EMV 90.1-3 · Tome 2
L’Evangile tel qu'il m'a été révélé
Citation
90.1 Je vois Marie qui, déchaussée et vive, va et vient dans la petite maison aux premières heures du jour. Dans son vêtement d’un bleu tendre, on dirait un gentil papillon qui effleure sans bruit murs et objets. Elle s’approche de la porte qui donne sur la route, l’ouvre en veillant à ne pas faire de bruit, puis la laisse entrouverte après avoir donné un coup oeil sur le chemin encore désert. Elle remet de l’ordre, ouvre portes et fenêtres, entre dans l’atelier désormais abandonné par Joseph le menuisier et où se trouvent les métiers de Marie. Là aussi, elle s’active. Elle recouvre avec soin une toile en cours de tissage et sourit à une de ses pensées en la regardant.
Elle sort dans le jardin. Les colombes s’assemblent sur ses épaules. Elles volettent d’une épaule à l’autre pour avoir la meilleure place, querelleuses et jalouses par amour de leur maîtresse, et elles l’accompagnent jusqu’à une cabane où se trouvent les provisions. Elle y prend du grain pour elles et dit :
« Ici, aujourd’hui c’est ici. Ne faites pas de bruit. Il est si fatigué ! »
Puis elle mesure de la farine et va dans une petite pièce près du four. Elle se met à faire le pain et le pétrit, le sourire aux lèvres. Ah, comme elle sourit, aujourd’hui, la Vierge ! On dirait la toute jeune Mère de la Nativité, tellement la joie la rajeunit. Elle enlève un peu de pâte qu’elle met de côté en la couvrant, puis reprend son travail ; cela lui donne chaud ; ses cheveux sont devenus plus clairs à cause d’une mince couche de farine.
90.2 Marie, femme d’Alphée, entre tout doucement :
« Déjà au travail ?
– Oui, je fais le pain et, regarde, les galettes au miel qu’il aime tellement.
– Occupe-toi d’elles. Il y a beaucoup de pâte pour le pain. Je vais te la pétrir. »
Marie, femme d’Alphée, robuste et d’allure plus populaire, pétrit énergiquement son pain, tandis que Marie mélange miel et beurre pour ses gâteaux et en fait des petits ronds qu’elle dépose sur une plaque.
« Je ne sais comment faire pour prévenir Jude... Jacques n’ose pas... et les autres... »
Marie, femme d’Alphée, soupire.
« Aujourd’hui viendra Simon Pierre. Il vient toujours le surlendemain du sabbat avec du poisson. Nous l’enverrons trouver Jude.
– S’il veut bien y aller...
– Oh ! Simon ne me dit jamais non.
90.3 – Que la paix soit sur votre journée » dit Jésus, en apparaissant. Les deux femmes sursautent au son de sa voix.
« Déjà levé ? Pourquoi ? Je voulais que tu dormes...
– J’ai dormi d’un sommeil d’enfant, Maman. C’est toi qui n’as pas dû dormir...
– Je t’ai regardé dormir... C’est ce que je faisais quand tu étais bébé. En dormant, tu souriais toujours... et toute la journée ton sourire me restait comme une perle sur le coeur... Mais, cette nuit, tu ne souriais pas, mon Fils. Tu soupirais comme lorsqu’on est affligé... »
Marie le regarde avec tristesse.
« J’étais fatigué, Maman. Et le monde n’est pas cette maison où tout est honnêteté et amour. Toi... toi, tu sais qui je suis et tu peux comprendre ce qu’est pour moi le contact avec le monde. C’est comme un homme qui marche sur une route puante et boueuse. Même s’il fait attention, un peu de boue rejaillit sur lui, et la puanteur pénètre même s’il essaie de ne pas respirer... et si cet homme aime la propreté et l’air pur, tu peux imaginer combien cela lui est désagréable...
– Oui, mon Fils. Je comprends. Mais cela me fait de la peine que tu souffres...
– En ce moment, je suis avec toi et je ne souffre pas. C’est le souvenir... mais il sert à rendre plus belle ma joie d’être avec toi. »
Jésus se penche pour donner un baiser à sa Mère.
Il caresse aussi l’autre Marie, qui rentre, toute rouge d’avoir allumé le four.
« Il faudra prévenir Jude. »
C’est la préoccupation de Marie, femme d’Alphée.
« Ce ne sera pas nécessaire, Jude sera ici, aujourd’hui.
– Comment le sais-tu ? »
Jésus sourit et se tait.
« Mon Fils, toutes les semaines, ce jour-là, Simon Pierre vient. Il veut m’apporter du poisson pêché au petit matin et il arrive à la fin de la première heure. Il va être heureux, aujourd’hui ! Il est bon, Simon. Pendant le temps qu’il reste, il nous aide. N’est-ce pas, Marie ?
– Simon Pierre est un homme honnête et bon, dit Jésus. Mais l’autre Simon aussi, que tu vas voir sous peu, est un grand coeur. Je vais à leur rencontre. Ils vont arriver. »
Jésus sort, pendant que les femmes, une fois le pain enfourné, rentrent à la maison où Marie remet ses sandales et d’où elle revient avec un vêtement de lin tout blanc.
Il se passe quelque temps et, pendant l’attente, Marie, femme d’Alphée, dit :
« Tu n’as pas fini ce travail à temps.
– Je l’aurai vite fini. Et mon Jésus y trouvera quelque fraîcheur sans avoir un poids sur la tête. »