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Bible - Deuxième Livre des Macchabées

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EMV 59.3-8 · Tome 1

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

59.3 Jésus a rejoint sa place. Il salue le chef de la synagogue qui en fait autant. C’est un homme de petite taille, gras et vieillot. Jésus doit se pencher pour lui parler. On dirait un palmier qui s’incline vers un arbuste plus large que haut.

« Que veux-tu que je te donne ? demande le chef de la syna­gogue.

– Ce que tu veux ou bien au hasard, l’Esprit te guidera.

– Mais... seras-tu préparé ?

– Je le suis. Prends au hasard. Je le répète : l’Esprit du Seigneur guidera ton choix pour le bien de ce peuple. »

Le chef de la synagogue étend la main sur le tas de rouleaux. Il en prend un, l’ouvre et s’arrête sur un passage donné.

« Voilà » dit-il.

Jésus prend le rouleau et lit à l’endroit indiqué :

« “ Lève-toi et sanctifie le peuple et dis-leur : ‘ Sanctifiez-vous pour demain car ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël : L’anathème est au milieu de toi, Israël. Tu ne pourras pas tenir devant tes ennemis jusqu’à ce que vous ayez écarté l’anathème du milieu de vous. ’ ” »

Il s’arrête, roule le rouleau et le rend. La foule est très attentive. Seul quelqu’un chuchote :

« Nous allons en entendre de belles contre les ennemis !

– C’est le Roi d’Israël, le Promis, qui rassemble son peuple ! »

59.4 Jésus tend les bras dans son attitude oratoire. Le silence est total.

« Celui qui est venu vous sanctifier s’est levé. Il est sorti du secret de la maison où il s’est préparé à cette mission. Il s’est purifié pour vous donner l’exemple de la purification. Il a pris position face aux puissants du Temple et au peuple de Dieu. Et maintenant, il est parmi vous. C’est moi ! Non pas comme le pensent et l’espèrent certains parmi vous qui ont l’esprit obscurci et le coeur troublé. Plus grand et plus noble est le Royaume dont je suis le futur Roi et auquel je vous appelle.

Je vous appelle, hommes d’Israël, avant tout autre peuple, parce que vous êtes ceux qui avez eu dans les pères de vos pères la promesse de cette heure et l’alliance avec le Seigneur Très-Haut. Mais ce ne sera pas à l’aide de foules armées ni par quelque féroce effusion de sang que ce Royaume se formera. Ce ne sont pas les violents ni les dominateurs, pas plus que les orgueilleux, les irascibles, les envieux, les luxurieux, les gens cupides qui y entreront, mais les bons, les doux, les chastes, les miséricordieux, les humbles, les patients, ceux qui aiment Dieu et leur prochain.

Israël ! Ce n’est pas contre les ennemis de l’extérieur que tu es appelé à combattre, mais contre les ennemis de l’intérieur, contre ceux qui se trouvent dans ton coeur, dans le coeur des dizaines de milliers de tes enfants. Otez l’anathème du péché de tous vos coeurs si vous voulez que demain le Seigneur vous rassemble et vous dise : “ Mon peuple, reçois le Royaume qui ne sera plus vaincu, ni envahi, ni attaqué par les ennemis. ”

Demain. Quand viendra ce lendemain ? Dans un an ou dans un mois ? Ne cherchez pas avec la soif malsaine de connaître l’avenir par des moyens qui ont le goût de coupables sorcelleries. Laissez aux païens l’esprit de la Pythie. Laissez au Dieu éternel le secret de son temps. Quant à vous, dès demain – le lendemain qui succèdera à cette heure du soir, celui qui viendra de nuit et surgira avec le chant du coq –, venez vous purifier par une pénitence authentique.

Repentez-vous de vos péchés pour être pardonnés et prêts pour le Royaume. Ecartez de vous l’anathème du péché. Chacun a le sien. Chacun a celui qui est contraire aux dix commandements du salut éternel. Examinez-vous chacun sincèrement et vous trouverez le point sur lequel vous vous êtes trompés. Ayez-en humblement un repentir sincère. Veuillez vous repentir, mais pas en paroles seulement. On ne se moque pas de Dieu et on ne le trompe pas. Mais repentez-vous avec la volonté arrêtée de changer de vie, de revenir à la Loi du Seigneur. Le Royaume des Cieux vous attend. Demain.

Demain ? demandez-vous. Ah ! L’heure de Dieu est toujours un prompt lendemain, même quand elle arrive au terme d’une longue vie comme celle des patriarches. L’éternité n’a pas, pour mesurer le temps, le lent écoulement du sablier. Ces mesures du temps que vous appelez jours, mois, années, siècles sont les battements de coeur de l’Esprit éternel qui vous garde en vie. Mais vous êtes éternels spirituellement et vous devez, spirituellement, garder la même méthode de mesure du temps que votre Créateur. Par conséquent, vous devez vous dire : “ Demain, ce sera le jour de ma mort ! ” Bien plus, il n’y a pas de mort pour celui qui est fidèle, mais un repos dans l’attente, dans l’attente du Messie qui ouvre les portes des Cieux.

En vérité, je vous déclare que parmi ceux qui sont ici présents, vingt-sept seulement devront attendre leur mort. Les autres seront jugés dès avant leur mort et celle-ci les fera passer à Dieu ou à Mammon sans délai, parce que le Messie est venu : il est parmi vous et vous appelle pour vous apporter la bonne nouvelle, vous instruire de la vérité, vous assurer le salut et le Ciel.

Faites pénitence ! Le “ demain ” du Royaume des Cieux est im­minent ; qu’il vous trouve purs pour devenir les possesseurs du Jour éternel !

La paix soit avec vous. »

59.5 Un israélite barbu aux vêtements somptueux se lève pour le contredire. Il déclare :

« Maître, ce que tu affirmes me paraît en opposition avec ce qui est dit au Livre second des Maccabées, gloire d’Israël. Il y est écrit: “ Quand les pécheurs ne sont pas laissés longtemps à eux-mêmes, mais que les châtiments ne tardent pas à les at­teindre, c’est une marque de grande bonté. A l’égard des autres nations, le Maître attend avec longanimité, pour les châtier, qu’elles arrivent à combler la mesure de leurs iniquités. ” Toi, au contraire, tu parles comme si le Très-Haut pouvait être très lent à nous punir, comme s’il nous attendait, à l’instar des autres peuples, au temps du Jugement, quand la mesure des péchés sera comble. Vraiment, les faits t’apportent un démenti. Israël est puni, comme le dit l’histoire des Maccabées. Mais, si c’était comme tu le prétends, n’y aurait-il pas un désaccord entre ton enseignement et celui qui ressort de la phrase que je t’ai rapportée ?

– J’ignore qui tu es ; mais qui que tu sois, je te réponds. Il n’y a pas de désaccord dans la doctrine, mais dans la manière d’interpréter les paroles. Tu les interprètes d’une manière humaine, moi d’une manière spirituelle. En digne représentant de la majorité des hommes, tu vois tout dans une référence au présent et à ce qui passe. Moi, en représentant de Dieu, j’explique tout et en fais l’application à l’éternel et au surnaturel. Yahvé vous a frappés, oui, dans le présent, à cause de votre orgueil et de votre prétention à être un “ peuple ” selon les idées de la terre. Mais comme il vous a aimés ! Comme il a usé de patience envers vous plus qu’envers aucun autre, en vous accordant, à vous, le Sauveur, son Messie, pour que vous l’écoutiez et que vous vous sauviez avant l’heure de la colère divine ! Il ne veut plus que vous soyez pécheurs. Mais s’il vous a frappés en ce monde qui passe, voyant que la blessure ne guérit pas, mais au contraire émousse toujours plus votre âme, il vous envoie, non pas la punition, mais le salut. Il vous envoie celui qui vous guérit et vous sauve : moi, qui vous parle.

59.6 – Ne te trouves-tu pas prétentieux de te poser en représentant de Dieu ? Aucun des prophètes n’a eu cette audace, et toi... qui es-tu, toi qui parles, et sur l’ordre de qui parles-tu ?

– Les prophètes ne pouvaient dire d’eux-mêmes ce que je dis de moi. Qui suis-je ? L’Attendu, le Promis, le Rédempteur. Vous avez déjà entendu celui qui m’a précédé proclamer : “ Préparez les voies du Seigneur... Voici que vient le Seigneur Dieu... Comme un berger il paîtra son troupeau, tout en étant l’Agneau de la vraie Pâque ! ”

Il y a parmi vous des gens qui ont entendu ces paroles de la bouche du Précurseur et qui ont vu le ciel s’éclairer sous l’effet d’une lumière qui descendait en forme de colombe, qui ont entendu une voix qui disait qui j’étais. Sur l’ordre de qui je parle ? Sur l’ordre de Celui qui est et qui m’envoie.

– Certes, tu peux le dire, mais tu peux également être un menteur ou être dans l’illusion. Tes paroles sont saintes, mais Satan lui aussi a des paroles trompeuses masquées de sainteté, pour entraîner dans l’erreur. Nous, nous ne te connaissons pas.

– Je suis Jésus, fils de Joseph, de la race de David, né à Bethléem Ephrata, selon la promesse, appelé Nazaréen parce j’habite Nazareth. Cela, du point de vue du monde. Selon Dieu, je suis son Messie. Mes disciples le savent.

– Oh ! Eux, ils peuvent affirmer ce qu’ils veulent et ce que tu leur fais dire !

– Un autre parlera, qui ne m’aime pas et dira qui je suis. Attends que j’appelle une des personnes présentes. »

59.7 Jésus regarde la foule, étonnée de la discussion, choquée et divisée en opinions contraires. Il cherche quelqu’un avec ses yeux de saphir, puis crie à haute voix :

« Aggée, approche-toi, je te l’ordonne ! »

Murmures dans la foule qui s’ouvre pour laisser passer un homme secoué de tremblements et soutenu par une femme.

« Connais-tu cet homme ?

– Oui, c’est Aggée, fils de Malachie, d’ici, de Capharnaüm. Il est possédé par un esprit malin qui le fait entrer dans des accès de folie furieuse et soudaine.

– Tout le monde le connaît ? »

La foule crie :

« Oui, oui.

– Quelqu’un peut-il dire qu’il m’a parlé ne serait-ce que quelques minutes ? »

La foule crie :

« Non, non, il est comme hébété et ne sort jamais de chez lui, et personne ne t’y a jamais vu.

– Femme, amène-le moi. »

La femme le pousse et le traîne ; le pauvre homme tremble d’autant plus fort.

Le chef de la synagogue avertit Jésus :

« Attention ! Le démon va le tourmenter... et alors il s’excite, griffe et mord. »

La foule s’écarte en se pressant contre les murs.

Les deux hommes sont désormais en face l’un de l’autre. Un instant de résistance. On dirait que l’homme, habitué au mu­tisme, a du mal à parler et gémit. Puis sa voix s’articule :

« Qu’y a-t-il entre toi et nous, Jésus de Nazareth ? Pourquoi es-tu venu nous tourmenter, nous exterminer, toi, le Maître du ciel et de la terre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. Aucun être charnel ne fut plus grand que toi parce que dans ta chair d’homme est renfermé l’Esprit du Vainqueur éternel. Tu m’as déjà vaincu dans...

– Tais-toi et sors de lui, je te l’ordonne ! »

L’homme est pris d’une étrange agitation. Il tremble par à-coups comme s’il y avait quelqu’un qui le maltraitait en le poussant et le secouant. Il hurle d’une voix inhumaine, écume, puis est plaqué au sol d’où il se relève ensuite, étonné et guéri.

59.8 « Tu as entendu ? Que réponds-tu, maintenant ? » demande Jésus à son contradicteur.

L’homme barbu et bien habillé hausse les épaules et, vaincu, s’en va sans répondre. La foule se moque de lui et applaudit Jésus.

« Silence, c’est un lieu sacré », dit Jésus,

Annotation

Josuée 7, 13

Jos 7, 13 : "Lève-toi, sanctifie le peuple. Tu diras : ‘Sanctifiez-vous pour demain, car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Un anathème est au milieu de toi, Israël. Tu ne pourras pas faire face à tes ennemis, tant que vous n’aurez pas écarté l’anathème du milieu de vous.’"

Second Livre des Macchabées

2 M 6, 13-14 : Car c’est le signe d’une grande bonté que de ne pas tolérer longtemps ceux qui commettent l’impiété, mais de leur infliger sans retard des châtiments. En effet, à l’égard des autres nations, le Maître attend avec grande patience, pour les châtier, qu’elles aient atteint le comble de leurs péchés.

EMV 132.2 · Tome 2, p. 386

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

Voir dans son contexte

Citation

Je vous rappelle qu’après l’érection du veau d’or survint la colère du Seigneur ; après l’idolâtrie de Salomon, le schisme qui divisa et affaiblit Israël ; après avoir accepté l’hellénisme et même lui avoir fait bon accueil grâce à l’entremise de juifs indignes sous Antiochus Epiphane, on a vu surgir nos malheurs spirituels, économiques et nationaux actuels. Je vous rappelle que Nadab et Abiu, ces faux serviteurs de Dieu, furent frappés par Jéovêh. Je vous rappelle que la manne ramassée le jour du sabbat n’était pas sainte. Je vous rappelle Cham et Absalon. Je vous rappelle le péché de David au détriment d’Urie et celui d’Absalon au détriment d’Amnon. Je vous rappelle la fin d’Absalon et celle d’Amnon. Je vous rappelle le sort du voleur Héliodore, et de Simon et Ménélaus. Je vous rappelle la fin honteuse des deux calomniateurs qui avaient porté un faux témoignage contre Suzanne. Et je pourrais continuer sans fin à vous donnez de pareils exemples.

