jésus.

– Je le savais, mais j’espérais que tu n’aurais pas déçu ceux qui t’attendaient. Même les romains ont été déçus. J’ignore pourquoi tu as agi de cette manière…

– Et c’est toi qui me le demandes ? N’es-tu pas au courant des humeurs du Sanhédrin, des pharisiens, d’autres encore, à mon égard ?

– Quoi ? Tu aurais eu peur ?

– Non. J’avais la nausée. L’an dernier, quand j’étais seul – seul contre tout un monde qui ne savait pas même si j’étais pro­phète –, j’ai montré que je n’avais pas peur et je t’ai gagné par l’audace que j’ai montrée. J’ai fait entendre ma voix contre tout un monde qui criait. J’ai fait entendre la voix de Dieu à un peuple qui l’avait oubliée. J’ai purifié la Maison de Dieu des souillures matérielles qui s’y trouvaient. Je n’espérais pas la laver des souillures morales bien plus graves qui y ont fait leur nid, car je n’ignore pas l’avenir des hommes. Mais c’était pour faire mon devoir par zèle pour la Maison du Seigneur éternel : elle était devenue le séjour bruyant de changeurs malhonnêtes, d’usuriers, de voleurs. Je voulais en outre secouer de leur torpeur ceux que des siècles de négligence sacerdotale avaient fait tomber dans une léthargie spirituelle. C’était une sonnerie de rassemblement pour mon peuple, pour l’amener à Dieu… Cette année, je suis revenu… et j’ai vu que le Temple était toujours le même… Qu’il est pire encore. Ce n’est plus un repaire de voleurs, mais l’endroit où l’on conjure. Il deviendra plus tard le siège du Crime, puis un lupanar et, finalement, il sera détruit par une force plus puissante que celle de Samson, et l’on en chassera une caste indigne de s’appeler sainte. Inutile de parler en ce lieu où, tu t’en souviens, il me fut interdit de parler. Peuple traître ! Peuple empoisonné jusque dans ses chefs, peuple qui ose interdire à la Parole de Dieu de parler dans sa Maison ! Cela me fut interdit. Je me suis tu par amour pour les plus petits. Ce n’est pas encore l’heure de me tuer. Trop de gens ont besoin de moi, et mes apôtres ne sont pas encore assez forts pour recevoir dans leurs bras mes enfants, c’est-à-dire le monde. Ne pleure pas, Mère ; toi qui es bonne, pardonne à ton Fils son besoin de dire, à qui veut ou peut s’illusionner, la vérité que je connais… Je me tais… Mais malheur à ceux par qui Dieu est réduit au silence ! Mère, Marziam, ne pleurez pas… Je vous en prie ! Que personne ne pleure… »

En réalité, tout le monde pleure, plus ou moins douloureu­sement.

Judas, pâle comme un mort, dans son vêtement jaune et rouge à rayures ose encore parler, d’une voix ridicule de pleurnicheur :

« Crois bien, Maître, que je suis étonné et contristé… Je ne sais ce que tu veux dire… Je ne sais rien… C’est vrai que je n’ai vu personne du Temple. J’ai rompu mes relations avec tous… Mais, si tu le dis, ce doit être vrai…

– Judas ! Et Sadoq, tu ne l’as pas vu ? »

Judas baisse la tête en bredouillant :

« C’est un ami… C’est comme tel que je l’ai vu, non pas comme appartenant au Temple… »

Jésus ne répond pas. Il se tourne vers Isaac et Jean d’En-Dor auxquels il fait des recommandations concernant leur travail. Pendant ce temps, les femmes réconfortent Marie, en larmes, et l’enfant qui pleure de voir pleurer Marie.

Lazare et les apôtres sont attristés eux aussi, mais Jésus vient à eux.

Annotation

L’an dernier, quand j’étais seul – seul contre tout un monde qui ne savait pas même si j’étais pro­phète –, j’ai montré que je n’avais pas peur et je t’ai gagné par l’audace que j’ai montrée. Jésus chassant les marchands du Temple a fortement impressionné Judas. Cf. EMV 53, et EMV 54.3.

– Judas ! Et Sadoq, tu ne l’as pas vu ? Cf. EMV 201.2.

EMV 210.4-6 · Tome 3, p. 405-406

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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– Père Abraham, donne-moi de la patience ! Et en quoi te paraît-il que le Maître te préfère les autres ?

– Mais ne le vois-tu pas, même maintenant ? Le moment venu de quitter Bet-çur, après un séjour pour instruire trois bergers qui pouvaient très bien être pris en main par Isaac, qui laisse-t-il avec sa Mère ? Moi, toi ? Non. Il laisse Simon, un vieux qui ne parle pour ainsi dire pas !

– Mais le peu qu’il dit est toujours bien dit » réplique Thomas, seul désormais, car les femmes et André se sont éclipsés et vont rapidement de l’avant comme pour fuir un bout de chemin trop ensoleillé.

