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Evangile de l'Enfance

Thème : Jésus-Christ

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EMV 43.1-7 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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43.1 Marie dit :

« Avant que tu ne remettes ces cahiers, j’y joins ma bénédiction.

Maintenant, si vous voulez faire preuve d’un peu de patience, vous pouvez avoir un ensemble complet de la vie intime de mon Jésus. De l’Annonciation jusqu’au moment où il quitte Nazareth pour annoncer l’Evangile, vous avez non seulement les dictées, mais aussi l’illustration des faits qui accompagnèrent la vie en famille de Jésus.

Les premières années, l’enfance, l’adolescence et la jeunesse de mon Fils ne constituent que quelques brefs épisodes dans le vaste cadre de sa vie que décrivent les évangiles. Là, il est le Maître. Ici, c’est l’Homme, le Dieu qui s’humilie pour l’amour de l’homme.

43.2 Il y opère pourtant des miracles, même dans l’anonymat d’une vie ordinaire. Il les accomplit en moi, qui sens mon âme portée à la perfection par le contact avec le Fils qui se forme en mon sein. Il les accomplit dans la maison de Zacharie en sanctifiant Jean-Baptiste, en facilitant l’accouchement d’Elisabeth, en rendant la parole et la foi à Zacharie. Il les accomplit en Joseph, en lui ouvrant l’esprit à la lumière d’une vérité tellement élevée qu’il ne pouvait la comprendre par ses seuls moyens bien qu’il fût un juste. 43.3 Après moi, c’est Joseph qui s’est le plus réjoui de cette pluie de bienfaits divins.

Remarque quel cheminement spirituel il parcourt entre le moment où il arrive dans ma maison et celui de la fuite en Egypte. Au début, c’était seulement un homme juste de son temps. Puis, par des étapes successives, il est devenu le juste de l’ère chrétienne. Il a acquis la foi au Christ et s’abandonne paisiblement à cette foi certaine. Pensez à cette phrase au début du voyage de Nazareth à Bethléem : “ Comment allons-nous faire ? ” L’homme s’y révèle tout entier, avec ses craintes humaines et ses soucis humains. Puis il arrive à l’espérance. Dans la grotte, avant la naissance de Jésus, il dit : “ Cela ira mieux demain. ” Jésus qui vient le fortifie déjà par cette espérance qui est l’un des plus beaux dons de Dieu. Une fois sanctifié par le contact de Jésus, il passe de l’espérance à la hardiesse. Il s’était toujours laissé guider par moi en raison de la vénération qu’il nourrissait à mon égard. Maintenant, c’est lui qui dirige les choses matérielles tout comme les plus importantes : c’est lui qui, comme chef de la sainte Famille, prend les décisions qui conviennent. Non seulement cela, mais à l’heure pénible de la fuite, après que des mois d’union avec le Fils de Dieu l’eurent saturé de sainteté, c’est lui qui me réconforte de ma peine et qui me dit : “ Même si nous devions tout perdre, nous posséderons toujours tout, parce que nous l’aurons, Lui. ”

43.4 Mon Jésus accomplit ses miracles de grâce chez les bergers. L’ange se rend là où se trouve le berger, que sa rencontre passagère avec moi prédispose à la grâce, et il le porte à Celui qui est la Grâce même pour qu’il le sauve pour l’éternité.

Il opère des miracles, là où il passe, exilé ou revenu dans sa petite patrie de Nazareth. Car, là où il était, la sainteté se répandait comme une tache d’huile sur un linge ou le parfum des fleurs dans l’air. A moins que ce ne soient des démons, ceux qu’il touchait le quittaient avec un ardent désir de devenir saint. Là où se trouve cette ardeur, elle est racine de vie éternelle parce que celui qui veut être bon le devient ; or la bonté fait accéder au Royaume de Dieu.

43.5 Vous avez eu maintenant, par des détails qui en éclairent les diverses périodes, l’évocation de la sainte humanité de mon Fils, de l’aube de sa vie à son crépuscule. Et, si ton directeur le juge bon, il peut en faire un ensemble ordonné qui formera un tableau complet.