Annotation

Je vous rappelle : voir Ex 32, 10 (sur la colère), 1 R 12, 19-20.28-33 (sur le schisme) ; 1 M 1 ; 2 M 4-7 (sur l'hellénisme et les malheurs) ; Lv 10, 1-2 ; Nb 3, 4 ; 26, 61 ; 1 S 25, 3.38 (les faux serviteurs battus) ; Ex 16, 27-30 (la manne) ; 2 S 11 ; 13 (le péché) ; 2 S 18, 9-18 ; 2 M 3, 24-34 ; 4, 1-6 ; 13, 7-8 , Dn 13, 61-62 (le sort et une fin ignoble).

Livre de l'Exode (la manne et la colère)

Ex 16, 27-30 (la manne) : Or, le septième jour, des gens sortirent pour en recueillir, mais ils n’en trouvèrent pas. Le Seigneur dit à Moïse : « Combien de temps encore refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois ? Voyez : le Seigneur vous a donné le sabbat ; aussi, le sixième jour, vous donne-t-il du pain pour deux jours. Restez donc chacun chez vous. Que personne ne sorte de chez lui le septième jour. » Et, le septième jour, le peuple cessa toute activité. La maison d’Israël donna à ce pain le nom de « manne ». C’était comme de la graine de coriandre, de couleur blanche, au goût de beignet au miel.

Ex 32, 10 (sur la colère) : Maintenant, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les exterminer ! Mais, de toi, je ferai une grande nation.

Livre du Lévitique, 10, 1-2 (Nadab et Abiu)

Lv 10, 1-2 : C’est alors que Nadab et Abihou, fils d’Aaron, prirent chacun son brûle-parfum, y mirent des charbons ardents sur lesquels ils déposèrent de l’encens. C’est un feu profane qu’ils apportèrent devant le Seigneur, sans qu’il leur ait ordonné. Mais, de devant le Seigneur, un feu sortit et les dévora. Ils moururent devant le Seigneur.

Livre des Nombres (Nadab et Abiu)

Nb 3, 4 : Nadab et Abihou moururent devant le Seigneur, car, devant le Seigneur, ils avaient présenté un feu profane, au désert du Sinaï. Ils n’avaient pas eu de fils. Quant à Éléazar et Itamar, ils exercèrent le sacerdoce en présence de leur père Aaron.

Nb 26, 61 : Nadab et Abihou moururent pour avoir présenté un feu profane devant le Seigneur.

Premier livre de Samuel 25, 3.38 (les serviteurs battus)

1 S 25, 3.38 : L’homme s’appelait Nabal, et sa femme, Abigaïl. La femme était intelligente et belle, tandis que l’homme était dur et malfaisant. Il était du clan de Caleb. Au bout d’une dizaine de jours, le Seigneur frappa Nabal qui mourut.

Deuxième livre de Samuel 11, 12-17 (Urie et David)

David dit à Ourias : « Reste ici aujourd’hui encore, et demain je te renverrai. » Ourias resta donc à Jérusalem ce jour-là et le lendemain. David l’invita à manger et à boire à sa table, et il l’enivra. Le soir, Ourias sortit et alla se coucher à nouveau avec les serviteurs de son maître ; mais il ne descendit pas chez lui. Le matin suivant, David écrivit une lettre pour Joab, et la fit porter par Ourias. Il disait dans cette lettre : « Mettez Ourias en première ligne, au plus fort de la mêlée, puis repliez-vous derrière lui ; qu’il soit frappé et qu’il meure ! » Joab, qui assiégeait la ville, plaça Ourias à un endroit où il savait que les ennemis étaient en force. Les assiégés firent une sortie contre Joab. Il y eut des tués dans l’armée, parmi les serviteurs de David, et Ourias le Hittite mourut aussi.

Deuxième livre de Samuel 18, 9-18 (Absalom)

2 S 18, 9-18 ; Absalom se retrouva par hasard en face des serviteurs de David. Il montait un mulet, et le mulet s’engagea sous la ramure d’un grand térébinthe. La tête d’Absalom se prit dans les branches, et il resta entre ciel et terre, tandis que le mulet qui était sous lui continuait d’avancer. Quelqu’un l’aperçut et avertit Joab : « Je viens de voir Absalom suspendu dans un térébinthe. »

Joab dit à l’homme qui l’avait averti : « Tu l’as vu ! Pourquoi donc ne l’as-tu pas frappé et abattu sur place ? J’aurais dû alors te donner dix pièces d’argent et une ceinture. » L’homme répondit à Joab : « Même si je soupesais maintenant, dans la paume de mes mains, mille pièces d’argent, je ne porterais pas la main sur le fils du roi, car nous avons entendu de nos oreilles l’ordre que le roi vous a donné à toi, à Abishaï et à Ittaï : “Par égard pour moi, veillez sur le jeune Absalom !” Et si j’avais commis cette trahison au péril de ma vie, comme rien n’échappe au roi, tu te serais toi-même tenu à l’écart. »

Joab lui dit : « Je ne vais pas perdre mon temps avec toi ! » Et il se saisit de trois épieux qu’il planta dans le cœur d’Absalom, encore vivant au milieu du térébinthe. Alors, dix jeunes écuyers au service de Joab entourèrent Absalom pour le frapper à mort.

Joab sonna du cor. La troupe, faisant demi-tour, cessa de poursuivre Israël, car Joab l’en empêcha. On prit Absalom, on le jeta dans la grande fosse en pleine forêt, et l’on érigea par-dessus un monceau de pierres très imposant. Tout Israël s’était enfui, chacun à ses tentes. De son vivant, Absalom avait entrepris de se faire ériger une stèle, qui se trouve dans la vallée du Roi. Il se disait : « Je n’ai pas de fils pour faire mémoire de mon nom. » Il donna son nom à la stèle. Aujourd’hui encore, on l’appelle « Monument d’Absalom ».

Livre de Daniel, 13, 60-62 (le sort et une fin ignoble)

Dn 13, 60-62 (le sort et une fin ignoble) : Alors toute l’assemblée poussa une grande clameur et bénit Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui. Puis elle se retourna contre les deux anciens que Daniel avait convaincus de faux témoignage par leur propre bouche. Conformément à la loi de Moïse, on leur fit subir la peine que leur méchanceté avait imaginée contre leur prochain : on les mit à mort. Et ce jour-là, une vie innocente fut épargnée.

Premier livre des Rois 12, 19-20.28-33 (sur le schisme)

1 R 12, 19-20.28-33 : Les dix tribus d’Israël rejetèrent la maison de David, et cette situation dure encore aujourd’hui où ceci est écrit. Dès que tout Israël apprit que Jéroboam était revenu, on l’envoya chercher pour qu’il vienne à la réunion du peuple, et on le fit roi sur tout Israël. Il ne restait, pour suivre la Maison de David, que la seule tribu de Juda.

Après avoir tenu conseil, Jéroboam fit fabriquer deux veaux en or, et il déclara au peuple : « Voilà trop longtemps que vous montez à Jérusalem ! Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte. » Il plaça l’un des deux veaux à Béthel, l’autre à Dane, et ce fut un grand péché. Le peuple conduisit en procession celui qui allait à Dane.

Jéroboam y établit un temple à la manière des lieux sacrés. Il institua des prêtres pris n’importe où, et qui n’étaient pas des descendants de Lévi. Jéroboam célébra la fête le quinzième jour du huitième mois, fête pareille à celle que l’on célébrait en Juda, et il monta à l’autel. Il fit de même à Béthel en offrant des sacrifices aux veaux qu’il avait fabriqués ; il établit à Béthel les prêtres des lieux sacrés qu’il avait institués. Il monta à l’autel qu’il avait édifié à Béthel, le quinze du huitième mois, date qu’il avait de lui-même fixée. Il organisa une fête pour les fils d’Israël et il monta à l’autel pour brûler de l’encens.

Premier livre des Macchabées, chapitre 1 (sur l'hellénisme et ses conséquences)

1 M 1 : 01 ALEXANDRE, fils de Philippe, de Macédoine, quitta le pays des Grecs pour affronter Darius, le roi des Perses et des Mèdes. Après l’avoir vaincu, il régna à sa place ; auparavant il régnait déjà sur le monde grec. Il livra de multiples batailles, s’empara de nombreuses forteresses et fit périr les rois de la région. Il poussa jusqu’aux extrémités de la terre et ramassa le butin d’une multitude de nations. Devant lui, la terre resta muette. Son cœur s’exalta à l’extrême.

Il rassembla une armée très puissante, soumit des provinces, des nations et des souverains, qui durent lui payer l’impôt. Après quoi, il fut contraint de s’aliter et comprit qu’il allait mourir. Il convoqua ses auxiliaires les plus illustres, élevés avec lui depuis le jeune âge et, de son vivant, il partagea entre eux son royaume. Alexandre avait régné douze ans quand il mourut. Alors, ceux qu’il avait mis en fonction exercèrent le pouvoir, chacun dans sa région.

Après sa mort, ils portèrent tous le diadème, et leurs fils après eux, durant de longues années. Et ils multiplièrent les malheurs sur la terre. De leur descendance surgit un homme de péché, Antiocos Épiphane, fils du roi Antiocos le Grand. Il avait séjourné à Rome comme otage, et il devint roi en l’année 137 de l’empire grec.

À cette époque, surgirent en Israël des hommes infidèles à la Loi, et ils séduisirent beaucoup de gens, car ils disaient : « Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent. En effet, depuis que nous avons rompu avec elles, il nous est arrivé beaucoup de malheurs. »

Ce langage parut judicieux, et quelques-uns, dans le peuple, s’empressèrent d’aller trouver le roi. Celui-ci leur permit d’adopter les usages des nations. Ils construisirent un gymnase à Jérusalem, selon la coutume des nations ; ils effacèrent les traces de leur circoncision, renièrent l’Alliance sainte, s’associèrent aux gens des nations, et se vendirent pour faire le mal.

Quand Antiocos vit son pouvoir bien établi, il projeta de devenir aussi roi d’Égypte et de régner sur les deux royaumes. Il entra en Égypte avec une armée imposante, des chars, des éléphants, des cavaliers ainsi qu’une grande flotte. Il livra bataille à Ptolémée, le roi d’Égypte, qui battit en retraite et s’enfuit ; il y eut beaucoup de victimes. Antiocos s’empara des villes fortes d’Égypte et ramassa le butin du pays. Après sa victoire sur l’Égypte, en l’an 143 de l’empire grec, Antiocos s’en retourna et monta contre Israël et Jérusalem avec une armée imposante.

Il entra dans le sanctuaire avec arrogance et fit main basse sur l’autel d’or, le chandelier de lumière avec tous ses accessoires, la table des offrandes, les coupes à libation, les vases, les encensoirs d’or, le voile et les couronnes. Même le revêtement doré de la façade du Temple, il l’arracha en entier. Il prit aussi l’argent, l’or et les objets précieux, ainsi que les trésors cachés qu’il découvrait. Avec tout cela, il retourna dans son pays. Comme il avait fait un carnage et proféré des paroles d’une extrême arrogance, il y eut un grand deuil dans tout Israël.

Chefs et anciens poussèrent des lamentations, jeunes filles et jeunes gens dépérirent, et la beauté des femmes s’altéra. Tout jeune marié entonna un chant de deuil ; assise dans la chambre nuptiale, l’épouse était en larmes. La terre trembla à cause de ses habitants, et toute la maison de Jacob fut revêtue de honte.

Deux ans plus tard, le roi envoya dans les villes de Juda un commissaire pour percevoir les impôts. Celui-ci vint à Jérusalem avec une armée importante. Il adressa aux habitants des paroles de paix : c’était pour les tromper, mais ils le crurent. Puis, il attaqua la ville à l’improviste, la frappa durement et fit périr beaucoup de gens en Israël. Il prit le butin de la ville, incendia celle-ci, détruisit les maisons et le mur d’enceinte. Ses hommes réduisirent en captivité les femmes et les enfants et confisquèrent le bétail. Puis, ils rebâtirent la Cité de David, avec un haut rempart fortifié et de puissantes tours. Elle devint leur citadelle. Là, ils installèrent une race perverse, des gens infidèles à la Loi. Pour accroître leur force, ils y amassèrent des armes et de la nourriture, ils y déposèrent le butin de Jérusalem qu’ils avaient rassemblé. C’était un véritable piège, un lieu d’embuscade contre le sanctuaire, un cruel adversaire pour Israël en tout temps.

Autour du sanctuaire, ils répandirent le sang des innocents, ils souillèrent le Lieu saint. À cause d’eux s’enfuirent les habitants de Jérusalem, et la ville devint une colonie d’étrangers, une étrangère pour sa descendance, car ses propres enfants l’avaient abandonnée.

