EMV 2.2 · Tome 1, p. 15-17
L’Evangile tel qu'il m'a été révélé
Citation
2.2 Entendant frapper à la porte, elle se lève. Effectivement, elle est grande. Elle ouvre. Une femme lui demande :
« Anne, veux-tu me donner ton amphore ? Je te la remplirai. »
La femme est accompagnée d’un petit gamin de cinq ans. Il s’attache aussitôt au vêtement de celle qu’on vient de nommer Anne ; celle-ci le caresse, tout en allant dans une autre pièce d’où elle rapporte une belle amphore en cuivre, qu’elle tend à la femme en disant :
« Tu es toujours bonne avec la vieille Anne, toi. Que Dieu t’en récompense dans ce petit et dans les enfants que tu as et auras encore, car tu es bienheureuse ! »
Anne pousse un soupir.
La femme la regarde, sans savoir que dire après ce soupir ; pour adoucir la peine qu’elle devine, elle dit :
« Je te laisse Alphée, si cela ne t’ennuie pas ; cela me permettra de faire plus vite et de remplir un bon nombre de brocs et de jarres. »
Alphée est tout content de rester, on en comprend aisément la raison. Sa mère partie, Anne le prend dans ses bras et l’emmène dans le jardin, l’élève à la hauteur d’une tonnelle de raisins dorés comme la topaze, et lui dit :
« Mange, mange, c’est bon ! »
Elle couvre de baisers le petit visage tout barbouillé du jus des raisins que le petit garçon avale avidement. Puis elle rit de bon coeur et paraît soudain plus jeune grâce à la belle denture qu’elle révèle et sous l’effet de la joie qui éclate sur son visage, effaçant les ans, quand l’enfant lui demande, en écarquillant ses grands yeux d’un bleu-gris sombre :
« Et maintenant, que vas-tu me donner ? »
Elle rit, plaisante et, s’inclinant jusqu’à hauteur des genoux, elle dit :
« Que me donneras-tu si je te donne... si je te donne... devine quoi ! »
L’enfant, battant des mains, tout rieur, lui répond :
« Des baisers, ce sont des baisers que je te donne, belle Anne, bonne Anne, maman Anne !... »
Lorsque Anne s’entend appeler “ Maman Anne ”, elle pousse un vrai cri de tendresse et de joie et serre l’enfant sur son coeur en s’exclamant :
« Quelle joie ! Mon chéri ! Mon chéri ! Mon chéri ! »
A chaque “ mon chéri ”, un baiser descend sur les joues roses. Ils se dirigent ensuite vers une étagère et sortent des galettes de miel d’un plat.
« Je les ai faites pour toi, beauté de la pauvre Anne, pour toi qui m’aimes bien. Mais, dis-moi, tu m’aimes comment ? »
Alors l’enfant, pensant à ce qui l’a le plus impressionné, répond :
« Comme le Temple du Seigneur. »
Anne embrasse encore ses yeux pétillants de vie, ses lèvres roses, et l’enfant se frotte contre elle comme un petit chat.
Sa mère va et vient avec le broc plein, et rit sans rien dire. Elle les laisse à leurs épanchements.
Détail
Anne est chez elle et on vient la trouver.