Aller au contenu

Notes du mot-clé

Aava de Ptolémaïs

Confort de lecture

Aa

EMV 104.1-5 · Tome 2

L’Evangile tel qu'il m'a été révélé

Voir dans son contexte

Citation

Jésus est assis dans une pauvre maison, près du port, une maison de pêcheurs certainement, peut-être des amis de Pierre ou de jean, car je vois qu’ils sont à l’aise dans la maison et familiers avec ses habitants. Je ne vois pas le berger Joseph, ni bien sûr Judas, toujours absent. Jésus parle familièrement avec les habitants du logis et d’autres qui sont venus pour l’écouter. Mais ce n’est pas une vraie prédication. Ce sont des paroles qui apportent des conseils, du réconfort, comme lui seul peut en donner.

André rentre. Il semble être sorti pour quelque commission car il tient à la main des miches de pain. Il s’approche, tout rouge parce qu’attirer l’attention sur lui doit lui être un vrai supplice. Il murmure plutôt qu’il ne parle :

« Maître, pourrais-tu venir avec moi ? Il y aurait un peu de bien à faire. Toi seul le peux. »

Jésus se lève sans même demander ce dont il s’agit.

104.2 Mais Pierre demande :

« Où l’emmènes-tu ? Il est bien fatigué. Et c’est l’heure du dîner. Ils peuvent bien attendre demain !

– Non... c’est à faire tout de suite. C’est...

– Mais parle donc, espèce de gazelle apeurée ! Regardez donc : est-ce qu’un homme grand et gros comme lui doit se comporter comme ça ?... On dirait un petit poisson empêtré dans le filet ! »

André rougit encore plus. Jésus le défend en l’attirant à lui :

« A moi, il me plaît tel qu’il est. Laisse-le faire. Ton frère est comme une source bonne pour la santé. Elle travaille dans les profondeurs et sans bruit, sort de terre comme un filet d’eau, mais celui qui s’en approche est guéri. Allons-y, André.

– Je viens, moi aussi. Je veux voir où il t’emmène » réplique Pierre.

André supplie :

« Non, Maître, toi et moi seuls. S’il y a des gens, ce n’est plus possible... c’est une affaire de coeur...

– Comment ? Maintenant tu joues au faiseur de mariage ? »

André ne répond pas à son frère. Il dit à Jésus :

« C’est un homme qui veut répudier son épouse et... et je lui ai parlé. Mais je ne sais pas bien m’y prendre. Si tu parles, toi... ah, toi tu vas réussir, car ce n’est pas un mauvais homme. C’est... c’est... enfin, il te l’expliquera lui-même. »

Jésus sort avec André sans mot dire.

Pierre reste un peu hésitant, puis il dit :

« Bon, moi, j’y vais. Je veux voir au moins où ils vont. »

Et il sort, bien que les autres lui disent de ne pas le faire.

André tourne par une ruelle. Pierre le suit. Il tourne à nouveau sur une petite place encombrée de commères. Pierre le suit toujours. Il passe par une porte cochère qui donne sur une vaste cour entourée de maisons basses et pauvres. Je la qualifie de porte cochère parce qu’il y a un arc, mais ce n’est qu’un passage sans porte. Pierre le suit encore. Jésus entre avec André dans une de ces maisonnettes. Pierre s’arrête au-dehors.

Une femme le voit et l’interroge :

« Tu es un parent d’Aava ? Et ces deux-là aussi ? Vous êtes venus la reprendre ?

– Tais-toi, poule bavarde ! Il ne faut pas qu’on me voie. »

Faire taire une femme ! Voilà qui est bien difficile ! Pierre a beau la foudroyer du regard, elle va parler à d’autres commères. En un instant, le pauvre Pierre est entouré d’un groupe de femmes, d’enfants et même d’hommes qui, pour imposer à leur tour le silence, font un vacarme qui dénonce leur présence. Pierre est rongé par le dépit... mais cela ne sert à rien.