Nous aurions pu vous donner le tout à la fois, mais la Providence a jugé bon de procéder ainsi. Dans ton intérêt, ma chère âme, car chaque dictée que tu as reçue te procurait le remède contre les blessures que tu devais recevoir. Nous te l’avons donné à l’avance pour que tu ne sois pas prise au dépourvu. Pendant la grêle, on a l’impression que rien ne peut nous abriter, mais ce n’est pas exact. La tempête fait apparaître l’humanité qui dort, ensevelie sous les eaux spirituelles, mais elle ramène aussi à la surface les semences d’une doctrine surnaturelle tombées dans votre coeur et qui attendent justement cette heure de tempête pour germer, apparaître à nouveau et vous dire : “ Nous sommes là aussi, nous. Pensez à nous. ”

De plus, ma chère âme, il y a eu (en ce qui concerne l’ordre de succession des visions) une raison de bienveillance, en même temps que de ménagement providentiel. Comment aurais-tu pu, dans ton accablement actuel, voir certaines visions et entendre certains exposés ? Tu en aurais été blessée, au point de te rendre incapable de remplir ta mission de “ porte-parole ”. C’est pourquoi nous t’avons donné ces communications au début, pour éviter de te briser le coeur et nous l’avons fait par bonté. Nous avons évité de te donner des visions et des entretiens qui s’accordaient mal avec ta souffrance et qui auraient eu pour effet de l’exaspérer. Nous ne sommes pas cruels, Maria. Nous agissons toujours de manière à vous réconforter et non pas à vous affoler et à accroître votre souffrance. Il suffit que vous nous fassiez confiance. Il vous suffit de dire avec Joseph : “ S’il me reste Jésus, tout me reste ” pour que nous venions rassurer votre âme par des dons célestes.

43.6 Je ne te promets pas des grâces et des consolations humaines. Je te promets les mêmes consolations que celles qu’a eues Joseph : des consolations surnaturelles. Car – que tout le monde le sache – à cause des usuriers qui serrent à la gorge le pauvre réfugié, les cadeaux des mages disparurent à la vitesse de l’éclair, dans l’acquisition d’un toit, du minimum de mobilier nécessaire à la vie, de la nourriture qui était indispensable. Nous n’avions que cette ressource, en attendant de trouver du travail.

La communauté juive est toujours prête à s’entraider, mais la communauté que nous trouvions en Egypte n’était composée que de réfugiés persécutés, pauvres donc comme nous, qui venions nous y joindre. Une partie des ressources que nous voulions garder pour Jésus, pour notre Jésus adulte, que nous avions sauvées des frais de l’établissement en Egypte, dut servir à notre rapatriement et fut à peine suffisante pour remettre en état la maison et l’atelier de Nazareth, à notre retour. Les temps changent, mais l’avidité des hommes est toujours la même et elle profite de la détresse d’autrui pour l’exploiter d’une manière indigne.

Non : avoir Jésus avec nous ne nous procura pas de biens matériels. Beaucoup d’entre vous prétendent à ces biens quand ils sont à peine un peu unis à Jésus. Ils oublient qu’il a dit : “ Cherchez les richesses spirituelles. ” Tout le reste est donné par surcroît. Dieu pourvoit aussi à la nourriture, pour les hommes comme pour les oiseaux, car il sait que cela vous est nécessaire puisque votre chair sert de carapace à votre âme. Mais demandez-lui d’abord sa grâce. Demandez d’abord ce dont votre âme a besoin. Le reste vous sera donné par surcroît.

Ce que Joseph retira de son union avec Jésus, humainement parlant, ce fut embarras, fatigues, persécutions, faim, et rien d’autre. Mais comme il s’attachait à Jésus seul, tout s’est changé en paix spirituelle, en joie surnaturelle. Je voudrais vous amener au point où en était mon époux quand il disait : “ Même si nous ne devions plus rien avoir, nous posséderions toujours tout, car nous avons Jésus. ”