Son sanctuaire fut dévasté comme un désert, ses fêtes se changèrent en deuil, ses sabbats en dérision, son honneur en mépris. Elle fut remplie de honte, à la mesure même de sa gloire passée, et sa fierté se changea en larmes.

Le roi Antiocos prescrivit à tous les habitants de son royaume de ne faire désormais qu’un seul peuple, et d’abandonner leurs coutumes particulières. Toutes les nations païennes se conformèrent à cet ordre. En Israël, beaucoup suivirent volontiers la religion du roi, offrirent des sacrifices aux idoles, et profanèrent le sabbat. Le roi envoya également à Jérusalem et aux villes de Juda des émissaires, avec des lettres qui leur prescrivaient de suivre des coutumes étrangères à leur pays. Ils devaient bannir du sanctuaire holocaustes, sacrifice et libation, profaner les sabbats et les fêtes, souiller le sanctuaire et les fidèles, élever des autels, des lieux de culte et des idoles, offrir en sacrifice des porcs et d’autres animaux impurs. Ils devaient laisser leurs fils incirconcis et se rendre eux-mêmes abominables par toutes sortes de pratiques impures et de profanations, de manière à oublier la Loi et à changer toutes les observances. Quiconque n’agirait pas selon l’ordre du roi serait mis à mort.

C’est en ces termes que le roi écrivit à tous ses sujets. Il établit des inspecteurs pour tout le peuple et ordonna aux villes de Juda d’offrir des sacrifices dans chaque ville. Beaucoup de gens du peuple, tous ceux qui délaissaient la Loi, se rallièrent à eux et firent du mal dans le pays. Ils obligèrent Israël à se cacher dans tous ses lieux de refuge.

Le quinzième jour du neuvième mois, en l’année 145, Antiocos éleva sur l’autel des sacrifices l’Abomination de la désolation, et, dans les villes de Juda autour de Jérusalem, ses partisans élevèrent des autels païens. Ils brûlèrent de l’encens aux portes des maisons et sur les places. Tous les livres de la Loi qu’ils découvraient, ils les jetaient au feu après les avoir lacérés. Si l’on découvrait chez quelqu’un un livre de l’Alliance, si quelqu’un se conformait à la Loi, le décret du roi le faisait mettre à mort. Mois après mois, dans les villes, on sévissait durement contre ceux d’Israël qui étaient pris en infraction.

Le vingt-cinq de chaque mois, on sacrifiait sur l’autel dressé sur l’autel des sacrifices. Selon l’ordre du roi, les femmes qui avaient fait circoncire leurs enfants, on les mettait à mort, avec leurs nourrissons suspendus à leur cou. On exécutait aussi les membres de leurs familles, et ceux qui avaient opéré la circoncision. Cependant, beaucoup en Israël résistèrent et eurent le courage de ne manger aucun aliment impur. Ils acceptèrent de mourir pour ne pas être souillés par ce qu’ils mangeaient, et pour ne pas profaner l’Alliance sainte ; et de fait, ils moururent. C’est ainsi que s’abattit sur Israël une grande colère.

Deuxième livre des Macchabées, chapitres 4-7 (sur l'hellénisme et ses conséquences)

2 M 4-7 : Simon, dont il a déjà été question, était devenu celui qui dénonçait les richesses de sa patrie. Il continuait à calomnier Onias, en prétendant que c’était lui qui avait assailli Héliodore et provoqué ce malheur. Il osait présenter le bienfaiteur de la ville, le protecteur des gens de sa nation, l’ardent défenseur des lois, comme un conspirateur contre les affaires publiques. Cette haine alla si loin que même des meurtres furent commis par l’un des partisans de Simon.

Considérant l’importance de cette rivalité, et constatant qu’Apollonios, fils de Ménesthée, gouverneur militaire de Cœlé-Syrie et de Phénicie, ne faisait qu’accroître la malveillance de Simon, Onias se rendit chez le roi, non comme accusateur de ses concitoyens, mais pour veiller à l’intérêt général de tout le peuple et de chacun en particulier. Il voyait bien, en effet, que sans une intervention royale, il était impossible de rétablir la paix publique, et que Simon ne mettrait pas un terme à sa folie.

Après la mort de Séleucos et l’accès au trône d’Antiocos surnommé Épiphane, Jason, le frère d’Onias, usurpa la charge de grand prêtre. Au cours d’une entrevue avec le roi, il lui promit trois cent soixante talents d’argent de l’impôt, ainsi que quatre-vingts talents prélevés sur quelque autre revenu. Il s’engageait en outre à payer cent cinquante autres talents, si on lui accordait le pouvoir de fonder un gymnase et un lieu d’éducation pour les jeunes gens, et de recenser les partisans de l’hellénisme à Jérusalem.

Le roi consentit, et Jason s’empara du pouvoir. Aussitôt, il entreprit de faire adopter le mode de vie des Grecs par ses frères de race. Il supprima les mesures de bienveillance prises par les rois en faveur des Juifs. Ces mesures avaient été obtenues par l’entremise de Jean, le père de cet Eupolème qui conduisit l’ambassade pour obtenir amitié et alliance avec les Romains. Jason détruisit les institutions légitimes et inaugura des usages contraires à la Loi.

Il se fit en effet un plaisir de fonder un gymnase au pied même de l’acropole et de mener l’élite des jeunes gens aux exercices du gymnase. En raison de l’extrême perversité de ce Jason, impie et pas grand prêtre du tout, l’hellénisme atteignit une telle vigueur, et la mode étrangère un tel degré, que les prêtres ne montraient plus aucun empressement pour le service liturgique de l’autel. Au contraire, méprisant le Temple et négligeant les sacrifices, ils se hâtaient, dès le signal du gong, de prendre part dans la palestre à l’organisation des exercices prohibés par la Loi.

Ce faisant, ils comptaient pour rien les valeurs honorées par leurs pères, mais portaient la plus haute estime aux gloires de la culture hellénique. Pour ces raisons, ils se trouvèrent par la suite dans une situation difficile, et ceux-là mêmes dont ils enviaient les façons de vivre et qu’ils voulaient imiter en tout, devinrent pour eux des ennemis et des bourreaux. Car on ne viole pas à la légère les lois divines, comme le démontrera la période suivante.

Comme on célébrait tous les quatre ans à Tyr des jeux en présence du roi, l’infâme Jason envoya comme délégués de Jérusalem un groupe de partisans de l’hellénisme, apportant avec eux trois cents pièces d’argent, pour faire un sacrifice à Héraclès. Mais ceux-là mêmes qui les apportaient jugèrent qu’il ne convenait pas de les utiliser pour le sacrifice et décidèrent de les réserver pour une autre dépense.

C’est ainsi que l’argent, destiné au sacrifice d’Héraclès par celui qui l’avait envoyé, fut affecté à la construction de navires, après l’intervention de ceux qui l’apportaient.

Comme Apollonios, fils de Ménesthée, avait été envoyé en Égypte pour l’intronisation du roi Philométor, Antiocos apprit que ce dernier était hostile à sa politique. Il se préoccupa dès lors d’assurer sa propre sécurité. C’est ce qui le conduisit à Joppé, d’où il se rendit à Jérusalem. Magnifiquement reçu par Jason et par la ville, il y fut introduit à la lumière des flambeaux et au milieu des acclamations. Après quoi, il partit installer en Phénicie le camp de son armée.

Jason était grand prêtre depuis trois ans lorsqu’il envoya Ménélas, le frère du Simon dont il a été question plus haut, porter l’argent au roi et mener à terme des affaires urgentes restées en suspens. Une fois admis en présence du roi, Ménélas l’aborda avec les manières d’un personnage important et se fit attribuer à lui-même la fonction de grand prêtre, en offrant trois cents talents de plus que n’avait offerts Jason. Puis il revint, muni des lettres royales d’investiture. Il n’était en rien digne de la fonction de grand prêtre ; au contraire, il n’avait en lui que les rages d’un tyran cruel et les fureurs d’une bête sauvage. Ainsi Jason, qui avait supplanté son propre frère, fut supplanté à son tour par un autre, et contraint de gagner en fugitif le pays des Ammonites.

Quant à Ménélas, il détenait certes le pouvoir, mais ne s’acquittait en rien des sommes d’argent qu’il avait promises au roi ; et cela, malgré les réclamations de Sostrate, gouverneur de l’acropole, qui était chargé de percevoir les impôts. Pour cette raison, ils furent tous deux convoqués par le roi. Ménélas laissa pour le remplacer comme grand prêtre son propre frère Lysimaque, tandis que Sostrate laissait Kratès, le chef des mercenaires chypriotes.

Sur ces entrefaites, il arriva que les habitants de Tarse et de Mallos provoquèrent des émeutes, parce que leurs villes avaient été données en présent à Antiochis, la concubine du roi. En toute hâte, le roi alla donc régler cette affaire, laissant pour le remplacer Andronicos, l’un des grands dignitaires. Convaincu de tenir une occasion favorable, Ménélas déroba quelques objets d’or du Temple, et en fit cadeau à Andronicos ; il parvint également à en vendre d’autres à Tyr et aux villes voisines.

L’ayant appris de bonne source, Onias, retiré dans le lieu d’asile à Daphné, près d’Antioche, lui en faisait reproche. Dès lors, Ménélas, prenant à part Andronicos, l’incitait à supprimer Onias. Andronicos se rendit alors auprès d’Onias : confiant dans sa propre ruse, il lui tendit la main droite en s’engageant sous serment, et malgré le soupçon qu’il inspirait, il le décida à sortir de son asile. Alors, aussitôt, il le mit à mort, au mépris de toute justice. Pour cette raison, non seulement les Juifs, mais aussi beaucoup de gens parmi les autres nations furent indignés et choqués du meurtre injuste de cet homme.

Lorsque le roi fut revenu des régions de Cilicie à Antioche, les Juifs de la ville, en compagnie des Grecs qui partageaient leur haine du mal, vinrent le trouver au sujet du meurtre injustifié d’Onias. Antiocos, affligé jusqu’au fond de l’âme et saisi de pitié, versa des larmes au souvenir de la sagesse et de la conduite exemplaire du défunt. Puis, enflammé de colère, il dépouilla aussitôt Andronicos de la pourpre, lui déchira les vêtements et le fit mener, à travers toute la ville, à l’endroit même où il avait porté une main sacrilège sur Onias. Là, il exécuta le meurtrier. Le Seigneur lui infligea ainsi le châtiment qu’il méritait.

Or, à Jérusalem, un grand nombre de vols sacrilèges avaient été commis par Lysimaque, avec l’accord de Ménélas, et le bruit s’en était répandu au-dehors. Le peuple s’attroupa contre Lysimaque, alors que beaucoup d’objets d’or avaient déjà été emportés de tous côtés. Comme la foule se soulevait, débordante de colère, Lysimaque arma près de trois mille hommes et donna le signal d’injustes violences, sous le commandement d’un certain Auranos, un homme avancé en âge et non moins en folie.

Prenant conscience de la manœuvre de Lysimaque, les uns s’armaient de pierres, d’autres de gourdins, certains ramassaient à poignées la poussière du sol et assaillaient les gens de Lysimaque en une mêlée confuse. C’est ainsi qu’ils en blessèrent un grand nombre, en tuèrent même quelques-uns, et mirent tous les autres en fuite. Quant au voleur sacrilège lui-même, ils le supprimèrent près de la salle du trésor. Un procès fut intenté à Ménélas à propos de ces faits.

Lorsque le roi vint à Tyr, les trois hommes envoyés par le Conseil des anciens plaidèrent leur cause en sa présence. Se voyant déjà perdu, Ménélas promit des sommes importantes à Ptolémée, fils de Dorymène, pour emporter la conviction du roi. Ptolémée entraîna donc le roi à l’écart, sous un péristyle, comme pour prendre le frais, et le fit changer d’avis, si bien que Ménélas, le responsable de tout ce mal, fut renvoyé libre des accusations portées contre lui. En revanche, le roi condamna à mort les malheureux accusateurs de Ménélas qui, même s’ils avaient plaidé devant des barbares, auraient été renvoyés innocents.

Eux, qui avaient pris la défense de la ville, du peuple et des objets sacrés, subirent sans tarder cette peine injuste. Aussi vit-on même des habitants de Tyr, horrifiés par un tel méfait, pourvoir magnifiquement à leur sépulture.

Quant à Ménélas, il se maintint au pouvoir, grâce à la cupidité des puissants. Sa méchanceté ne fit que croître, et il devint le principal adversaire de ses concitoyens.

Vers cette époque, Antiocos se mit à préparer sa deuxième expédition contre l’Égypte.

Or, il arriva que dans la ville de Jérusalem tout entière, pendant près de quarante jours, apparurent des cavaliers courant dans les airs, vêtus de robes brodées d’or, des troupes armées disposées en cohorte, des glaives dégainés, des escadrons de cavalerie en ordre de bataille, des attaques et des charges lancées de part et d’autre, des mouvements de boucliers, des forêts de piques, des projectiles volants, un éclat fulgurant d’armures d’or et des cuirasses en tout genre.

Aussi, tous priaient pour que cette apparition soit de bon augure.