104.3 De l’intérieur arrive la voix pleine, agréable, paisible de Jésus en même temps que la voix brisée d’une femme et celle, dure, rauque, d’un homme.

« Si elle a toujours été bonne épouse, pourquoi la répudier ? A-t-elle jamais fauté en quoi que ce soit ?

– Non, Maître, je te le jure ! Je l’ai aimé comme la prunelle de mes yeux » gémit la femme.

Ce à quoi l’homme répond, sur un ton bref et dur :

« Non. Elle n’a jamais fauté autrement que par sa stérilité. Or, moi, je veux des enfants. Je ne veux pas la malédiction de Dieu sur mon nom.

– Ce n’est pas la faute de ta femme si elle est comme cela.

– Mon mari m’en accuse comme si c’était ma faute et celle de ma famille, il y voit une trahison...

– Femme, sois sincère. Te savais-tu stérile ?

– Non. J’étais et je suis en tout comme les autres. Le médecin lui-même l’a dit. Mais je n’arrive pas à avoir d’enfant.

– Tu vois qu’elle ne t’a pas trahi. Elle en souffre elle-même. Réponds-moi sincèrement : si elle était mère, la répudierais-tu ?

– Non. Je le jure. Je n’aurais aucune raison de le faire. Mais le rabbin l’a dit et le scribe aussi : “ Une femme stérile dans la maison est une malédiction de Dieu. Tu as le droit et le devoir de lui donner un libelle de divorce et de ne pas affliger ta virilité en te privant d’enfants. ” 104.4 Je fais ce que dit la Loi.

– Non. Ecoute : la Loi dit de ne pas commettre l’adultère, or tu vas le commettre. Le commandement donné à l’origine, c’est celui-là et pas un autre. Si, à cause de la dureté de vos coeurs, Moïse vous a permis le divorce, ce fut pour empêcher les liaisons immorales et les concubinages qui sont odieux à Dieu. Puis votre vice n’a cessé d’étendre cette clause de Moïse, jusqu’à obtenir les chaînes inhumaines et les pierres homicides qui sont les conditions actuelles de la femme, toujours victime de votre domination, de vos caprices, de votre surdité, de votre aveuglement en fait d’affections. Je te le dis : ce que tu as l’intention de faire ne t’est pas permis. Cet acte est une offense à Dieu. Abraham a-t-il donc répudié Sarah ? Et Jacob, Rachel ? Et Elqana, Anne ? Et Manoah, son épouse ? Connais-tu Jean-Baptiste ? Oui ? Eh bien, sa mère n’a-t-elle pas été stérile jusqu’à sa vieillesse avant d’enfanter le saint de Dieu, tout comme l’épouse de Manoah enfanta Samson, Anne, femme d’Elqana, Samuel et encore Rachel Joseph, ou Sarah Isaac ? A la continence de l’époux, à sa pitié pour son épouse stérile, à sa fidélité aux promesses de son mariage Dieu a accordé une récompense, une récompense célébrée au cours des siècles. De même, il donne le sourire à la femme stérile éplorée qui n’est plus ni stérile ni méprisée, mais obtient la gloire et la joie de la maternité. Il ne t’est pas permis d’offenser l’amour de ta femme. Sois juste et honnête. Dieu t’accordera une récompense qui dépassera tes mérites.

– Maître, tu es bien le seul à parler ainsi... Moi, je ne savais pas. J’avais demandé aux docteurs et ils m’avaient répondu : “ Fais-le. ” Pas un mot pour me dire que Dieu récompense de ses dons une bonne conduite. Nous sommes entre leurs mains... et ils nous ferment les yeux et le coeur avec une main de fer. Je ne suis pas méchant, Maître. Ne me méprise pas.

– Je ne te méprise pas. Tu me fais encore plus pitié que cette femme en pleurs, car sa douleur finira avec sa vie. C’est alors que commencera la tienne, et pour l’éternité. Penses-y.