43.7 Je le sais, le coeur se brise. Je le sais, l’esprit s’enténèbre. Je le sais, la vie se consume. Mais, Maria... appartiens-tu à Jésus ? Veux-tu être à lui ? Au point de mourir comme Jésus est mort ? Ma petite, qui m’es si chère, pleure, mais reste forte et persé­vère. Le martyre ne réside pas dans la forme de la torture, mais dans la constance avec laquelle le martyr la supporte. Le martyre peut venir par une arme, mais aussi bien par une souffrance morale, si le but auquel on vise est le même. Tu le supportes par amour pour mon Fils. Ce que tu fais pour tes frères, tu le fais pour l’amour du Christ qui veut leur salut. C’est là ton martyre. Restes-y fidèle. Ne désire pas tout faire par toi-même. Comme l’étreinte est trop forte pour que tu puisses encore trouver la force de te conduire toute seule et de dominer ta nature humaine en retenant tes larmes, il suffit que tu laisses la souffrance te torturer sans te révolter. Il suffit que tu dises à Jésus : “ Aide-moi ! ” Ce que tu ne peux faire, lui le fera en toi. Reste en lui, toujours. Ne cherche pas à en sortir et même si la souffrance, tant elle est grande, t’empêche de voir où tu es, tu seras toujours en Jésus.

Je te bénis. Dis avec moi : “ Gloire au Père et au Fils et à l’Esprit Saint. ” Que ce soit toujours ton cri, jusqu’au moment où tu le diras au Ciel. Que la grâce du Seigneur soit toujours avec toi. »

EMV 88.3 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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« Maître, voici Jonas.

– Que ma paix vienne à toi ! » dit Jésus en le saluant, avant même que Jonas l’ait rejoint.

Mais Jonas ne répond pas. Il court, se jette en pleurant à ses pieds et les embrasse. Quand il peut parler, il dit :

« Combien je t’ai attendu ! Combien je t’ai attendu ! Quel découragement de voir la vie passer, la mort arriver et devoir se dire : “ Je ne l’ai pas revu ! ” Et pourtant, non, toute mon espérance ne faiblissait pas, même quand j’étais sur le point de mourir. Je pensais :

“ Elle me l’a dit : ‘ Vous le servirez encore ’ et elle n’a pu me dire une chose qui ne soit pas vraie. C’est la Mère de l’Emmanuel. Personne donc, plus qu’elle, n’a Dieu avec soi, et qui a Dieu sait ce qui est de Dieu. ”

– Lève-toi. Elle te salue. Tu l’as eue et tu l’as pour voisine. Elle habite Nazareth.

– Toi ! Elle ! A Nazareth ? Oh, si je l’avais su ! La nuit, en hiver, pendant les mois de gel, quand la campagne sommeille et que les méchants ne peuvent nuire aux cultivateurs, je serais venu en hâte baiser vos pieds et je serais rentré avec mon trésor de certitude. Pourquoi ne t’es-tu pas manifesté, Seigneur ?

– Ce n’était pas l’heure. Maintenant, l’heure est venue. Il faut savoir attendre. Tu l’as dit : “ Pendant les mois de gel, quand la campagne sommeille. ” Et pourtant, elle est déjà ensemencée, n’est-ce pas ? Eh bien, moi aussi, j’étais comme le grain déjà semé. Tu m’avais vu au moment des semailles. Puis j’avais disparu, enseveli dans un silence nécessaire. Pour croître et arriver au temps de la moisson et briller aux yeux de ceux qui m’avaient vu nouveau-né et appartenant au monde. Ce temps est venu. Le nouveau-né est désormais prêt à être le Pain du monde. Avant tous les autres, je cherche mes fidèles, et je leur dis : « Venez, rassasiez-vous de moi. ” »

Détail

Pourquoi Jésus ne s'est pas manifesté aux bergers durant sa vie cachée. Jonas, un des bergers, est conduit jusqu'à Jésus, et le voit pour la première fois adulte.

EMV 136 · Tome 2, p. 416-429

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Détail

À Béthanie, on célèbre la Fête des Encénies - aussi appelée la Fête de la Lumière ou la Fête de la Dédicace. C'est le premier anniversaire de Jésus sans sa Mère. Le Christ vagabonde dans le jardin, il écoute un rossignol. Puis, après avoir béni le Père pour ce chant, il reste un temps avec Simon, il lui parle du Ciel et des places qu'y auront les différents saints et bienheureux. Ensuite, arrive Marthe, qui est chagrinée, car Marie-Madeleine est partie récemment, elle voulait quitter ce "tombeau" pour retrouver ses joies. Ils vont à table et sont rejoints par les bergers de Bethléem, ce qui console Jésus de l'absence de sa Mère. Après que le Seigneur ait remercié Lazare et Marthe, en étant assez délicat pour évoquer Marie-Madeleine et consoler Marthe, ils en viennent à parler de l'Evangile de l'Enfance : de l'Immaculée Conception, à sa Présentation au Temple, ses fiançailles avec Joseph, la Nativité, la Fuite en Egypte, le retour en Galilée, le recouvrement au Temple. Pour finir, Pierre souhaite se souvenir de tout cela, mais a peur de ne pas y arriver : Matthieu lui assure qu'il a une bonne mémoire et qu'il le lui racontera. Enfin, Pierre souhaite mourir en prononçant le nom de Jésus et celui-ci lui confirme que cela arrivera.

