« Nous ne sommes même pas prosélytes. Juste des Romains, fidèles aux dieux. Des païens, dites-vous. De Sybaris, et maintenant à Chypre.
– C’est vrai, vous êtes païens.
– Alors... n’y a-t-il rien pour nous ? Ton Olympe chasse le nôtre ou est chassé par lui.
– Mon Dieu, unique et trine, règne, unique et seul.
– Je suis venu pour rien, dit le Romain déçu.
– Pourquoi ?
– Parce que j’appartiens à un autre dieu.
– Il n’y a qu’un Dieu qui crée l’âme.
– L’âme... ?
– L’âme, cette essence divine créée par Dieu pour chaque homme. C’est notre compagne pendant notre vie, mais elle survit à l’existence.
– Et où est-elle ?
– Dans les profondeurs du moi. Etant divine, elle a beau se trouver dans le sanctuaire le plus sacré, on peut dire d’elle – et je dis bien “ elle ”, pas “ cela ”, parce qu’elle n’est pas une chose, mais un être vrai et digne de tout respect – qu’elle n’est pas contenue, mais qu’elle contient.
– Par Jupiter ! Mais tu es philosophe ?
– Je suis la Raison unie à Dieu.
– Je croyais que tu l’étais à cause de ce que tu disais...
– Et qu’est-ce que la philosophie quand elle est vraie et honnête, sinon une élévation de la raison humaine vers la Sagesse et la Puissance infinies, c’est-à-dire vers Dieu ?
– Dieu ! Dieu !… J’ai ce malheureux qui me trouble, mais j’en oublie presque son état pour t’écouter toi, qui es divin.
– Je ne le suis pas de la manière dont tu le dis. Toi, tu qualifies de divin ce qui dépasse l’humain. Moi, j’affirme qu’un tel nom ne doit être donné qu’à celui qui est de Dieu.
– Qu’est-ce que Dieu ? Qui l’a jamais vu ?
– On a écrit : “ Toi qui nous as formés, salut ! Quand je décris la perfection humaine, les harmonies de notre corps, je célèbre ta gloire. ” Il a été dit : “ Ta bonté brille en ce que tu as distribué tes dons à tous les vivants, pour que tout homme ait ce qui lui est nécessaire. Et tes dons témoignent de ta sagesse, comme l’accomplissement de tes volontés témoigne de ta puissance. ” Reconnais-tu ces paroles ?
– Si Minerve vient à mon secours… elles sont de Galien. Mais comment les connais-tu ? Je suis stupéfait !… »
Jésus sourit et répond :
« Viens au vrai Dieu et son Esprit divin t’instruira “ de la vraie sagesse et de la piété qui consistent à se connaître soi-même et à adorer la Vérité. ”
– Mais c’est toujours de Galien ! Maintenant, j’en suis sûr. En plus d’être médecin et mage, tu es également philosophe. Pourquoi ne viens-tu pas à Rome ?
– Je ne suis ni médecin, ni mage, ni philosophe, comme tu dis, mais le témoignage de Dieu sur la terre.
Amenez-moi le malade. »