Comme une fausse rumeur avait répandu la nouvelle de la mort d’Antiocos, Jason prit avec lui pas moins d’un millier d’hommes et dirigea à l’improviste une attaque contre la ville. Ceux qui étaient sur le rempart furent repoussés, et la ville fut bientôt prise. Ménélas se réfugia alors dans l’acropole.

Jason se livra sans pitié au massacre de ses propres concitoyens, oubliant qu’une victoire sur des frères de race est la plus grande des défaites. Il se comportait comme si ses trophées étaient remportés sur des ennemis, non sur des compatriotes. En fait, il ne réussit pas à s’emparer du pouvoir, il finit même par se couvrir de honte à cause de ses machinations, si bien qu’il gagna de nouveau en fugitif le pays des Ammonites.

En définitive, il subit un misérable retournement des choses : enfermé d’abord chez Arétas, prince des Arabes, il s’enfuit de ville en ville et, pourchassé par tous, détesté parce qu’il rejetait les lois, abhorré comme le bourreau de sa patrie et de ses concitoyens, il alla échouer en Égypte.

Lui, qui avait banni tant d’hommes de leur patrie, périt sur une terre étrangère, après s’être rendu auprès des Lacédémoniens, dans l’espoir d’y trouver un refuge en raison de leur parenté avec son peuple. Lui qui avait privé tant de gens de sépulture, nul ne le pleura ; il n’eut aucune espèce de funérailles ni aucune place dans le tombeau de ses pères.

Lorsque ces faits parvinrent à la connaissance du roi, celui-ci en conclut que la Judée s’était révoltée. Il quitta donc l’Égypte, furieux comme une bête sauvage, et s’empara de la ville à la pointe de la lance. Il ordonna aux soldats d’abattre sans pitié ceux qui leur tomberaient entre les mains et d’égorger ceux qui se réfugieraient dans les maisons. On extermina jeunes et vieux, on massacra femmes et enfants, on égorgea jeunes filles et tout-petits. Il y eut quatre-vingt mille victimes en ces trois jours : quarante mille tombèrent sous les coups, et autant furent vendus comme esclaves.

Non content de cela, Antiocos eut l’audace de pénétrer dans le Temple le plus saint de toute la terre, sous la conduite de ce Ménélas qui en était venu à trahir et les lois et la patrie. De ses mains infâmes, il s’empara des objets sacrés. Et les dons que d’autres rois avaient déposés pour l’enrichissement, la gloire et la dignité du Lieu saint, il les déroba de ses mains profanes.

Enflé d’orgueil, Antiocos ne voyait pas que le Maître suprême était un moment irrité à cause des péchés des habitants de la ville, et que c’est pour cela qu’il détachait ses regards du Lieu saint. Car si les habitants de la ville n’avaient pas été plongés dans une multitude de péchés, Antiocos lui aussi aurait été flagellé dès son arrivée et ainsi détourné de sa témérité, tout comme cet Héliodore qui avait été envoyé par le roi Séleucos pour inspecter la salle du trésor.

Pourtant, ce n’est pas à cause du Lieu saint que le Seigneur a choisi le peuple, c’est à cause du peuple qu’il a choisi le Lieu saint. C’est pourquoi le Lieu saint lui-même, après avoir été associé aux malheurs du peuple, eut ensuite part avec lui à son rétablissement. Lui qui avait été délaissé au temps de la colère du Tout-Puissant, il fut à nouveau restauré dans toute sa gloire, lors de la réconciliation avec le Maître suprême.

Antiocos, après avoir enlevé au Temple dix-huit cents talents, s’empressa de regagner Antioche. Dans son arrogance, il s’imaginait rendre la terre navigable et la mer praticable à la marche, tellement son cœur était enflé d’orgueil.

Mais il laissa des gouverneurs chargés de faire du mal à la nation : Philippe à Jérusalem, phrygien de race, mais de caractère encore plus barbare que celui qui l’avait établi, et Andronicos au Garizim. En plus de ceux-ci, il laissa Ménélas, qui surpassait tous les autres en méchanceté envers ses concitoyens. Nourrissant à l’égard des citoyens de Judée une profonde hostilité, le roi envoya Apollonios le Mysarque, à la tête d’une armée de vingt-deux mille hommes, avec l’ordre d’égorger tous ceux qui étaient dans la force de l’âge et de vendre les femmes et les jeunes enfants.

Arrivé à Jérusalem et jouant le personnage pacifique, Apollonios attendit le saint jour du sabbat. Alors, profitant du repos des Juifs, il commanda à ses hommes d’organiser une parade militaire. Tous ceux qui étaient sortis pour voir le défilé, il les fit massacrer ; puis, parcourant la ville avec ses soldats en armes, il abattit une foule considérable de gens.

Or Judas, appelé aussi Maccabée, s’étant retiré dans les montagnes avec une dizaine de compagnons, vivait avec eux à la manière des bêtes sauvages ; ils ne mangeaient que des herbes pour ne pas contracter la moindre souillure.

Peu de temps après, le roi envoya Géronte l’Athénien pour contraindre les Juifs à se détourner des lois de leurs pères et à ne plus se gouverner selon les lois de Dieu. Ils devaient en outre souiller le temple de Jérusalem en le dédiant à Zeus Olympien, et le temple du Garizim en le dédiant à Zeus Hospitalier, comme le demandaient les habitants de ce lieu. Cette invasion du mal fut pénible et difficile à supporter, même pour la population.

Débauches et parties de plaisir emplissaient le Temple : les païens s’y divertissaient avec des prostituées, avaient commerce avec des femmes sur les parvis sacrés, où ils introduisaient aussi des choses défendues. L’autel était recouvert d’offrandes non conformes aux lois et illicites. Il n’était possible ni de célébrer le sabbat, ni d’observer les fêtes de nos pères, ni simplement de se déclarer juif.

Chaque mois, le jour anniversaire de la naissance du roi, on était contraint par une amère nécessité de prendre part à un repas sacrilège. Et lors des fêtes dionysiaques, on était forcé de suivre, couronné de lierre, le cortège en l’honneur de Dionysos. Un décret fut promulgué, à l’instigation de Ptolémée, pour que, dans les villes grecques du voisinage, on tienne la même conduite à l’égard des Juifs, on organise des repas sacrilèges, et que l’on égorge ceux qui ne choisiraient pas d’adopter les coutumes grecques. Tout ceci laissait entrevoir l’imminence de la détresse.

Ainsi, deux femmes furent déférées en justice pour avoir fait circoncire leurs enfants. On suspendit leurs nourrissons à leurs seins et on les traîna publiquement à travers la ville, avant de les précipiter du haut des remparts. D’autres étaient accourus ensemble dans les cavernes voisines, pour y célébrer en cachette le septième jour. On les dénonça à Philippe, et ils furent tous brûlés, car ils s’étaient gardés de se défendre eux-mêmes, par respect pour la sainteté du jour.

Je recommande donc à ceux qui liront ce livre de ne pas se laisser décourager par ces événements, mais de penser que ces châtiments ont eu lieu non pour la ruine, mais pour l’éducation de notre race. Car c’est le signe d’une grande bonté que de ne pas tolérer longtemps ceux qui commettent l’impiété, mais de leur infliger sans retard des châtiments. En effet, à l’égard des autres nations, le Maître attend avec grande patience, pour les châtier, qu’elles aient atteint le comble de leurs péchés. Mais ce n’est pas ainsi qu’il a jugé bon d’agir avec nous, afin de ne pas avoir à nous punir plus tard, quand nos péchés seraient arrivés à leur pleine mesure. Il est donc vrai que jamais il ne nous retire sa miséricorde : tout en éduquant son peuple par des événements, il ne l’abandonne pas.

Qu’il nous suffise d’avoir rappelé cela. Après ces quelques mots, il nous faut revenir à notre récit.

Éléazar était l’un des scribes les plus éminents. C’était un homme très âgé, et de très belle allure. On voulut l’obliger à manger du porc en lui ouvrant la bouche de force.

Préférant avoir une mort prestigieuse plutôt qu’une vie abjecte, il marchait de son plein gré vers l’instrument du supplice, après avoir recraché cette viande, comme on doit le faire quand on a le courage de rejeter ce qu’il n’est pas permis de manger, même par amour de la vie.

Ceux qui étaient chargés de ce repas sacrilège le connaissaient de longue date. Ils le prirent à part et lui conseillèrent de faire apporter des viandes dont l’usage était permis, et qu’il aurait préparées lui-même. Il n’aurait qu’à faire semblant de manger les chairs de la victime pour obéir au roi ; en agissant ainsi, il échapperait à la mort et serait traité avec humanité grâce à la vieille amitié qu’il avait pour eux.

Mais il fit un beau raisonnement, bien digne de son âge, du rang que lui donnait sa vieillesse, du respect que lui valaient ses cheveux blancs, de sa conduite irréprochable depuis l’enfance, et surtout digne de la législation sainte établie par Dieu. Il s’exprima en conséquence, demandant qu’on l’envoyât sans tarder au séjour des morts :

« Une telle comédie est indigne de mon âge. Car beaucoup de jeunes gens croiraient qu’Éléazar, à quatre-vingt-dix ans, adopte la manière de vivre des étrangers. À cause de cette comédie, par ma faute, ils se laisseraient égarer eux aussi ; et moi, pour un misérable reste de vie, j’attirerais sur ma vieillesse la honte et le déshonneur.

Même si j’évite, pour le moment, le châtiment qui vient des hommes, je n’échapperai pas, vivant ou mort, aux mains du Tout-Puissant.

C’est pourquoi, en quittant aujourd’hui la vie avec courage, je me montrerai digne de ma vieillesse et, en choisissant de mourir avec détermination et noblesse pour nos vénérables et saintes lois, j’aurai laissé aux jeunes gens le noble exemple d’une belle mort. »

Sur ces mots, il alla tout droit au supplice. Pour ceux qui le conduisaient, ces propos étaient de la folie ; c’est pourquoi ils passèrent subitement de la bienveillance à l’hostilité.

Quant à lui, au moment de mourir sous les coups, il dit en gémissant : « Le Seigneur, dans sa science sainte, le voit bien : alors que je pouvais échapper à la mort, j’endure sous le fouet des douleurs qui font souffrir mon corps ; mais dans mon âme je les supporte avec joie, parce que je crains Dieu. »

Telle fut la mort de cet homme. Il laissa ainsi, non seulement à la jeunesse mais à l’ensemble de son peuple, un exemple de noblesse et un mémorial de vertu.

Sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Fou de rage, le roi ordonna que l’on chauffe des poêles et des chaudrons.

Dès qu’ils furent brûlants, il ordonna de couper la langue de celui qui s’était fait leur porte-parole, de lui arracher la peau de la tête et de lui couper les mains et les pieds, sous les yeux de ses autres frères et de sa mère. Lorsqu’il fut complètement mutilé, le roi ordonna de l’amener près du brasier et de le faire passer à la poêle, alors qu’il respirait encore. Tandis que des vapeurs abondantes se répandaient autour de la poêle, les autres s’exhortaient mutuellement, avec leur mère, à mourir avec noblesse. Ils disaient : « Le Seigneur Dieu nous voit et, en vérité, nous apporte le réconfort, comme Moïse l’a clairement affirmé dans son cantique où il témoigne, à la face de tous, que Dieu réconfortera ses serviteurs. »

Lorsque le premier fut mort de cette manière, on amena le deuxième pour le torturer. On lui arracha la peau de la tête avec les cheveux, puis on lui demanda : « Mangeras-tu, plutôt que d’être châtié dans ton corps, membre par membre ? » Mais il répondit, dans la langue de ses pères : « Non ! » C’est pourquoi lui aussi subit aussitôt les mêmes sévices que le premier. Au moment de rendre le dernier soupir, il dit : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »

Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices.

Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

On amena aussitôt le cinquième pour le tourmenter. Fixant les yeux sur le roi, il dit : « Tout mortel que tu es, tu as autorité sur les hommes et tu fais ce que tu veux. Ne t’imagine pas pour autant que notre race soit abandonnée de Dieu. Mais toi, attends : tu verras combien sa puissance est grande et de quelle manière il sévira contre toi-même et ta descendance ! »

Après celui-là, on amena le sixième, et lorsqu’il fut sur le point de mourir, il dit : « Ne te fais pas de vaine illusion : c’est à cause de nous-mêmes que nous endurons ces souffrances, pour avoir péché contre notre propre Dieu. De là viennent ces malheurs surprenants. Mais toi, ne va pas croire que tu resteras impuni, pour avoir entrepris de faire la guerre à Dieu. »

Leur mère fut particulièrement admirable et digne d’une illustre mémoire : voyant mourir ses sept fils dans l’espace d’un seul jour, elle le supporta vaillamment parce qu’elle avait mis son espérance dans le Seigneur. Elle exhortait chacun d’eux dans la langue de ses pères ; cette femme héroïque leur parlait avec un courage viril : « Je suis incapable de dire comment vous vous êtes formés dans mes entrailles. Ce n’est pas moi qui vous ai donné l’esprit et la vie, qui ai organisé les éléments dont chacun de vous est composé. C’est le Créateur du monde qui façonne l’enfant à l’origine, qui préside à l’origine de toute chose. Et c’est lui qui, dans sa miséricorde, vous rendra l’esprit et la vie, parce que, pour l’amour de ses lois, vous méprisez maintenant votre propre existence. »

Antiocos s’imagina qu’on le méprisait, et soupçonna que ce discours contenait des insultes. Il se mit à exhorter le plus jeune, le dernier survivant. Bien plus, il lui promettait avec serment de le rendre à la fois riche et très heureux s’il abandonnait les usages de ses pères : il en ferait son ami et lui confierait des fonctions publiques.