EMV 136.5-10 · Tome 2, p. 421-429

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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136.5 Le repas commence. Les trois bergers [Lévi, Joseph, Elie] sont un peu gênés au début, alors qu’Isaac montre plus d’assurance et que Jonathas ne manifeste aucun embarras. Mais ils s’enhardissent à mesure que le repas avance, et après avoir gardé le silence ils commencent à parler. Et de quoi doivent-ils parler, sinon de leurs souvenirs ?

« Je m’étais retiré depuis peu, dit Lévi. Et j’avais tellement froid que je m’étais réfugié au milieu des brebis. Je pleurais et j’aurais voulu être avec ma mère...

– Moi [c'est Elie qui parle], je pensais à la jeune mère que j’avais rencontrée peu avant et je me disais : “ Aura-t-elle trouvé une place ? ” Si j’avais su qu’elle était dans une étable ! Je l’aurais conduite dans notre bercail !... Mais elle était si délicate – un lys de nos vallées – que j’aurais cru l’offenser de lui dire : “ Viens parmi nous. ” Mais je pensais à elle... et je sentais encore plus le froid, en pensant qu’elle devait en souffrir. Te rappelles-tu la lumière de ce soir-là ? Et ta peur ?

– Oui... mais ensuite... l’ange... Oh !... »

Lévi, un peu perdu dans son rêve, sourit à son souvenir.

Pierre s'exclame : « Ah ! écoutez, mes amis. Nous ne savons pas grand-chose et nous sommes mal renseignés. Nous avons entendu parler d’anges, de crèche, de troupeaux, de Bethléem... Et nous savons qu’il est galiléen et charpentier... Il n’est pas juste que nous ne soyons pas au courant, nous ! J’ai questionné le Maître à la Belle Eau... mais ensuite on a parlé d’autre chose. Celui-ci, qui sait, ne m’a rien dit... Oui, c’est à toi que je parle, Jean, fils de Zébédée. Tu as un beau respect pour moi qui suis âgé ! Tu gardes tout pour toi et tu me laisses grandir comme un disciple borné. Ne le suis-je pas déjà trop ? »

On rit de l’indignation de Pierre, mais lui se tourne vers son Maître :

« Ils rient, mais c’est moi qui ai raison » et puis, s’adressant à Barthélemy, Philippe, Matthieu, Thomas, Jacques et André :

« Allons, dites-le, vous aussi. Protestez avec moi ! Pourquoi ne savons-nous rien, nous ?

– Vraiment... Où étiez-vous à la mort de Jonas ? Et où étiez-vous sur le mont Liban ?

– Tu as raison, mais pour Jonas, moi, du moins, j’ai cru que c’était un délire de mourant, et sur le mont Liban... j’étais fatigué et endormi. Pardonne-moi, Maître, mais c’est la vérité.

– Et ce sera vrai de tant de monde ! Le monde de ceux qui, bien qu’ayant été évangélisés, répondront souvent au Juge éternel, pour excuser leur ignorance malgré l’enseignement de mes apôtres, ce que tu viens de dire : “ Je croyais que c’était du délire... J’étais fatigué et endormi. ” Et souvent ils n’admettront pas la vérité car ils la prendront pour du délire ou ne s’en souviendront pas en raison d’une fatigue due à trop de choses inutiles, passagères, coupables même. Or, une seule chose est nécessaire : connaître Dieu.

– Eh bien ! Maintenant que tu nous as dit ce que nous méritons, raconte-nous les choses telles qu’elles se sont passées... A ton Pierre ! Ensuite, je le dirai aux gens. Sinon... je te l’ai dit : de quoi puis-je leur parler ? Le passé, je l’ignore, les prophéties et le Livre, je ne sais pas les expliquer, l’avenir... ah ! Pauvre de moi ! Qu’est-ce que je vais annoncer, alors ?