210.5 Les deux apôtres se sont tellement échauffés qu’ils ne re­marquent pas l’arrivée de Jésus, car le bruit de ses pas se perd complètement dans le nuage de poussière de la route. Mais si, lui, il ne fait pas de bruit, eux crient comme dix et Jésus les entend. Il est suivi de Pierre, de Matthieu, des deux cousins du Seigneur, de Philippe et Barthélemy et des deux fils de Zébédée qui ont avec eux Marziam.

Jésus dit :

« Tu as bien raison, Thomas : Simon parle peu, mais le peu qu’il dit est toujours bien. C’est un esprit paisible et un cœur honnête. Il a surtout beaucoup de bonne volonté. C’est pour cela que je l’ai laissé avec ma Mère. C’est un parfait honnête homme et, en même temps, quelqu’un qui sait vivre, qui a souffert et qui est âgé. Par conséquent – je dis cela parce que, je suppose, ce choix paraît injuste à l’un de vous –, par conséquent il était plus indiqué que ce soit lui qui reste. Je ne pouvais pas, Judas, permettre que ma Mère reste seule auprès d’une pauvre femme encore malade. Et il était juste que je la quitte. Ma Mère mènera à bonne fin l’œuvre que j’ai commencée. Mais je ne pouvais pas non plus la laisser avec mes frères, ni avec André, Jacques ou Jean, ni même avec toi. Si tu n’en comprends pas les raisons, je ne sais que dire…

– Parce que ta Mère est jeune, belle et les gens…

– Non ! Les gens auront toujours de la fange dans leur pensée, sur leurs lèvres, dans leurs mains et surtout dans leur cœur, ces gens sans honnêteté qui voient en tous les sentiments qu’ils éprouvent eux-mêmes ; mais je ne me soucie guère de leur fange. Elle tombe d’elle-même quand elle est sèche. Mais j’ai préféré Simon, parce qu’il est âgé et ne rappellerait pas trop ses fils morts à cette femme qui souffre. Vous, les jeunes, les lui auriez rappelés par votre jeunesse… Simon sait veiller et il sait ne pas se faire entendre, il n’exige jamais rien, il sait compatir, il sait se surveiller. J’aurais pu choisir Pierre. Qui mieux que lui pourrait être auprès de ma Mère ? Mais il est encore trop impulsif. Tu vois que je le lui dis en face sans qu’il s’en formalise : Pierre est sincère et aime la sincérité, même à son détriment. Je pouvais prendre Nathanaël. Mais il n’a jamais parcouru la Judée. Simon, au contraire, connaît bien le pays et il sera précieux pour conduire ma Mère à Kérioth. Il sait aussi où se trouvent ta maison de campagne et celle de la ville et il ne fera…

210.6 – Mais… Maître !… Ta Mère ira vraiment chez la mienne ?

– Mais c’était chose dite ! Et quand on a promis, on s’y tient. Nous marcherons lentement en nous arrêtant dans ces villages pour évangéliser. Ne veux-tu pas que j’évangélise ta Judée ?

– Oh si ! Maître… Mais je croyais… je pensais…

– Surtout, tu te faisais de la peine pour des chimères que tu avais rêvées. Au second quartier de la lune de Ziv[2], nous serons tous chez ta mère. Nous, c’est-à-dire ma Mère aussi, avec Simon. Pour le moment, elle évangélise Bet-çur, ville de Judée, tout comme Jeanne évangélise Jérusalem et avec elle une jeune fille et un prêtre, jadis lépreux, tout comme Lazare, Marthe et le vieil Ismaël évangélisent Béthanie, tout comme Sara évangélise à Yutta ; et, à Kérioth, ta mère parle certainement du Messie. Tu ne peux vraiment pas dire que je laisse la Judée sans voix. Au contraire, je lui donne, à elle qui est plus fermée et arrogante que toute autre région, les voix les plus douces, celles des femmes en plus de celles d’Isaac, qui est saint, et de mon ami Lazare. Les femmes joignent à la parole cet art subtil bien féminin d’amener les âmes au point où elles le désirent. Tu ne dis plus rien ? Pourquoi es-tu sur le point de pleurer, espèce de grand enfant capricieux ? A quoi te sert-il de t’empoisonner avec des ombres chimériques ? As-tu encore des motifs d’inquiétude ? Allons ! Parle…

– Je suis mauvais… et toi, tu es tellement bon ! Ta bonté me frappe toujours plus car elle est toujours si fraîche, si nouvelle… Moi… je ne sais jamais que dire quand je la trouve sur mon chemin.

– Tu as dit vrai. Tu ne peux le savoir, mais c’est parce qu’elle n’est ni fraîche, ni nouvelle. Elle est éternelle, Judas. Elle est partout présente, Judas…

Détail

Judas et Thomas se disputent et l'Iscariote reproche à Jésus d'avoir laissé la Vierge Marie à Bet-Çur.

Annotation

Au second quartier de la lune de Ziv, nous serons tous chez ta mère : Ziv correspond à avril/mai.

Jeanne évangélise Jérusalem et avec elle une jeune fille et un prêtre : il s'agit de Jean le prêtre et d'Annalia. Cf. l'EMV 199.4-5 et l'EMV 199.6.