Comme le jeune homme n’écoutait pas, le roi appela la mère, et il l’exhortait à conseiller l’adolescent pour le sauver. Au bout de ces longues exhortations, elle consentit à persuader son fils. Elle se pencha vers lui, et lui parla dans la langue de ses pères, trompant ainsi le cruel tyran : « Mon fils, aie pitié de moi : je t’ai porté neuf mois dans mon sein, je t’ai allaité pendant trois ans, je t’ai nourri et élevé jusqu’à l’âge où tu es parvenu, j’ai pris soin de toi. Je t’en conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre avec tout ce qu’ils contiennent : sache que Dieu a fait tout cela de rien, et que la race des hommes est née de la même manière. Ne crains pas ce bourreau, montre-toi digne de tes frères et accepte la mort, afin que je te retrouve avec eux au jour de la miséricorde. »

Lorsqu’elle eut fini de parler, le jeune homme déclara : « Qu’attendez-vous ? Je n’obéis pas à l’ordre du roi, mais j’écoute l’ordre de la Loi donnée à nos pères par Moïse. Et toi qui as inventé toutes sortes de mauvais traitements contre les Hébreux, tu n’échapperas pas à la main de Dieu. Car nous, c’est à cause de nos propres péchés que nous souffrons. En effet, notre Seigneur qui est vivant s’est irrité un moment contre nous, en vue de nous réprimander et de nous éduquer, mais de nouveau il se réconciliera avec ses serviteurs. Et toi, impie, le plus infâme de tous les hommes, ne t’enfle pas d’orgueil sans raison en te berçant d’espoirs incertains, alors que tu portes la main sur les serviteurs du Ciel, car tu n’as pas encore échappé au jugement du Dieu tout-puissant qui voit tout !

Nos frères, maintenant, ont supporté une épreuve passagère, pour une vie intarissable : ils sont tombés à cause de l’alliance de Dieu. Mais toi, par le jugement de Dieu, tu recevras le juste châtiment de ton arrogance. Quant à moi, comme mes frères, je me livre corps et âme pour les lois de nos pères, en suppliant Dieu de se montrer bientôt favorable à la nation et de t’amener, par des épreuves et des fléaux, à confesser que lui seul est Dieu. Je prie aussi pour que la colère du Tout-Puissant, justement déchaînée sur l’ensemble de notre race, prenne fin avec ma mort et celle de mes frères. »

Fou de rage, exaspéré par la moquerie, le roi s’acharna contre ce dernier plus cruellement encore que contre les autres. Le jeune homme mourut donc, pur de toute souillure, mettant toute sa confiance dans le Seigneur. Enfin, après tous ses fils, la mère mourut la dernière. Nous en resterons là pour le récit des repas sacrilèges et des tourments sans mesure.

Deuxième livre des Macchabées 3, 24-34 (Héliodore)

2 M 3, 24-34 : Mais à l’endroit précis où il se trouvait déjà, avec ses gardes, près de la salle du trésor, le Souverain des esprits célestes et de toute autorité se manifesta avec un tel éclat que tous ceux qui avaient eu l’audace d’entrer, frappés par la force de Dieu, défaillirent d’épouvante. Un cheval leur apparut, monté par un redoutable cavalier et orné d’un harnachement somptueux. S’élançant avec impétuosité, il projetait les sabots antérieurs vers Héliodore. L’homme qui le chevauchait paraissait avoir une armure d’or.

En même temps lui apparurent deux autres jeunes gens, d’une force extraordinaire, éclatants de beauté et magnifiquement vêtus. Se plaçant de part et d’autre d’Héliodore, ils le flagellaient sans relâche, lui portant une grêle de coups. Subitement, Héliodore fut terrassé et environné d’épaisses ténèbres ; on le ramassa pour le mettre sur une civière.

Cet homme, qui venait de pénétrer dans la salle du trésor avec une escorte nombreuse et toute sa garde, n’était plus d’aucun secours à lui-même ; on l’emporta, en reconnaissant ouvertement le pouvoir de Dieu. Lui, par l’action de la force divine, gisait sans voix, privé de tout espoir de salut ; les autres bénissaient le Seigneur qui avait grandement glorifié son Lieu saint. Le Temple qui, un instant auparavant, était rempli de frayeur et de trouble, débordait de joie et d’allégresse, grâce à la manifestation du Seigneur tout-puissant. Bien vite, quelques-uns des compagnons d’Héliodore supplièrent Onias d’invoquer le Très-Haut et d’obtenir la grâce de la vie pour cet homme qui gisait là et en était à son tout dernier souffle.

Le grand prêtre, dans la crainte que le roi ne soupçonne les Juifs d’avoir commis un mauvais coup contre Héliodore, offrit un sacrifice pour le salut de cet homme. Or, tandis qu’il accomplissait le sacrifice d’expiation, les mêmes jeunes gens, revêtus des mêmes habits, apparurent une seconde fois à Héliodore. Ils se tinrent près de lui et lui dirent : « Rends pleinement grâce à Onias, le grand prêtre, car c’est à cause de lui que le Seigneur t’a accordé la grâce de vivre. Toi qui as été flagellé par le Ciel, proclame devant tous le pouvoir grandiose de Dieu. » Après ces paroles, ils disparurent.

Deuxième livre des Macchabées 4, 1-6 (Simon)

2 M 4, 1-6 (Simon) : Simon, dont il a déjà été question, était devenu celui qui dénonçait les richesses de sa patrie. Il continuait à calomnier Onias, en prétendant que c’était lui qui avait assailli Héliodore et provoqué ce malheur. Il osait présenter le bienfaiteur de la ville, le protecteur des gens de sa nation, l’ardent défenseur des lois, comme un conspirateur contre les affaires publiques. Cette haine alla si loin que même des meurtres furent commis par l’un des partisans de Simon.

Considérant l’importance de cette rivalité, et constatant qu’Apollonios, fils de Ménesthée, gouverneur militaire de Cœlé-Syrie et de Phénicie, ne faisait qu’accroître la malveillance de Simon, Onias se rendit chez le roi, non comme accusateur de ses concitoyens, mais pour veiller à l’intérêt général de tout le peuple et de chacun en particulier. Il voyait bien, en effet, que sans une intervention royale, il était impossible de rétablir la paix publique, et que Simon ne mettrait pas un terme à sa folie.;

Deuxième livre des Macchabées (mort de Ménélaus)

2 M 13, 7-8 : Tel fut le supplice par lequel mourut cet homme infidèle à la Loi, ce Ménélas, qui ne reçut même pas de sépulture. Et ce n’était que justice : en effet, lui qui avait commis de nombreux péchés contre l’autel, dont le feu et la cendre étaient sacrés, c’est dans la cendre qu’il trouva la mort.

EMV 157.5 · Tome 2, p. 527

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

Voir dans son contexte

Citation

Nous avons dans notre histoire des exemples de femmes merveilleuses qui surent accomplir des actes audacieux et libérateurs.

Nous avons Judith, Yaël. Mais croyez qu’il n’y en a pas de plus grande jusqu’à présent que la mère huit fois martyre : sept fois en ses fils et une fois pour elle, au temps des Maccabées. Puis il y en aura une autre... Mais après cela, les femmes héroïnes de la douleur et dans la douleur se multiplieront, tout comme les femmes réconfort des martyrs – et martyres elles aussi –, les femmes anges des persécutés, les femmes, prêtresses silencieuses qui prêcheront Dieu par leur manière de vivre et qui, sans autre consécration que celle que leur a donnée le Dieu-Amour, seront consacrées et dignes de l’être.

Annotation

Les femmes d'Israël sont mentionnées en 32.6, 91.5, 176.3, 373.4, 414.1, 420.11, 439.2, 470.5, 472.10, 525.5.7, 544.8, 559.6, 561.9.12, 588.6, 600.21.25, 613.10, 638.19.

Judith apparaît dans Le Livre de Judith, 8-16. Nous ne remettons pas les 8 chapitres, ce serait trop long.

Déborah est mentionnée en 525.7 (voir Jg 4, 4-16 ; 5).

Yaël apparait dans Le Livre des Juges. Jg 4, 17-22 : Or Sissera s’était enfui à pied vers la tente de Yaël, femme de Hèber le Qénite, car la paix régnait entre Yabine, roi de Haçor, et la maison de Hèber le Qénite. Yaël sortit au-devant de Sissera et lui dit : « Arrête-toi, mon seigneur, arrête-toi chez moi ; ne crains rien. » Il s’arrêta chez elle, dans sa tente, et elle le recouvrit d’une couverture. Il lui dit : « Peux-tu me donner à boire un peu d’eau, car j’ai soif. » Elle ouvrit l’outre de lait, le fit boire et le recouvrit. Il lui dit : « Tiens-toi à l’entrée de la tente, et si quelqu’un vient, t’interroge et demande : “Y a-t-il quelqu’un ici ?”, tu répondras : “Non.” » Mais Yaël, femme de Hèber, prit un piquet de la tente, saisit un marteau dans sa main, vint près de lui doucement, et lui enfonça dans la tempe le piquet, qui alla se planter dans la terre. Sissera qui, épuisé, était profondément endormi, mourut. Or, voici que Baraq poursuivait Sissera ! Yaël sortit à sa rencontre et lui dit : « Viens, et je te ferai voir l’homme que tu cherches. » Il entra chez elle, et voilà que Sissera gisait, mort, le piquet dans la tempe !

Jg 5, 24-27 : Bénie soit parmi les femmes Yaël, la femme de Hèber, le Qénite ; parmi les femmes qui vivent sous la tente, bénie soit-elle ! Il demandait de l’eau, elle donna du lait ; dans la coupe d’honneur, elle offrit de la crème ; elle étendit sa main vers un piquet, et sa droite vers un marteau de travailleurs. Elle martela Sissera et lui broya la tête, elle frappa et lui perça la tempe. À ses pieds, il s’écroule, il tombe, il gît ; à ses pieds, il s’écroule, il tombe. Là, il s’écroule, il tombe, anéanti !

La mère huit fois martyre apparaît dans le Second Livre des Macchabées, chapitre 7. 2 M 7 : Sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de boeuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Fou de rage, le roi ordonna que l’on chauffe des poêles et des chaudrons. Dès qu’ils furent brûlants, il ordonna de couper la langue de celui qui s’était fait leur porte-parole, de lui arracher la peau de la tête et de lui couper les mains et les pieds, sous les yeux de ses autres frères et de sa mère. Lorsqu’il fut complètement mutilé, le roi ordonna de l’amener près du brasier et de le faire passer à la poêle, alors qu’il respirait encore. Tandis que des vapeurs abondantes se répandaient autour de la poêle, les autres s’exhortaient mutuellement, avec leur mère, à mourir avec noblesse. Ils disaient :

« Le Seigneur Dieu nous voit et, en vérité, nous apporte le réconfort, comme Moïse l’a clairement affirmé dans son cantique où il témoigne, à la face de tous, que Dieu réconfortera ses serviteurs. » Lorsque le premier fut mort de cette manière, on amena le deuxième pour le torturer. On lui arracha la peau de la tête avec les cheveux, puis on lui demanda : « Mangeras-tu, plutôt que d’être châtié dans ton corps, membre par membre ? » Mais il répondit, dans la langue de ses pères : « Non ! » C’est pourquoi lui aussi subit aussitôt les mêmes sévices que le premier. Au moment de rendre le dernier soupir, il dit : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »

Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances.

Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

On amena aussitôt le cinquième pour le tourmenter. Fixant les yeux sur le roi, il dit : « Tout mortel que tu es, tu as autorité sur les hommes et tu fais ce que tu veux. Ne t’imagine pas pour autant que notre race soit abandonnée de Dieu. Mais toi, attends : tu verras combien sa puissance est grande et de quelle manière il sévira contre toi-même et ta descendance ! »

Après celui-là, on amena le sixième, et lorsqu’il fut sur le point de mourir, il dit : « Ne te fais pas de vaine illusion : c’est à cause de nous-mêmes que nous endurons ces souffrances, pour avoir péché contre notre propre Dieu. De là viennent ces malheurs surprenants. Mais toi, ne va pas croire que tu resteras impuni, pour avoir entrepris de faire la guerre à Dieu. »

Leur mère fut particulièrement admirable et digne d’une illustre mémoire : voyant mourir ses sept fils dans l’espace d’un seul jour, elle le supporta vaillamment parce qu’elle avait mis son espérance dans le Seigneur. Elle exhortait chacun d’eux dans la langue de ses pères ; cette femme héroïque leur parlait avec un courage viril : « Je suis incapable de dire comment vous vous êtes formés dans mes entrailles. Ce n’est pas moi qui vous ai donné l’esprit et la vie, qui ai organisé les éléments dont chacun de vous est composé. C’est le Créateur du monde qui façonne l’enfant à l’origine, qui préside à l’origine de toute chose. Et c’est lui qui, dans sa miséricorde, vous rendra l’esprit et la vie, parce que, pour l’amour de ses lois, vous méprisez maintenant votre propre existence. »

Antiocos s’imagina qu’on le méprisait, et soupçonna que ce discours contenait des insultes. Il se mit à exhorter le plus jeune, le dernier survivant. Bien plus, il lui promettait avec serment de le rendre à la fois riche et très heureux s’il abandonnait les usages de ses pères : il en ferait son ami et lui confierait des fonctions publiques. Comme le jeune homme n’écoutait pas, le roi appela la mère, et il l’exhortait à conseiller l’adolescent pour le sauver. Au bout de ces longues exhortations, elle consentit à persuader son fils. Elle se pencha vers lui, et lui parla dans la langue de ses pères, trompant ainsi le cruel tyran : « Mon fils, aie pitié de moi : je t’ai porté neuf mois dans mon sein, je t’ai allaité pendant trois ans, je t’ai nourri et élevé jusqu’à l’âge où tu es parvenu, j’ai pris soin de toi. Je t’en conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre avec tout ce qu’ils contiennent : sache que Dieu a fait tout cela de rien, et que la race des hommes est née de la même manière. Ne crains pas ce bourreau, montre-toi digne de tes frères et accepte la mort, afin que je te retrouve avec eux au jour de la miséricorde. »

Lorsqu’elle eut fini de parler, le jeune homme déclara : « Qu’attendez-vous ? Je n’obéis pas à l’ordre du roi, mais j’écoute l’ordre de la Loi donnée à nos pères par Moïse. Et toi qui as inventé toutes sortes de mauvais traitements contre les Hébreux, tu n’échapperas pas à la main de Dieu. Car nous, c’est à cause de nos propres péchés que nous souffrons. En effet, notre Seigneur qui est vivant s’est irrité un moment contre nous, en vue de nous réprimander et de nous éduquer, mais de nouveau il se réconciliera avec ses serviteurs. Et toi, impie, le plus infâme de tous les hommes, ne t’enfle pas d’orgueil sans raison en te berçant d’espoirs incertains, alors que tu portes la main sur les serviteurs du Ciel, car tu n’as pas encore échappé au jugement du Dieu tout-puissant qui voit tout !

Nos frères, maintenant, ont supporté une épreuve passagère, pour une vie intarissable : ils sont tombés à cause de l’alliance de Dieu. Mais toi, par le jugement de Dieu, tu recevras le juste châtiment de ton arrogance. Quant à moi, comme mes frères, je me livre corps et âme pour les lois de nos pères, en suppliant Dieu de se montrer bientôt favorable à la nation et de t’amener, par des épreuves et des fléaux, à confesser que lui seul est Dieu. Je prie aussi pour que la colère du Tout-Puissant, justement déchaînée sur l’ensemble de notre race, prenne fin avec ma mort et celle de mes frères. » Fou de rage, exaspéré par la moquerie, le roi s’acharna contre ce dernier plus cruellement encore que contre les autres. Le jeune homme mourut donc, pur de toute souillure, mettant toute sa confiance dans le Seigneur. Enfin, après tous ses fils, la mère mourut la dernière. Nous en resterons là pour le récit des repas sacrilèges et des tourments sans mesure.

EMV 208.7-11 · Tome 3, p. 394-399

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

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Citation

208.7 Le crépuscule arrive quand apparaît Bet-çur sur sa colline ; aussitôt après, voici venir, sur le chemin secondaire qu’ils ont pris pour s’y rendre, les troupeaux des bergers et avec eux les bergers qui accourent.

Mais quand Elie voit que Marie est là, elle aussi, il lève les bras de surprise, et reste sans bouger, n’osant en croire ses yeux.

« paix à toi, Elie. C’est bien moi. Cela t’avait été promis et, à Jérusalem, il n’a pas été possible de nous voir… Mais n’y pensons plus. Maintenant, nous nous voyons, dit doucement Marie.

– Oh ! Mère, Mère !… »

Elie ne sait que dire. Finalement il trouve :

« Voilà, c’est maintenant que je fais ma Pâque. C’est la même chose, même mieux encore.

– Mais oui, Elie. Nous avons fait une bonne vente : nous pouvons tuer un agneau. Soyez les hôtes de notre pauvre table…, disent Lévi et Joseph.

– Ce soir, nous sommes fatigués. Ce sera pour demain. Ecoutez : connaissez-vous une certaine Elise, épouse d’Abraham, fils de Samuel ?

– Oui, elle est chez elle, à Bet-çur, mais Abraham est mort et, l’an passé, ses fils également : un malaise subit pour le premier et on n’a jamais compris de quoi il était mort. Le second a décliné lentement et rien n’arrêtait sa maladie. Nous lui donnions du lait de jeune chèvre, car les médecins disaient que c’était bon pour le malade. Il en buvait des quantités qui venaient de tous les bergers car sa pauvre mère en envoyait chercher auprès de quiconque possédait une chèvre de premier lait dans son troupeau. Mais cela n’a servi à rien. Quand nous sommes revenus dans la plaine, il ne se nourrissait plus. Et à notre retour, au mois d’Adar, il était mort depuis deux lunes.

– Ma pauvre amie ! Elle m’aimait bien, au Temple… nous avions des ancêtres communs… Elle était bonne… Elle a quitté le Temple pour épouser Abraham auquel elle était promise depuis son enfance, deux ans avant moi, et je me souviens de sa venue au Temple pour l’offrande de son premier-né au Seigneur. Elle me fit appeler, pas uniquement moi, mais elle voulut me voir seule plus longuement… Et maintenant, elle est seule… Ah, il faut que je me hâte d’aller la consoler ! Quant à vous, restez. J’y vais avec Elie et je serai seule à entrer chez elle. La douleur veut qu’on la respecte…

– Pas même moi, Mère ?

– Toi, toujours. Mais les autres… Pas même toi, mon petit. Ce serait pour elle une souffrance. Viens, viens, Jésus !

– Attendez-nous sur la place du village. Cherchez un abri pour la nuit. Adieu » leur ordonne Jésus à tous.

208.8 Avec Elie, Jésus et sa Mère se dirigent donc vers une grande maison toute fermée et silencieuse à laquelle le berger frappe avec son bâton. Une servante passe la tête par la fenêtre en demandant qui est là. Marie s’avance en disant :

« Marie, fille de Joachim et son Fils, de Nazareth. Dis-le à ta maîtresse.

– C’est inutile. Elle ne veut voir personne. Elle se laisse mourir en pleurant.

– Essaie.

– Non, je sais comment elle me chasse si je cherche à la distraire. Elle ne veut voir personne ni parler à personne. Elle ne parle qu’au souvenir de ses fils.

– Va, femme, je te l’ordonne. Dis-lui : “ C’est la petite Marie de Nazareth, celle qui était ta fille au Temple… ” Tu verras qu’elle voudra me recevoir. »

La femme s’en va en hochant la tête.

Marie explique à son Fils et au berger :

« Elise était beaucoup plus âgée que moi. Elle attendait au Temple le retour de son époux, parti en Egypte pour une affaire d’héritage, et elle y est restée jusqu’à un âge inhabituel. Elle a environ dix années de plus. Les maîtresses avaient l’habitude de donner aux plus jeunes des élèves plus grandes pour les conduire… et elle fut ma compagne-maîtresse. Elle était bonne et… Voici la femme. »

En effet, la servante accourt, stupéfaite, et elle ouvre toute grande la porte principale :

« Entre, entre ! » dit-elle.

Puis, à voix basse :

« Bénie sois-tu, toi qui la fais sortir de cette pièce. »

Elie se retire et Marie entre avec son Fils.

« Mais cet homme, vraiment… par pitié ! Il a l’âge de Lévi…

– Laisse-le entrer. C’est mon Fils, et il la consolera mieux que moi. »

La femme hausse les épaules et les précède à travers le long vestibule d’une maison, belle, mais bien triste. Tout est propre, mais tout semble mort…

208.9 Une femme, grande, mais toute courbée, avec des vêtements de deuils, s’avance dans le couloir, dans la pénombre.

« Elise ! Chère Elise ! C’est moi, Marie ! Dit Marie en courant à sa rencontre et en l’embrassant.

– Marie ? Toi ! Je te croyais morte, toi aussi. On m’avait raconté… quand ? Je ne sais plus… J’ai la tête vide… On m’avait rapporté que tu étais morte, comme beaucoup de mères, après la venue des mages. Mais qui m’a dit que tu étais la Mère du Sauveur ?

– Les bergers, peut-être…

– Ah, les bergers ! »

Elle éclate en sanglots.

« Ne prononce pas ce mot. Il me rappelle mon ultime espoir de sauver la vie de Lévi… Et pourtant… oui… un berger m’a parlé du Sauveur, et j’ai tué mon fils en l’amenant à l’endroit où, disait-on, se trouvait le Messie, près du Jourdain. Mais il n’y avait personne… et mon fils est revenu pour mourir… La fatigue, le froid… je l’ai tué… mais je n’ai pas voulu être meurtrière. Je me disais que, lui, le Messie, guérissait les malades… et je l’ai fait pour cette raison… Maintenant, mon fils m’accuse de l’avoir tué…

– Non, Elise. C’est de l’imagination. Ecoute : je crois que ton fils, au contraire, m’a prise par la main en me disant : “ Va trouver ma chère maman. Conduis-lui le Sauveur. Je suis mieux ici que sur la terre. Mais elle n’écoute que son propre chagrin et ne peut entendre ce que je lui murmure tout bas parmi mes baisers, pauvre maman qui est comme possédée par un démon qui la pousse au désespoir parce qu’il veut nous séparer. Alors que, si elle se ré­signe et croit que Dieu fait tout pour le bien, nous serons unis pour toujours, avec mon père et mon frère. Jésus peut le faire. ” Je suis donc venue… avec lui… Ne veux-tu pas le voir ?… »

Marie a parlé en gardant dans ses bras la malheureuse et en lui donnant des baisers sur ses cheveux gris, avec une douceur qu’elle seule peut avoir.

« Oh, si c’était vrai ! Mais alors pourquoi Daniel n’est-il pas venu te trouver pour te dire de venir plus tôt ? Et qui donc m’a dit autrefois que tu étais morte ? Je ne m’en souviens pas… je ne m’en souviens pas… C’est même pour cette raison que j’ai attendu – peut-être trop – pour venir trouver le Messie. Mais on m’avait dit qu’il était mort, comme toi, comme tous à Bethléem…

– Ne cherche pas qui te l’a dit. 208.10 Viens, regarde, voici mon Fils. Viens à lui. Fais plaisir à tes enfants et à ta Marie. Sais-tu que nous souffrons de te voir ainsi ? »

Et elle la mène à Jésus, qui s’était placé dans un coin obscur et qui maintenant seulement s’avance sous une lampe que la femme de service a posée sur un coffre élevé.

La pauvre mère lève la tête… et je vois alors qu’il s’agit de cette Elise qui se tenait aussi au Calvaire avec les saintes femmes. Jésus lui tend les mains en un geste d’invitation qui n’est qu’amour. La malheureuse lutte un peu, puis lui donne les siennes et tout à coup s’abandonne sur la poitrine de Jésus en gémissant :

« Dis-moi, dis-moi que je ne suis pas coupable de la mort de Lévi ! Dis-moi qu’ils ne sont pas perdus pour toujours ! Dis-moi que bientôt je les rejoindrai !

– Oui, oui. Ecoute : ils sont dans la joie maintenant que tu es dans mes bras. Je ne tarderai pas à les rejoindre, et que dois-je leur dire, alors ? Que tu ne t’en remets pas au Seigneur ? Est-ce cela que je dois dire ? Les femmes d’Israël, les femmes de David sont si courageuses, si sages, dois-tu leur apporter un démenti ? Non. Tu souffres, mais parce que tu as souffert seule. Ta douleur et toi. Toi et ta douleur. Alors tu ne peux en porter le poids. N’as-tu plus gardé à l’esprit les paroles d’espoir au sujet de ceux que la mort nous a pris ? “ Je vous sortirai de vos tombeaux et je vous ramènerai dans la terre d’Israël. Alors vous saurez que je suis le Seigneur, lorsque j’ouvrirai vos tombes et que je vous aurai fait remonter de vos tombeaux. Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez. ” La terre d’Israël, pour les justes endormis dans le Seigneur, c’est le Royaume de Dieu. Je l’ouvrirai et le donnerai à ceux qui attendent.