– Oui, Maître. Que, nous aussi, nous sachions... Nous savons que tu es le Messie et nous le croyons. Mais, au moins, pour mon compte, j’ai eu du mal à admettre que de Nazareth il pouvait sortir quelque chose de bon... Pourquoi ne nous as-tu pas fait connaître tout de suite ton passé ? dit Barthélemy.

– Pour éprouver ta foi et la luminosité de ton âme.

136.6 Mais maintenant je vais vous parler, bien plus : nous allons vous parler de mon passé. Je raconterai même ce que les bergers ne savent pas, et eux diront ce qu’ils ont vu. Ainsi vous connaîtrez l’aube du Christ. Ecoutez :

Le temps de la grâce étant venu, Dieu prépara pour lui sa Vierge. Vous pouvez bien comprendre comment Dieu ne pouvait résider là où Satan avait posé son signe ineffaçable. La Puissance disposa par avance son futur tabernacle immaculé. Et c’est par deux justes, d’âge avancé et contre les règles habituelles de la procréation, que fut conçue celle sur laquelle ne pèse aucune tache.

Qui a déposé cette âme dans la chair embryonnaire qui reverdissait le vieux sein d’Anne, fille d’Aaron, ma grand-mère ? Toi, Lévi, tu as vu l’archange de toutes les annonciations. Tu peux dire : c’est celui-là. Car la “ Force de Dieu ” fut toujours le victorieux qui apporta la nouvelle de la joie aux saints et aux prophètes, l’indomptable sur lequel la plus grande force de Satan s’est brisée comme une tige de mousse desséchée, l’intelligent qui a utilisé sa bonne et lucide intelligence pour détourner les pièges de l’autre intelligent, mais malfaisant, en faisant exécuter avec promptitude les ordres de Dieu.

Avec un cri de joie, l’Annonciateur qui connaissait déjà les chemins de la terre, parce qu’il était descendu parler aux prophètes, recueillit auprès du Feu divin l’étincelle immaculée qui allait être l’âme de l’Enfant éternelle ; enserrée dans un cercle de flammes angéliques, celles de son amour spirituel, elle fut portée par lui sur la terre dans une maison, dans un sein. A partir de cet instant, le monde posséda l’Adoratrice ; et Dieu, à partir de cet instant, put regarder un point de la terre sans en éprouver de dégoût. Une petite créature naquit, l’Aimée de Dieu et de ses anges, la Consacrée à Dieu, saintement aimée par ses parents.

“ Et Abel donna à Dieu les prémices de son troupeau. ” Oh ! En vérité les parents de l’éternel Abel surent donner à Dieu les prémices de leur bien, tout leur bien, en mourant pour avoir donné ce bien à l’auteur de ce don !

Ma Mère fut une enfant du Temple depuis l’âge de trois ans à quinze ans et hâta la venue du Christ par la force de son amour. Vierge avant sa conception, vierge dans l’obscurité d’un sein, vierge lors de ses vagissements, vierge lors de ses premiers pas, la Vierge appartint à Dieu, et à Dieu seul. Elle proclama son droit, supérieur au décret de la Loi d’Israël, en obtenant de l’époux qui lui fut donné par Dieu de rester inviolée après ses noces.

Joseph de Nazareth était un juste. C’est à lui seul que pouvait être confié le Lys de Dieu et seul il le posséda. Ange en son âme comme en sa chair, il aima comme aiment les anges de Dieu. L’abîme de cet amour fort qui eut toutes les tendresses conjugales sans dépasser la barrière du feu céleste au-delà de laquelle se trouvait l’Arche du Seigneur, sera compris par peu de personnes sur la terre. C’est le témoignage de ce que peut être un juste pourvu qu’il le veuille, de ce qu’il peut, car même l’âme encore blessée par la tache originelle possède des forces puissantes d’élévation, de souvenir et de retour à sa dignité de fille de Dieu, et elle agit divinement pour l’amour du Père.

