« Dans quelque temps, sur tous les points de la terre connue, on verra, aussi nombreux que les fleurs sur un pré en avril, les saints heureux de mourir pour cette fidélité à la grâce et pour l’amour de Dieu !
– Vraiment ? ah ! Comme il me plairait de saluer ces saints et de leur dire : “ Priez pour le pauvre Simon, fils de Jonas ! ” » dit Pierre.
Jésus lui fait face, en souriant.
« Pourquoi me regardes-tu comme ça ?
– Parce que tu les verras quand tu les assisteras et ils te verront quand ils t’assisteront.
– A quoi, Seigneur ?
– A devenir la Pierre consacrée du Sacrifice sur laquelle se célébrera et s’édifiera mon Témoignage.
– Je ne te comprends pas.
– Tu comprendras. »
Les autres disciples, qui s’étaient approchés et ont entendu, conversent entre eux.
Jésus se retourne :
« En vérité je vous dis que vous serez tous mis à l’épreuve par un supplice ou un autre. Pour l’instant, c’est celui du renoncement à vos aises, à vos affections, à vos intérêts. Plus tard, ce sera un sacrifice de plus en plus grand, jusqu’au sacrifice suprême qui vous ceindra d’un diadème immortel. Soyez fidèles. Mais vous le serez tous. C’est le sort qui vous attend.
– Nous serons mis à mort par les juifs, par le Sanhédrin, peut-être à cause de l’amour que nous avons pour toi ?
– Jérusalem lave les seuils de son Temple avec le sang de ses prophètes et de ses saints. Mais le monde aussi attend d’être lavé... Il s’y trouve une multitude de temples de divinités horribles. Ils deviendront à l’avenir des temples du vrai Dieu, et la lèpre du paganisme sera purifiée par de l’eau lustrale faite avec le sang des martyrs.
– Oh ! Dieu très-haut ! Seigneur ! Maître ! Je ne suis pas digne d’un tel sort ! Je suis faible ! J’ai peur du mal ! Oh ! Seigneur !... renvoie plutôt ton serviteur inutile ou bien donne-moi la force nécessaire. Je ne voudrais pas qu’on te défigure, Maître, à cause de ma lâcheté. »
Pierre s’est jeté aux pieds du Maître et le supplie d’une voix qui révèle vraiment son coeur.
« Relève-toi, mon Pierre. N’aie pas peur. Tu as encore beaucoup de chemin à faire... et l’heure viendra où tu ne voudras plus qu’accomplir le dernier sacrifice. Alors tu auras toute force, venant du Ciel et de toi-même. Je te regarderai avec beaucoup d’admiration.
– Tu le dis... et je le crois. Mais je suis un si pauvre homme ! »