– Même à mon Daniel ? Même à mon Lévi ? Il avait une si grande répulsion pour la mort… Il ne pouvait s’imaginer être éloigné de sa maman. C’est pour cela que je voulais mourir et aller auprès de lui au tombeau…

– Mais ce n’est pas là que se trouve la partie vivante d’eux-mêmes. Il n’y a là que de la matière morte qui ne peut t’entendre. Eux, ils sont dans le lieu de l’attente…

– Mais est-ce vraiment cela ? Ah ! Ne te scandalise pas de moi. Ma mémoire s’est envolée avec mon chagrin ! J’ai la tête remplie du bruit des larmes et du râle de mes fils. Quel râle ! Quel râle ! Cela m’a dissous le cerveau. Je n’ai plus que ce râle en moi…

– Et moi, je t’y mettrai les paroles de la vie. Je sèmerai la Vie, car je suis Vie, là où est la rupture de la mort. Rappelle-toi le grand Judas Maccabée qui voulut faire un sacrifice pour les morts, parce qu’il pensait à juste titre qu’ils sont destinés à ressusciter et qu’il faut hâter pour eux l’heure de la paix par des sacrifices opportuns. Si Judas Maccabée n’avait pas été certain de la résurrection, aurait-il prié et fait prier pour les morts ? Lui, au contraire, comme il est écrit, a pensé qu’une grande récompense était réservée à ceux qui meurent pieusement, comme tes fils l’ont sûrement fait… Tu vois que tu dis oui ? Ne désespère donc plus. Mais prie saintement pour tes morts, afin que leurs péchés soient effacés avant que je ne vienne à eux. Alors, sans attendre un instant, ils viendront avec moi au Ciel. Car je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : je conduis, je dis la vérité et je donne la vie à celui qui croit à ma vérité et me suit. Dis-moi : tes fils croyaient-ils à la venue du Messie ?

– Bien sûr, Seigneur. Ils avaient appris de moi cette croyance.

– Et Lévi croyait-il possible sa guérison par l’effet de ma vo­lonté ?

– Oui, Seigneur. Nous espérions en toi mais… cela ne lui a servi à rien… et il est mort découragé après avoir tant espéré… »

Les pleurs de la femme reprennent ; s’ils se sont calmés, ils paraissent plus désolés dans ce calme que dans leur furie précédente.

« Ne dis pas que cela n’a servi à rien. Celui qui croit en moi, même s’il est mort, vivra éternellement…

208.11 La nuit descend, femme. Je vais rejoindre mes apôtres. Je te laisse, Mère…

– Ah ! Reste, toi aussi !… J’ai peur, si tu t’éloignes, d’être reprise par ce tourment… la tempête commence à peine à s’apaiser en t’écoutant…

– Ne crains rien ! Tu as Marie avec toi. Demain, je reviendrai. J’ai quelque chose à dire aux bergers. Puis-je leur demander de venir près de ta maison ?

– Oh oui ! Ils y venaient aussi l’an passé pour mon fils… Derrière la maison, il y a un jardin, puis une cour rustique. Ils peuvent y venir comme ils le faisaient alors pour rassembler leurs troupeaux…

– C’est bien. Je viendrai. Sois bonne. Rappelle-toi que, au Temple, Marie t’avait été confiée. A mon tour, je te la confie cette nuit.

– Oui, sois tranquille. J’en prendrai soin, je la… Je devrai penser à son souper, à son repos… Il y a bien longtemps que je ne pense plus à tout cela ! Marie, veux-tu dormir dans ma chambre comme le faisait Lévi durant sa maladie ? Moi, dans le lit de mon fils, toi dans le mien. J’aurai l’impression d’entendre sa respiration légère… Il me tenait toujours par la main…

– Oui, Elise. Et auparavant nous parlerons de mille choses…

– Non, tu es fatiguée. Tu dois dormir.

– Toi aussi…

– Oh, moi… Je ne dors plus depuis des mois… Je pleure… je pleure… Je ne sais rien faire d’autre…

– Ce soir, au contraire, nous prierons, puis nous irons au lit et tu dormiras… Nous dormirons main dans la main, nous aussi. Tu peux partir, mon Fils, et prie pour nous…

– Je vous bénis. Que la paix soit avec vous et à cette maison ! »

Et Jésus s’en va avec la servante qui reste interdite et ne fait que répéter :

« Quel miracle, Seigneur ! Quel miracle ! Après tant de mois, elle a parlé, elle a pensé… quelle affaire ! On disait qu’elle mourait folle… Et j’en étais peinée, car elle est bonne.

– Oui, elle est bonne, c’est pourquoi Dieu lui viendra en aide. Adieu, femme. Paix à toi aussi. »

Jésus sort dans la rue à moitié sombre, et tout prend fin.

Détail

Cas concret d'une mère qui a perdu ses deux enfants à cause de la maladie. Jésus vient la consoler avec la Vierge Marie.

Annotation

Elise était beaucoup plus âgée que moi. Une dizaine d’années. Elle a donc une petite soixantaine.

A notre retour, au mois d’Adar, il était mort depuis deux lunes. Le mois d'Addar est situé en février/mars.

N’as-tu plus gardé à l’esprit les paroles d’espoir au sujet de ceux que la mort nous a pris ? “ Je vous sortirai de vos tombeaux et je vous ramènerai dans la terre d’Israël. Alors vous saurez que je suis le Seigneur, lorsque j’ouvrirai vos tombes et que je vous aurai fait remonter de vos tombeaux. Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez. ” Voir Ezéchiel 37, 11-14 ci-dessous.

Rappelle-toi le grand Judas Maccabée qui voulut faire un sacrifice pour les morts, parce qu’il pensait à juste titre qu’ils sont destinés à ressusciter et qu’il faut hâter pour eux l’heure de la paix par des sacrifices opportuns. Si Judas Maccabée n’avait pas été certain de la résurrection, aurait-il prié et fait prier pour les morts ? Lui, au contraire, comme il est écrit, a pensé qu’une grande récompense était réservée à ceux qui meurent pieusement, comme tes fils l’ont sûrement fait… Voir le deuxième livre des Macchabées 12, 43-46 ci-dessous.

Livre d'Ezéchiel 37, 11-14

Ez 37, 11-14 : Et il me dit : « Fils de l’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Voici qu’ils disent : Nos os sont desséchés, notre espérance est morte, nous sommes perdus ! C’est pourquoi prophétise et dis-leur : Ainsi parle le Seigneur Yahweh : Voici que je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous ferai remonter hors de vos tombeaux, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Et vous saurez que je suis Yahweh, quand j’ouvrirai vos tombeaux et que je vous ferai remonter hors de vos tombeaux, ô mon peuple. Je mettrai mon Esprit en vous, et vous vivrez ; et je vous donnerai du repos sur votre sol, et vous saurez que moi, Yahweh, je dis et j’exécute, — oracle de Yahweh ! »

Deuxième Livre des Macchabées 12, 43-45

2 M 12, 43-46 : Puis, ayant fait une collecte où il recueillit la somme de deux mille drachmes, il l’envoya à Jérusalem pour être employée à un sacrifice expiatoire. Belle et noble action, inspirée par la pensée de la résurrection ! Car, s’il n’avait pas cru que les soldats tués dans la bataille dussent ressusciter, c’eût été chose inutile et vaine de prier pour des morts. Il considérait en outre qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, et c’est là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leurs péchés.

EMV 213.1-4 · Tome 3, p. 431-434

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

Voir dans son contexte

Citation

Les gens se calment, et on peut enfin entendre parler Jésus.

Il dit au chef de la synagogue :

« Donne-moi le dixième rouleau de cette étagère. »

Dès qu’il l’a en main, il le déroule et le présente au chef de la synagogue en lui disant :

« Lis le chapitre 4 de l’histoire, dans le second livre des Maccabées. »

Obéissant, le chef lit. Et les épreuves d’Onias, les erreurs de Jason, les trahisons et les vols de Ménélas défilent ainsi devant l’assistance. Le chapitre est terminé. Le lecteur regarde Jésus, qui a écouté attentivement.

213.2 Jésus fait signe que cela suffit, puis il se tourne vers le peuple :

« Dans la ville de mon très cher disciple, je ne ferai pas mon enseignement habituel. Nous resterons ici quelques jours et je veux que ce soit lui qui vous le rapporte. C’est en effet d’ici que je veux que commence le contact direct, le contact continuel entre les apôtres et le peuple. Cela a été décidé en Haute-Galilée et il y eut là-bas une première lueur. Mais l’humilité de mes disciples les a fait rentrer dans l’ombre parce qu’ils craignent de ne pas savoir faire et d’usurper ma place. Non. Ils doivent le faire, ils le feront bien et aideront leur Maître. C’est donc ici que doit commencer la véritable prédication apostolique, en unissant dans un seul amour les frontières galiléennes et phéniciennes avec les terres de Juda, les plus au midi, des frontières de la Palestine jusqu’aux pays du soleil et des sables. Car le Maître ne suffit plus aux besoins des foules. D’ailleurs, il est juste que les aiglons quittent le nid et fassent leurs premiers vols pendant que le Soleil est encore avec eux et que son aile robuste les conduit.

Pendant ces jours, je serai donc votre ami et votre réconfort. Eux, ils seront la parole et iront semer les graines que je leur ai données. C’est pourquoi je ne vous adresserai pas d’enseignement public, mais je vous accorderai un privilége : une prophétie. Je vous prie d’en garder le souvenir pour l’avenir lorsque l’événement le plus horrible de l’histoire humaine aura voilé le soleil et que, dans les ténèbres, les cœurs pourront être amenés à des jugements erronés. Je ne veux pas que vous soyez induits en erreur, vous qui, dès le premier instant, avez été bons avec moi. Je ne veux pas que le monde puisse dire : “ Kérioth fut l’ennemie du Christ. ” Je suis juste. Je ne peux permettre qu’une critique rancunière ou née par amour pour moi puisse, poussée par l’aiguillon de son ressentiment, vous accuser de fautes à mon égard. Dans une famille nombreuse, on ne peut exiger une égale sainteté de tous les enfants ; de la même façon, on ne peut l’exiger dans une ville bien peuplée. Mais ce serait très opposé à la charité de dire, pour un mauvais fils ou pour un habitant qui n’est pas bon : “ Toute la famille, ou toute la ville est anathème. ”

Ecoutez donc, rappelez-vous, soyez toujours fidèles et, tout comme je vous aime au point de vouloir vous défendre d’une accusation injuste, vous aussi, sachez aimer ceux qui ne sont pas coupables. Toujours. Quels qu’ils soient. Quel que soit leur lien de parenté avec les coupables.

213.3 Maintenant, écoutez. Il viendra un temps où, en Israël, il y aura des gens qui pilleront le trésor et trahiront leur patrie. Dans l’espoir de gagner l’amitié des étrangers, ils diront du mal du véritable Grand-Prêtre en l’accusant de s’allier avec les ennemis d’Israël et de mal se conduire à l’égard des fils de Dieu. Pour parvenir à leur fin, ils seront capables de commettre des crimes dont ils feront porter la responsabilité à l’Innocent. Et, toujours en Israël, il viendra un temps où, plus encore qu’au temps d’Onias, un infâme, complotant de prendre la place du Pontife, ira trouver les puissants d’Israël et les corrompra avec de l’or et, plus infâme encore, par des paroles mensongères. Qui plus est, il déformera la réalité des faits, ne parlera pas contre les fautes, mais au contraire, poursuivant son but indigne, il se mettra à changer les coutumes pour avoir plus facilement prise sur les âmes privées de l’amitié de Dieu : tout cela pour parvenir à ses fins. Et il réussira. Ah ! C’est certain ! Car, si l’on ne trouve pas les gymnases de l’impie Jason dans la demeure même sur le mont Moriah, ils sont en réalité dans les cœurs des habitants du mont qui sont disposés à vendre ce qui est bien plus qu’un terrain : leur conscience même. Les fruits de l’antique erreur sont maintenant visibles et celui qui a des yeux pour voir voit ce qui se produit là où l’on devrait trouver charité, pureté, justice, bonté, ainsi qu’une religion sainte et profonde. Mais s’il y a des fruits qui font déjà trembler, les fruits nés des semences qu’ils auront jetées ne seront pas seulement objets de crainte, mais de malédiction divine.

Et nous voilà à la prophétie proprement dite. En vérité, je vous dis que celui qui a arraché la place et la confiance grâce à un jeu prolongé et astucieux, celui-là livrera pour de l’argent le souverain Prêtre, le vrai Prêtre à ses ennemis. Trompé par des protestations d’affection, désigné aux bourreaux par un acte d’amour, celui-ci sera tué en dépit de toute justice.

Quelles accusations adressera-t-on au Christ, puisque c’est de moi que je parle, pour justifier le droit de le tuer ? Quel sort sera réservé à ceux qui agiront ainsi ? Un sort immédiat d’effroyable justice. Un sort non pas individuel, mais collectif pour les complices du traître. Un sort plus lointain et encore plus terrible que celui de l’homme que le remords amènera à couronner son âme de démon par le dernier crime contre lui-même. Ce dernier, en effet, ne durera qu’un instant. L’autre châtiment sera long, effroyable. Trouvez-le dans cette phrase : “ et, enflammé d’indignation, il ordonna qu’Andronique soit dépouillé de la pourpre et exécuté à l’endroit même où il avait commis l’impiété contre Onias. ” Oui, la caste sacerdotale sera frappée dans ses enfants, après l’avoir été dans les exécuteurs du crime. Quant au destin de la masse complice, lisez-le dans ces mots : “ de la terre, la voix de ce sang crie vers moi. Tu seras donc maudit… ” Et c’est Dieu qui les prononcera à tout un peuple qui n’aura pas su protéger le don du Ciel. Car, s’il est vrai que je suis venu pour racheter, malheur à ceux qui seront des assassins et ne seront pas rachetés, parmi ce peuple qui aura eu comme première rédemption ma Parole.