Marie était encore dans sa maison dans l’attente de la cohabitation avec son époux, lorsque Gabriel, l’ange des divines annonciations, revint sur la terre et demanda à la Vierge d’être mère. Déjà il avait promis le Précurseur au prêtre Zacharie qui ne l’avait pas cru. Mais la Vierge crut que cela pouvait se faire par la volonté de Dieu et, sublime dans son ignorance, demanda seulement : “ Comment cela peut-il se faire ? ”

L’Ange lui répondit alors : “ Tu es la pleine de grâce, Marie. Ne crains donc pas car tu as trouvé grâce aux yeux du Seigneur même pour ce qui est de ta virginité. Tu concevras et enfanteras un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui le Sauveur promis à Jacob et à tous les patriarches et prophètes d’Israël. Il sera grand et vrai Fils du Très-Haut, car c’est par l’opération de l’Esprit Saint qu’il sera conçu. Le Père lui donnera le trône de David, comme cela est annoncé, et il régnera sur la maison de Jacob jusqu’à la fin des siècles, mais son vrai Règne n’aura jamais de fin. Maintenant, le Père, le Fils, l’Esprit Saint attendent ton obéissance pour accomplir la promesse. Déjà le Précurseur du Christ est dans le sein d’Elisabeth, ta cousine et, si tu consens, l’Esprit Saint descendra sur toi, et celui qui naîtra de toi sera saint et portera son vrai nom de Fils de Dieu. ”

Marie répondit alors : “ Voici la Servante du Seigneur. Qu’il soit fait de moi selon sa parole. ” Et l’Esprit de Dieu descendit sur son Epouse et par cette première étreinte lui conféra ses lumières, qui achevèrent de perfectionner les vertus de silence, d’humilité, de prudence et de charité dont elle était remplie ; car elle ne fit qu’un avec la Sagesse et, désormais inséparable de la charité, l’Obéissante, la Chaste se perdit dans l’océan d’obéissance que je suis. Puis elle connut la joie d’être mère sans connaître le trouble d’être déflorée. Elle fut la neige qui devint toute fleur et s’offrit ainsi à Dieu...

136.7 – Mais son mari ? glisse Pierre, étonné.

– Le sceau de Dieu retint closes les lèvres de Marie, si bien que Joseph ne connut le prodige qu’au moment où, de retour de la maison de Zacharie, son parent, Marie apparut mère aux yeux de son époux.

– Et qu’est-ce qu’il a fait ?

– Il a souffert... tout comme Marie...

– Si ç’avait été moi...

– Joseph était un saint, Simon Pierre. Dieu sait où il dépose ses dons... Il souffrit profondément et décida de l’abandonner, en acceptant d’être lui-même tenu pour injuste. Mais l’ange descendit lui dire : “ Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. Car celui qui s’est formé en elle est le Fils de Dieu et c’est par l’opération de Dieu qu’elle est mère. Et quand le Fils sera né, tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui le Sauveur. ”

– Joseph était-il instruit ? demande Barthélemy.

– Comme tout descendant de David.

– Dans ce cas, il aura été aussitôt éclairé en se souvenant du prophète : “ Voici qu’une vierge concevra... ”

– Oui, il l’a été. A l’épreuve a succédé la joie...

– Si ç’avait été moi, reprend Simon Pierre, ça ne se serait pas passé comme ça, car auparavant j’aurais... Oh ! Seigneur, comme il est bon que ce n’ait pas été moi ! Je l’aurais brisée comme une fleur sans lui donner le temps de parler. Et après, si je n’avais pas été un assassin, j’aurais eu peur d’elle... La peur d’Israël tout entier, depuis des siècles, à l’égard du Tabernacle...

– Moïse lui-même eut peur de Dieu et pourtant il fut secouru et resta avec lui sur la montagne... Joseph alla donc habiter dans la maison sainte de son épouse et pourvut aux besoins de la Vierge et de celui qui devait naître. Et lorsque vint pour tous le temps de l’édit, il se rendit avec Marie dans la terre de ses pères, mais Bethléem les repoussa parce que le coeur des hommes est fermé à la charité.