– Non, elle ne commencera pas. Je ne le veux pas. Me jures-tu sur le Dieu d’Abraham que ce que tu me dis est la vérité ?

– Je suis la Vérité et la Science. Qui croit en moi possèdera justice et sagesse, amour et paix.

– Je veux te croire. Oui, je veux te croire. Je sens qu’il y a en toi quelque chose qui n’existe pas chez les autres. Voilà : je vais aller voir le prêtre pour lui dire : “ Je ne la répudie plus. Je la garde, et je demande seulement à Dieu de m’aider à ressentir moins durement la douleur de ne pas avoir d’enfant. ” Aava, ne pleure pas. Nous dirons au Maître de revenir pour me permettre de rester bon, et toi... continue à m’aimer. »

Le contraste de sa souffrance passée avec sa joie actuelle augmente les pleurs de la femme.

Jésus sourit, au contraire.

« Ne pleure pas. Regarde-moi. Regarde-moi, femme. »

Elle lève la tête et contemple, à travers ses larmes, le visage lumineux de Jésus.

« Viens ici, homme. Agenouille-toi auprès de ton épouse. Maintenant, je vous bénis et je sanctifie votre union. Ecoutez : “ Seigneur, Dieu de nos pères, qui avec de la boue as fait Adam et lui as donné Eve pour compagne, pour qu’ils peuplent pour toi la terre et élèvent leurs enfants dans ta sainte crainte, descends avec ta bénédiction et ta miséricorde, ouvre et féconde les entrailles que l’Ennemi maintenait fermées pour les porter à un double péché d’adultère et de désespoir. Aie pitié de ces deux enfants, Père saint, Créateur suprême. Rends-les heureux et saints. Rends cette femme féconde comme une vigne, et que cet homme soit son protecteur comme le tuteur qui soutient la vigne. Descends, ô Vie, pour donner la vie. Descends, ô Feu, pour réchauffer. Descends, ô Puissant, pour agir. Descends ! Fais que, à la fête de louange pour les moissons fécondes de l’année qui vient, ils t’offrent leur gerbe vivante, leur premier-né, un fils qui te soit consacré, à toi l’Eternel qui bénis ceux qui espèrent en toi. ” »

Jésus a prié d’une voix de tonnerre, les mains posées sur les deux têtes inclinées.

104.5 Les gens ne se retiennent plus et l’entourent, Pierre en première ligne.

« Relevez-vous. Ayez foi et soyez saints.

– Oh ! Reste, Maître, demandent les deux époux réconciliés.

– Je ne peux pas. Je reviendrai. A de nombreuses reprises.

– Reste, reste, parle-nous ! » crie la foule.

Mais Jésus bénit sans s’arrêter. Il promet de revenir bientôt et, suivi d’une petite foule, il se rend à la maison qui lui donne l’hospitalité.

« Homme curieux ! Que devrais-je te faire ? demande-t-il en chemin à Pierre.

– Ce que tu veux, mais en attendant j’y ai assisté... »

Ils entrent dans la maison, congédient le peuple qui commente les paroles qu’il a entendues et se mettent à table.

Pierre est encore curieux.

« Maître, ils auront vraiment un fils ?

– M’as-tu jamais vu promettre des choses qui n’arrivent pas ? Te semble-t-il que je puisse me permettre d’utiliser la confiance dans le Père pour mentir et décevoir ?

– Non... mais... tu pourrais en faire autant à tous les époux ?

– Je le pourrais, mais je ne le fais que là où je vois qu’un fils pourrait pousser ses parents à se sanctifier. Là où il serait un obstacle, je ne le fais pas. »

Pierre ébouriffe ses cheveux grisonnants et se tait.

Détail

À Ptolémaïs. Jésus réconcile deux époux (le mari veut répudier sa femme à cause de sa stérilité)