J’ai parlé. Gardez-en le souvenir. Et, quand vous entendrez dire que je suis un malfaiteur, répondez : “ Non, il l’a prédit : c’est l’accomplissement de ce qu’il a annoncé ; il est la Victime mise à mort pour les péchés du monde. ” »

213.4 La synagogue se vide et tout le monde discute et gesticule à propos de la prophétie et de l’estime dont Jésus fait preuve envers Judas. Les habitants de Kérioth sont flattés de l’honneur que leur a fait le Messie en choisissant la ville d’un apôtre, et précisément celle de l’apôtre de Kérioth, pour commencer le ministère apostolique, et aussi pour le don de la prophétie. Car, si triste qu’elle soit, c’est un grand honneur de l’avoir reçue, et avec elle les paroles d’amour qui précèdent…

Dans la synagogue, il ne reste que Jésus et le groupe des apôtres. Ou plutôt ils passent dans le jardinet qui se trouve entre la synagogue et la maison du chef. Judas s’est assis, en larmes.

« Pourquoi pleures-tu ? Je n’en vois pas la raison…, lui dit Jude.

– Mais voilà, je ferais bien comme lui. Vous avez entendu ? Désormais c’est à nous de parler…, dit Pierre.

– Mais nous l’avons déjà fait sur la montagne. Nous ferons toujours mieux. Jean et toi en avez été capables immédiatement, relève Jacques, fils de Zébédée, pour les encourager.

– Le pire, c’est pour moi… mais Dieu m’aidera. N’est-ce pas, Maître ? » demande André.

Jésus, qui parcourait des rouleaux qu’il avait emportés, se retourne :

« Que disais-tu ?

– Que Dieu m’aidera quand je devrai parler. J’essaierai de répéter tes paroles du mieux que je pourrai. Mais mon frère a peur et Judas pleure.

– Tu pleures ? Pourquoi ? demande Jésus.

– Parce que j’ai vraiment péché. André et Thomas peuvent en témoigner. J’ai médit sur ton compte, et toi, tu me récompenses en m’appelant “ mon très cher disciple ” et en voulant que j’enseigne ici… Quel amour !

– Mais ne savais-tu pas que je t’aimais ?

– Si, mais… Merci, Maître. Je ne médirai plus jamais, car je suis les ténèbres et, toi, tu es vraiment la Lumière. »

Le chef de la synagogue revient et les invite chez lui. Tout en marchant, il dit à Jésus :

« Je réfléchis à tes paroles. Si j’ai bien compris, de même que tu as trouvé à Kérioth un préféré, notre Judas, fils de Simon, tu prophétises qu’il s’y trouvera un homme indigne. Cela m’afflige. Heureusement que Judas compensera l’autre…

– J’y apporterai tout mon effort », dit Judas, qui s’est ressaisi.

Jésus garde le silence, mais il regarde ses interlocuteurs et ouvre les bras comme pour dire : « C’est comme ça. »

Annotation

Le chef lit. Et les épreuves d’Onias, les erreurs de Jason, les trahisons et les vols de Ménélas défilent ainsi devant l’assistance. Le chapitre est terminé. Le lecteur regarde Jésus, qui a écouté attentivement. Cf. le second livre des Macchabées, 2 M 4.

Je veux que commence le contact direct, le contact continuel entre les apôtres et le peuple. Cela a été décidé en Haute-Galilée et il y eut là-bas une première lueur. Jésus les envoie pour la première fois prêcher dans l'EMV 166.2-3. Ils donnent leur première prédication dans l'EMV 166.4-12 (spécialement Simon le Zélote et Jean). C'est près de la maison d'Elise, en Judée, que Jésus déclare qu'il ne suffit plus aux besoins des foules (EMV 209.5).

Quant au destin de la masse complice, lisez-le dans ces mots : “ de la terre, la voix de ce sang crie vers moi. Tu seras donc maudit… ” Et c’est Dieu qui les prononcera à tout un peuple qui n’aura pas su protéger le don du Ciel. Car, s’il est vrai que je suis venu pour racheter, malheur à ceux qui seront des assassins et ne seront pas rachetés, parmi ce peuple qui aura eu comme première rédemption ma Parole. Cf. Gn 4, 10-11 ci-dessous.

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Second livre des Macchabées, 4

2 M 4 : Le dit Simon, ce délateur du trésor et de sa patrie, parlait mal d’Onias : c’est lui, disait-il, qui avait excité Héliodore et qui était l’auteur de tout le mal. Le bienfaiteur de la ville, le défenseur de ses concitoyens et l’observateur fidèle des lois, il osait le faire passer pour un adversaire de l’État. Cette haine alla si loin que des meurtres furent commis par l’un des affidés de Simon. Alors Onias, considérant le danger de ces divisions et les emportements d’Apollonius, le gouverneur militaire de la Coelé-Syrie et de la Phénicie, qui encourageait la méchanceté de Simon, alla trouver le roi, non pour accuser ses concitoyens, mais ayant en vue l’intérêt général et particulier de tout son peuple. Car il voyait bien que, sans l’intervention du roi, il était impossible de pacifier la situation, et que Simon ne renoncerait pas à ses criminelles entreprises.

Mais, après la mort de Séleucus, Antiochus surnommé Épiphane lui ayant succédé, Jason, frère d’Onias, entreprit d’usurper le souverain pontificat. Dans un entretien avec le roi, il lui promit trois cent soixante talents d’argent et quatre-vingts talents pris sur d’autres revenus. Il promettait en outre de s’engager par écrit pour cent cinquante autres talents, si on lui accordait d’établir, de sa propre autorité et selon ses vues, un gymnase avec un éphébée, et d’inscrire les habitants de Jérusalem comme citoyens d’Antioche. Le roi consentit à tout. Dès que Jason eut obtenu le pouvoir, il se mit à introduire les mœurs grecques parmi ses concitoyens. Il abolit les franchises que les rois, par humanité, avaient accordées aux Juifs grâce à l’entreprise de Jean, père d’Eupolème, lequel fut envoyé en ambassade pour conclure un traité d’alliance et d’amitié avec les Romains, et, détruisant les institutions légitimes, il établit des coutumes contraires à la loi. Il se fit un plaisir de fonder un gymnase au pied même de l’Acropole, et il élevait les enfants les plus nobles en les mettant sous le chapeau. L’hellénisme grandit alors à un tel point, et l’on vit un tel entraînement vers les coutumes étrangères, par suite de l’excessive perversité de Jason, homme impie et nullement grand prêtre, que les prêtres ne montraient plus aucun zèle pour le service de l’autel et que, méprisant le temple et négligeant les sacrifices, ils s’empressaient de prendre part, dans la palestre, aux exercices proscrits par la loi, dès que l’appel à lancer le disque s’était fait entendre. Ne faisant aucun cas des fonctions honorifiques de leur pays, ils tenaient en haute estime les distinctions des Grecs. C’est pourquoi de graves calamités les atteignirent, et dans ceux-là même dont ils imitaient le genre de vie et auxquels ils voulaient ressembler en tout, ils trouvèrent des ennemis et des oppresseurs. Car on ne viole pas impunément les lois divines ; mais c’est ce que démontrera la suite des événements.

Pendant qu’on célébrait à Tyr les jeux quinquennaux, auxquels le roi assistait, le criminel Jason envoya de Jérusalem des spectateurs, qui étaient citoyens d’Antioche, porteurs de trois cents drachmes d’argent pour le sacrifice d’Hercule ; mais ceux-là même qui les portaient demandèrent que cet argent fût employé, non à des sacrifices, ce qui ne convenait pas, mais à couvrir d’autres dépenses. Ainsi les trois cents drachmes étaient bien destinées par celui qui les envoyait au sacrifice en l’honneur d’Hercule ; mais elles servirent, selon le désir de ceux qui les apportaient, à la construction de trirèmes.

Apollonius, fils de Ménesthée, ayant été envoyé en Égypte, à l’occasion de l’intronisation du roi Ptolémée Philométor, Antiochus apprit que ce roi était mal disposé à son égard et, voulant se mettre en sûreté vis-à-vis de lui, il se rendit à Joppé, puis à Jérusalem. Reçu magnifiquement par Jason et par toute la ville, il fit son entrée à la lumière des flambeaux et au milieu des acclamations ; puis il conduisit pareillement son armée en Phénicie.

Trois ans s’étant écoulés, Jason envoya Ménélas, frère de Simon mentionné plus haut, pour porter l’argent au roi et acquitter les droits d’enregistrement d’affaires importantes. Mais Ménélas se recommanda au roi, lui rendit honneur avec les dehors d’un homme haut placé et se fit adjuger à lui-même le souverain pontificat, en offrant trois cents talents d’argent de plus que n’avait fait Jason. Ayant reçu du roi ses lettres d’investiture, il revint à Jérusalem, n’ayant rien qui fût digne du sacerdoce et n’apportant que les instincts d’un tyran cruel et la fureur d’une bête sauvage. Ainsi Jason, qui avait trompé son propre frère, trompé à son tour par un autre, dut gagner en fugitif le pays des Ammonites. Quant à Ménélas, il obtint le pouvoir ; mais, comme il ne s’exécutait pas relativement à la somme promise au roi, malgré les réclamations de Sostrate, commandant de l’Acropole, qui avait dans ses attributions la perception des impôts, tous deux furent mandés auprès du roi.

Ménélas laissa pour le remplacer comme grand prêtre son frère Lysimaque, et Sostrate laissa comme remplaçant Cratès, gouverneur de Chypre. Sur ces entrefaites, il arriva que les habitants de Tarse et de Mallas se révoltèrent, parce que ces deux villes avaient été données en présent à Antiochide, concubine du roi. Le roi partit donc en hâte pour apaiser la sédition, ayant laissé comme son lieutenant Andronique, un des grands dignitaires. Ménélas, jugeant les circonstances favorables, enleva du temple quelques vases d’or et les donna à Andronique, et il réussit à en vendre d’autres à Tyr et aux villes voisines.

Lorsque Onias eut connu d’une manière certaine ce nouveau crime de Ménélas, il lui en adressa des reproches, après s’être retiré dans un lieu d’asile, à Daphné, près d’Antioche. C’est pourquoi Ménélas, prenant à part Andronique, le pressait de mettre à mort Onias. Andronique vint donc trouver Onias et, usant de ruse, il lui présenta la main droite avec serment ; puis, quoique suspect, il le décida à sortir de son asile et le mit aussitôt à mort, sans égard pour la justice. Aussi, non seulement les Juifs, mais beaucoup d’entre les autres nations furent indignés et affligés du meurtre injuste de cet homme.

Et lorsque le roi fut revenu de Cilicie, les Juifs d’Antioche, ainsi que des Grecs également ennemis de la violence, vinrent le trouver au sujet du meurtre inique d’Onias. Antiochus fut contristé jusqu’au fond de l’âme et, touché de compassion pour Onias, il versa des larmes au souvenir de la modération et de la conduite si sage du défunt. Rouge de colère, il fit enlever sur le champ la pourpre à Andronique, déchira ses vêtements et, l’ayant fait mener par toute la ville, il dégrada ce scélérat au lieu même où il avait exécuté son attentat impie sur Onias, le Seigneur le frappant ainsi d’un juste châtiment.

Or, un grand nombre de vols sacrilèges, ayant été commis dans la ville par Lysimaque, d’accord avec Ménélas, et le bruit s’en étant répandu, le peuple s’ameuta contre Lysimaque, lorsque déjà beaucoup de vases d’or avaient été dispersés. Voyant la multitude soulevée et les esprits enflammés de colère, Lysimaque arma environ trois mille hommes et se mit à exercer des actes de violence, sous le commandement d’un certain Tyran, homme avancé en âge et non moins en perversité. Mais lorsqu’ils connurent l’attaque de Lysimaque, les uns saisissant des pierres, d’autres de gros bâtons, quelques-uns ramassant de la cendre qui se trouvait là, lançaient tumultueusement le tout sur les partisans de Lysimaque. C’est ainsi qu’ils blessèrent un grand nombre de ses gens, en tuèrent plusieurs, mirent tous les autres en fuite et massacrèrent le sacrilège lui-même auprès du trésor du temple.

Puis on commença sur ces faits une instruction contre Ménélas. Lorsque le roi vint à Tyr, les trois hommes envoyés par les Anciens lui exposèrent la justice de leur cause. Se voyant convaincu, Ménélas promit à Ptolémée, fils de Dorymène, une grosse somme d’argent pour qu’il lui rendît le roi favorable. Ptolémée, ayant donc emmené le roi sous le péristyle, comme pour prendre le frais, le fit changer de résolution. Le roi déclara Ménélas innocent des accusations portées contre lui, quoiqu’il fût coupable de tous les crimes, et il condamna à mort des malheureux qui, s’ils avaient plaidé leur cause même devant des Scythes, eussent été renvoyés innocents ; et des hommes qui avaient pris la défense de la ville, du peuple et des objets sacrés, subirent sans délai cette peine injuste. Les Tyriens eux-mêmes en furent indignés, et ils firent aux victimes de magnifiques funérailles. Quant à Ménélas, grâce à la cupidité des puissants, il se maintint dans sa dignité, grandissant en malice et cruel fléau de ses concitoyens.

Livre de la Genèse 4, 10-11

Gn 4, 10-11 : Yahweh dit : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. Maintenant tu es maudit de la terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. »