136.8 Maintenant, à votre tour de parler.

– Moi, un soir, j’ai rencontré une jeune femme souriante montée sur un ânon. Un homme l’accompagnait. Il m’a demandé du lait et des renseignements. Je lui ai dit ce que je savais... Puis la nuit est tombée... et une grande lumière... nous sommes sortis... et Lévi a vu un ange près de l’enclos des animaux. Alors l’ange a dit : “ Le Sauveur est né. ” C’était la pleine nuit, et le ciel fourmillait d’étoiles. Mais leur lumière disparaissait devant celle de l’ange et de milliers d’anges... (Elie pleure encore à ce souvenir). Et l’ange nous a dit : “ Allez l’adorer. Il est dans une étable, dans une crèche, entre deux animaux... Vous trouverez un tout petit enfant enveloppé dans de pauvres langes... ” Ah ! Comme il étincelait, l’ange, en disant ces mots... ! Mais te souviens-tu, Lévi, comment ses ailes projetaient des flammes quand, après s’être incliné pour nommer le Sauveur, il a dit : “ C’est le Christ, le Seigneur ” ?

– Ah ! Si je me souviens ! Et les voix des milliers d’anges... Oh !... “ Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté ! ” Cette musique est ici, elle est ici, et elle me porte au Ciel chaque fois que je l’entends. »

Lévi lève un visage extasié sur lequel brille une larme.

« Et nous y sommes allés, dit Isaac. Chargés comme des bêtes de somme, joyeux comme pour des noces et puis... nous n’avons plus su que faire quand nous avons entendu ta petite voix, et celle de ta Mère. Nous avons alors poussé Lévi, qui était tout jeune, pour qu’il regarde. Nous nous sentions lépreux devant tant de pureté... Et Lévi écoutait, et il riait tout en pleurant, et il répétait, avec une telle voix d’agneau que la brebis d’Elie se mit à bêler. Joseph vint alors à l’entrée de l’étable et nous fit entrer... Oh ! Comme tu étais petit et beau ! Un bouton de rose carnée sur le foin qui piquait... et tu pleurais... Puis tu souriais dans la tiédeur de la peau de brebis que nous t’avons offerte et pour le lait que nous avons trait... Ton premier repas... Oh !... et puis... et puis nous t’avons embrassé... Tu sentais l’amande et le jasmin... et nous ne pouvions plus te quitter...

– Vous ne m’avez plus quitté, en effet.

– C’est vrai, dit Jonathas. Tes traits restèrent fixés en nous, tout comme ta voix et ton sourire... Tu grandissais... tu étais de plus en plus beau... Le monde des bons venait se réjouir de ta présence... et celui des méchants t’évitait... Anne... tes premiers pas... les trois Sages... l’étoile...

– Ah ! Cette nuit-là, quelle lumière ! Le monde paraissait enflammé par mille lumières. Le soir de ton arrivée, au contraire, la lumière était immobile et couleur perle... La première fois, les astres adoraient mais cette fois, ils dansaient. Et nous, d’une hauteur, nous avons vu passer la caravane et nous l’avons suivie pour voir si elle s’arrêtait... Le lendemain, Bethléem tout entière vit l’adoration des Sages.

136.9 Plus tard... Ah, ne parlons pas de l’horreur !... N’en parlons pas !... »

Elie pâlit à ce souvenir.

« Oui, n’en parlons pas. Silence sur la haine...

– La plus grande douleur était de ne plus avoir ta présence et d’être sans nouvelles de toi. Zacharie lui-même ne savait rien. C’était notre dernier espoir... Plus rien.

– Pourquoi, Seigneur, n’as-tu pas réconforté tes serviteurs ?

– Tu en demandes la raison, Philippe ? Parce qu’il était prudent d’agir ainsi. Tu vois que même Zacharie, dont la formation spirituelle s’est complétée depuis lors, ne voulut pas soulever le voile. Zacharie...

– Mais tu nous as dit que ce fut lui qui s’occupa des bergers. Pourquoi donc ne vous a-t-il pas dit, à eux d’abord, à toi ensuite, que les uns cherchaient l’Autre ?

– Zacharie était un juste, mais aussi pleinement un homme. Il devint moins homme et plus juste au cours de ses neuf mois de mutisme, il se perfectionna dans les mois qui suivirent la naissance de Jean, mais il devint une âme juste lorsque sur son orgueil d’homme tomba le démenti de Dieu. Il avait dit : “ Moi qui suis prêtre de Dieu, j’affirme que c’est à Bethléem que doit vivre le Sauveur. ” Or Dieu lui avait montré comment un jugement – même celui d’un prêtre – n’est qu’un pauvre jugement s’il n’est pas éclairé par Dieu. C’est en repensant avec horreur : “ Mes paroles auraient pu faire tuer Jésus ” que Zacharie devint le juste qui repose maintenant dans l’attente du Paradis. Et la justice lui enseigna la prudence et la charité. Charité envers les bergers, prudence à l’égard du monde pour lequel le Christ devait absolument être inconnu. Quand, de retour dans notre patrie, nous avons pris la direction de Nazareth, nous avons évité Hébron et Bethléem avec la même prudence qui désormais guidait Zacharie, et c’est en longeant la mer que nous revînmes en Galilée. Même le jour de ma majorité, il ne fut pas possible de voir Zacharie, parti la veille avec son fils pour la même cérémonie.

