Sa belle-sœur tâte le petit manteau de Yabeç et l’interpelle :
« C’est de la belle laine, mais elle a une de ces couleurs ! Qu’en dis-tu ? Je le teindrai en rouge très foncé. Cela ira bien.
– Nous le ferons demain soir, car alors il aura son nouveau vêtement. Maintenant, nous ne pouvons le lui enlever. »
Marthe dit à l’enfant :
« Viendrais-tu avec moi, mon petit ? Je t’emmène tout près d’ici pour voir plein de choses, et puis on revient ici… »
Yabeç ne refuse pas. Il ne refuse jamais rien… mais il paraît un peu intimidé de partir avec une femme presque inconnue. Il dit timidement et avec gentillesse :
« Est-ce que Jean pourrait venir avec moi ?
– Mais bien sûr ! »
Et ils s’en vont. (...)
Marthe rentre avec Jean et l’enfant qui porte une petite chemise de lin blanc avec un vêtement de dessus rouge. Sur le bras, il a aussi un petit manteau rouge.
« Tu les reconnais, Lazare ? Tu vois que tout sert ? »
Le frère et la sœur se sourient.
Jésus dit :
« Je te remercie, Marthe.
– Oh mon Seigneur ! J’ai la manie de tout garder. Je l’ai héritée de ma mère. J’ai encore beaucoup de vêtements de mon frère. Ils me sont chers parce que ma mère les a touchés. De temps en temps, j’en enlève une pièce pour quelque enfant. Je vais maintenant les donner à Marziam. Ils sont un peu longs, mais on peut les raccourcir. Lazare, devenu majeur, n’en a plus voulu… Un beau caprice, un vrai caprice d’enfant… et ma mère lui a cédé parce qu’elle adorait son Lazare. »
Marthe le caresse avec amour, et Lazare prend sa très belle main, la baise et dit :
« Et pas toi ? »
Ils se sourient.
« C’est providentiel, soulignent plusieurs.
– Oui, mon caprice a été un bienfait. Peut-être me sera-t-il pardonné pour cette raison. »
Le dîner est prêt et chacun gagne sa place…