Dieu veillait, Dieu mettait à l’épreuve, Dieu pourvoyait, Dieu perfectionnait. Avoir Dieu, c’est un effort, pas seulement de la joie. Mon père d’amour connut l’effort et aussi ma Mère d’âme et de chair. Même ce qui était permis fut interdit pour que le mystère couvre d’ombre le Messie enfant.

136.10 Que cela explique à beaucoup de gens qui ne le comprennent pas la double raison de l’angoisse de mes parents quand je fus égaré pendant trois jours. Amour d’une mère, amour d’un père pour leur enfant disparu ; crainte des gardiens du Messie qu’il soit découvert avant le temps voulu ; terreur d’avoir mal protégé le Salut du monde et le grand don de Dieu. C’est la raison du cri insolite : “ Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi, angoissés, nous te cherchions ! ” Ton père, ta Mère... un voile est jeté sur l’éclat du Verbe incarné. Alors vient cette rassurante réponse : “ Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? ” Réponse accueillie et comprise par la Pleine de grâce pour ce qu’elle veut dire, en d’autres termes : “ Ne craignez rien. Je suis petit, un enfant. Mais si, selon l’humanité je croîs en taille, en sagesse et en grâce aux yeux des hommes, je suis le Parfait en tant que Fils du Père ; par conséquent, je sais me conduire parfaitement, servant le Père pour faire resplendir sa lumière, servant Dieu en lui conservant le Sauveur. ” Et c’est ainsi que j’ai agi jusqu’à il y a maintenant un an.

A présent, le temps est venu. Les voiles se lèvent. Et le Fils de Joseph se montre sous sa nature de Messie de la Bonne Nouvelle, de Sauveur, de Rédempteur, de Roi du siècle à venir.

– Et tu n’as jamais revu Jean ?

– Au Jourdain seulement, mon Jean, quand j’ai voulu le baptême.

– En sorte que tu ne savais pas que Zacharie avait rendu service aux bergers ?

– Je te l’ai dit : après le bain de sang innocent, les justes devinrent saints, les hommes devinrent justes. Seuls les démons restèrent ce qu’ils étaient. Zacharie apprit à se sanctifier par l’humilité, la charité, la prudence, le silence.

136.11 – Je veux me rappeler tout cela, mais le pourrai-je ? dit Pierre.

– Sois tranquille, Simon. Demain, je me le fais répéter par les bergers, tranquillement... Dans le verger. Une, deux, trois fois s’il le faut. J’ai une bonne mémoire. Je l’ai développée à mon comptoir et j’en garderai le souvenir pour tout le monde. Quand tu voudras, je pourrai te répéter tout. Je ne tenais pas de comptes à Capharnaüm, et pourtant..., dit Matthieu.

– Oh ! Non, tu ne te trompais pas d’un didrachme !... Je m’en souviens... Parfaitement ! Je te pardonne le passé, et de tout coeur, si tu te rappelles ce récit... et si tu me le répètes souvent. Je veux qu’il m’entre dans le coeur comme dans celui des bergers... comme en Jonas... Oh ! Mourir en prononçant son nom !... »

Jésus regarde Pierre et sourit. Puis il se lève et embrasse sa tête grisonnante.

« Pourquoi, Maître, me donnes-tu ce baiser ?

– Parce que tu as été prophète. Tu mourras en prononçant mon nom. J’ai embrassé l’Esprit qui parlait en toi. »

Détail

Dans cette partie, on parle entièrement de l'Evangile de l'Enfance : la naissance de Marie, son Immaculée Conception, sa Présentation au Temple, ses fiançailles avec Joseph, l'Annonciation, la Nativité, la venue des Rois Mages, la fuite en Egypte...